Tom Jedusor

Pleurs et rires s'élèvent du champ de bataille. Il est temps de rendre son pouvoir à la Mort et de regretter les siens. Deux hommes s'embrassent, ils sourient mais leurs yeux crient en silence, chargés de la peine et du chagrin qui les accablent malgré la victoire, détresse et euphorie mêlées dans les traits de leur visage. Les lunettes de l'un tombent à terre, et sa lourde chevalière glisse du pouce du second. Ils sont libres désormais.

Deux autres se soutiennent devant le corps sans vie de celui qui ne pourra plus jamais finir les phrases de son frère. L'un, ses tâches de rousseur cachées sous la poussière, le sang et la boue, manque de tomber, l'autre, métisse, le rattrape. Le premier pleure doucement. Il n'a jamais eu le chagrin bruyant. Peut-être est-ce pire encore ; il semble éteint, lui aussi. Il titube encore sous la force de ses sanglots muets, et cette fois chute. Le métisse a vu les deux sœurs enlacées, endormies, embrochées. Elles ont le visage paisible, mais il voit leur plaie et leurs lèvres sombres et bleues. Il est tombé, lui aussi. Ses yeux restent secs, mais son gémissement rauque résonne dans la Grande Salle.

Le loup est mort, et ainsi sa compagne. Il croit qu'elle vit, mais elle sait qu'aucun d'eux ne pourra prendre soin de leur fils. Devant leur dépouille s'arrête une jeune fille aux cheveux fous. Ses lèvres tremblent, mais elle n'a pas le temps d'apaiser son chagrin, pas le temps de se recueillir sur les corps de ceux qu'elle ne peut plus aider. Une main familière prend la sienne, douce et chaude dans la fraîcheur du petit matin ; elle la serre en retour et se détourne. Elle aura tout le temps de faire son deuil après avoir soigné les vivants. Elle aura tout le temps d'aimer après avoir sauvé ceux qui peuvent encore l'être.

Tu ne peux pas les voir, ces enfants de la guerre, ces cadavres. Ne reste de toi qu'une dépouille grise et terne, qui déjà se putréfie, revenant à son état naturel. Même ce corps n'était pas tien, mais bien celui de ce géniteur que tu as toujours méprisé, que tu as toujours haï, et que tu as tué. Ce père dont tu portais le nom. Tom Jedusor.

On dit que les noms portent l'essence même des choses ou des personnes qu'ils désignent, que les prononcer appelle à leur venue ou leur réalisation. Maudissons quelqu'un et maudit il sera, disons le tabou et alors nous serons perdus.

Mais nous avons nous-même nommé ces choses, ces personnes, par besoin ou par habitude ; nous avons nous-mêmes créé nos tabous. Qu'est-ce que la parole sinon une suite de sons assemblés au hasard, à laquelle nous avons voulu donner un sens ? Pire encore, nous ne sommes pas même d'accord entre nous et les langues nous barricadent dans nos mondes respectifs, et jamais nos œillères ne se décollent.

Car qui étais-tu, toi qui vient de tomber sous les mains d'un enfant ? Qui, sinon un petit homme victime des jeux du Sort, du Destin, et qui a voulu venger l'enfant heureux et choyé que tu n'as jamais pu être ? Qui, sinon un infortuné solitaire, perdu dans les affres de la magie, perdu par sa puissance, qui a voulu alors être le voleur de la Mort et à jamais lui dérober son rôle, planant au-dessus des comtés anglais, annonçant par ton vol la mort qui ne manquera pas s'ensuivre, et cherchant aussi le moyen de dérober au regard de la puissante faucheuse ta propre vie, et devenir ainsi immortel ?

Ton entreprise a presque été concluante, Tom, et l'orphelin est même devenu noble en se nommant ; tu es devenu un Lord, un seigneur tout puissant ayant droit de vie et de mort sur ses sujets, et plus encore sur ceux qui ignoraient l'être. On devint incapable de prononcer ton nom, et ceux qui s'y sont risqués ont malheureusement eu à faire face au tabou. Ceux qui osaient le dire étaient tes détracteurs, et eux... Eux aussi étaient tes sujets, et parmi les plus intéressants, même.

Tu as toujours trouvé tes victimes plus amusantes quand elles se débattent ; déjà petit tu avais une préférence pour les insectes et chats belliqueux, sans pour autant tolérer la moindre griffure ou piqûre. Tu prenais plaisir à jouer, fou que tu étais devenu, magicien de l'obscurité, seigneur des ténèbres, régnant sur elles, te complaisant dans ta noirceur crasse. Tu as été maître et nommé tel, mais tu es tombé, Tom, ton âme meurtrie condamnée à souffrir dans les limbes à jamais, et quand le chat n'est pas là les souris dansent. Deux blonds fuient au loin, leur joie amère mouillant leurs joues. Lentement, le Soleil entame son ascension, et chasse les dernières ombres de la longue nuit.

Pleurs et rires s'élèvent du champ de bataille, et l'on entend au loin chanter :

On les a eus, vaincus, battus,

Le p'tit Potter est un héros, Voldy nourrit les asticots,

Ils ont tous été écrasés, maintenant on peut rigoler ! (1)


(1) La citation est directement issue des livres, c'est ce que Peeves chante ! Le dernier nom de Tom Jedusor y est, complétant le tableau : Voldy, sobriquet ridicule et moqueur — à la hauteur du concerné.

Et voilà, c'est fini. J'espère que cette fanfiction vous a plu, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions. C'était probablement assez ambitieux de ma part de faire de cette fic à la première personne ma première dans le fandom Harry Potter, mais c'était un projet qui me tenait à cœur. Je n'ai pas vraiment été la plus régulière des autrices, mais j'ai fait de mon mieux, et j'espère que vous avez apprécié.

Je reviens début février avec une romance courte de Saint-Valentin en 14 chapitres, un par jour jusqu'au 14. Le 20 février, c'est mon prochain projet sérieux qui commence : Black's Black Madness, mais je vous en dirai plus en temps et en heure ;p

En tout cas, merci à vous d'avoir lu, d'avoir laissé des reviews... Merci. Vous lire, c'était un peu mon étoile de la semaine, ce qui me motivait à me dire 'bon, allez, encore quelques jours à tenir et c'est le week-end'. Vous lire, c'est aussi ce qui m'a motivée à travailler, à certains moments. La semaine dernière, j'ai reçu une review (la personne se reconnaîtra peut-être ;p) qui m'a carrément poussée à finir mes révisions pour pouvoir finir le chapitre la conscience tranquille . Alors, merci encore, et je vous dis à bientôt :')