Bonjour, bonjour !

Alors avant toute chose, je tiens à m'excuser si je n'ai pas répondu à certains d'entre vous, je viens de me rendre compte qu'il y a plus de reviews que je ne le pensais et je n'ai pas reçu les alertes. Je m'empresse de vous répondre de suite, rassurez-vous, je ne vous snobe pas.

Toutes mes excuses pour l'attente ! Voici la suite !


Chapitre 8

Nagato [14:18] :
Je suis un peu le célibataire endurci du coin. Et les relations d'un soir ne m'intéressent pas. J'aime mieux prendre mon temps. Je ne suis pas du genre à coucher le premier soir. Ni même le premier mois. Alors de fil en aiguille, je me retrouve à être célibataire depuis cinq ans. Je pense que Konan et Yahiko espéraient vraiment que ce site de malheur me permettrait de rencontrer l'amour de ma vie.

Itachi [15:25] :
Et à la place, tu m'as trouvé moi.

Nagato [15:26] :
Je ne suis pas certain de perdre au change, à vrai dire 🙂


16 mars

Le bouton poussoir de la bouilloire claqua lorsqu'il revint à sa position initiale, l'eau qu'elle contenait enfin parvenue à ébullition. Sasuke tendit la main vers la poignée du récipient pour le porter jusqu'à la table, laissant à Shizune le soin d'emplir leurs tasses alors qu'il se détournait pour ouvrir la porte du frigo et sortir les pâtisseries qu'il avait achetées en prévision de sa visite.

Le ruissellement du liquide brûlant fut ponctué par le son mat du plateau posé sur la table. Sasuke tira sa chaise et s'assit finalement, contemplant sa chargée de réinsertion, scrutant ses gestes. Elle délaya une cuillère de sucre dans sa tasse, tapota le couvert sur le bord et le reposa sur la table.

— J'aime beaucoup comment tu as arrangé la pièce, glissa-t-elle avec humour en observant les murs dépouillés.

Tout était rangé avec soin, l'endroit sentait bon la pivoine – mélangée à une tenace odeur de rance due à la vétusté de l'appartement – mais la décoration restait tout aussi inexistante que s'il venait à peine d'emménager. Il y avait une table supplémentaire, par rapport au maigre contingent des lieux à son arrivée et Shizune savait très bien que c'était Naruto qui l'avait ramenée pour pouvoir s'installer et travailler quand il débarquait chez son ami.

Les premiers temps, la chargée de réinsertion avait tenté de dissuader Sasuke de maintenir ce lien d'amitié, mais à présent, elle ne pouvait que constater le bien fou que ça lui faisait.

Il haussa les épaules et désigna les mignardises sur la table avant de serrer la main sur sa tasse.

— Pas la peine de perdre mon temps avec la décoration. Je compte pas m'éterniser ici. C'est rare que tu passes si tôt le matin, je pensais que tu viendrais ce soir.

— Je sais quel jour on est, soupira-t-elle et il baissa les yeux, un sourire douloureux s'imprimant sur son visage.

Il écarta bien vite le sentiment de malaise qu'il éprouvait, portant sa tasse à ses lèvres pour souffler doucement sur son thé brûlant.

— C'est bien, répliqua-t-il avec acidité, tu as appris les jours de la semaine.

Elle sourit, attrapant une pâtisserie dans laquelle elle croqua avec entrain et la moue mesquine de Sasuke retomba. Il ne comprenait pas pourquoi Shizune continuait de prendre avec humour toutes les méchancetés qu'il lui balançait quand elle s'approchait trop près d'un sujet sensible.

À vrai dire, il ne comprenait pas la moitié de la relation qu'il avait avec elle. Il arrivait à appréhender toute la partie où elle s'occupait de lui parce que c'était son boulot, il pouvait même s'accommoder de sa sympathie pour lui en se disant qu'elle était consciencieuse, mais il savait très bien que prétendre une telle chose était une vaste fumisterie : il y avait plus entre eux qu'une simple relation de travail.

S'il était complètement honnête avec lui-même, il dirait qu'il avait trouvé en elle la grande sœur qu'il n'avait jamais eue.

— Qu'est-ce que tu attends de moi ? finit-il par demander en cessant de se cacher derrière sa tasse.

— Seulement que tu me dises si ça va.

Il hocha brièvement la tête, pas convaincu que ce fût pourtant la vérité. Elle scruta avec attention le moindre changement dans son expression, fronçant les sourcils en remarquant que ses cheveux avaient pas mal poussé – lui qui avait horreur de ça, parce qu'il trouvait qu'il ressemblait trop à son frère avec les cheveux longs.

La communication faite autour de la commémoration des victimes de l'attentat perpétré par Katsu était diffusée ad nauseam et elle avait eu de la peine pour toutes les familles des personnes ayant perdu la vie dans cette explosion. La célébration ne servait que de tremplin politique aux nouveaux gouvernants. Ils couplaient cette cérémonie en grande pompe de messages visant à rappeler qu'ils avaient arrêté le chef des indépendantistes plusieurs mois auparavant et qu'il était toujours en cellule. Et si l'arrestation d'Hanzô de la Salamandre avait été un des arguments clés pour maintenir une politique autoritaire à Ame, il n'en restait pas moins que le feu indépendantiste brûlait toujours parmi la population native.

Et Shizune, à chaque fois qu'elle traversait le quartier où vivait Sasuke pour le rejoindre, ne pouvait s'empêcher de comprendre un peu pourquoi les Natifs étaient si mécontents, bien qu'elle se gardât de faire part de son avis sur la question au jeune homme qu'elle avait à charge.

Même s'il ne le disait pas, il avait grandement souffert des événements qui lui avaient arraché ses parents et il ne pardonnait que difficilement aux indépendantistes. Elle humecta ses lèvres et ouvrit la bouche pour insister, mais Sasuke fut plus rapide :

— J'ai déjà une psy, Shizune, et elle a des diplômes qui l'autorisent à exercer. Si c'est nécessaire, je lui en parlerai.

Il capitula après avoir affronté son regard inquiet pendant quelques minutes.

— Je vais bien. J'ai fait mon deuil de mes parents, ils sont morts il y a longtemps.

Elle s'apprêta à insister, mais percevant l'air fermé de Sasuke, elle décida de lever les mains en signe de reddition, puis elle esquissa un sourire.

— J'ai reçu une copie de ton dossier scolaire. Tu es vraiment excellent, tes professeurs ne tarissent pas d'éloges.

L'œillade sceptique qu'elle reçut la fit changer de voie.

— Particulièrement le directeur, il se félicite d'avoir décidé de te reprendre dans son école. C'est bien, ça joue en ta faveur. Continue comme ça, et on pourra peut-être renégocier les conditions de ta conditionnelle et faire retirer ce bracelet !

Baissant les yeux sur sa cheville encerclée, Sasuke haussa les épaules.

— M'en fiche, grommela-t-il, c'est pas important.

Mais quelque part au fond de lui, il ressentait un sacré soulagement à cette nouvelle.


Itachi [07:05] :
J'ai réfléchi à cette conversation qui m'a mis mal à l'aise.

Nagato [07:23] :
Tu as encore relu nos messages au réveil, tu veux dire ? 😛

Itachi [07:25] :
Je fais ça uniquement parce que tu bouscules mes convictions et mes croyances.

Nagato [07:26] :
Eh bien, voilà un compliment qu'on ne m'avait jamais fait.


— Ça va ?

La question avait surgi semblait-il de nulle part et Naruto tourna la tête dans tous les sens pour tenter de trouver d'où provenait la voix de Sakura. Il mit du temps à la repérer, à l'abri sous un auvent, emmitouflée dans un manteau de mi saison. Elle finit par traverser l'allée qui les séparait pour se positionner à sa droite alors qu'il reportait ses yeux vers l'entrée principale de l'école.

— Et toi ? demanda-t-il. Tu as l'air gelé.

— Un peu, mais rien de dramatique, ça vivifie, sourit-elle.

Une partie de son visage était encore tuméfié des derniers tumultes de la manifestation de la Salamandre. Leurs masques ne protégeaient pas assez et il n'était pas rare que des militants se blessent à cause de lui. Naruto et Shikamaru étaient en train de réfléchir à une solution pour tout de même préserver l'intégrité physique des membres qui les suivaient, mais ils peinaient à élaborer une alternative convaincante. Et, chaque fois qu'il voyait sa meilleure amie et son visage couvert d'ecchymoses, Naruto se sentait coupable. C'était lui, après tout, qui l'avait entraînée là-dedans, et elle avait amené avec elle tous les autres, les forçant ainsi à multiplier des blessures qu'auparavant il portait seul.

Il tendit les doigts, effleura le bleu avec une grimace contrite.

— Je suis désolé pour ça. Je comprendrai si tu ne veux plus me suivre.

— Arrête tes bêtises tout de suite, gronda-t-elle en tendant le poing, sinon je te frappe. C'est toi le chef, mais je ne te suis pas. Ce sont mes convictions.

Elle accentua son rictus qui fondit quand elle vit qu'il ne parvenait pas à illuminer l'outremer des yeux de son meilleur ami qui les reporta sur les fenêtres qu'il épiait.

— C'est là qu'il a cours ? demanda-t-elle en suivant son regard.

Inutile de préciser qui était cet « il ». Depuis la rentrée scolaire, Sasuke était l'objet de toutes leurs disputes, l'étudiante de médecine demeurait fermement convaincue que les efforts de Naruto étaient trop cher payés pour les maigres résultats qu'il obtenait.

Il avait passé des mois entiers, sacrifiant toutes ses autres relations, prenant le risque de mettre en péril leur groupe d'amis – dont il était la fondation la plus solide –, il avait séché des cours, contourné des règles et elle était sûre qu'il y avait encore plein d'autres choses qu'il ne lui avait pas dites. Et tout ça pour quoi ? Pour que Sasuke accepte de lui parler le midi et ne le foute pas dehors quand Naruto se présentait à sa porte.

Mais le leader de la Salamandre – le vrai leader de la Salamandre, pas Hanzô qui avait pris sa retraite depuis déjà deux ans pour céder la place à Naruto – ne semblait pas se rendre compte qu'il n'obtenait pas la juste rétribution de ses efforts.

Et finalement, à bien y réfléchir, pensa Sakura, il avait toujours été ainsi avec lui.

— Oui, souffla Naruto, mais il ne viendra pas aujourd'hui. Il a une dérogation.

Elle grimaça, acquiesçant sans un mot. La journée était marquée par le deuil de tout Ame. Quand le 16 mars tombait un samedi, la Salamandre aussi mettait en pause ses actions pour honorer la mémoire des victimes de l'attentat de Katsu, marquant ainsi la désapprobation totale pour les méthodes guerrières et assassines déployées par les militants bellicistes.

Tout le monde avait perdu un proche dans cet attentat. Ou du moins, c'était ce que les gens avaient fini par croire, à force de se l'entendre dire et redire. Il était vrai, au moins pour Sasuke, que les morts étaient des personnes réelles qui avaient eu des familles et, dans le cas du commissaire général Uchiwa et de son épouse, des enfants qui attendaient leur retour.

Sakura se souvenait encore du dégoût de lui-même qui brillait dans les yeux de Sasuke, le lendemain de l'attentat. Elle y avait souvent réfléchi et c'était clairement ça qui marquait le début de sa descente aux Enfers. Il n'avait prononcé qu'une seule phrase à propos de tout ceci : « Hier, Itachi est rentré tôt de l'école. »

— Tu as des nouvelles de…

Elle hésita, grimaça. Le tabou sur le nom de Nagato était difficile. Déglutissant, elle choisit une autre voie :

— Tu as des nouvelles de Konan et Yahiko ?

— Oui, sourit-il. La grossesse se passe bien. Konan est furieuse parce qu'elle doit rester alitée le plus possible et tu la connais, elle déteste ça, peut-être encore plus que toi. J'essaie de passer la voir le plus possible, mais… C'est compliqué. Vu que la clinique est en-dehors de la ville, je n'y passe pas aussi souvent que je le peux, tu sais… À cause de son bracelet électronique, Sasuke ne peut pas me suivre, alors… Je ne veux pas le laisser seul.

Sakura pinça les lèvres avec force, détournant ses yeux du bâtiment que Naruto scrutait. Elle souffla et prit son courage à deux mains.

— Franchement, Naruto… Je ne comprends pas pourquoi tu t'entêtes autant pour ce mec. Tout le monde prend des pincettes avec toi et évite le sujet, mais j'en ai marre, moi. Il mérite pas les efforts que tu fais pour lui. Pendant des années, tu lui as couru après, tu as tenté de maintenir sa tête hors de l'eau, nous avons tenté de le sauver de lui-même et il a persisté. Tu te souviens ? Le jour, il faisait semblant d'être notre ami, d'être mon petit-ami et la nuit, il sortait dans des endroits louches, et là-bas, il sortait avec Karin, rentrait totalement ivre, voire pire. Tu n'as pas pu oublier, quand même. Il a choisi de partir et de nous laisser derrière lui. Il l'a voulu. Et quand tu as essayé de le convaincre, il t'a poignardé. Et quand Karin ne s'est plus révélée utile à ses yeux, il l'a laissée tomber et porter le chapeau de ses exactions. Tu ne peux pas avoir oublié.

— Je n'ai pas oublié.

Il ferma les yeux, douloureusement. Ses mains tremblèrent, il les serra en poing, contractant les mâchoires et un courant d'air vif et glacé le fit frissonner.

— Mais il n'y a pas mort d'homme, souffla-t-il. Il n'a tué personne et je peux le sauver. Je dois le sauver.

Elle laissa passer un silence épais, le temps qu'il se reprenne et détourne les yeux pour en chasser les larmes. La rancœur dans son ton la poussa à s'approcher, effleurer ses cheveux du bout des doigts, mais il se déroba à la caresse.

— Est-ce que tu essaies de régler tes problèmes avec Nagato par l'intermédiaire de Sasuke ? tenta-t-elle.

— Ah, ne me parle pas de celui-là !

La main de Naruto claqua sur celle de Sakura quand il esquiva une caresse amicale de plus et elle lui porta un regard malheureux.

— Ça n'a rien à voir avec lui, je veux seulement pouvoir oublier que j'ai un jour pensé qu'il faisait partie de ma famille. Je veux oublier que j'ai un jour pensé qu'il était comme un frère pour moi et rayer son existence de ma mémoire.

Pourtant, malgré la colère qui pulsait contre ses tempes quand il se souvenait de Nagato, la haine qui se déversait dans ses veines à la seule mention de son nom se mariait toujours à une nostalgie indicible, des regrets inénarrables et une tristesse qu'il pensait ne jamais pouvoir surmonter.

Il massa ses yeux, secoua la tête et exhala.

— Pardonne-moi, murmura-t-il, je n'y arrive pas, je ne peux pas parler de lui, je ne le veux pas. Sasuke, ce n'est pas la même chose.

— En quoi ? tança Sakura, dans l'expectative.

Du bout du pied, il repoussa loin d'eux un caillou. Peut-être que c'était le moment, après tout. De le dire à Sakura. Elle méritait de savoir. Il soupira à s'en fendre le cœur avant de plonger ses yeux dans ceux de sa meilleure amie, embarrassé.

— Je suis amoureux de Sasuke, annonça-t-il en haussant les épaules.

Elle s'étouffa dans sa surprise, lui tendant une œillade hallucinée, persuadée de ne pas avoir correctement entendu. Son cœur se serra – bien entendu qu'il se serra, compte tenu des sentiments ambigus qu'elle éprouvait pour lui – et elle se sentit pâlir. Se méprenant, il se détourna, baissant la tête.

Il se sentait mal d'éprouver de telles émotions pour son meilleur ami, pour l'ex de sa meilleure amie. Pour l'homme qui avait gâché la vie de Sakura et Karin. Il avait l'impression de les trahir toutes les deux, peut-être plus Sakura que Karin, d'ailleurs. Parce que quand Sakura sortait avec Sasuke, il était vert de jalousie. Il aurait voulu être elle. Même quand elle avait découvert qu'il la trompait, qu'il ne l'avait jamais aimée, même là, Naruto aurait voulu être elle, pour avoir connu au moins une fois la saveur d'un de ses baisers.

Il papillonna des cils pour chasser les larmes. Dans son champ périphérique, il vit Sakura bouger et il releva les bras pour se protéger du coup – qu'il savait douloureux – qui allait immanquablement suivre, mais rien ne vint. Elle referma simplement ses mains dans son dos, l'attirant dans une étreinte chaude et douce.

— Mon pauvre, souffla-t-elle dans son oreille. Je suis désolée, je ne m'en étais pas rendu compte. Ça fait longtemps ?

— Depuis toujours, je crois, croassa-t-il, étranglé par l'émotion qui le prenait en tenaille.

Elle lui pardonnait. Elle lui pardonnait d'avoir aimé le même homme qu'elle, alors qu'elle savait très bien ce qu'il avait dû ressentir. Il mordit sa lèvre pour s'empêcher de sangloter.

— Je sais combien c'est dur de l'aimer, lança-t-elle avec un sourire. Il est sacrément con, quand il s'y met.

Ricanant, Naruto leva la manche pour essuyer ses yeux et elle s'écarta de lui, ses immenses yeux verts fouillant dans son regard pour y trouver le torrent contradictoire qui l'envahissait.

— Je ne t'en veux pas, sentit-elle obligée de préciser. On ne choisit pas qui on aime. Personne choisirait d'aimer Sasuke de son plein gré.

Un nouveau rire, qui disparut aussi vite du visage de Naruto.

— Je me sens tellement mal, vis-à-vis de toi. Tu es tellement forte, et Karin, aussi. Vous avez réussi à tourner la page, à ne plus l'aimer et moi… Je n'y parviens pas. Je ne suis même pas sûr de le vouloir, à vrai dire.

Elle soupira, glissant ses doigts le long du bras droit de Naruto, les entremêlant à ceux de son meilleur ami qui reporta ses yeux sur les fenêtres, en secouant la tête d'un air dépité.

— J'étais tellement focalisé sur ma relation avec lui, tellement heureux qu'il soit sorti que j'avais complètement oublié son frère.

— Je ne vois pas le rapport, s'interrogea Sakura à voix basse.

Naruto grimaça, ses doigts serrèrent ceux de sa meilleure amie.

— Je lui ai fait une promesse facile, avoua Naruto, un peu en colère contre lui-même. Je lui ai promis que je lui ramènerai Sasuke, tu sais, le jour où… Le jour où il est parti. Je… Je ne pensais pas à mal, en faisant cette promesse, mais… De toute façon, promesse ou pas, j'aurais couru après Sasuke. C'est mon domaine d'expertise, ironisa-t-il, j'ai passé ma vie à courir derrière lui pour tenter d'être digne de lui.

Il fit une pause et prit une respiration bruyante alors que deux élèves passaient près d'eux, déployant un large parapluie aux couleurs acidulées. Ils les suivirent du regard quelques instants puis Naruto reprit :

— J'étais tellement content de le retrouver que j'ai totalement oublié Itachi. Il attendait, pourtant, et je lui ai fait une promesse et je ne l'ai pas tenue. Il a fallu qu'un cousin en uniforme vienne me le rappeler, je me suis senti tellement mal, c'était indécent.

Un nouveau silence s'installa entre eux et il s'éternisa, leur laissant le temps de scruter la première vague d'étudiants sortant de cours pour se rendre précipitamment vers la cantine. Le canevas de parapluie qui s'ouvraient composait une toile riche et colorée, amusante à observer. Il se passa quelques secondes et la porte s'ouvrit derrière eux, en même temps que la voix de Sakura s'élevait :

— Je ne pense pas qu'Itachi t'en veuille de ne pas avoir tenu ta promesse de ramener Sasuke, commença-t-elle.

La porte claqua avec force et Sasuke siffla :

— Pardon ?

Pâlissant d'un coup, Naruto se retourna d'un mouvement vif.

— Attends, je vais t'expliquer, je te jure que c'est pas ce que tu crois.

Avant même la fin de sa phrase, Sasuke était passé entre eux, les bousculant, refusant d'en entendre plus.

Naruto soupira en le suivant du regard et il prit le temps de terminer sa discussion avec Sakura. De toute façon, son meilleur ami se rendait à l'endroit habituel, il l'y rejoindrait. S'il le suivait en chemin, Sasuke pourrait aussi bien prendre un autre chemin et partir, alors que sur le toit, il n'aurait d'autre choix que de l'écouter.

— Non il ne m'en veut pas, mais ça ne l'empêche pas d'attendre, expliqua-t-il. Alors, je la tiendrai, cette promesse. Même si, soupira-t-il, ça risque d'être compliqué, vu qu'il n'a probablement pas entendu le reste de la conversation.

Il planta un bisou sur sa joue.

— À ce soir. Va te mettre au chaud, tu vas attraper froid.

Elle sourit en le contemplant se jeter à la poursuite de Sasuke.


Itachi [23:59] :
Seulement, je trouve ça bizarre de coucher avec son meilleur ami.

Nagato [00:00] :
Tu trouves ça bizarre de coucher tout court 😂

Itachi [00:00] :
Oui, mais particulièrement avec son meilleur ami.

Nagato [00:02] :
C'est comme la masturbation : c'est une façon de faire du bien à quelqu'un qu'on aime. 😛

Itachi [00:03] :
Va dire ça à ceux qui ont une pauvre estime d'eux-mêmes.

Nagato [00:04] :
Je ne comprends vraiment pas les gens qui te trouvent froid, je te trouve drôle, moi. 😂

Itachi [00:09] :
Je suis drôle. En plus de tout le reste.

Itachi [00:10] :
Seulement, je choisis avec attention les personnes à qui je le fais savoir.


Il passa la porte du toit et se figea quand il constata que Sasuke s'y tenait, résolument dos à lui, tremblant de colère et tête baissée.

— Ça fait longtemps que t'es le toutou de mon frère ?

Le ton de sa voix, son attitude, tout en lui respirait l'ire incontrôlable qui l'avait envahi quelques années auparavant, quand il s'était retourné contre son ami pour rejoindre le cercle d'Orochimaru.

C'était un spectacle auquel Naruto ne s'était pas attendu. Il aurait pu parler, répondre et expliquer, mais il avait déjà vécu cette scène et il savait que les mots ne parviendraient pas à atteindre Sasuke, pas quand il était dans un tel état.

Bien entendu, il aurait préféré pouvoir le raisonner, lui souffler qu'il n'était le toutou de personne, qu'il avait seulement fait une promesse concernant quelque chose qu'il aurait fait de toute façon, mais Sasuke était difficilement raisonnable quand il s'agissait de son frère aîné. Il avait toujours été comme ça, impétueux, colérique et envieux de son aîné. Admiratif. Convaincu d'être moins bien.

Jamais Naruto ne pourrait le persuader du contraire sans se dévoiler et il n'était pas question pour lui de révéler ses sentiments. Un jour, peut-être, quand il pourrait en rire. Quand il pourrait dire « Hey, Sasuke, j'étais amoureux de toi quand on était jeunes, qu'est-ce que j'étais con ».

Pour l'instant, il ne pouvait simplement pas prononcer une telle phrase. S'il en parlait maintenant, ce serait pour espérer un retour de sentiments, il le savait, il attendrait un « je t'aime aussi », bien qu'il sache parfaitement que Sasuke était hétéro. Si jamais Sakura ne l'avait pas convaincu de ce fait, alors, la double-relation avec Karin aurait terrassé le moindre doute.

Et puis, clairement, tout dans la gestuelle de Sasuke montrait qu'il n'avait pas envie de parler. S'il devait s'exprimer, il le ferait autrement, il le ferait en cognant. Comme s'ils étaient capables de communiquer autrement, de toute façon. Entre eux, ça n'avait jamais été que ça : des rixes dont on ne savait jamais si elles terminaient la précédente dispute ou entamaient la nouvelle.

Même si Naruto s'était échiné à se livrer et à se raconter, ces derniers mois, sachant que son meilleur ami ne l'écoutait pas, ou feignait de ne pas l'écouter, il avait tenté de montrer qu'un autre type de relation était possible entre eux, qu'ils n'étaient pas obligés de communiquer par les coups. C'était une façon d'exprimer : « Tu vois, Sasuke, je suis toujours là et si on peut plus se cogner sans risquer que tu repartes en taule, alors, on peut aussi parler. C'est bien aussi. »

Mais actuellement, son meilleur ami était redevenu comme avant. Avant la prison. Cela se voyait à son air fermé, ses mâchoires crispées et ses poings qui ne cessaient de s'ouvrir et de se fermer. Oh, non, Sasuke n'avait pas du tout l'intention de parler : il voulait en découdre.

Alors il fit la seule chose qui lui parut rationnelle : il serra le poing et l'envoya aussi fort qu'il le pouvait.

Le coup percuta Sasuke au coin de la tempe et il n'eut que le temps de reprendre son équilibre – l'impact l'avait fait vaciller un court instant – avant qu'un second coup se saisisse de sa pommette.

— Mais qu'est-ce que–

— Bats-toi, demanda Naruto en reprenant ses appuis.

Il s'élança et Sasuke l'esquiva, éberlué. Il n'eut pas le temps de se récrier, il avait à peine quelques dixièmes de seconde pour se retourner et affronter la silhouette de son ami qui revenait à la charge.

Alors il laissa la colère l'envahir et il frappa.

Il y mit toute sa rage, toute la colère qu'il ressentait envers sa famille, envers sa mère qui avait eu l'audace de mourir dans un attentat, envers son père qui avait refusé de survivre suffisamment longtemps pour lui dire qu'il était fier de lui aussi, qu'il n'y avait pas qu'Itachi, que lui aussi méritait de vivre.

Il se jeta en avant, pour saisir à bras le corps les indépendantistes qui avaient détruit toutes les chances qui s'offraient à lui, qui avaient réduit en charpie l'ensemble de ses espoirs, qui avaient changé en pierre la relation pourtant vivante et chaleureuse qu'il avait eue avec son frère.

Naruto dévia le coup porté, saisissant son poignet pour le faire pivoter et, entraîné par son élan, Sasuke s'écrasa sur le muret du toit.

Il secoua la tête en se levant, ses yeux accrochèrent ceux de Naruto, si bleus, et la voix de Sakura résonna dans son esprit « Je ne pense pas qu'Itachi t'en veuille de ne pas avoir tenu ta promesse de ramener Sasuke. », l'agaçant encore plus, laissant tomber un voile de colère devant ses yeux.

Déjà, Naruto revenait vers lui. Il sentit une vigueur nouvelle l'envahir. Alors ça aussi, il allait le lui prendre ? La seule chose de vraiment bien qu'il avait, son meilleur ami, ça aussi, Itachi allait se l'accaparer et le garder pour lui ? Naruto aussi s'était laissé avoir et avait cédé ?

Et d'un coup, ce n'était plus Naruto, face à lui, mais il aurait été bien incapable de dire s'il aurait voulu que son pied percute son frère ou son propre reflet, s'il maudissait son aîné ou sa propre image.

Il ne remarqua pas que les mouvements de Naruto se faisaient plus rapides, plus précis, il ne nota pas que l'autre faisait tout pour ne pas le toucher, qu'il se laissait frapper, qu'il le laissait passer sa rage sur lui, quitte à cracher du sang qui macula ses lèvres, la chemise de son uniforme et le sol du toit, rapidement dilué dans la pluie qui battait le pavé à l'oblique.

Sasuke ne remarqua pas non plus que ses propres coups perdaient en force, qu'il ne parvenait même plus à serrer ses doigts, qu'il ne faisait que frapper mollement du plat de la main l'épaule de Naruto, qu'il sanglotait comme un idiot, que Naruto l'enlaçait et qu'il avait l'impression qu'il lui serait impossible de s'effondrer, ainsi ancré au sol par la présence-tuteur de son ami de toujours.

Ils tombèrent à genoux mais Naruto refusa de le lâcher, prêtant toujours son épaule aux coups sans force qu'il abattait dessus à chaque nouveau sanglot, plus vraiment conscient de l'endroit où il se trouvait.

Quand il reprit ses esprits, ils avaient bougé.

Allongés sur le toit, les bras étendus sur le sol humide, Naruto s'étouffa un peu avec sa salive alors qu'il déglutissait, en espérant parvenir à reprendre son souffle. Sasuke tourna la tête vers lui, le visage enflant doucement au niveau de sa pommette, puis de sa tempe, où les poings de Naruto l'avaient heurté avec force.

Bien malgré lui, il sentait quelque chose d'incroyablement doux détendre ses traits alors qu'il observait ceux du blond allongé près de lui. Peut-être que c'étaient les endorphines, peut-être que c'était seulement la nostalgie de leurs vieux combats sur le ring, il ne savait pas. Ou peut-être que c'étaient seulement cet amour qu'il éprouvait sans pouvoir s'en empêcher.

Pourtant, ankylosé, il avait la certitude de ne pas vouloir bouger d'ici, quitte à laisser la pluie dévaler son visage, courir dans sa nuque et finir de détremper ses vêtements déjà bien humidifiés.

Naruto finit par s'orienter vers lui, un air satisfait sur le visage – satisfait et quelque chose de plus que Sasuke ne parvenait pas à identifier, quelque chose qui fit danser ses entrailles avec délices.

— Tu te sens mieux ? murmura-t-il d'un ton éraillé. Je ne t'ai pas blessé ?

Sasuke cilla, reporta son visage sur le ciel, espérant que son sourire ne se verrait pas. Il mit un peu de temps à répondre et il le fit d'une voix qu'il aurait voulu plus cassante :

— T'as cru que tu pourrais me faire mal ? Tu frappes comme une mauviette.

— T'es vraiment un sale con, Sasuke.

Pourtant leurs mains s'effleuraient et aucun d'eux n'envisagea une seule seconde de cesser ce contact qui fixait un sourire béat sur leurs lèvres.


Nagato [22:28] :
Tu débauches à peine ? Ta supérieure ne dit rien ? Tu dois bien travailler 13 heures par jour…

Itachi [22:28] :
Pour l'instant, je pense qu'elle l'ignore. Et j'ai encore tellement à faire, en rentrant. J'ai réalisé que la réunion du département approchait et que je n'avais toujours pas commencé le rapport d'activités du second semestre de l'année dernière. Ça va occuper ma soirée.

Nagato [22:29] :
Quand je te lis, je suis vaguement heureux de n'avoir jamais eu de telles responsabilités. Ma soirée sera consacrée au visionnage en streaming d'un concert du chanteur pop Utakata.

Itachi [22:30] :
De la pop ? Sérieusement ? Ce n'est pas ce que je t'imaginais écouter.

Nagato [22:32] :
Ce serait dommage de se fermer à un genre musical parce qu'il a mauvaise réputation. Tous les domaines possèdent leurs génies.

Nagato [22:33] :
Mais si je devais être parfaitement honnête, Utakata n'est pas un génie de la musique pop.

Itachi [22:34] :
Alors pourquoi l'écouter pendant tout un concert ?

Nagato [22:34] :
Je ne l'écoute pas vraiment, je le regarde. Je le trouve particulièrement beau et il danse bien.

Itachi [22:35] :
C'est suffisant pour t'infliger sa musique ?

Nagato [22:36] :
Très sincèrement ? Oui.

Nagato [22:36] :
J'ai toujours eu une petite préférence pour les bruns.

Itachi [22 :36] :
Je ne savais pas que tu aimais les hommes.

Nagato [22:45] :
Comme ce qui se passe dans mon lit ne concerne que moi, je ne l'ai pas précisé. J'aurais dû ?

Itachi [22:45] :
Peut-être me prévenir pour tes goûts atroces, ça m'aurait évité la déconvenue d'avoir un ami fan d'Utakata.


9 avril

Ni Shikamaru ni Neji n'avaient tenté de lui adresser le moindre mot, le matin même, quand il s'était levé. Il aurait de toute façon refusé de répondre, enfermé dans son monde, au moins pour toute la journée.

Ce jour-là, il n'allait pas consulter ses SMS. Ni décrocher un mot à quiconque. Et encore moins se rendre en cours. C'était un jour unique, celui où il acceptait qu'il était si souvent dépassé par les événements, par ses sentiments et par la colère sourde qui vibrait en lui, uniquement dirigée sur un seul sujet, qui polarisait à lui seul tous ses échecs.

Alors, en se levant, il n'avait pas pris la peine d'enfiler son uniforme, glissant dans un pantalon et un sweat-shirt noirs, les cheveux plats, et les yeux désertés de la moindre trace de chaleur. Quelque chose le hantait depuis longtemps maintenant, lui serrant douloureusement le cœur et douchant sa bonne humeur habituelle.

S'il était d'ordinaire d'un optimisme crasse, cela faisait quelques années maintenant qu'il s'autorisait à baisser les bras un jour par an.

Il ne pleuvait pas, constata-t-il en sortant de la résidence universitaire. Levant les yeux, il sourit difficilement en constatant qu'il y avait même des éclats de ciel bleu. C'était ironique, quand on y pensait, qu'il fasse beau le seul jour où il aurait bien voulu qu'il pleuve.

Il remonta le chemin jusqu'à l'entrée principale, son regard traversant sans les voir tous les amis qu'il croisa sur sa route et il ne daigna pas répondre à Sasuke quand celui-ci arriva en sens inverse, les mains dans les poches de son pantalon d'uniforme, la cravate légèrement défaite.

Cela n'arrivait qu'une fois par an et quiconque le connaissait depuis son enfance dirait sans doute que c'était un jour de trop. L'unique jour où il s'autorisait à être en colère, à être ravagé par la souffrance, à la laisser gagner et l'envahir.

Il marcha longtemps, parfaitement conscient des pas qui le suivaient, peinant parfois à deviner la route qu'il allait prendre, posant une question indiscrète quand il s'arrêta devant l'épicerie pour acheter quelque chose. Sasuke renouvela sa question quand Naruto se remit en marche mais il n'obtint pas plus de réponse.

Il s'arrêta devant la grille du cimetière un demi-seconde, le temps de prendre de la force et de rassembler son courage.

Il leva le nez vers le ciel qui ne paraissait pas vouloir tourner à l'orage et ses yeux trouvèrent son meilleur ami, toujours près de lui, qui lui jetait un regard empli d'une incompréhension palpable.

— Tu as changé, Naruto, regretta presque Sasuke à voix basse.

Il garda pour lui la question qui heurtait son esprit quand il croisa le regard bleu empli d'une souffrance qu'il n'aurait jamais imaginé trouver là.

— Oui, confirma-t-il en faisant signe à son meilleur ami de le suivre.

Surpris, Sasuke s'engouffra à sa suite dans les allées du cimetière alors qu'il naviguait entre les tombes avec une triste aisance, sans un regard vers les anonymes qui pleuraient et se recueillaient un peu partout. Le silence qui flottait entre eux était contrit, difficile et le brun n'avait pas envie de s'habituer à ce nouveau Naruto bien trop calme et abattu. Le Naruto qu'il connaissait était quelqu'un qui convertissait la souffrance en énergie, en plaisanterie et en force, ce n'était pas quelqu'un qui pouvait simplement se taire en déambulant dans un lieu de recueillement.

Sasuke voulait faire une réflexion à ce propos, il le souhaitait sincèrement, il voulait en savoir plus, il voulait comprendre. Pourtant, quand Naruto s'immobilisa devant une tombe, s'agenouillant devant en soupirant, rien ne vint. Les moqueries gentillettes se coincèrent et la taquinerie se mua en un « oh bon sang » quand il lut le nom sur la tombe.

Naruto esquissa un sourire pâle, papillonna des cils quand ses doigts effleurèrent le marbre et il grimaça quand il vit les offrandes qui avaient été déposées avant son arrivée : Nagato, sans le moindre doute, avait dû venir dès tôt le matin et rester des heures entières. Yahiko lui avait dit que son aîné faisait ça. Comme si ça changeait quelque chose.

Pour la première fois en quatre ans, Naruto ne retira pas les offrandes faites par son frère adoptif. Il se contenta de les décaler pour pouvoir déposer la sienne, une glace à partager, souvenir si cher à son cœur, les éclats de rire qu'il avait échangés avec Jiraiya devant cette sucrerie gelée le saisissant aux tripes avant qu'il ait le temps de dire quelque chose.

Il resta plusieurs minutes dans le silence, puis finalement il secoua la tête, effleura le nom de ses doigts.

— Je n'ai pas eu d'autre choix, en fait. Changer.

Il tourna le menton, à peine assez pour faire apparaître les jambes de Sasuke dans son champ de vision.

— Je venais de te perdre, quand c'est arrivé.

Sasuke déglutit et ouvrit la bouche, Naruto lui fit signe de se taire le temps qu'il finisse : il sentait qu'il n'aurait pas la force de s'y essayer deux fois, pour cette confession.

— Même si je n'avais pas fait cette promesse à ton frère, je serais venu te chercher. Tu as toujours eu une place à part, pour moi. J'ai toujours voulu être comme toi, tu sais. Tu étais… Tout, pour moi. Tu étais mon modèle, mon rival, mon ami et mon… Tu étais mon monde. Et je n'ai pas su te retenir. Je n'ai pas su trouver les mots. Je n'avais pas remarqué que tu souffrais, je n'avais pas vu toutes les questions que tu te posais, tes doutes, tes amitiés étranges, je n'ai pas vu la noirceur qui commençait à t'ensevelir. Tu étais tellement fort, à mes yeux, je ne pouvais même pas imaginer que ça pouvait arriver. Sans que je ne m'en rende compte, petit à petit, tu étais devenu inaccessible pour moi, derrière ce mur si haut qu'il était impossible à escalader.

Durant la pause qu'il prit pour trouver ses mots, Sasuke essaya de parler, de s'excuser, partager un peu de ses regrets, peut-être même l'interroger sur le terme qui manquait dans le monologue de son ami. Mais l'émotion dans le ton de Naruto nouait leurs gorges et Sasuke ne put simplement pas s'engouffrer dans ce silence pour prononcer sa culpabilité.

— Je ne t'en veux pas, avertit Naruto. Vraiment. J'ai passé quelques mois à l'hôpital pour me remettre de mes blessures. Et ça a recommencé. Avant… Avant je me suis toujours appuyé sur les autres. Je me suis appuyé sur toi et Sakura, puis sur Maître Iruka, je comptais sur vous pour réparer mes erreurs, corriger mes bêtises et être présents. Puis ensuite, Jiraiya m'a retrouvé, il m'a dit qui était mon père, il m'a pris sous son aile et m'a présenté ses trois enfants. À partir de là, c'était sur eux que je comptais pour m'épauler, pour m'encadrer, pour me guider sur leur chemin, je les admirais tous les trois presque autant que je t'admire, toi, et ce n'est pas rien de le dire. Je ne compte plus le nombre de fois où toi, Nagato, Yahiko et Konan – bénie soit cette femme – vous m'avez sauvé d'une embrouille plus grosse que moi parce que je fanfaronnais beaucoup, parce que je brandissais mes rêves à tout-va mais que finalement, je ne me donnais pas les moyens de les réaliser.

Il humecta ses lèvres.

—Pendant que j'étais en convalescence, j'ai perdu Jiraiya. À ce moment-là, j'ai compris que je n'avais pas d'autre choix que changer. Qu'il fallait que j'évolue. Que je grandisse. Soudainement, je ne pouvais plus m'appuyer sur personne, il n'y avait plus l'ombre protectrice de ma famille pour me tirer de l'embarras. Il n'y avait plus toi, il n'y avait plus lui, précisa-t-il en désignant la tombe, et il n'y avait plus…

Il secoua la tête et se tourna franchement vers Sasuke, ce même sourire triste imprimé sur ses lèvres et quelque chose de nouveau scintilla dans ses yeux quand il prononça la dernière phrase :

— Parce que, tu vois, c'est Nagato qui a tué Jiraiya.


Itachi [06:04] :
Est-ce que les ongles de tes orteils sont vernis ?

Nagato [06:11] :
Oui. Pourquoi regardes-tu une photo de mes pieds à 6h du matin ?

Itachi [06:14] :
Pièce jointe : « Photo0045 »
Je voulais vérifier, mes pancakes ont l'air normaux.

Nagato [06:15] :
Heureusement que je sais que je t'ai envoyé une photo où on voit mes pieds ET des pancakes. Si par normaux, tu veux dire comestibles, oui, je confirme, ils ont l'air très bons.

Nagato [06:15] :
De toute façon, ma recette est inratable.

Nagato [06:43] :
Tu t'es empoisonné ?

Itachi [06:46] :
Non, j'hésite à poser un congé et à rester dans ma cuisine à faire des pancakes et à les manger toute la journée. Pourquoi tes ongles d'orteil sont-ils vernis ?

Nagato [06:47] :
Pièce jointe : « Photo0345 »
Tous mes ongles. Au début je ne faisais que les mains, mais bon, à force… J'aimerais trouver une raison noble derrière ça. Mais c'est juste pour cacher la crasse qui s'accumule dessous et qui est parfois tenace, l'huile de moteur, la graisse…

Itachi [06:48] :
Ingénieur.

Nagato [06:48] :
Rat de laboratoire. 😛


À bientôt !