- Comment as-tu fais ? demanda Cassie alors que Lexy avait été transportée dans la voiture, comme Gabi avant elle.
- L'une de mes ancêtres est Epioné. La déesse de l'apaisement.
- L'épouse d'Asclépios, c'est ça ?
- Exact. C'est étrange, j'ai des zones floues dans mon esprit, il y a des choses dont je me souviens des derniers jours. Mais je n'arrive toujours pas à savoir comment je me retrouve avec vous. Et puis tout ça... C'est tellement différent de mon époque. Quel est ce siècle ?
- Le vingt-et-unième.
Gabi fronça les sourcils et une lueur de tristesse passa dans son regard. Cassie et Aporripse se chargèrent d'expliquer à la jeune fille la façon dont elle s'était retrouvée ici et tout ce qu'il s'était passé pendant que Lou prenait soin de Cecil. Ils lui avaient retiré la flèche de la jambe et donné un carré d'ambroisie dans la même seconde, mais la quantité de sang qu'il avait perdue était suffisamment importante pour qu'il se retrouve dans les vapes quelques instants. Heureusement, il était maintenant réveillé et fixait Lexy, étendue à côté de lui.
- Elle s'en remettra. Ne t'inquiète pas pour elle. Je sais que tu l'aimes beaucoup, mais il faut que tu penses à toi pour l'instant.
- Pourquoi je sens comme de... de la rancœur dans ta voix ? interrogea Cecil avec surprise.
- Tu... Tu te... trompes... bafouilla la jeune fille en rougissant jusqu'aux oreilles. Je n'ai aucune rancœur...
- Si. Et en plus tu rougis. Qu'est-ce que tu as, Lou ?
- Mais rien ! s'énerva la susnommée en se levant précipitamment, se rappelant douloureusement qu'ils étaient dans le coffre de la voiture. Aïe ! geigna-t-elle en se massant la tête.
Cecil se redressa à son tour, insistant pour vérifier qu'elle ne s'était pas ouvert le crâne, accentuant un peu plus le rougissement de son amie. Soudain, ils furent interrompus par Thomas, qui venait de se réveiller et les regardait depuis le siège conducteur.
- Bon, embrassez-vous une bonne fois pour toute, comme ça, ce sera déjà ça de régler. Ensuite, il faudra me dire ce qu'il s'est passé, parce que moi, je ne sais pas où nous sommes.
Les deux intéressés s'écartèrent au moment où la voix avait retenti, et n'osèrent même plus se regarder. Ils entreprirent de narrer leurs mésaventures depuis qu'ils étaient repassé devant le panneau routier et Thomas lâcha une nuée de juron en latin, avant de sortir de la voiture pour rejoindre sa petite amie, toujours en discussion avec les deux autres demi-dieux.
Un peu plus tard, ils décidèrent de reprendre la route, Gabi réveillant Lexy qui papillonna des yeux.
- Ne demande pas ce qu'il s'est passé, pitié. On n'arrête pas de raconter tout depuis plusieurs dizaines de minutes, se lamenta Cecil.
- Je n'allais pas demander. Je sais ce qu'il s'est passé. J'étais consciente de ce que je faisais sans pouvoir m'empêcher de vous attaquer et... Oh mes dieux ! Cecil, je suis tellement désolée de t'avoir tiré dessus avec une flèche !
- T'inquiète, va. C'est déjà oublié. En plus regarde, la plaie est presque refermée.
Lou serra des dents en voyant ses deux compagnons de route discuter, puis Lexy présenta également ses excuses à Cassie, Aporripse et Lou. Ils reprirent tous des places différentes, Lexy décidant qu'elle allait conduire, Gabi la secondant à la place du passager. Derrière, Thomas, Cassie et Aporripse, puis Cecil et Lou se reposèrent. Thomas moins que les autres, ayant eu le temps de dormir longtemps. Leur altercation avec Até avait duré plus d'une heure, combinée à celle durant laquelle ils avaient tourné en rond, cela leur faisait plus de deux heures et demi de retard sur leur "planning". En comptant les pauses qu'ils allaient devoir à nouveau faire, ils arriveraient à destination aux alentours de dix ou onze heure le lendemain.
- La carte indique qu'il faut prendre la prochaine sortie, prévint Gabi à l'attention de Lexy qui obéit dès que la sortie se présenta. Dit donc, ces machines sont de pures merveilles ! s'exclama la princesse en parlant de la voiture. Nous allons très vite grâce à elle !
- C'est vrai que c'est une invention particulièrement pratique, répondit Lexy avec un sourire gêné, ne sachant pas vraiment quoi dire.
- Donc... Tu es en quête pour sauver le monde ? tenta Gabi, elle aussi gênée, mais par le silence pesant qui régnait là.
- Ouais.
- Et tu es la descendante des dieux.
- Ouais.
- Donc ma descendante, d'après ma mère.
- C'est ça.
- C'est gênant, n'est-ce pas ?
- Oui, un peu.
Elles se turent toutes les deux. Depuis qu'Eris avait abandonné l'esprit de l'Espagnole, et que celle-ci avait retrouvé toute sa tête, certainement grâce à ce qu'avait fait Lexy (elle était sûre que c'était la même chose que Gabi avait faite pour elle), la fille d'Apollon trouvait que la personnalité de la fille d'Aphrodite lui plaisait bien. Elle se révéla être intelligente, capable de s'adapter au monde nouveau, et de comprendre le fonctionnement de la voiture. Après quelques heures supplémentaires, Cecil se réveilla en réclamant une pause pour cause de besoin urgent. Et aussi parce qu'il avait faim.
- Il nous reste encore dix-huit heures, informa Lexy, assise sur un banc pour manger son sandwich.
- J'ai parfois l'impression que nous n'arriverons jamais, soupira Cassie, s'étirant pour la millième fois. C'est très désagréable d'être bloqués là-dedans sans pouvoir bouger.
- Je sais, mais nous n'avons pas le choix. La route la plus rapide pour Chicago prend trente-et-une heure.
- Plus une ajoutée par Até en nous faisant tourner en rond, râla Lou, dégustant sa salade avec appétit.
- Ouais. Et aussi celles de nos pauses, pourtant nécessaires si nous ne voulons pas devenir fous, renchérit Aporripse avant s'arrêter net.
Lexy et Thomas, mais aussi Gabi, lui jetèrent des regards en coin tandis que le fils d'Artémis se faisait tout petit. Dès qu'ils eurent fini, ils retournèrent tous aux toilettes et reprirent la route. Lou et Cecil devant. Chacun se reposait un maximum, surtout ceux qui faisaient des tournantes pour conduire, c'est-à-dire Lou, Thomas, Cassie et Lexy, Cecil n'ayant pas son permis et Aporripse et Gabi, indépendamment de cela, n'ayant jamais vu de voiture avant.
Ils finirent par arriver à bon port le lendemain vers onze heures, comme Lexy l'avait prévu, et cela sans plus aucun soucis, si ce n'est un petit monstre égaré par-ci par-là qui avait sous-estimé le groupe. Cecil avait eu le temps de guérir, et ils entrèrent tous dans les ruines du magasin de Médée avec une boule au ventre. Dans quel piège allaient-ils encore tomber ? Qui les attendrait là-bas ? Et surtout, quand allaient-ils ressortir ? C'est la tête emplie de questions sans réponses qu'ils firent face au premier imprévu.
