Pour les notes se référer au prologue.
Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.
~Chapitre 7~
Une si petite flamme.
Un chant d'oiseau, c'est ce qui réveilla Gabrielle en ce début d'après midi. Elle s'était confortablement blottie sous ses couvertures et la douce mélodie de l'animal l'apaisa encore un peu plus. Elle se redressa, ses cheveux autour d'elle n'étaient pas des plus soigneusement coiffés. S'étirant, elle tourna la tête et croisa le regard rieur de Linolen.
« Comment te sens-tu ? » Lui demanda-t-il doucement.
Elle ramena ses genoux contre son torse et posa sa tête dessus.
« On ne dira pas sereine mais presque… »
Sa voix était murmure et ses yeux verts étaient encore un peu rougis. Linolen se leva et s'assit sur le rebord du lit.
« Désires-tu aller te promener un peu ? Cela te fera du bien et nous pourrons ainsi parler un moment. »
Gabrielle l'observa, il lui sembla alors qu'il avait les traits tirés.
« Bien, je ne suis pas contre. Laisse-moi alors le temps de me vêtir et je te rejoins. »
Se levant, il frôla de sa main une des joues de l'elfine.
« Prends ton temps, je serai dans le jardin. »
Puis il sortit, la laissant seule. Gabrielle rabattit les couvertures et se leva. Ses pieds frôlèrent le sol frais, ce qui la fit frissonner. Doucement, elle passa dans le petit cabinet de toilette afin de se rafraîchir. Quand elle en ressortit quelques minutes plus tard, elle portait un peignoir et elle s'assit devant la coiffeuse. Observant son reflet, elle laissa ses mains parcourir son visage. Ses yeux portaient encore la trace des récents événements et son teint pâle accentuait les cernes qui s'y trouvaient encore.
*Accepter…* Pensa-t-elle.
Elle saisit une brosse et commença à coiffer sa chevelure brune.
*Je le dois mais c'est si dur…*
Les nattant à la mode elfique, — deux petites tresses des deux côtés de ses tempes qui allaient jusque derrière sa tête et se rejoignaient en une seule —, elle laissa le reste détaché ce qui n'était pas en son habitude.
Puis elle se leva et chercha du regard son sac pour y prendre une robe. Elle ne le vit nulle part mais ses yeux aperçurent une armoire. Elle secoua la tête en se dirigeant vers cette dernière qu'elle ouvrit.
*J'aurais dû m'en douter…*
A l'intérieur, on pouvait y trouver ses toilettes bien sûr mais aussi des tenues ajoutées par une personne qui connaissait très bien ses goûts.
*Arwen…*
Prenant une des étoffes, elle sourit et referma l'armoire en vue de la passer. Une fois fait, elle se regarda dans le miroir qui ornait un des murs de sa chambre. La robe était toute simple mais embellissait encore sa silhouette. D'un bleu pâle, elle était accentuée au niveau du décolleté par un bandeau de tissu bleu nuit. Les manches évasées étaient quant à elles taillées dans un léger voilage bleu. A son cou pendait son fidèle pendentif qui brillait dans la lumière du jour. En se regardant de nouveau, elle eut un vague sourire. Elle ne chaussa rien à ses pieds et se décida enfin à sortir.
Elle refermait la porte de sa chambre quand une voix la fit sursauter.
« Je vois que vous avez l'air mieux demoiselle. »
En se retournant, elle reconnut Aragorn qui avançait vers elle avec un sourire. Gabrielle le salua d'un mouvement de la tête.
« Oui, je dirais que ça va, même si ce n'est pas encore … »
Mais elle s'arrêta net dans sa phrase sous le regard perplexe d'Aragorn. Derrière lui, une silhouette se dessina et Gabrielle le reconnut aisément. Elle baissa la tête alors que ses joues s'empourpraient.
Ne comprenant pas cette réaction, Aragorn eut le réflexe de se tourner et aperçut à son tour la silhouette d'un elfe.
« Haldir ! Heureux de vous voir en ce jour ! »
L'elfe blond s'approcha des deux personnes et perçut mieux celle qui accompagnait le rôdeur. Il eut un mouvement de surprise et parut intrigué par la réaction de l'elfine.
« Aragorn. »
Il le salua avant de regarder Gabrielle qui avait toujours la tête baissée. Le regard d'Aragorn passait de l'un à l'autre sans comprendre.
« Je crois que vous vous connaissez non ? Demanda-t-il au bout de quelques minutes de silence.
- Effectivement, nous nous connaissons ou devrais-je dire, je connais cette demoiselle pour avoir entendu parler d'elle à de nombreuses reprises… Et pour autre chose aussi… »
La gêne de Gabrielle s'accentua, elle se souvenait très bien des événements et aussi de ses paroles blessantes prononcées quelques heures plus tôt à l'encontre de cette personne. Haldir sentit cette gêne et décida de passer outre.
« Mais nous n'avons pas encore eu l'honneur de nous présenter mutuellement. »
Elle tordait ses mains et ne relevait pas la tête. Quand Haldir tendit une des siennes vers elle et qu'il en prit une, elle osa enfin relever la tête. Le gardien de la Lórien serra cette main tremblante et dit :
« Je suis passablement rassuré de vous voir mieux Demoiselle.
- Gabrielle… répondit-elle d'une voix aussi tremblante que sa main, je me nomme Gabrielle.»
Haldir hocha simplement la tête, il savait bien qui elle était mais il n'en dit rien, la laissant se présenter.
« Demoiselle Gabrielle, je me nomme, pour ma part, Haldir, et permettez-moi de vous dire que vous êtes ravissante ainsi vêtue. »
Il porta à ses lèvres, la main de Gabrielle et doucement la reposa avant de la saluer et de faire de même envers Aragorn et de les laisser tous deux. Sur le coup, il n'avait pas réfléchit plus que cela à ses paroles et à présent, il se demandait bien pourquoi il les avait prononcés.
« Il n'a pas tort, vous êtes ravissante dans cette tenue, je retrouve aisément la marque d'Arwen dans ce style. » répondit le rôdeur en se tournant vers Gabrielle qui était encore rougissante et qui regardait en direction de la silhouette qui venait de disparaître de son champ de vision.
« Gabrielle ? »
Elle tressaillit en entendant son prénom et se tourna vers lui.
«Oui ? »
Un vague sourire passa sur les lèvres du rôdeur tandis que Gabrielle tournait de nouveau la tête vers le couloir où Haldir avait disparu.
« Je disais donc que… »
Mais elle le coupa soudainement.
« Excusez-moi Estel, je reviens. »
Elle le laissa là, perplexe, et se mit presque à courir dans la direction qu'avait prise Haldir.
oO§Oo
Elle marcha rapidement, empruntant le couloir pris par le Gardien. Elle regardait à droite et à gauche, un pan de sa robe dans une de ses mains, ses cheveux dansant sur son dos. Elle le trouva enfin, dans un endroit retiré où s'étendait un petit jardin. S'arrêtant net, elle hésita à poursuivre ne sachant pas comment aborder la chose.
Haldir avait senti sa présence et lui faisait dos. Sur son visage un petit sourire se dessina mais il l'effaça bien vite pour revêtir son masque d'impassibilité. Il attendait de voir comment elle allait réagir au vu de ce qu'il s'était passé entre eux. C'est une petite voix tremblante qui le fit se retourner :
« Pardonnez-moi. »
Elle se tenait là, les mains jointes et crispées, la tête basse. Quand Haldir se tourna pour lui faire face, il sentit une immense fragilité émaner d'elle. Il ne bougea pas, attendant la suite.
« Je sais que j'ai été terriblement impolie, ce n'est pas ainsi qu'on m'a élevée. Je ferais sans aucun doute honte à mes parents et encore plus à Cirdan. Mais je… »
Elle se tut soudain, encore plus gênée. Ces mots étaient si difficiles à prononcer en face de cette personne qu'elle ne connaissait pas !
« Je n'ai aucune excuse.» Murmura-t-elle.
Haldir leva son regard sur elle et resta un moment pensif, se souvenant des paroles du Seigneur Elrond.
« La peur la poursuit comme une ombre et il ne tient qu'à nous de l'aider à s'en débarrasser. D'une certaine façon, elle en est consciente mais quelque chose l'empêche encore d'avancer. Je voudrais l'aider tout comme ses amis mais tant qu'elle refusera certains événements, elle n'y arrivera pas. Je n'ignore pas que sa situation est dure, je n'ignore pas non plus à quel point elle souffre. Le contact des autres l'effraie au plus haut point. »
Pour lui, il devint évident qu'elle avait dû fournir un immense effort pour le suivre et lui présenter ses excuses. Il s'approcha alors doucement et répondit d'une voix calme.
« Je ne me formalise pas pour si peu demoiselle, n'ayez crainte. Je ne considère pas notre dernière entrevue comme un affront, je sais à présent que vous n'étiez pas dans… disons votre état normal. »
Cette phrase eut pour effet de faire rougir Gabrielle.
« État normal ou pas je n'avais pas à être aussi impolie. »
Haldir était à présent non loin d'elle. Il tendit la main et releva avec douceur son menton.
« Baisser la tête est signe de soumission demoiselle, et je suis sûr que ce n'est pas dans votre caractère que d'être soumise. Je vous le redis, je ne m'en formalise pas, chacun d'entre nous a sa zone d'ombre qu'il tient à cacher aux autres, vous comme moi. Allons, ne vous en faites pas, je ne suis pas de ceux qui s'emportent pour si peu. »
Haldir se prit à rougir lui-même, venait-il de dire une pareille phrase ? Lui qui avait la réputation de l'elfe le plus irascible de toute la Lórien ? Si ses frères le voyaient…
Il eut un autre sourire.
« Demoiselle Gabrielle, je vais vous laisser. »
Ses prunelles bleues rencontrèrent celles émeraude de l'elfine. Il put y apercevoir une toute petite lueur.
« Nous nous reverrons plus vite que vous ne le pensez, bonne journée. »
Il s'inclina devant elle et la laissa. Avançant dans le couloir, il s'arrêta soudain et se retourna. Gabrielle n'avait pas bougé, elle était toujours là. Il hocha la tête et repartit. S'il avait pu voir le regard de l'elfine, il aurait put y lire un grand nombre de choses.
« Baisser la tête est signe de soumission demoiselle, et je suis sûr que ce n'est pas dans votre caractère que d'être soumise. »
Cette phrase résonnait dans sa tête, elle ferma un instant les yeux et se perdit dans ses pensées. C'est une main sur son épaule qui la sortit de là.
« Gabrielle ? »
Elle se retourna au son de cette voix.
« Linolen ! J'allais te rejoindre justement. »
Le guérisseur des Havres Gris l'observa un instant.
« Tout va bien ? »
Elle prit un de ses bras, et dit :
« Très bien. Tout va très bien. S'il te plaît, allons marcher. »
Linolen opina sans rien dire et tous deux partirent en direction des jardins.
oO§Oo
Dans sa bibliothèque, Elrond observait depuis un moment à présent un couple qui marchait le long des sentiers de l'un de ses jardins. Les bras croisés, il paraissait serein de les voir ainsi. Quand Glorfindel le rejoignit, le Seigneur d'Imladris ne se tourna pas vers lui, continuant son observation.
« Elle semble aller mieux, non ? »
- Oui, elle le semble, mais est encore fragile. Cependant la voir ainsi me réjouit au plus haut point.
- Elle lui ressemble tant. Je ne pensais pas revoir un jour un tel regard.
- Oui mon ami, elle lui ressemble énormément mais pour ce qui est du caractère, elle reste semblable à Aradan.
- Est-elle au courant de sa filiation ?
- Non. Elle était bien trop jeune et immature à l'époque du départ de ses parents. Aradan avait une telle colère à l'encontre du Seigneur Celeborn qu'il avait choisit de ne pas lui en parler, ce qui ne plaisait guère à Laurelin d'ailleurs. J'ai souvenir d'une discussion avec elle où elle exprimait son incompréhension face au comportement de son époux qu'elle aimait pourtant tendrement.
- Cirdan ne lui a donc jamais rien dit. Ne va-t-elle pas mal prendre tout ceci quand elle l'apprendra ?
- A l'époque, les préoccupations étaient toutes autres, il fallait la soigner et l'aider à s'en sortir. Je regrette aussi profondément ces silences et j'espère qu'ils ne briseront pas sa confiance. »
Tous deux portèrent leur regard sur Gabrielle et Linolen qui parlaient paisiblement. Le reste de la journée passa tranquillement. Gabrielle quitta Linolen au bout de deux heures de bavardages et rejoignit son appartement encore un peu fatiguée. Il est vrai que sa fièvre n'avait pas encore totalement disparue et de plus une migraine se profilait aussi. Elle jugea préférable d'aller s'étendre un peu.
oO§Oo
En pénétrant dans ses appartements, elle vit que des fleurs avaient été déposées sur une petite table. Avec un sourire, elle les regarda, avant de se diriger vers une banquette et s'y allonger.
Elle était face à l'une des fenêtres et ainsi elle pouvait voir le paysage qui s'offrait à sa vue. Posant sa tête sur l'un des coussins, elle songea aux événements, oubliant le temps qui passait et surtout ne voyant pas le jour décliner.
Quand elle sortit de sa méditation, elle vit les étoiles qui fleurissaient déjà dans le ciel. Elle se releva brusquement.
« Le repas ! Je ne vais pas leur faire faux bon deux jours de suite non ? »
Précipitamment, elle se dirigea vers son miroir, remit de l'ordre dans sa coiffure et dans ses vêtements et sortit de chez elle en direction de la grande salle. Elle marchait dans les couloirs quand sa tête lui tourna légèrement. Elle s'était trop précipitée, ravivant ainsi sa migraine. Se rattrapant à un mur, elle s'arrêta et posa sa main sur son front. Elle ne tressaillit pas quand une personne la prit par la taille et la fit s'asseoir sur un petit banc qui se situait non loin.
« Demoiselle ? »
Gabrielle ne répondit pas de suite, sa tête lui faisant décidément trop mal. Une pression sur sa main libre s'accentua.
« Je vais finir par croire que tout mon être refuse que j'aille dans la grande salle. Murmura-t-elle.
- Peut-être que c'est sa façon de vous dire qu'il vous faut du repos ? »
Gabrielle rouvrit les yeux et rencontra le regard bleu d'Haldir. Elle eut un léger sourire.
« Toujours là, je constate.
- Ne vous avais-je pas dit que nous nous reverrions ? »
Gabrielle cligna des yeux avant de les refermer.
« Je vais vous ramener chez vous, je crois que c'est encore l'endroit où vous serez le mieux pour le moment. »
Mais il rencontra une volonté farouche. En effet Gabrielle n'avait aucune envie de retourner chez elle malgré cette migraine et le fait qu'elle ait encore un peu de fièvre.
« Non ! Je voudrais vraiment aller dans la grande salle. Avec les autres, entendre des chansons et sentir la chaleur.»
Haldir l'observa.
« Ce n'est pas raisonnable. »
Les paupières de Gabrielle clignèrent et elle se releva du mieux qu'elle put.
« Qui vous a dit que j'étais raisonnable ? »
Elle s'inclina en le remerciant et à pas lent reprit sa route. Haldir la regarda s'éloigner avant de prendre le même chemin qu'elle. Il y avait quelque chose chez cette jeune personne qui l'attirait et cela était bien au-delà de la mission que la Dame de Lórien lui avait confié.
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Gabrielle finit par arriver devant la salle, des bruits de conversations et de musique lui parvinrent aux oreilles. Elle s'arrêta à l'entrée et regarda à l'intérieur. Elle y vit Linolen en compagnie d'Adrhil en pleine discussion, Arwen près de son père et Aragorn non loin. Se trouvaient là aussi des gens de la Maison d'Elrond. Gabrielle n'osa pas entrer en voyant toutes ces personnes, pourtant elle les connaissait pour la plupart. Elle croisa enfin le regard d'Elladan. Ce dernier lui sourit avant de glisser un mot à son frère et de se lever. Derrière Gabrielle, Haldir arriva, il voulut l'inviter à entrer mais fut devancé par le fils d'Elrond qui lui offrit son bras. Quand ils pénétrèrent tous les trois, le silence tomba sur la salle. Elrond et Linolen se levèrent alors que Gabrielle, gênée, allait baisser la tête, quand un mouvement d'Haldir l'en empêcha.
« Pas soumise demoiselle. » Murmura-t-il.
Elle s'empourpra alors qu'Elladan la menait à la table de son père qu'elle salua avec un sourire. Elle fut installée près de lui et d'Arwen, non loin de Linolen dont l'expression du visage semblait sereine. Haldir s'installa à son tour, l'observant, il passa le reste de la soirée à épier le moindre de ses mouvements.
Elle passa doucement cette soirée au rythme des gens, des conversations, des musiques et des chants. Gabrielle parla, sourit et parvint même à se détendre. La fin de la soirée arriva, elle était près de Linolen et commençait à sentir une vague de fatigue l'envahir. Le guérisseur le sentit mais Gabrielle ne voulait pas partir, elle voulait encore entendre Elrond chanter.
« Têtue va… » Glissa-t-il alors qu'elle venait de sombrer dans le sommeil sur ses genoux. Linolen la souleva légèrement et la prit dans ses bras. Sous le regard d'Elrond, d'Haldir et d'Aragorn, il la ramena chez elle au calme. Il la coucha sur le lit et la couvrit avant de sortir, un doux sourire sur les lèvres.
