Disclaimer : Les personnages appartiennent à Kōhei Horikoshi.
Réponse aux review anonymes : On s'approche de la fin, et je suis super contente que ça te plaise toujours autant, Mio :D ! Ce chapitre-ci contient aussi son lot de fluff, saupoudré d'un peu d'humour :3
(Merci aussi beaucoup Momo pour tes deux reviews si détaillées qui m'ont fait tout chaud au cœur ;-;)
Note : Et nous arrivons enfin au vingt-cinq décembre, dernier jour couvert par cette histoire :) !
Bonne lecture !
Partie VIII - Ce jour terriblement extraordinaire
Le matin du vingt-cinq décembre, Tomura s'éveilla avec la même sensation que n'importe quel autre matin - l'esprit brumeux, mais content d'entamer une nouvelle journée quand même. Puis il se rappela la date, et il se rendit compte que c'était étrange - il était de bien trop bonne humeur, et bien trop reposé pour un jour de Noël. La pièce suivante s'emboîta juste après : il n'avait pas fait de cauchemars. Il tenta de se redresser, sentit un poids un peu étrange sur lui - il y avait un bras sur son torse…? Il se redressa, surpris. Enfin, le puzzle se révéla dans son ensemble, à la lumière du soleil qui entrait par la fenêtre : il s'était endormi à côté de Natsuo, et malgré la faible taille de son lit et les courbatures de ses muscles qui se faisaient déjà entendre, il avait très bien dormi.
Et alors qu'il observait le visage endormi de celui qui était responsable de son bonheur, une curieuse sensation naquit au creux de son ventre, dans les battements excités de son cœur : il avait hâte.
Tomura Midoriya, anciennement Shigaraki, avait hâte de se lever un vingt-cinq décembre.
Si Mirko lui avait dit ça un jour, il lui aurait ri au visage. Mais c'était indéniable, indiscutable. Il avait envie de sortir du lit, de réveiller Natsuo avec enthousiasme, de courir jusqu'à la chambre d'Izuku, voir s'il était debout et le lever si jamais, l'entrainer jusqu'au salon, et ouvrir les cadeaux - parce qu'il le savait, il en était persuadé, même si elle lui avait offert une carte Steam trois jours plus tôt, Inko avait forcément mis quelque chose pour lui sous le sapin. C'était comme ça qu'elle était - et pour une fois, juste aujourd'hui, il n'avait pas envie de s'en vouloir d'être le sujet de toute cette attention. Juste aujourd'hui, juste une fois, il voulait le mériter - ce n'était pas ça, l'esprit de Noël, quelque part ? Offrir et recevoir, recevoir et offrir ?
Il posa les yeux sur son petit ami - parce que c'était bien ça, la description de sa relation avec Natsuo, maintenant - et sourit en caressant du regard ses traits détendus.
Et il l'idée ne lui parut plus aussi stupide. Pourquoi est-ce qu'il ne ferait pas tout ça, après tout, s'il en avait envie ? La quête était acceptée - il se jeta hors du lit. Et il ne le regretta pas une seule seconde : la liste des récompenses fut largement à la hauteur de l'effort.
D'abord, Natsuo chercha une réponse logique à son enthousiasme.
"Y'a un nouveau jeu qui est sorti et tu m'as pas prévenu ? il baragouina à moitié ensommeillée.
- Non, c'est Noël !"
Juste son regard incrédule aurait suffi à ce que son idée débile vaille le coup, mais Tomura n'était pas homme à abandonner ses plans en plein milieu. Alors, il le planta là et alla remplir l'étape suivante : réveiller Izuku - qui ne comprit pas plus ce qui le prenait que Natsuo.
"Il lui arrive quoi ? demanda la voix endormie de son petit ami à son frère, derrière lui, alors qu'il s'élançait vers le salon.
- Quoi, c'est pas toi qui es responsable de ça ? s'étonna Izuku sur le même ton.
- Et par quelle magie j'aurais… Oh.
- …
- … J-joyeux Noël, Izuku.
- T-toi aussi…"
Tomura aurait bien ironiquement décerné la palme du meilleur détournement de conversation à Natsuo, mais il n'en menait pas plus large. Il avait rougi au moins autant que les deux idiots derrière lui - mais contrairement à eux, il avait la chance de n'avoir personne à côté pour le constater. Bon sang, il savait que quatorze ans, c'était déjà bien l'âge pour ce genre de sujet, mais pourquoi son petit frère était-il celui qui faisait le plus de sous-entendus sur sa relation avec Natsuo depuis le début ? On parlait d'Izuku, quand même !
Heureusement, Inko vint - encore - à son secours, en apparaissant à la porte du salon.
"Oh, bonjour Tomura ! Tu viens pour les… Boîtes ?"
Et il apprécia tellement sa délicatesse et sa sollicitude, comment elle se pliait toujours en quatre pour qu'il se sente le mieux possible, qu'il ajouta un objectif facultatif à sa quête.
"Les cadeaux, oui. Joyeuses fêtes, maman", il murmura et sa gêne des sous-entendus d'Izuku se mêla à celle de prononcer ces mots pour la première fois depuis de très longues années - un joli rattrapage, il devait l'avouer.
Et ce fut comme si elle s'était retenue tout ce temps - et c'était probablement le cas - parce qu'elle fondit en larmes.
"Tomura ne déteste plus Noël", elle sanglota.
Et visiblement, ce fut le signal pour un gros câlin familial, dans lequel il fut embarqué malgré lui - mais il ne protesta pas, même pas pour la forme. Aujourd'hui, c'était spécial.
Toshinori était toujours là, d'ailleurs - non pas que sa présence soit gênante dans la maison. Tomura avait appris la veille, au cours du repas, qu'il était professeur de sport dans le collège de son frère, et qu'il l'avait pris sous son aile, quand Izuku lui avait annoncé vouloir courir au marathon de charité de la ville l'an prochain. Depuis, il l'entraînait tous les matins, avant les cours, et c'était pour cette raison que son frère était toujours déjà parti quand il quittait lui-même la maison - non pas qu'il y ait vraiment fait attention. C'était comme ça qu'il avait rencontré Inko - qui s'était inquiétée de laisser son fils, dont la propension à se blesser en faisant du sport était au moins aussi incroyable que sa dernière sauvegarde de Skyrim, avec un entraineur personnel. Mais vu le regard admiratif de son frère, et le sourire de sa mère, tout semblait s'être arrangé.
Ouvrir les cadeaux était le dernier objectif de sa quête, et même si les récompenses qu'il avait reçues jusque-là étaient bien au-delà de ses espérances, s'arrêter avant l'étape finale aurait été une défaite. Alors, il entra dans le salon et posa les yeux sur un tas de cadeaux au pied du sapin - et contrairement à ce qu'il aurait cru, cette vision ne lui rappela que des bons souvenirs. Il y avait des tas de paquets, aux emballages plus colorés les uns que les autres - et Tomura eut une certaine fierté à se dire qu'il avait participé à cette pile. Ses cadeaux détonnaient un peu, d'ailleurs, parce qu'il ne s'était pas vraiment embêté les empaqueter - il avait pris des coffrets qui avaient déjà des rubans et un emballage plutôt sympa.
Inko fut la première à recevoir ses présents. En plus de la boîte de chocolats, qui ne manqua pas de la faire fondre en larmes - "Oh, Tomura…" -, Izuku et Toshonori s'étaient arrangés pour lui offrir un blender, qu'elle s'empressa d'installer sur le plan de travail de la cuisine. Il nota cette information dans un coin de sa tête, sur sa feuille de personnage : sa mère ne contentait pas de très bien cuisiner, elle adorait ça. Izuku fut certainement le plus gâté - le privilège des cadets, tout ça. En plus des chocolats - "Merci beaucoup, Tomura !", il eut droit à une tenue de sport toute neuve et vraiment stylée. Ils en tombèrent des nues, quand ils se rendirent compte qu'Inko l'avait faite à la main. Elle avait beau tenir un petit magasin de vêtements dans le centre-ville, Tomura ignorait qu'elle était douée à ce point - et une nouvelle information, une. Toshinori eut un jogging - dans les mêmes couleurs qu'Izuku, pour le plus grand bonheur de ce dernier. Quant à lui-même, il reçut une écharpe faite aussi par sa mère, grise et toute douce, presque identique à celle qui finit dans les bras étonnés de Natsuo - "Fallait pas, j'ai rien amené, moi…". Et puis, finalement, Toshinori s'avança pour lui donner une carte cadeau :
"Il paraît que tu aimes bien jouer à League of Legends, mais je n'en sais pas vraiment plus, alors je me suis dit que tu pourrais choisir toi-même ce que tu veux faire de ces Riot Points."
Il passa une main dans ses cheveux, gêné.
"Je ne sais même pas à quoi ils servent."
"C'est pour des cosmétiques", expliqua Natsuo, avant de se tourner vers lui. "D'ailleurs, le nouveau skin de Katarina te faisait pas de l'œil ?"
"Si ! s'exclama-t-il en attrapant la carte. Merci !"
L'homme lui fit un sourire équivalent.
Et Tomura se dit que cette quête événementielle avait été drôlement plaisante, de A à Z. Il lui mettait cinq étoiles sur cinq, avec un petit commentaire "Je la referais bien l'année prochaine".
Tomura avait oublié - il avait presque oublié.
Oh, ce n'était pas comme s'il n'avait jamais vécu cette période de l'année, comme s'il venait d'un endroit où Noël n'existait pas. Ce n'était même pas comme s'il n'y avait aucun jeu qui utilisait la neige et les chalets comme décor. Mais il y avait une différence entre toutes ces versions altérées de la réalité - ses souvenirs distants, ces graphismes sur son écran - et la réalité elle-même.
Et ça n'avait rien à voir.
La morsure du froid brûlait son visage, malgré l'écharpe - la grise et douce - qu'il avait remontée sur sa bouche et le bonnet qui couvrait son crâne ; son nez rougi le faisait renifler régulièrement, et le vent glacial ne cessait d'arracher des larmes à ses yeux. Les gants étaient de mise, tout comme ses habits chauds, même si ça ne suffisait pas vraiment. Mais Tomura n'avait pas envie de rentrer - il ne serait rentré pour rien au monde. Il ne pouvait détacher son regard de spectacle sous ses yeux, des flocons qui virevoltaient et tombaient là où l'envie leur prenait. Ce n'était pas comme s'il n'avait jamais passé d'hiver dehors, comme s'il ne sortait pas de chez lui en janvier, en février.
Mais c'était différent, là. Parce qu'on était en décembre.
Et la neige dansait devant les petits chalets de bois du marché de Noël. Les passants étaient nombreux, et le fond sonore était aux chansons de la fête et au rire. Dans l'air flottait une odeur de pain d'épice et de vin chaud.
Tomura ne pouvait ignorer l'étrange sentiment de joie dans son cœur. Parce que c'était beau, chaleureux, et qu'il avait presque oublié.
"Tu viens, ou t'as été stun ? s'amusa Natsuo en se plaçant juste devant lui.
- J'viens", il répondit - vexé.
Mais son petit ami n'avait peut-être pas tort, quelque part - il était si époustouflé par le tableau devant lui, qu'il s'était arrêté bêtement au milieu du chemin, comme s'il s'était pris un sort ou une compétence qui l'aurait empêché de bouger et d'agir. Natsuo n'était pas parti bien loin ; malgré les gants qui lui cachaient la chaleur et la douceur de sa peau, il lui tenait la main - et à défaut de réchauffer son corps, ça réchauffait son cœur.
Alors, il prit une grande inspiration, et l'air frais le fit tousser aussitôt - ah, merde. Natsuo éclata de rire, et il lui jeta un regard noir.
"Si tu continues de te payer de ma tête, tu feras la prochaine extension de WoW sans moi.
- Tu peux pas me trahir comme ça !
- C'est toi qui dis ça ?"
Natsuo se contenta d'avancer vers l'entrée du marché, un sourire encourageant aux lèvres - c'était vraiment un traître, à essayer de lui faire oublier son appréhension en le provoquant comme ça.
Les petits chalets, disposés des deux côtés de la rue principale, étaient comme une invitation à venir s'y aventurer. La simple arche, mais joliment décorée, à l'entrée, était la porte de cet espace hors du monde, et aussi hors du temps - combien d'années s'étaient écoulées depuis la dernière fois qu'il avait mis les pieds dans un tel lieu ? Un truc comme six ans, quasiment jour pour jour. Et alors qu'ils s'aventureraient entre les petits étalages, main dans la main, Tomura ne pouvait empêcher les mauvaises pensées de se former dans son esprit. Il avait sous les yeux tout ce dont il s'était privé, pour une raison qu'il n'arrivait toujours pas à trouver illégitime, ou fausse. Il n'avait toujours pas l'impression de mériter d'y être.
Natsuo dut sentir son désarroi, car il se mit en tête de l'occuper. Il lui proposa d'abord les stands de vêtements - mais il râla que rien n'était estampillé de ses jeux préférés - puis ceux de décorations - même problème. Ni les santons ni les produits rappelant Noël ne l'attirèrent plus - ce n'était pas parce qu'il supportait la fête, parce qu'il acceptait de cohabiter avec, qu'il était soudainement devenu absolument fou d'elle. Et lorsqu'il répliqua à Natsuo qu'il n'était pas venu faire ses courses face aux chalets de nourritures et qu'il vit ce dernier s'éloigner, il crut un instant que son petit ami l'avait laissé en plan au milieu du marché. Il n'aurait pas pu plus se tromper : il était simplement parti acheter deux tickets pour la petite patinoire qui terminait l'allée.
"Mais je sais pas patiner, Tomura déclara, interloqué.
- Oui, mais tu es le plus du genre à faire une occupation où tu peux être actif, comme un jeu, qu'une où tu es plus passif, comme balader ou regarder un film, alors ça va te plaire."
- Je vois que tu as bien réfléchi au sujet", il le taquina avec un sourire mesquin, pour cacher sa gêne - la meilleure des défenses était l'attaque, non ?
- C'est parce que je suis amoureux de toi", répliqua Natsuo sans détour - en rougissant quand même.
Tomura l'ignora pour récupérer une paire de patins. Ce n'était pas une défaite ni une fuite, mais une sage retraite stratégique, le temps que ses joues perdent les nouvelles couleurs qu'elles avaient décidé d'arborer - un jour, il se vengerait de son frère, et de toutes ses insinuations qui étaient forcément à l'origine de ses réactions corporelles.
Sa consolation fut, qu'effectivement, patiner était fun. Natsuo s'improvisa en professeur - même s'il n'était pas très bon lui-même. Il dut ravaler sa frustration d'être un total noob - il y avait une raison pour laquelle il préférait les jeux aux sports ! - mais une fois cela fait, c'était plutôt marrant, tout compte fait, d'être celui qui était moins bon. Et puis, ça avait l'air de plaire à Natsuo, vu son air enjoué, d'être celui des deux qui donnait des conseils à l'autre, pour une fois. Même s'il ne l'avouerait pas à voix haute, c'était aussi très galvanisant de se faire encourager et féliciter au moins progrès - et son petit ami était particulièrement enthousiaste.
Et puis, finalement, ils allèrent se poser sur un banc avec deux chocolats chauds fumants et deux crêpes à peine sorties des plaques de cuisson - sirop d'érable pour lui, Nutella pour Natsuo. C'était débile, d'ailleurs, puisqu'ils seraient attablés pour un grand repas de fête dans une heure, mais Tomura avait décidé que ça en valait la peine - et surtout, son petit ami méritait bien un peu de réconfort pour se préparer à l'épreuve qui l'attendait.
Natsuo soupira - et il sourit en voyant la condensation qui s'échappa se sa bouche.
"Ça va ? il lui demanda.
- J'ai pas vraiment envie de voir… Tu sais qui."
Ils avaient un peu parlé de son père, depuis samedi, lorsque son petit ami avait fini par lui expliquer les raisons de son comportement, et de s'en excuser, par la même occasion. Tomura savait déjà pas mal de choses - sur ce qui leur était arrivé, et sur tous les efforts du paternel, que Natsuo avait choisi d'ignorer jusque-là.
"Mais j'ai l'impression qu'il est sincère, qu'il essaie vraiment de s'améliorer, et ça me ferait chier de devenir moi-même le connard de l'histoire.
- Toi ? Ça arrivera jamais, Tomura affirma avec conviction - aucune chance.
- Même si je doute de pouvoir faire pire, et qu'une part de moi pense qu'il le mérite", reprit son petit ami.
Natsuo lui fit un sourire un peu triste.
"Je sais que c'est pas exactement pareil mais… Te voir faire tous ces efforts, ça m'a donné envie d'essayer… De le pardonner. Ou d'arrêter de lui en vouloir autant, au moins. Pour Fuyumi, pour Shoto… Mais aussi pour maman. J'ai pas envie d'être le seul bloqué là-dedans."
Il baissa la tête.
"Enfin, c'est déjà le cas, visiblement…" il ajouta, un peu amer.
Tomura passa une main dans son dos.
"Mais malgré ça, je sais pas comment faire, je… soupira Natsuo, défait. J'y arriverai jamais."
Il eut un silence. Tomura, de son côté, ignorait comment le réconforter - il ne maîtrisait pas les mots comme Mirko, et tout sonnerait trop vide. À moins que…
"T'avais dit pareil, pour le rang Argent sur LoL, et l'Or sur Overwatch. Ou pour ce boss de raid dans WoW", se moqua presque Tomura.
- C'est pas pareil ! J'étais pas tout seul ! Tu m'as aidé ! Tu-"
Et Tomura vit exactement le moment où il comprit, où sa colère et sa tristesse laissèrent la place à de la surprise - "Oh." - puis à de la reconnaissance.
"Alors toi…" rit Natsuo.
Et puis deux bras vinrent l'entourer, manquant de faire tomber sa crêpe - mais il accepta l'étreinte avec joie.
Si se disputer avec Hana dans cette voiture avait été la pire décision de sa vie, prendre le parti de se racheter en rendant ses proches heureux plutôt qu'en se punissant lui-même était peut-être la meilleure.
En tout cas, ça marchait terriblement bien.
Un chapitre plutôt court (le plus court depuis le début, en fait xD), le dernier avant les grosses fêtes et la conclusion de cette histoire :3
En passant j'espère que le changement de ton entre la première et la deuxième partie n'était pas trop violent o_o J'm'en suis pas rendue compte sur le coup, mais à la relecture, ça m'a fait tout bizarre x)
Merci beaucoup d'avoir lu, et on se retrouve mercredi pour l'ultime chapitre de cette fiction 3 ! (Et dimanche pour les bonus !)
