Eh bien, bonjour. Et pardon. Je reviens un peu tard, et sans vraies excuses en plus. Mais cette histoire n'est pas encore abandonnée, je peux au moins vous affirmer ça. Je soigne mon chapitre, et j'avance maintenant à un rythme d'escargot.
Je remercie tous ceux qui ont lu, commenté, favorisé et suivi tandis que je fuyais lâchement ffnet. Je ne vous dis pas "à bientôt" pour ne trahir aucune promesse, et je vous souhaite une bonne lecture.


Plus d'un mois depuis le récit de Rogue avait passé à Poudlard, meilleure école de sorcellerie en Grande Bretagne et au monde, au moins d'après les sorciers britanniques. Véra Claythorne, qui ne connaissait d'autre école que les quelques établissements anglais ordinaires -moldus, disait-on ici- qu'elle avait fréquentés comme élève puis comme assistante, n'avait aucune raison de douter du prestige de son nouveau poste. C'était, assurément, une école de sorcelleries. Avec professeurs (collègues), élèves (indisciplinés), fantômes (morts), salles de classes, bibliothèque, salle des professeurs, dortoirs, salle commune, parc, forêt interdite (appelée Forêt Interdite), lac écossais et calamar géant. Et dans cette école de sorcellerie, enseigner l'étude des moldus n'était pas une tâche ingrate. N'était pas non plus tout à fait dépourvu d'intérêt, donc, les récits du fantôme des cachots, ancien directeur de Poudlard, ancien Mangemort, ancien espion au service de Dumbledore et de l'Ordre du Phénix, ancien élève harcelé, éternel amoureux éconduit, et toutes ces choses qui font un fantôme. Un mois cependant n'avait pas suffit à Véra pour écouter le récit d'une vie si remplie. D'autant qu'elle avait en priorité le soin de ses cours et de ses élèves à prendre.

Parmi ces élèves, quelques-uns lui avaient causé du souci : Mortimer-Smith, Préfet en Chef de Serpentard, grand jeune homme maigre et roux de dix-sept ans, qui après une mise au clair était devenu un allié discret et efficace auprès de ses plus jeunes condisciples, était le plus mémorable. D'autre, comme Mordale, garçon au teint sombre et aux cheveux noirs et bouclés, Préfet sagement rebel de Serpentard, et Phucket, large et bruyant Gryffondor de quatrième année, continuaient de causer des problèmes au corp professoral tout entier. C'était l'objet du conciliabule qui se tenait dans la petite salle derrière l'estrade de la Grande Salle, autour d'une tasse de quelque chose.

_ Phucket est un bon garçon. Et un véritable Gryffondor. Oui, il est sanguin. Si Mordale cessait de le provoquer…
_ Hector, pour la dernière fois, aucun d'entre nous n'a jamais vu Mordale provoquer de quelque façon que ce soit ni Phucket ni aucun de ses camarades.
_ Bien sûr, Mordale est aussi Serpentard que Phucket est Gryffondor…

Je vous dis merde, Hector. Véra poussa seulement un profond soupir. H. Cornabav, professeur de Potions, n'était pas tout à fait impartial. Si les remontrances de la Directrice avait calmé un temps ses ardeurs belliqueuses, cela n'avait pas duré. Hélas. La directrice, justement, apostropha sèchement le gros homme chauve, sa tasse de quelque chose amélioré dans la main :

_ Hector, très cher, il me semble avoir déjà discuté avec vous des qualités respectives des maisons de Poudlard, et de leur impact sur notre façon de gérer la discipline dans les couloirs du château.
_ Oui Minerva.
_ Parfait. Vous superviserez donc la retenue de Phucket. Archibald, je vous laisse le soin d'en informer le garçon.

Archibald Protéus, professeur de Métamorphose et directeur de la Maison Gryffondor, acquiesça avec un grand sourire. Archibald était le sorcier le plus souriant qu'avait rencontré Véra.

_ Minerva, Mordale a…
_ Si ça ne vous ennuie pas Minerva, l'interrompit Véra, je souhaite m'occuper moi-même de Mordale.
_ Vous-même ! Mais on a déjà vu le succès de vos méthodes !

Les portraits et les murs avaient déjà entendu cette conversation des dizaines de fois. Véra tourna le dos à Hector, sans se soucier des règles d'élémentaire politesse. Elle entendit bien une protestation indignée, mais n'en avait cure : elle était devenue très bonne à ignorer délibérément des choses. C'était une capacité utile, dans un vieux château magique rempli de choses bizarres et effrayantes, comme des portraits qui parlent ou des fantômes d'adolescents qui demandent à assister à vos cours. Sans compter les bagarres d'enfants, qui impliquent des oreilles transformées en chou-fleur ou des nez transformés en trompette. Quand la journée était bonne. Elle s'approcha de Neville et Pomona, qui discutaient du nouvel aménagement de la serre numéro trois.

_ Ah. Je regrette le calme de la première semaine.
_ Vraiment ? Je ne me souviens pas que votre première semaine ait été calme.
_ Crivey a assisté à mon cours ce matin.

L'aimable sourire de Neville s'affaissa, les yeux de Pomona brillèrent.

_ Vous vous y habituerez.
_ Je ne crois pas, et je ne l'ai même pas connu. Comment faites-vous ?
_ Pourtant, vous vous entendez plutôt bien avec les fantômes, en général, répliqua brusquement Neville.

Bon. Véra n'avait pas envie de se disputer avec le jeune homme. Elle n'aimait pas particulièrement les fantômes, pourtant, et il n'y avait guère que celui des cachots avec qui elle s'entretenait régulièrement, mais c'était un peu le fantôme de sa Maison, donc c'était normal, non ? Est-ce qu'Archibald ne parlait pas régulièrement avec Nick Quasi-sans-tête, et Pomona avec le Moine Gras, et Filius avec la Dame Grise ?
Non. Bien sûr que non. Sa situation personnelle était atypique. A bien des égards.

Pomona eu la délicatesse de ne pas laisser s'appesantir le silence désagréable qui s'installait.

_ Les citrouilles poussent bien. Nous aurons une bonne récolte pour Halloween, Hagrid en est déjà ravi.

Halloween viendrait dans quelques semaines encore, mais c'était un sujet de conversations sans grands risques. N'est-ce pas ?

_ Est-ce qu'il y a une coutume pour Halloween, à Poudlard, dont je ferais mieux de m'informer au plus tôt ?

Véra était dans son bureau, des tas de parchemins roulés devant elle, une coupelle remplie de biscuits dorés à portée de main, quand un coup discret se fit entendre à la porte.

_ Entrez Mordale.

Mordale entra, se glissant dans la porte entrebâillée.

_ Vous m'avez fait convoquer professeur.
_ En effet. A propos de votre comportement de ce matin, avec Phucket.
_ Je n'ai rien fait professeur. C'est lui qui m'a bousculé.

Il avait l'air élégant et faux jeton comme un chat. Malheureusement il était sans doute sincère. Véra mit de côté la copie qu'elle était en train de corriger (« … c'est pourquoi les moldus ont besoin d'électricité, alors que… ») et se pencha en avant.

_ Je vais être claire. Je me fiche de qui commence ou de qui finit. Vous ne vous approchez plus de Phucket. Vous ne regardez plus Phucket. Vous ne vous faites plus insulter par Phucket. Vous ne vous faites plus bousculer par Phucket. Poudlard est un grand château, et Phucket n'est ni dans votre Maison ni dans votre promotion. Vous vous débrouillerez. Est-ce que c'est compris ?
_ Oui professeur.
_ Bien. Retournez dans votre salle commune.

Rogue entra par le mur en même temps que l'adolescent sortit (par la porte).

_ Vraiment ?
_ Oui. Vous voudrez bien y veiller ? Avec l'aide de Sir Nicholas, peut-être ? Ou du Baron Sanglant ?
_ Par Merlin. Vraiment.
_ Ne soyez pas ridicule. Je n'allais pas le mettre en retenue pour avoir été bousculé, si ?

Véra bascula son fauteuil en arrière, enfournant un biscuit entier dans la bouche.

_ Alors, j'ai droit à une nouvelle histoire avant le dodo ?

Elle avait pris ses aises avec ce fantôme. Peut-être que le fait qu'il soit adulte, et qu'il lui ait raconté son adolescence, aidait. Elle fit une grimace en repensant à ce matin.

_ Cette perspective n'a pas l'air de vous réjouir, pourtant.
_ Pardon, je pensais à Crivey. Il est venu ce matin. Où était-il, les premiers jours ?
_ Nous l'avions prié de se faire discret, par égards pour les vivants. Ce qui de toutes façons n'avait jamais été son fort. Il était là, mais vous n'y aviez pas prêté attention.
_ Non, il était dans la masse des fantômes, pour ainsi dire.
_ Vous l'auriez remarqué, si vous l'aviez connu. Je peux vous assurer que vos collègues plus anciens ne voyaient que lui. Et les élèves les plus âgés aussi.
_ Cette école est vraiment glauque.

De fait, Poudlard était glauque. Depuis que Véra avait mit un mot sur son malaise, il ne faisait qu'augmenter. Elle ne voyait plus que les murs trop neufs, les fantômes aux yeux brillants et les vivants aux regards parfois vides. Il y avait les tremblements de Neville, les tasses de Minerva, et les potions de Sommeil Sans Rêves que demandait Mortimer-Smith pour ses camarades.

On lui avait confié ce poste pour qu'elle améliore ces choses. Etudier les Moldus n'y changerait rien.