28 décembre

La température était encore glaciale le lendemain lorsque Marinette arriva chez Adrien, un sac de bonnes choses à la main.

Il faisait bon à l'intérieur mais ils s'enfouirent tout de même sous la douillette du lit d'Adrien ramenée sur son divan, pour découvrir un jeu après l'autre, un saladier de pop-corn gigantesque entre eux.

Le premier jeu qu'ils testèrent ensemble était une suggestion d'Adrien.

Il avait visé plutôt juste en pensant que toutes les rigolotes danses de la victoire que faisaient les personnages à la fin de chaque face-à-face lui plairait.

En fait, elle riait aux larmes chaque fois et il était ravi à chaque fois de l'entendre. Cependant, il déchanta un peu en réalisant que même à ce jeu qu'il connaissait très bien et qu'elle découvrait pour la première fois, il ne lui avait fallu qu'une demi-heure pour prendre le contrôle de ses personnages et s'approprier les combos avec efficacité.

Après une heure de jeu, elle gagnait et il perdait.

«On peut passer à autre chose si tu préfères.» suggéra-t-elle. «Ces personnages sont amusants mais ce n'est pas plus drôle pour moi de gagner tout le temps que pour toi de perdre.»

«D'accord, essayons un des tiens.» accepta-t-il.

Il changea la source de l'image de son écran pour une provenant d'une autre console et inséra le disque que Marinette avait apporté. Elle avait également trouvé un code triche sur internet qui fit en sorte qu'après le premier niveau où elle apprit les rudiments des combats à Adrien, ils purent passer directement à l'étape des combats contre les grands boss.

Les échanges étaient intenses, épiques et les victoires éclatantes. Plus d'une fois, ils levèrent le bras pour frapper dans la paume de l'autre et se féliciter avec une synchronisation complice.

Mais au bout d'une heure, ils en avaient fait le tour et plutôt que de proposer un nouveau jeu qui les opposaient, Adrien choisit plutôt un jeu en ligne où ils pouvaient faire équipe pour atteindre une cible.

«Ouh! C'est violent par contre.» sourcilla Marinette même s'ils avaient l'avantage au combat.

«C'est vrai.» grimaça Adrien. «C'est classé treize ans et plus mais tous ces cadavres ce n'est pas du meilleur goût, même s'il n'y a pas de sang.»

«Je peux te proposer quelque chose de complètement différent de tout ça?» proposa-t-il à la fin de leur première partie. «Sauf si tu veux qu'on fasse tout de suite ta prochaine proposition pour garder les tours...?»

«Non» sourit-elle «Autant y aller avec l'inspiration du moment!»

Lorsque l'écran montra la caméra du nouveau jeu qui descendait du ciel vers la terre pour afficher les personnages qu'ils venaient de créer, leurs avatars se retrouvèrent dans une forêt dense composée d'arbres pastels.

«Je vais passer le didacticiel si ça ne te dérange pas et te guider plutôt, qu'est-ce que tu en penses?» offrit-il amicalement.

«Aucun problème pour moi.» lui assura-t-elle.

«Ok, alors. On commence par utiliser nos haches pour couper des arbres et dégager un espace.» expliqua-t-il.

«Compris!» acquiesça-t-elle aussitôt.

Ce jeu leur plu tellement qu'ils y restèrent pendant plusieurs heures.

Leur collaboration roulait à merveille et leur partie était fructueuse même s'ils n'étaient pas un travail d'équipe habituel pour eux.

Lorsque Ladybug faisait équipe avec ChatNoir, il lui laissait le leadership du combat et chaque fois qu'il réclamait qu'on suive son idée, Ladybug se rendait normalement compte ensuite (parfois en parlant avec Tikki) qu'il le faisait pour la protéger.

Même s'il arrivait certaines fois où elle faisait une erreur de jugement auquel il s'opposait ou qu'un détail lui avait échappé et qu'il le lui pointait, ChatNoir le faisait toujours avec respect et délicatesse. C'était une façon de faire qui s'était installée entre eux sans difficulté.

De son côté, Adrien découvrait ce jour-là que prendre le rôle de leader n'était pas aussi naturel chez lui. Marinette le trouvait doué et lui assurait qu'elle aimait bien son rôle d'exécutante mais il n'avait jamais réalisé tous ce qu'un meneur devait prendre en considération en guidant ses assistants.

L'objectif, les forces possédés, les difficultés de parcours, les orientations choisis pour la partie... Le rôle d'assistant, c'était des vacances en comparaison.

Mais autant pour l'un que pour l'autre, ce jeu et ce travail d'équipe différents furent très stimulant et agréable.

Ils s'endormirent pratiquement la manette entre les mains en fin d'après-midi et ne se réveillèrent qu'en soirée lorsque Plagg vint tapoter son épaule pour réclamer du fromage.

Adrien était si bien. Si inhabituellement confortable. Normalement, cette chambre lui donnait l'impression d'avoir été oublié seul dans l'espace. Mais affalé sur son divan, bien au chaud dans un nid de couverture, le jeu oublié diffusant toujours une petite musique douce et répétitive, l'odeur du pop-corn et la présence de Marinette tout contre lui. Il avait l'impression d'être ailleurs. Dans un endroit qu'il pouvait trouver agréable.

Décidément, cette fille avait quelque chose de magique. Elle transformait sa vie et y ajoutait de la couleur. Il se félicitait d'avoir eu l'audace de lui demander de passer les fêtes avec lui.

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La nuit fut aussi froide que la précédente et s'annonçait aussi inutile.

ChatNoir retrouva donc Ladybug avec deux gobelets de café et la couverture qu'elle lui avait offerte sur un toit près du carrefour de l'Étoile.

Elle prit le gobelet de café que la main de ChatNoir lui tendait courtoisement avec un sourire de reconnaissance.

Ils se rendirent sur l'Arc-de-triomphe où ils avaient une large vue sur toutes les routes qui y convergeaient.

La vie à leurs pieds était palpitante et constante comme la marée.

ChatNoir retira la couverture qu'il transportait passée derrière son cou et la déroula pour en couvrir leurs épaules à tous deux.

«Tu passes de belles fêtes?» demanda-t-il le premier.

«Oui.» répondit Ladybug avec assurance «Inhabituelles et peu traditionnelles mais très agréables. Et toi?»

«Les meilleures de ma vie!» fit-il sans hésitation et une joie extatique.

Elle tenta de lui donner un coup de coude pour lui reprocher son flirt mais son coup était uniquement joueur et ne visait aucunement à le blesser.

«Hé» protesta-t-il pour la forme.

«Tu ne pourrais pas être sérieux pour une fois! Je t'ai simplement demandé si tu passais un bon congé et toi tu sens le besoin de noyer le poisson en te moquant de moi!» lui reprocha-t-elle.

«Je ne moque pas de toi!» s'indigna ChatNoir. «Pourquoi tu crois ça?»

«Tu n'as pas dit ça pour charmer peut-être? Chaque fois que tu le peux, tu me lances des phrases d'accroches douteuses! On est une équipe, on devrait se traiter l'un l'autre comme des égaux et toi, tu fais constamment de moi une cible à atteindre!»

«Je suis pas si macho!» maugréa-t-il un peu blessé qu'elle le voit de cette manière. Elle exagérait tout de même! Il ne flirtait pas en permanence.

«Ok. Alors explique-toi. Pourquoi est-ce que tu continues encore à flirter avec moi?» lui donna-t-elle une chance.

«Bien déjà parce que j'adore quand tu me réponds et ensuite, parce que lorsque je te fais un compliment, il est toujours sincère.» se défendit-il.

«Je ne te crois pas.» l'informa-t-elle simplement entre deux gorgées de café après un silence. «Je n'y crois pas à tes compliments.»

«Je ne t'ai jamais menti.» lui assura-t-il. «Je ne joue pas de jeu pour obtenir quelque chose de toi!»

«Ce n'est pas ce que je veux dire... Ce que je veux dire c'est... peut-être que tu me trouves courageuse mais moi, je ne vois pas ça en moi. Donc, je te vois comme quelqu'un qui ne sait pas du tout de quoi il parle ou qui regarde la vie avec des lunettes roses qui montrent les choses mieux qu'elles ne le sont en réalités.»

«La vérité est dans l'œil de celui qui regarde.» cita-t-il. «Si je te dis que tu es la plus belle, je ne parle pas au nom du reste de la population. Je te le dis en mon nom personnel et ça n'engage que moi mais, il n'en reste pas moins que je suis sincère.»

«Je suis trop petite, j'ai les cheveux noirs et ternes, je n'ai pas beaucoup de poitrine et mon visage n'a rien d'intéressant.» contra-t-elle «Tout au plus, l'avantage qu'i être aussi commune et terre à terre c'est que je peux me camoufler dans la foule et que personne n'irait s'imaginer qu'une fille aussi ordinaire que moi soit une super-héroïne.»

«Hum Je ne ferai aucun commentaire sur la poitrine d'une lady mais, je ne me gênerai pas pour contredire tout le reste!» assura le héros à ses côtés avec incrédulité. Avait-elle tant de mal à prendre un compliment? Depuis combien d'année se laissait-elle bourrer le crâne par des concepts de beauté aussi idiots?

«D'abord, tes yeux. Ce sont les plus vastes que je n'ai jamais vu. Ils sont fascinants et grandioses. Et on pourrait aussi utiliser les même qualificatifs pour toi. Tu es fascinante et grandiose chaque fois que tu atterries sur un toit pour venir en aide aux gens. Je ne sais pas qui t'a mis en tête que tu avais une apparence quelconque mais c'est totalement faux. Laisse-moi te donner un avis totalement masculin, sans aucune considération pour notre travail d'équipe ou pas personnalité : Tu déchires!» assura-t-il sans modération.

Elle le regarda bouche bée et incrédule en oubliant sa surveillance et en se tournant complètement vers lui, la mâchoire ouverte.

«Tu as un corps époustouflant, la grâce de ta démarche rend l'attitude des filles aguicheuses vulgaire lorsqu'on les compare avec la tienne et ton sourire fait fondre et bafouiller les hommes. Tu peux me croire, ce n'est pas pour rien que j'ai été choisit pour travailler avec la créature de rêve que tu es, c'est parce que j'ai de l'entraînement pour me retenir et me contenir.» affirma-t-il avec le plus grand sérieux.

Ladybug ne revenait carrément pas d'entendre tout ça. Le pire c'est qu'elle attendit pour savoir s'il se moquait d'elle et qu'après deux minutes d'observation, il semblait toujours sincère. Il croyait à chaque syllabes qu'il venait de prononcer et cela étourdie plus encore la jeune femme à qui il s'adressait.

«Il fait froid ce soir, tu ne trouve pas?» changea-t-elle tout à fait de sujet parce qu'elle ne savait pas comment prendre tout ça.

C'était trop. Trop flatteur pour qu'elle puisse le gérer.

Elle était certaine d'une chose par contre, en aucune façon, elle ne voulait poursuivre cette discussion avec lui. Si ce sujet était une joute verbale, ChatNoir venait de la battre à plate couture aussi sûrement qu'elle pouvait étendre un néophyte à Ultimate Mecha Strike 3.

Apparemment, ChatNoir pouvait éteindre ses arguments avec une facilité déconcertante.

«Oui, c'est étrange pour Paris.» approuva-t-il avec sérieux et simplicité comme si leur conversation précédente n'avait pas été si intense.

Au milieu des lumières de Paris, les deux héros poursuivirent leur conversation en parlant de leur ville, de ce qu'ils y avaient vu en tant que protecteurs tout autant qu'en tant que jeunes gens ordinaires et citadins.

Ils s'apprêtaient à se séparer pour aller faire une dernière longue tournée de la capitale avant d'aller retrouver la chaleur de leur lits respectifs lorsque des sirènes de police tranchèrent sur les bruits routiniers de la ville.

Une poursuite? En plein carrefour achalandé! Comment était-ce possible? En regardant vers la source de l'action, ils aperçurent une moto qui fonçait à toute allure, laissant les voitures de police loin derrière.

Les héros se sentirent blanchirent sous leurs masques. Pouvoirs magiques ou non, ils étaient à pieds eux! Et cette moto venait de passer près d'eux en quelques clignement de paupières malgré la circulation.

Ladybug attrapa son yoyo et le montra à ChatNoir. Lui disant ses plans sans mot.

«Un hélicoptère, faite que ce soit un hélicoptère!» pria ChatNoir du bout des lèvres.

«LUCKY CHARME!» s'exclama l'héroïne en recevant dans les bras un jet-pack dorsale rouge à pois noirs qui s'était matérialisé dans les airs.

«Tu sais conduire un hélicoptère?» fit Ladybug mi-incrédule, mi-impressionnée.

«Juste sur simulateur.» admit le héros.

«Tu sais t'accrocher?» demanda-t-elle encore avec un sourire complice cette fois, en bouclant les harnais.

«Y'a pas meilleur que moi!» affirma-t-il cette fois-ci en l'enlaçant.

«Alors, on met les gaz!» lança-elle.

«Les deux boutons à la fois.» conseilla ChatNoir.

«Je sais, je sais.» rejeta Ladybug malgré la vague de panique qui était venue et repartie en elle. C'était tout de même la première fois qu'elle portait une telle chose.

L'engin était plutôt facile à contrôler. Et rapide! Même avec le poids de deux personnes, ils réussirent à combler l'avance du motocycliste, dirigeant leurs corps en symbiose dans l'air.

«T'es prêt Chaton?» demanda Ladybug pour donner le signal.

«Pour toi? Toujours ma Lady! Cataclysme!» lui répondit son partenaire en étirant sa main droite vers le sol.

L'héroïne relâcha doucement sa pression sur les manettes en se plaçant au-dessus de la moto.

ChatNoir attrapa le col de la veste de cuir du fuyard d'une main et détruisit le moteur de l'autre et pria pour que ses jambes croisées très hautes dans le dos de sa partenaire ne glissent pas vers ses hanches jusqu'à se faire griller par les réacteurs.

Les automobilistes évitèrent sans dommage les restent calcinés de la moto et les héros atterrirent avec leur proie.

Les sirènes annonçaient au loin l'arrivée de la police qui embarqua le criminel.

L'un des chefs de section vint remercier les héros chaleureusement et satisfaire leur curiosité. «Ce type est un arnaqueur et un salaud de première. Il séduisait des femmes riches avant de les enlever contre une rançon s'il ne parvenait pas à leur voler leurs économies. Mais, c'est bien finit grâce à vous!»

«On a pas fait grand chose!» protesta modestement Ladybug.

«Tant que vous le garder derrière les barreaux, on est contents!» reprit ChatNoir. «Et on a eu l'occasion de faire une jolie balade!»

«Bien joués!» se félicitèrent-ils d'un coup de point.