— Il est hors de question que vous vous rendiez sur le terrain, Morgenstern ! Vous êtes bien trop impliqué.
Jace voulut répliquer qu'il n'était pas un Morgenstern, mais se ravisa. Ça ne changerait rien concernant Alec et il était devenu sa priorité absolue. Hors de question de ressasser les derniers événements, il n'avait pas le temps de laisser la culpabilité l'envahir.
Par sa faute, des dizaines de créatures obscures étaient mortes sous le pouvoir de l'épée.
À présent, il devait sauver son parabatai.
Ça ne rachèterait pas les vies perdues, mais s'apitoyer non plus.
— Je suis le shadowhunter le plus fort de cet Institut, vous ne pouvez pas me mettre sur la touche.
— Au contraire, je le peux et je le fais… Les accords vont voler en éclats par votre faute. Le monde obscur ne laissera pas la perte des leurs impunie.
— Mais on a capturé Valentin. On a prouvé notre loyauté, répliqua-t-il en sentant la colère monter en lui.
— Rentrez dans le rang, et nous en reparlerons…
Sans plus de cérémonie, l'inquisitrice repartit en direction des cellules pour reprendre l'interrogatoire de Valentin. Là non plus, il n'avait pas le droit d'intervenir… Il serra les poings et grogna de frustration avant de repartir au chevet d'Izzy.
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Magnus réapparut dans l'environnement qui lui était si familier. La traversée du portail s'était faite en douceur et seul un léger mal de crâne faisait écho au voyage.
Il se pencha aussitôt sur Alexander et fut rassuré de constater qu'il allait bien. Il était inconscient certes, mais juste assommé. Le reste de ses blessures étaient superficielles. Il s'en remettrait vite.
Il poussa un soupire de soulagement et se tourna vers la petite fille qui dévisageait l'homme à terre avec une inquiétude non dissimulée.
— Ne t'en fais pas, Sucre d'orge, il va bien.
Un léger sourire vint égayer le visage de la petite métisse, rassurée de l'état de santé de son papa.
— J'ai mal à ma tête, avoua-t-elle ensuite.
— C'est normal mon cœur, je t'en avais parlé, tu te souviens ?
La petite fille de six ans hocha la tête positivement en réponse.
— Va te reposer un peu, d'accord ma puce ? Est-ce que tu as faim ?
Une réponse, négative cette fois et la petite fille se dirigea vers la chambre qui était la sienne non sans un dernier regard triste vers Alec.
Une fois que l'enfant eut quitté la pièce, l'Asiatique entreprit de déplacer son compagnon pour l'installer plus confortablement, sur le lit, en attendant son réveil. La tache fut plus ardue que prévue et il se retrouva bien vite haletant et transpirant sous l'effort.
L'homme avait beau être tout en finesse, il était grand et musclé ce qui rendait son corps bien plus lourd qu'il en avait l'air de prime abord.
Après avoir repris son souffle, enfin, le plus vieux se pencha sur l'homme endormi et repoussa une mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux.
— Réveille-toi, chaton ! Je veux être sûr que tu vas bien, s'il te plaît, pria-t-il en observant minutieusement chaque millimètre de peau du jeune homme comme s'il pouvait y trouver une réponse.
En réponse, Alec fronça les sourcils, grogna et gigota. Bien vite, ses yeux clignèrent rapidement avant de s'ouvrir enfin.
Il resta un moment, hagard, à observer la pièce comme s'il se demandait où il pouvait bien être. Puis, lentement, ses iris incroyables se posèrent sur lui.
Magnus força un sourire pour accueillir le réveil de son amant, mais le regard interrogateur et perdu du jeune homme le fit tressaillir de crainte.
— Comment te sens-tu ?
Alexander se redressa pour s'asseoir dans le lit et se pinça l'arrête du nez. Il l'observa avec minutie et concentration avant de froncer une nouvelle fois les sourcils.
— M… Magnus ?
Dans le ton de sa voix, l'Indonésien entendit une demande de confirmation et son cœur se serra douloureusement. Ses pires craintes semblaient être fondées.
— Oui, encouragea-t-il avec un sourire triste malgré lui.
— Je… J'ai du mal à me souvenir… Que s'est-il passé ? continua son interlocuteur en passant une main sur son front comme pour forcer sa mémoire.
— De quoi te souviens-tu, exactement ?
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Le cœur de Jace rata un battement en entrant dans la chambre d'Izzy : Clary était là, à son chevet.
— Que fais-tu là ? demanda-t-il plus brusquement qu'il ne l'aurait voulu.
— Raj m'a informé qu'Izzy avait la grippe…
Jace voulut répliquer que c'était justement pour cette raison qu'elle n'avait rien à faire là, mais la brune le coupa.
— C'est bon, Jace. Des nouvelles d'Alec ? demanda-t-elle tremblante et fiévreuse.
Il ne put que hocher la tête négativement, honteux. Par réflexe, sa main se posa sur son flanc gauche.
Sa rune parabatai était silencieuse.
Il ne ressentait plus Alec. Ni en bien, ni en mal… Son frère d'armes était hors de portée.
Il se sentait vide, mal, incomplet !
Mais, demeurait la certitude que le brun était vivant.
C'était un espoir.
Infime mais réel.
— L'inquisitrice Herondale refuse que je me rende sur le terrain, avoua-t-il en s'installant sur une chaise, de l'autre côté du lit.
— On ne peut pourtant pas rester là sans rien faire, s'agaça la rouquine en se levant de sa chaise pour faire les cent pas.
— Tu proposes quoi ? s'agaça le blond, s'il y avait un moyen, crois-moi, je ne serais pas là à papoter avec vous.
Clary lui lança un regard foudroyant.
Il ferma les yeux et secoua la tête. Il était injuste avec la jeune femme…
— Excuse-moi, Clary, j'ai les nerfs en vrac.
— Je comprends, ne t'inquiète pas, je vais t'aider. C'est à ça que servent les frères et sœurs, pas vrai ? ajouta-t-elle avec un sourire.
Le cœur de Jace se serra davantage.
Le poids de son secret lui vrillait l'âme. Il se sentait écartelé sous le poids des émotions contradictoires.
Il avait voulu tout lui avouer, la veille, mais il l'avait trouvé lèvres à lèvres avec Simon et n'avait pu s'y résoudre.
Ça aurait été trop égoïste de lui faire ça, et pour la première fois de sa vie, il aimait quelqu'un suffisamment pour faire passer le confort de son âme sœur avant ses intérêts propres.
— Il faut qu'on se rende à l'appartement de Magnus, on trouvera sûrement des indices, continua la jeune shadowhunter insensible au trouble qu'elle venait de provoquer chez son prétendu frère. Il s'est forcément passé quelque chose qu'on ignore, Alec ne serait jamais parti sans rien vous dire et surtout pas maintenant alors que vous avez tous les deux besoin de lui.
La rousse avait le mérite de réfléchir de façon efficace. Elle avait raison, Alec avait toujours fait passer sa famille avant lui.
— Si en plus il ne répond pas à vos appels, il y a vraiment de quoi s'inquiéter, continua Clary sur sa lancée.
Izzy et Jace se figèrent et leurs regards se croisèrent, écarquillés.
Clary fronça les sourcils et stoppa ses allers et venus nerveux dans la pièce pour les dévisager, incrédule.
— Ne me dites pas que…
Jace fut le premier à sortir de sa torpeur et sortit son téléphone.
Les yeux vert de Clary posés sur lui ne pouvaient pas être plus clair, mais il n'avait pas besoin d'elle pour se sentir idiot de ne pas avoir pensé plus tôt à appeler son parabatai !
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— De quoi te souviens-tu, exactement ?
Il se laissa retomber dans le lit et ferma les yeux, les deux mains sur le crâne.
La question était plus complexe qu'elle n'en avait l'air. Tout était embrouillé, il avait du mal à accéder à sa mémoire.
Le mal de tête intense qui lui vrillait les tempes depuis son réveil n'aidait en rien. Tout semblait confus.
Sa torpeur refluait peu à peu, mais il avait l'impression que son cerveau était comprimé et plusieurs informations se contredisaient, se bataillaient, s'imbriquaient… Quelque chose n'était pas normal, mais il ne parvenait pas à comprendre ce dont il s'agissait.
Il força un peu plus, inspirant et expirant profondément pour se détendre et se concentrer.
Obéissant, son cerveau lui délivra une nouvelle myriade de souvenir et, comme un Big-bang mémoriel, le vide interstellaire de son esprit se constella de millier de souvenirs.
— On nous a attaqués, prononça-t-il en se souvenant soudain. Deux hommes…
Il se focalisa un peu plus sur ce souvenir précis. Pourquoi deux hommes les auraient-ils attaqués chez eux ?
Ils avaient enfoncé la porte.
Magnus, Madzie et lui avaient tout juste eu le temps de se réfugier dans le bureau.
Il avait attrapé son arme pour défendre son compagnon et sa fille…
Les hommes étaient tout habillés de noir et étaient armés, eux aussi…
— Des voleurs ?
La réponse ne sembla pas convenir à son conjoint qui arbora une mine plus inquiète.
Dans sa poche, son téléphone vibra, le sortant de ses interrogations.
Jace - Appel Entrant
Sans réfléchir davantage, il prit la communication.
— Oui Jace ?
— Alec ! Mais bon sang, où t'es ? Herondale va te passer un savon si tu ne ramènes pas tes fesses rapidement.
À ce nom, une nouvelle vague de souvenir inonda son esprit et il fut heureux d'être allongé, car il se sentit chanceler.
— J'arrive tout de suite. Des hommes se sont introduits chez Magnus et j'ai été mis hors-jeu, s'expliqua-t-il auprès de son coéquipier.
— Merde, vous allez bien ?
— Oui, un méchant coup à la tête mais ça va aller.
— Tu crois que c'était des hommes de Valentin ? continua son collègue.
— Je ne sais pas mais je compte bien le découvrir. À tout de suite, conclut le brun en raccrochant.
Magnus n'avait pas raté une miette de sa conversation et ses yeux semblaient éteints et inquiets ce qui brisa le cœur du plus jeune qui força un sourire rassurant sur ses lèvres en se levant.
Maintenant que ses souvenirs étaient revenus, tout allait bien.
Il posa ses deux mains sur les joues de son compagnon et l'embrassa de toute la force de son amour.
Peu importe ce qu'il pouvait arriver dans sa vie, Magnus était son ancre au milieu de l'océan déchaîné.
Et, même dans les méandres de ses souvenirs défaillants, l'intensité et l'authenticité de leur amour avait été une évidence au plus profond de son âme.
— Ne t'inquiète pas pour moi. J'ai été un peu sonné, mais tout est rentré dans l'ordre. Je t'aime, Magnus !
— Je t'aime bien plus encore, répondit l'Asiatique d'un ton triste à fendre l'âme.
Alec fut déconcerté par sa détresse, mais il n'avait pas le temps de se pencher sur la question. Il devait se rendre au poste de toute urgence.
En quittant l'appartement à la va-vite, il claqua la porte d'entrée du loft et descendit les escaliers aussi vite que possible.
Comme englué dans un rêve, il ne vit pas les incohérences dans le scénario…
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— Pas de tonalité.
L'espoir retomba comme un soufflé, ils étaient de nouveau au point de départ. Le silence s'abattit sur la pièce.
— Clary a raison. Alec ne serait jamais parti, pas maintenant.
Izzy étouffa un sanglot, elle était à bout de forces tant physiquement que mentalement.
Jace posa une main qu'il voulait réconfortante sur son épaule.
— Magnus est forcément responsable de la disparition d'Aldertree. Il n'aurait pas fui s'il n'avait rien à se reprocher. Alec a très bien pu le suivre, ils s'aiment éperdument et…
— Non !
Clary sursauta lorsque la brune la coupa d'une voix forte et sans appel.
— Pas Alec ! Il n'aurait pas laissé Jace. Il ne m'aurait pas abandonnée… Ses larmes roulaient librement sur ses joues à présent et le cœur du blond se serra un peu plus face à la détresse de sa sœur d'adoption.
Comme frappé par la raison, un plan germa en lui.
— Je vais retrouver Aldertree ! S'il y a la moindre chance pour qu'il soit vivant et prouver l'innocence de Magnus alors je dois tenter ma chance !
— Comment tu comptes t'y prendre ? demanda Clary dubitative.
— Les sorciers sont meilleurs que nous en localisation. Catarina est la meilleure amie de Magnus, elle m'aidera si ça permet de l'innocenter.
— Bonne idée… Je vais essayer de me rendre au loft pour trouver des indices.
— Je vais demander à Luke de s'en charger, je préfère que tu restes avec Izzy…
— Je vais bien, Jace ! répliqua celle-ci se sentant déjà suffisamment inutile, elle ne voulait pas en plus être une charge.
— Isabelle, Alec a peut-être disparu, mais s'il apprend que je t'ai laissé seule dans un moment pareil, je ne donne pas cher de ma vie !
Ils s'affrontèrent du regard pendant un moment jusqu'à ce que la brune capitule.
— Très bien, mais trouve ce connard d'Aldertree, et vite !
