... *passe timidement sa tête dans l'encadrement de l'entrée* ... hm, bonjour ?
BON-JOUR les ami.e.s je suis : super contente de pouvoir à nouveau vous poster la suite de CUADME x) Je vous présente mes excuses quant au retard, mais il a fallu que je fasse un choix entre "réussir mon semestre malgré le covid" et "écrire des fics"... vous avez deviné la suite xD Cela dit ! La fameuse annonce que je vous ai promis en fin de chapitre précédent était celle-ci : je ne posterai plus les chapitres un lundi sur deux. Avec la rentrée, mon rythme s'est intensifié et je n'ai malheureusement plus le temps de tout faire... Mais, avec le reconfinement et le Nano-Wrimo 2020... C'était le moment de me remettre à cette fic' owo
Du coup ! Voici le chapitre 8, qui est quand même sacrément long comparé aux autres xD (c'est pour me faire pardonner du retard...). Au programme : du rapprochement, du rapprochement et encore du rapprochement ! J'espère que ça vous plaira x3
Un immense merci à Blue Aaren pour la bêta, et merci également à celleux du forum pour l'élan de motivation ! J'vous aime fort 3
Sur ce, bonne lecture !
Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.
Chapitre 8 – La photo
3 août, chambre 777 de la station balnéaire d'Ishigaki, dans la matinée :
Ce matin-là, Touya eut l'étonnante surprise de se réveiller de la manière la plus naturelle possible, sans qu'aucun cauchemar - ni Natsuo ou n'importe quel autre membre de sa fratrie - ne vienne le tirer violemment du monde onirique.
Touya avait perdu l'habitude de se réveiller par le simple fait qu'il avait suffisamment dormi, s'étant tristement accommodé à l'idée qu'il ne pourrait plus jamais dormir en paix. À tel point que lorsqu'il s'éveilla, il resta un instant interdit de peur d'être à nouveau sous l'emprise d'un mauvais rêve. De plus, il ne s'était pas éveillé une seule fois durant la nuit, lui qui sortait de son sommeil plus de trois fois par nuitée. Et lorsqu'il jeta un œil à son téléphone pour prendre connaissance de l'heure – à peine dix heures du matin passées – Touya réalisa étrangement… qu'il avait tout simplement bien dormi.
Il prit un instant pour se prélasser dans son lit où il s'étira de tout son être, avec une profonde satisfaction qui lui était inconnue ; d'ordinaire, il cherchait à le fuir dès son réveil, par peur que ses démons nocturnes le maintiennent prisonnier. Pourtant ce jour-ci, il prit un certain plaisir à se retourner sur son matelas, pour se réfugier sous ses draps et plonger sa tête dans ses coussins. Touya se sentait… vraiment bien, et il aurait presque pu soupirer d'aise tant il était agréable de se prélasser dans ce grand lit, sans se préoccuper de quoi que ce soit.
Il réfléchit à la dernière fois où il avait été de si bonne humeur, et après avoir réalisé qu'il ne s'en souvenait tout simplement pas, il tenta de comprendre pourquoi il était si enjoué ; lorsqu'un visage magnifique bordé d'une chevelure blonde apparut dans son esprit, il se secoua la tête pour chasser ses pensées.
Alors, il décida de profiter de son… enthousiasme, en acceptant la balade que Shoto lui proposa. Touya ne passait que très peu de temps avec son plus jeune frère ; non seulement à cause de leur grande différence d'âge, mais aussi parce qu'il semblait parfois au brun que son cadet et lui avaient été élevés séparément. Lorsque Shoto avait appris à parler, Touya avait déjà le nez plongé dans les bouquins de théorie du droit. Et lorsqu'il avait failli perdre la vie dans son accident, celui-ci n'avait que neuf ans.
Touya tentait de faire des efforts – puisqu'après tout, il restait son petit frère, et qu'il l'aimait aussi fort que Natsuo et Fuyumi – mais Shoto était un garçon presque aussi froid et silencieux que lui. De ce fait, ils avaient beaucoup de mal à faire coordonner leur caractère. Cela dit, Touya appréciait certains aspects de la personnalité de son petit frère, comme sa franchise sans faille, la colère qu'il éprouvait lui aussi envers leur père, son amour pour les soba, et surtout : l'incroyable tolérance dont il faisait preuve concernant son accident. Le contraire aurait bien sûr été surprenant, mais Touya appréciait tout de même le fait que sa fratrie au complet le soutenait avec ferveur. Ça l'aidait à garder pied.
En rentrant de leur promenade, le brun partit pique-niquer sur une plage isolée avec sa mère. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas trouvés juste tous les deux, et cela leur fît le plus grand bien ; lorsque Rei était enceinte de Natsuo, elle amenait souvent Fuyumi et Touya se promener sur les plages de la préfecture de Shizuoka, desquelles on pouvait apercevoir le Mont Fuji. Le brun appréciait toujours se rendre au bord de l'eau en compagnie de sa mère, où dans ses bras, il pouvait se laisser bercer par le doux bruit des vagues comme s'il n'était plus question de rien. Plus d'angoisse, plus de cicatrices, plus d'accident ; juste les doigts de sa mère caressant tendrement son cuir chevelu, et l'eau salée qui s'échouait sur le sable chaud. Et rien au monde n'aurait su le détendre plus que cela.
Touya lui raconta brièvement ses dernières journées, et Rei ne manqua pas de demander des précisions lorsque son fils évoqua un certain maître-nageur particulièrement sympathique – et incroyablement beau. Il avait mis sa mère dans la confidence quand il avait commencé à officiellement sortir avec Kai. Elle avait évidemment bien reçu la nouvelle ; Touya se disait souvent que même s'il devenait du jour au lendemain un pyromane criminel, sa mère l'aimerait toujours autant. Il ne s'attarda pas réellement sur le sujet Hawks, préférant se concentrer sur le fait que leur soudaine… relation, lui faisait beaucoup de bien. Il promit cependant à sa mère de l'informer de la moindre avancée s'il venait à y en avoir une un jour, et l'ancienne infirmière fut heureuse d'apprendre que son fils se portait mieux ces derniers temps.
En revanche, Aizawa n'en eut strictement rien à cirer.
Le chirurgien remonta les bretelles de Touya comme jamais il ne l'avait fait auparavant – aussi, quelle idée à la con d'aller à sa chambre pour prendre des nouvelles d'Eri. Après l'avoir ausculté, l'adulte le sermonna virulemment en lui rappelant à quel point il était important qu'il fasse attention à sa santé – sous-entendant bien évidemment qu'il ne devait pas se bourrer la gueule à la moindre occasion, ni fumer comme un pompier. Touya ne lui demanda même pas comment il était au courant tant Aizawa lui cria dessus ; il ne tenta pas de se défendre, sachant pertinemment qu'il faisait de la merde et que cela ne servait qu'à ralentir son processus de cicatrisation. Mais il aurait menti s'il avait dit se sentir coupable. Il ne s'était pas amusé ainsi depuis si longtemps.
Lorsque Touya osa avouer au chirurgien qu'il lui semblait retrouver lentement l'envie de vivre, il accepta de le laisser tranquille – lui promettant néanmoins que s'il le surprenait à faire des excès de zèle encore une fois, il s'occuperait personnellement de son cas. Touya ne s'inquiéta pas plus que ça, il savait que l'adulte le menaçait pour le préserver et que c'était sa façon à lui de lui prouver l'affection qu'il lui portait. Enfin, après avoir accepté de tresser les longs cheveux de Eri, il retourna finalement dans sa chambre où il s'affala sur son lit de tout son long.
Et où il s'ennuya à en crever.
Pour une fois, personne ne s'intéressait à son cas. Natsuo se reposait dans sa chambre pour récupérer de son extraordinaire cuite de la veille, Fuyumi était partie à la plage pour se prélasser au soleil et Shoto devait certainement être avec ses camarades. Ainsi, pour la première fois depuis son arrivée, Touya se retrouva complètement seul.
Il aurait normalement dû être satisfait. C'était ce qu'il souhaitait, après tout : un peu de tranquillité pour récupérer toute l'énergie qu'il avait dû dépenser en si peu de temps – il se demandait même s'il n'avait pas utilisé plus de force depuis le début de son séjour que durant ces cinq dernières années. Pourtant, sa solitude lui collait à la peau et semblait l'étouffer à mesure que les secondes s'écoulaient ; alors, Touya retrouva bien rapidement sa mauvaise humeur. Parce qu'il réalisa avec dégoût qu'il ne voulait pas seulement être accompagné, mais plutôt être en présence d'une personne en particulier.
Il abandonna finalement son lit pour récupérer son paquet de clopes et des vêtements propres, après quoi il s'enferma dans sa salle de bain. Il attendit que la baignoire soit remplie à quasi ras-bord pour se déshabiller, et il plongea dans l'eau bouillante avant qu'il n'ait eu le temps de se concentrer sur ses cicatrices. Touya soupira d'aise ; il appréciait toujours autant la sensation de l'eau contre sa peau, le calme de sa chambre le baignait dans une ambiance incroyablement calme et il aurait presque pu s'endormir. Pourtant, il décida de s'allumer une cigarette, et laissant son bras pendre en dehors de la baignoire, il plongea son corps sous l'eau jusqu'au niveau de ses clavicules. En exhumant la fumée de sa clope, ses yeux se posèrent sur le bracelet en papier autour de son poignet, qui se désintégrait progressivement à cause de l'eau. Le brun esquissa un faible sourire en repensant à la veille, et il s'appuya contre l'appui tête de la baignoire. Il ferma ses yeux, et il réfléchit.
Touya avait beau avoir abusé de l'alcool la veille, le souvenir de cette foutue soirée blanche restait parfaitement clair dans son esprit. Les potes du maître-nageur avaient été sympa avec lui, Natsuo avait fini raide sur le sol des toilettes… Hawks lui avait avoué qu'il était gay. Bordel. De toutes les déclarations possibles et inimaginables que le maître-nageur aurait pu lui faire, celle-ci était vraiment celle sur laquelle Touya n'aurait jamais parié. Homosexuel, en plus de cela ; il aurait pu être bisexuel et laisser une chance aux pauvres vacancières qui bavaient sur son corps à longueur de journée, mais non. Le brun ne put s'empêcher de souffler du nez suite à cette pensée, et il tira à nouveau sur sa cigarette.
Touya repensa aussi à la conversation qu'il avait eu avec Hawks, une fois isolés sur la plage. Il réalisa qu'elle fût peut-être la première vraie discussion sincère qu'ils eurent, l'alcool les ayant bien aidés à faire sauter les dernières barrières que Touya se forçait d'ériger entre eux.
Le brun devait arrêter de se mentir ; il avait apprécié chaque instant passé avec Hawks, du moment où il l'avait traîné dans le restaurant au moment où… son téléphone avait vibré alors qu'il louchait un peu trop sur ses lèvres. Mais merde, c'était la première fois en cinq ans que quelqu'un daignait s'intéresser vraiment à lui, et il n'avait aucune idée de comment réagir. Touya ne voulait pas foncer dans la gueule du loup sans réfléchir, il avait beaucoup trop peur d'être une fois de plus déçu, mais… les mots du maître-nageur sur ses cicatrices ne voulaient pas quitter ses pensées. Le blond lui avait dit qu'il ne se permettrait jamais de lui demander quoi que ce soit à leur sujet, et qu'il ne le forcerait jamais à en parler. Pourquoi de simples paroles comme celles-ci le mettaient dans un tel état ?
Nerveux, Touya balança son mégot sur le sol et plongea sa tête sous l'eau. Le silence l'accueillit et mit sa vie sur pause, il profita de la moindre seconde de ce court instant ; il remonta rapidement à la surface par manque d'air et sortit finalement de la baignoire. Après avoir enfilé ses vêtements propres et essoré ses cheveux – il fallait vraiment que Fuyumi lui refasse sa couleur, ça devenait une urgence – Touya se jeta sur son lit où son téléphone chargeait encore.
Et pendant un instant, il s'interrogea sur ce que Hawks pouvait bien fabriquer, en ce moment. Il devait sans doute travailler, Touya s'imagina la gueule qu'il pouvait bien tirer après une soirée aussi mouvementée. Sans doute devait-il être épuisé lui aussi, mais le brun ne douta pas un seul instant que cela l'empêche de surveiller attentivement la plage. Soudain, il se força à penser à autre chose ; qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre, de savoir comment Hawks se sentait ? Pour une fois qu'il était tranquille, le brun avait bien autre chose à faire que de se préoccuper de l'état de santé de cette pile électrique.
Mais il avait beau tenter de ne pas réfléchir à tout ça, ses pensées revenaient toujours sur le même sujet. Et dans un instant purement compulsif qu'il ne chercha même pas à contrôler, les doigts de Touya saisirent son téléphone et commencèrent à rédiger un SMS. Qu'il effaça et réécrit environ une dizaine de fois ; Hawks allait forcément se foutre de sa gueule, et Touya ne pourrait même pas lui en vouloir. De toute manière, c'était le blond qui avait sous-entendu qu'ils seraient amenés à se revoir le lendemain ; le brun se chargeait juste de prendre les devants, tout simplement.
Son pouce glissa sur la flèche de transmission et Touya envoya le message le plus impersonnel de toute sa carrière. Un bref « T'es où ? », sans aucune introduction, développement ni conclusion. Il aurait vraiment voulu se foutre une gifle pour se réveiller ; il avait la sensation d'être à nouveau un lycéen qui ne savait pas comment s'y prendre pour conclure, et il détestait ça. Mais il haït encore plus la réponse que Hawks lui adressa dans la minute qui suivit.
« J'ai suuper bien dormi cette nuit, merci de demander Touya. » Le brun grimaça d'agacement, mais ce ne fût rien comparé à la réaction qu'il eut lorsqu'il lut le second message de Hawks : « Ma beauté surnaturelle te manque déjà ? »
Comme Touya s'y attendait, ce crétin ne manqua pas de souligner son soudain intéressement, ce qui lui donna une violente envie de jeter son téléphone par la fenêtre. Un faible sourire amusé étira cependant ses lèvres pendant un court instant. Son écran affichait que les dix-sept heures venaient d'être sonnées. Son téléphone vibra à nouveau entre ses mains.
« Je termine un boulot sur la plage d'hier. Si je te manque tant que ça, tu peux toujours venir me rejoindre. »
Touya pesta. Hawks ne manquait décidemment aucune occasion pour le provoquer. Le brun maronna encore plus en réalisant que ses provocations l'amusaient plus que de raison ; foutu maître-nageur avec son sourire à la con et sa gueule d'ange… Plutôt que de lui mentir en lui répondant qu'il n'avait jamais été aussi apaisé que depuis qu'ils s'étaient séparés - Hawks n'avait pas besoin de savoir à quel point c'était faux – il ignora son dernier sms et enfonça son téléphone dans la poche de son bermuda. Après avoir récupéré ses lunettes de soleil, il claqua sa porte et prit la direction de la plage ; non pas parce qu'il voulait voir le maître-nageur, mais bien parce qu'il n'avait rien de mieux à faire…
3 août, sur les plages d'Ishigaki, en fin d'après-midi :
« - Tu en as mis du temps pour venir ! Tu t'es perdu dans les couloirs de l'hôtel ? »
Les pieds de Touya venaient à peine de rencontrer le sable que Hawks le taquinait déjà. Le brun soupira ; sous son t-shirt noir, sous une température encore élevée malgré la fin d'après-midi, il crevait de chaud. Cependant, le seul fait que le maître-nageur lui adresse un grand sourire en lui parlant suffit à lui faire oublier la chaleur. Vêtu de son éternel short rouge qui lui collait à la peau et d'un t-shirt blanc, Hawks était quasiment accroupi sur le sable. En pleine forme comme s'il avait bénéficié d'une parfaite nuit de sommeil, il était occupé à ramasser des détritus qui salissaient la plage.
« - J'voulais prendre mon temps avant de revoir ta vieille tête. » mentit Touya. De toute manière, Hawks mentait tout autant que lui ; le brun n'avait même pas mis cinq minutes pour le rejoindre. « On peut savoir c'que tu fous ? »
D'un hochement de tête, il désigna le sac poubelle qu'Hawks trimballait avec lui. Toujours à terre, le blond lui répondit :
« - Oh, ça ? » Il essuya la sueur qui coulait sur son front et se concentra à nouveau dans son ouvrage. « J'avais promis aux autres de nettoyer la plage s'ils me laissaient décaler le concours de château de sable. Mais t'en fais pas, j'ai bientôt terminé. »
Plutôt que de lui rétorquer qu'il ne s'en faisait pas du tout et que de toute façon, il se fichait qu'il ait bientôt fini ou non, Touya fronça ses sourcils. Il se souvenait très bien de ce moment où la veille, Hawks lui avait fait changer les affiches du concours de la station entière. Il avait accepté de décaler le concours de plusieurs heures, pour qu'Eri puisse y participer sans crainte. Il avait néanmoins précisé que cela ne poserait aucun problème ; est-ce que par hasard il…
« - T'as accepté de jouer le cantonnier pour que ma cousine puisse faire des châteaux de sable ? »
Touya ne pouvait se résoudre à y croire ; mais lorsque Hawks posa son regard crédule sur lui, il n'eut plus aucun doute. Il ne contrôla pas la grimace d'incompréhension qui déforma son visage, bien trop surpris de constater que l'altruisme de Hawks dépassait l'entendement. Touya se demanda même si au lieu d'être une énième preuve de sa candeur, ce n'était pas plutôt la preuve de sa stupidité. Sans déconner, qui accepterait de nettoyer une plage entière pour qu'une gamine albinos puisse jouer sur le sable ?
« - Il faut vraiment que tu arrêtes de me regarder avec ces yeux-là, Touya. » rigola Hawks en se relevant vers le brun. « Ça avait beau n'être qu'une activité, Eri semblait y tenir. » Puis, comme s'il était gêné, il se gratta la tête d'un air étrange et se concentra à nouveau sur le sol. « C'était important pour moi, que vous passiez un bon moment. »
Touya ne releva pas le fait qu'il l'ait inclus dans sa dernière phrase, mais conserva néanmoins l'information bien ancrée dans son esprit ; alors comme ça, c'était important pour lui qu'il soit à l'aise… Cet idiot. D'un coup de pied, le brun souleva du sable en direction du blond qui s'écria dès qu'il en reçut dans ses cheveux. Touya lâcha un rire, puis se reprit rapidement en acceptant d'aider Hawks à terminer son travail.
Évidemment, le maître-nageur parla pour eux deux. L'aîné des Todoroki apprit qu'un quart d'heure après son départ de la soirée de la veille, l'ambiance avait rapidement dégénéré. Hawks avait même dû appeler la sécurité pour se débarrasser d'un gros lourd qui n'arrêtait pas de le coller. En s'imaginant le blond forcer quelqu'un à débarrasser le plancher, les lèvres de Touya s'étirèrent, mais il laissa rapidement une colère aussi sourde qu'étrange prendre le dessus sur son amusement. Car plutôt que de se concentrer sur le fait qu'un connard se soit permis de l'emmerder, la première chose à laquelle Touya pensa fût qu'il aurait aimé être présent un peu plus longtemps, pour être certain que personne n'ose le faire chier. Touya soupira ; il faisait face à tant d'émotions, en ce moment. Il avait l'impression d'être une cocotte-minute et qu'il finirait par bientôt exploser.
Une fois qu'ils eurent fini de ramasser les derniers déchets, Touya remarqua l'appareil photo qui était attaché autour du cou de Hawks. Le brun le reconnut assez rapidement ; c'était un modèle plutôt récent, waterproof, qui pouvait faire de très belles photos s'il était bien réglé. Lorsqu'il demanda au blond ce qu'il fichait avec un tel engin, Hawks lui expliqua que l'agence de tourisme de la station lui avait demandé de prendre des photos de la plage, afin de les ajouter aux brochures qu'ils distribuaient un peu partout dans l'archipel. Touya ne put s'empêcher de se foutre de lui ; décidemment, Hawks était vraiment l'homme à tout faire ici…
Le blond assura au brun que cette histoire de photo ne prendrait pas plus de cinq minutes. Sceptique, Touya observa le maître-nageur s'agiter au bord de l'eau pour saisir le paysage. À peine un instant plus tard, ce dernier revint très fier vers le brun resté à l'écart, et lui tendit l'appareil photo. Lorsque les yeux bleus de Touya se posèrent sur le cliché, il en fût sous le choc. Il dit tout simplement :
« - … J'vais être honnête avec toi.
- Comme si tu l'étais pas d'habitude. » rétorqua Hawks, mais Touya était désormais bien trop concentré pour lui relancer sa pique.
« - Y'a absolument rien qui va. »
Cela eut au moins le mérite de clouer le bec du blond, qui ne renchérit pas. De son côté, le brun bouillait de l'intérieur ; il fallait vraiment qu'il fasse tout putain. La photographie n'était même pas correctement cadrée, et la capacité ISO trop peu exploitée pour un appareil de ce calibre. En plus de ça, alors que la lentille permettait un grand angle de photo, Hawks avait zoomé sur l'eau comme un demeuré. Touya prit la liberté de trifouiller tous les paramètres possibles, réajustant également la lumière et l'ouverture de la lentille. Lorsqu'il fut satisfait, il se leva et s'approcha du bord de l'eau, ignorant le regard insistant et amusé de Hawks.
« - Si je m'étais douté que je parlais à un professionnel… » lança-t-il, subjugué par le soudain intérêt de son homologue. « Tu fais de la photo ? »
Touya prit un instant pour répondre. Il repensa à tous ces après-midis passés dans des immeubles abandonnés ou dans des parcs peu fréquentés, pour prendre Himiko en photo sous son meilleur angle. Il se rappela ce petit boulot que Twice lui avait trouvé, photographe le temps d'un anniversaire... celui où il avait rencontré Kai. Avant d'être envahi par les souvenirs, il posa son regard sur le maître-nageur qui le fixait déjà. Le soleil faisait briller ses cheveux fous et illuminait ses yeux malicieux ; pourquoi petit à petit, le présent lui semblait devenir bien plus beau que son passé ?
« - J'en faisais, avant. » Il se désintéressa de Hawks pour se concentrer à nouveau sur l'appareil. « C'était moi, l'artiste de la bande. » Il lâcha malgré lui un faible rire, que la brise d'été s'empressa d'emporter au loin. « Après l'accident, ça servait plus à rien que j'en fasse. »
Il ne réagit pas lorsque Hawks lui rétorqua qu'au contraire, c'était maintenant que cela avait le plus de sens, parce qu'il ignorait tout de sa vie avant cette soirée funeste. Ses amis étaient ses seuls modèles… Sans eux, cela n'avait plus de sens.
Touya s'empressa de saisir l'instant, et Hawks s'approcha rapidement de lui pour observer le résultat. Il tenta tant bien que mal de s'hisser au-dessus des grandes épaules du brun qui ne bronchait pas. Le brun sentit son souffle contre sa peau et réprima un frisson. Hawks devait certainement penser qu'il l'ignorait, mais en réalité, Touya était trop concentré. Cinq ans sans toucher un appareil photo, et le résultat n'était pas si dégueulasse.
« - Attend, j'ai jamais vu une photo aussi belle ! » s'exclama le maître-nageur en récupérant l'objet. « Même les photographes de mes shootings font pas de photos aussi nettes. »
Touya se la jouait modeste, mais il fallait reconnaître que le cliché était particulièrement réussi. Les rayons de soleil soulignaient la clarté de l'eau de mer, tout en révélant certains détails du ciel qui rendaient le tout encore plus beau. Au loin, on apercevait même un bateau. Le brun en fût presque fier ; au moins, il lui restait quelque chose de son ancienne vie qui ne s'était pas complètement cassé la figure.
« - Bon, je sais pas ce que t'en penses, mais on crève de chaud ici ! »
Hawks lui tendit à nouveau l'appareil et Touya fronça ses sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir. Il abandonna la caméra des yeux pour les poser sur son homologue, et quelle ne fût pas sa surprise lorsqu'il réalisa que le maître-nageur avait fait tomber son t-shirt.
Le brun ne put s'empêcher de le dévisager de haut en bas, avec autant de discrétion qu'il le pouvait. Le corps de Hawks était un réel appel à la luxure ; ses pectoraux sculptés se soulevaient sous son rapide rythme de respiration, et de fines gouttes de sueurs s'écoulaient le long de ses abdominaux. Touya dût produire un effort surhumain pour refreiner toutes les pensées lubriques qui lui vinrent à l'esprit, et il se força à remonter son regard vers le visage du maître-nageur. Hawks lui adressa un sourire et lui tendit une main timide.
« - J'vais aller me baigner un coup. Est-ce que tu veux m'accompagner ? »
Le regard que le blond lui adressait était d'une telle tendresse que Touya eut presque envie de lui répondre positivement. Cependant, il y avait des démons que Hawks ne pouvait chasser, et ce malgré sa gueule d'ange et le fait qu'il réussissait néanmoins à en repousser quelques-uns. De nouveau, la colère ; Touya en avait sincèrement marre de se sentir constamment aussi mal, de réfléchir à la moindre de ses actions dès qu'il se trouvait en présence d'un humain n'appartenant pas à son cercle familial. À cet instant précis, il aurait tant voulu se débarrasser de son t-shirt comme Hawks venait de le faire, et entamer contre lui une course endiablée pour voir lesquels d'eux deux attendrait l'eau azure en premier. Mais… il ne pouvait pas. Le brun progressait énormément ces derniers temps, mais il ne fallait pas trop lui en demander non plus.
« - Juste au bord, alors. »
Et Hawks n'insista pas. Il saisit cette réponse comme une victoire et sourit à Touya de toutes ses dents. Si le blond se précipita vers l'eau pour s'y jeter la tête la première, le brun s'avança bien plus timidement. Ses orteils finirent par rencontrer l'eau, puis ses mollets, puis le bas de ses genoux. S'il s'avançait plus, son short rencontrerait l'eau, et il préférait éviter de tremper ses vêtements une nouvelle fois ; l'incident du restaurant était encore bien clair dans son esprit, et il ne souhaitait pas le revivre.
Devant lui, bien moins anxieux – en même temps, il en fallait beaucoup pour l'être plus que Touya – Hawks sortit de l'eau et il essora sa tignasse blonde. Dos au brun, l'eau ruisselait sur sa peau en fines gouttelettes, qui réfléchissaient parfois les rayons du soleil qui entamait lentement sa chute dans le ciel. Ce fût à cet instant que les yeux de Touya se posèrent sur les ailes pour la première fois.
Elles étaient tellement grandes que Touya se demanda comment il avait bien pu faire pour ne pas les remarquer, la dernière fois qu'ils s'étaient baignés ensemble – il était bien conscient que la nuit et son état avaient joué un certain rôle, mais tout de même. Le tatouage partait de ses épaules et se terminait dans le creux de ses reins, représentant deux imposantes ailes rouges. Touya grimaça presque en imaginant la douleur que ce dessin avait dû lui infliger, mais il devait reconnaître qu'il était particulièrement impressionnant ; les détails rendaient le tout splendide, et bien entendu, la carrure de Hawks ne pouvait que le mettre un peu plus en valeur. Intéressé, Touya lança alors :
« - T'espères déployer tes ailes et t'envoler avec ? »
Et alors qu'il s'attendait à ce que Hawks soit amusé, comme à son habitude, et qu'il trouve quelque chose à lui répliquer, le blond se contenta de se retourner vers lui et de lui adresser un faible rire. Il passa une main peu assurée sur son épaule, et se courba légèrement vers l'eau ; les ailes étaient encore plus voyantes et plus belles, mais même s'il ne pouvait le voir, Touya devinait que le visage de Hawks avait dû perdre de sa superbe. Le temps et le silence coulèrent sur eux comme l'eau qui perlait sur leurs peaux, mais aucun des deux ne réagit pour briser cette sensation à la fois étrange et apaisante. Après quelques secondes de silence qui parurent durer une éternité, Hawks répondit :
« - Pour être honnête, c'était un peu l'idée quand je me les suis faites faire. ». Un nouveau rire s'éleva dans le ciel, mais Touya perçut la profonde tristesse qui l'imprégnait. « Quand j'étais gosse, j'espérais m'enfuir pour trouver un monde meilleur. Lorsque je l'ai enfin trouvé, ç'a été important pour moi de le graver sur ma peau. »
Touya ne rajouta rien, tout simplement parce qu'il ne savait pas quoi dire. Hawks avait marqué de son corps le témoignage d'un événement salvateur, tandis que de son côté, le brun garderait à jamais la preuve que le pire jour de sa vie n'était pas le fruit d'un de ses cauchemars sordides. Une drôle d'opposition, qui lui laissa un goût amer dans la bouche. Il se sentit étrange, presque… affecté. Touya fût frappé d'une évidence qui l'emmerda profondément, mais qu'il ne put refreiner : il détestait que Hawks soit triste. Lui qui s'était toujours présenté comme une boule d'énergie et de bonne humeur, paraissait désormais bien plus froid et plus réservé, et Touya n'appréciait pas ça du tout. Cela le faisait chier, de ressentir une telle chose, mais il n'y pouvait rien ; si même un bijou comme Hawks éprouvait un tel malheur, Touya pensait qu'il n'aurait jamais aucune chance de se sortir du sien.
Le ciel se teinta progressivement de nuances rouges et orangeâtes, qui fît réaliser aux garçons le temps qu'ils avaient passé ensemble, et la vitesse à laquelle il s'était écoulé. Très vite, l'eau prit les mêmes couleurs, et Touya ne put détacher son regard du paysage qui prenait vie autour de lui. Hawks devait observer le même spectacle, à en juger par le redressement soudain de sa tête. Et alors qu'ils demeuraient immobiles dans la mer encore claire, Touya se souvint que l'appareil photo se trouvait encore dans sa poche. Alors, il le sortit, et dans le plus grand secret, se permit de photographier les ailes de Hawks, sublimées par le ciel crépusculaire. La photo fût d'une netteté à en couper le souffle, les gouttelettes encore présentes étaient même visibles sans zoomer. Touya se dit que c'était très certainement l'une des plus belles photos qu'il n'ait jamais prises, et au même instant, Hawks se retourna brusquement vers lui.
Pour lui jeter de l'eau en pleine figure.
La première chose qui le frappa ne fût ni la froideur de l'eau, ni le fait que ses vêtements collaient désormais à sa peau comme une combinaison de plongée ; ce fût le rire de Hawks qui s'éleva autour d'eux, et qui détendit ses muscles encore tendus d'appréhension et d'inquiétude. Ce rire, il ne pouvait se lasser de l'entendre. Il était d'une telle pureté qu'il donnait au brun l'envie de le rejoindre. Enfin, si à l'heure actuelle, il n'était pas totalement trempé.
Les éclats de rire du blond étaient si communicatifs que Touya eut presque du mal à enrager contre lui. Mais très désireux d'obtenir vengeance, il opta néanmoins pour la stratégie du choc complet.
« - J'me disais que ça faisait longtemps que tu m'avais pas emmerdé. » cracha-t-il en essorant son t-shirt. Il fit bien attention de ne jamais laisser apercevoir son torse et rangea l'appareil dans sa poche, très peu inquiet à son sujet puisqu'il résistait à l'eau.
« - C'est ce que je me disais aussi. » répondit Hawks, toujours amusé quoi qu'un peu désolé. « Mais j'me disais aussi que t'avais besoin de rafraichissement, après tout ce temps passé au soleil… »
Touya leva un regard noir vers lui et aperçut l'air contrit que Hawks lui adressait ; sincèrement, comment pouvait-il lui en vouloir ? Le sourire qui étirait son visage ressemblait à celui d'un gosse, mais le brun se sentait profondément apaisé de savoir que c'était à lui qu'il était destiné. Et puis, avec les représailles qu'il était en train de concocter, Touya ne pouvait réellement se moquer du caractère enfantin du maître-nageur. Cela lui fît chaud au cœur ; être avec Hawks, c'était comme retrouver son âme d'enfant. Et Touya était pourtant persuadé qu'elle ait été détruite, lors de cette nuit funeste du 7 août.
Voyant que le brun ne rajoutait rien, Hawks se rapprocha de lui. Le pauvre, Touya culpabilisait presque d'user de son caractère à la con et d'abuser de celui du blond pour qu'il soit à sa merci. Il semblait vraiment peiné, en plus ; il devait certainement se dire qu'il avait fait la boulette de l'année en lui mouillant ses vêtements, du moins à en juger par le soudain froncement de ses sourcils. Touya fût presque fier de lui d'avoir mis au point un stratagème d'une telle fourberie. Lorsque Hawks fût suffisamment près, il se jeta sur sa taille pour le soulever comme une princesse, et lui plongea de force la tête sous l'eau.
Dans ses bras, Hawks se débattit comme un prisonnier. Mais quand le brun accepta de le ramener à la surface, il explosa de rire en même temps qu'il s'étouffa. Touya ne lui laissa pas le temps de le supplier d'arrêter, il le jeta de nouveau à la mer, en prenant néanmoins garde de ne pas trop le noyer. Cependant, Hawks usa d'une technique encore plus machiavélique que la sienne : il lui pinça les côtes à l'instant où il fût hors de l'eau. Touya fût forcé de le lâcher – sa faiblesse ultime, que Natsuo n'hésitait pas une seconde à exploiter – et le blond en profita pour se ruer à son tour sur le corps de son homologue. Cette fois-ci, plus de pitié, les deux adultes se lancèrent dans une bataille d'eau des plus intenses, qui se solda par la défaite à plate couture de Hawks. Il se retrouva à nouveau dans les bras de Touya, pendu à son cou pour éviter qu'il ne l'envoie à nouveau dans l'eau salé.
Leurs rires auraient pu éclairer l'univers tout entier. Touya sentait ses abdominaux et ses agrafes lui faire mal tant il s'esclaffait, mais c'était une douleur si minime. Il ne se souvenait même pas de la date de son dernier fou rire, mais celui-ci prit une importante toute nouvelle à ses yeux. Contre lui, Hawks ne parvenait pas à se calmer ; sans doute parce que Touya le menaçait par de brèves feintes de l'envoyer retrouver Nemo une nouvelle fois. Et pendant qu'il riait, le brun pouvait sentir le regard du blond le dévisager, le fixer comme s'il était la chose la plus intéressante des environs ; et c'était de loin la meilleure sensation que Touya ait pu ressentir ces derniers jours.
« Quoi ? » demanda Touya en souriant face à l'hilarité du maître-nageur, qui priait pour ne pas retourner sous l'eau. « J'peux savoir pourquoi tu me dévisages comme ça ? J'ai un poulpe sur la gueule ? »
Hawks rit de plus belle, toujours pendu au cou de Touya et contre son tee-shirt trempé qui lui collait à la peau. Le brun sentait la peau douce du blond là où celle de ses épaules était encore immaculée, et il ne sut s'il frissonnait à cause de la fraîcheur de l'eau ou de ce contact. Le regard d'Hawks était si doux, et lorsque leurs rires s'évanouirent pour qu'ils puissent se regarder plus profondément, l'univers cessa de se mouvoir.
Il reposa Hawks sur le sable, qui ne fit aucune remarque lorsque ses pieds retrouvèrent l'eau salée. Elle parcheminait sur son torse comme des perles d'or que le soleil versait sur lui, les derniers rayons de l'astre illuminant son visage joyeux et sa chevelure de blé. Touya avait la plus belle partie du spectacle fixée sur lui : ces topazes qui semblaient ne briller que pour lui, plongeant dans l'intensité de ses saphirs comme pour venir câliner et rassurer son âme. Et pour la première fois, Touya ne fût pas retissant ; il acceptait volontiers que Hawks vienne apaiser ses craintes et ses peurs, il voulait qu'il lui apprenne comment guérir et sortir de son état post-traumatique. Tout semblait possible lorsque Hawks lui offrait ce regard-là.
« - Non, c'est juste que… » La pause qu'il prit dura une éternité aux yeux du brun. « Je l'avais jamais remarqué, mais... le bleu de tes yeux est super intense. »
La voix avec laquelle il prononça ces mots étaient d'une telle tendresse qu'il sembla à Touya qu'il n'ait jamais rien entendu d'aussi beau. Ses iris aux couleurs de l'océan étaient la marque de fabrique de la famille Todoroki, il avait pour habitude qu'on le complimente à ce sujet – du moins, lorsque l'on n'était pas focalisé sur l'apparence de son corps – mais c'était si différent quand c'était Hawks qui le lui susurrait.
L'espace d'un instant, Touya eut envie de se pencher sur ce visage d'ange pour capturer ce sourire rieur de ses lèvres, mais une violente vague emporta les deux compères qui s'écroulèrent sous sa puissance. Lorsqu'ils sortirent la tête de l'eau en même temps, ils éclatèrent d'un rire si pur qu'ils auraient pu balayer tous les maux de l'humanité. L'eau était froide, mais Touya s'en fichait, parce qu'il se baignait à nouveau et sans aucune crainte. Avec Hawks à ces côtés, il lui semblait qu'il ne craignait plus rien du tout.
« - Au moins, j'ai réussi à te faire aller à l'eau ! » lança Hawks en partant en direction du bord. Sans rétorquer quoi que ce soit, Touya entama le même chemin, ce foutu sourire étirant toujours ses lèvres.
Sur le sable, ils tentèrent de se sécher du mieux qu'ils le purent ; Hawks se retourna pour laisser le temps à Touya d'essorer son t-shirt, après quoi ils décidèrent de retourner vers l'hôtel. Il faisait quasiment nuit désormais, et ils n'avaient donc plus de raisons de rester sur la plage. Rapidement, Hawks passa à son vestiaire pour se rhabiller, et alors que Touya aurait pu profiter de cet instant pour décamper, il attendit patiemment qu'il eut fini de rassembler ses affaires. Ce dernier ne masqua pas sa surprise lorsqu'il vit que le brun l'avait attendu, et il ne manqua pas de lui faire savoir ; Touya lui lança une raillerie bien placée, et ils filèrent prendre l'ascenseur.
À mesure que les chiffres défilaient sur le minuscule écran du monte-charge, Touya se surprit à réfléchir ; il passerait encore le reste du mois à la station, mais en était-il de même pour le maître-nageur ? Il n'avait aucune idée de quand est-ce que son contrat de travail prendrait fin. Lorsque le mois d'août laisserait place à celui de septembre, il espérait ; ses vacances ne seraient pas les mêmes sans cet imbécile qui l'embêtait sans arrêt. Et malgré les efforts qu'il fournissait pour y réfléchir, Touya n'arrivait pas à imaginer la station sans Hawks. Il… n'arrivait pas à s'imaginer sans lui, tout simplement. Et à ses côtés, le maître-nageur dandinait sur place en attendant d'arriver à leur étage. Un instant ma foi court, mais qui pour le brun dura des siècles ; sans même que le blond ne s'en aperçoive, Touya l'avait regardé pendant toute leur traversée.
Un bref ding! leur indiqua qu'ils étaient arrivés à bond port. En traversant le couloir, Touya pria pour ne croiser aucun membre de sa fratrie ; il savait parfaitement les remarques qu'il se prendrait s'il venait à être surpris avec Hawks, alors que celui-ci le… qu'est-ce qu'il foutait encore là, d'ailleurs ? Il ne dormait pas à cet étage, sinon Touya l'aurait remarqué bien plus tôt. Et pour l'instant, il n'était bien évidemment pas question que le blond pénètre dans sa chambre. Il se souvint que la dernière fois où Hawks l'avait raccompagné, c'était parce qu'il était dans un piteux état. Pourtant, cette fois-ci, mis à part l'état de ses vêtements, il allait parfaitement bien. Alors, pourquoi Hawks était-il encore là ?
« - T'avais peur que je me perde ? » lui demanda-t-il alors.
« - Vu le temps que t'as mis pour me rejoindre tout à l'heure, plutôt, oui. » avoua Hawks dans un sourire. Il détourna son regard de celui de Touya lorsqu'il rajouta : « Je voulais être sûr que tu rentres en bon état. »
Touya ne releva pas, mais fût profondément touché. Bien qu'attristé, à la fois ; se dire que Hawks s'inquiétait à ce point pour lui aurait pu être attendrissant si Touya n'était pas Touya, et si le blond ne l'avait pas déjà vu dans un état pitoyable. Mais il préféra se concentrer sur le fait qu'Hawks avait pris du temps pour l'accompagner jusqu'à sa chambre, et cela lui fît plaisir. Malgré lui, il appréciait de plus en plus les petites attentions qu'ils s'adressaient sans même s'attarder dessus.
Touya approcha de sa porte et la déverrouilla grâce à sa clé magnétisée. Sur le pas de son entrée, il rendit à Hawks son appareil photo, en lui demandant de le prévenir si les photos venaient à être développées ; il espérait secrètement pouvoir un jour tenir son plus beau cliché entre ses mains, mais si la photo venait à être supprimée, ce n'était pas si grave non plus. C'était l'appareil de la station, après tout. Et puis, ils pourraient prendre de nouvelles photos une prochaine fois.
« - Au fait ! Je devais t'en parler hier, mais ça m'est complètement sorti de l'esprit. » l'apostropha Hawks à l'instant où il allait fermer sa porte et le saluer. « Dans cinq jours, la station organise un week-end à Taketomi, une île pas très loin d'ici. Puisqu'il n'y a pas beaucoup de places, il faut s'y inscrire rapidement, alors… Si jamais ça t'intéresse, ne tarde pas trop pour mettre ton nom sur la liste. »
Hawks plongea ses doigts dans ses cheveux et détourna son attention pour la porter sur le couloir désert. Pourquoi est-ce que Touya eut l'impression de voir ses joues prendre une teinte plus rosée ? Et pourquoi est-ce que son propre estomac se tordait d'une manière étrangement agréable, exactement ? Il inspira pour tenter de remettre de l'ordre dans son esprit ; Hawks le mettait uniquement au parfum du programme de la station, rien de plus. Il ne fallait pas qu'il s'emballe pour si peu.
« - … T'y seras ? » lui demanda-t-il après avoir laissé trainer sa voix. Touya ne voulait pas paraître trop intéressé, même si l'information paraissait essentielle à ses yeux.
« - Évidemment, c'est moi qui encadre le voyage. » avoua Hawks dans un nouveau sourire. Touya se sentit rassuré, mais s'empêcha de le montrer. « Ça te motive davantage à t'inscrire ?
- Tu parles, j'ai encore moins envie d'me pointer. » mentit le brun, mais il arracha néanmoins un rire au blond. Il laissa quelques secondes s'écouler, puis il reprit. « … Faut que j'y réfléchisse. »
Hawks n'ajouta rien, il se contenta de lui adresser un grand sourire. Après quoi, il salua Touya et reprit la direction de l'ascenseur.
Quant au brun, il ferma la porte de sa chambre et posa son front transpirant contre celle-ci. Il avait passé une après-midi très agréable, et son cœur paniqué se chargeait bien de lui rappeler. Au plus il y repensait, au plus il se focalisait sur les regards de Hawks, ses sourires, sa gentillesse sans faille… et tout ce qui le caractérisait si bien. Et plutôt que de piquer une crise de nerf, comme il l'avait souvent fait ses derniers jours… Touya sourit. Sincèrement, comme un enfant joyeux que son amoureuse l'aime en retour. Quel abruti il faisait, contre sa porte. Mais s'il en était un, il était un idiot heureux. Alors, Touya se dit que cela contrebalançait bien le reste.
Il finit par abandonner son entrée. Ce soir, il mangeait avec sa famille, alors il fonça sous la douche et se dépêcha de se laver. Lorsqu'il jugea sa tenue présentable, il envoya un message à sa mère pour lui demander à quelle heure ils devaient se rejoindre ; lorsqu'elle lui répondit qu'ils l'attendaient déjà, il sortit.
Tadaaaa ~ Alors, vous avez apprécié le retour de ces deux loustics? :3 Les choses bougent enfin, même moi j'avais hâte qu'ils s'activent x3
Le chapitre 9 devrait arriver d'ici peu ! ... J'espère que vous avez bien profité du calme... y'a moyen que le sujet principal revienne sur les devants de la scène au prochain chapitre. *s'enfuit en courant*
A la prochaine ! Des bisous,
Zodiaaque.
