"Draco… Je me demande, mon coeur, pourquoi est-ce que dans tous mes rêves nous sommes ensemble ? Quel est ce fil qui nous lie, qui nous unit l'un à l'autre malgré la distance, malgré la haine et la rage ?"
Ils sont allongés l'un face à l'autre, dans l'herbe, à l'ombre d'un arbre aux larges feuilles dorées.
Ce n'est ni Poudlard, ni le Manoir Malfoy. Il n'y a aucun décor autour, à part de l'herbe à perte de vue, verte et luxuriante. Et cet arbre, aux branches immenses, puissantes, qui grimpent et grimpent si haut qu'elles dépassent les nuages. Sur le tronc sont gravées leurs initiales, le motif se répétant à l'infini sur l'écorce brune.
"Draco… Tu crois qu'on est dans un rêve là ? Que je vais me réveiller et que tu ne seras pas avec moi ?"
Le jeune blond le regarde avec une concentration intense, et répond, d'une voix profonde complètement différente de la voix de Draco : "C'est le Destin, Harry. Ce n'était pas ça, ton souhait ? Qu'on te montre la voie ?"
Et à cette entité ancestrale qui occupe le corps de son aimé, sans peur, sans hésitation, Harry rétorque : "Ma voie, mon souhait ? Ou le nôtre ?"
Quand Hermion entre dans la cuisine du Terrier, ses narines sont immédiatement prises par une puissante odeur de viande grillée. Ayant offert au cours des années passées une batterie d'ustensiles moldus à son futur beau-père, elle ne s'attendait pas à ce que Molly, pourtant réticente à l'usage des objets moldus en cuisine, se prenne d'amour pour une plancha toute simple.
Derrière elle, Ron suit, déjà l'eau à la bouche. Il faut dire qu'entre la cantine du midi et leurs piètres talents de cuisiniers, les repas ne sont pas toujours à la hauteur du talent de Molly. Harry quant à lui est plutôt doué en la matière et ils n'hésitent pas à s'incruster régulièrement chez lui, mais son répertoire de recettes est bien différent de celui, plus classique et familial, de Mrs Weasley.
Nous sommes mardi soir, il est dix-neuf heures trente, ils viennent de quitter le boulot. Et ils se sentent absolument éreintés. Entre les nouveaux projets au travail, les dernières finitions à la maison, la gestion de la vie courante et leur vie sociale, ils n'ont pas une minute à eux pour décompresser.
"Entrez, entrez !" leur fait signe Molly, "Ron, donne moi un coup de main avec cette purée, tu veux bien ?"
Le rouquin dépose un baiser sur la joue de sa mère puis se saisit du presse purée d'une main et de sa baguette de l'autre. En un tour de main, les pommes de terre sont en train d'être écrasées. Hermione pose ses affaires et attrape une bouteille de lait et le pot de beurre dans le compartiment réfrigéré. Quelques minutes plus tard, alors que la viande vient de finir de cuire, le repas complet est prêt.
"Ah mes enfants, ça fait du bien de vous avoir à la maison !" s'exclame Molly affectueusement.
Arthur finit de mettre la table et ils s'installent tous les quatre sur la longue table en bois familiale, qui semble ce soir exagérément grande.
"Comment vas-tu papa ?" demande Ron en se servant de la sauce.
"Bien, bien, si ce n'est que ta mère va me rendre complètement dingue à parler sans arrêt des préparatifs du mariage !"
Ah, le mariage… Les deux amoureux échangent un regard en coin. Voilà bien un sujet qui leur était sorti de l'esprit.
"Alors Hermione" chuchote Molly, "as-tu pu regarder les échantillons de tissu que je t'ai envoyés pour la robe ?"
La jeune femme serre le poing autour de sa fourchette, soupire profondément. Elle ouvre la bouche pour s'exprimer, mais c'est Ron qui prend la parole à sa place, une main placée tendrement sur sa cuisse.
"A vrai dire maman, nous nous demandons si nous n'allons pas reporter le mariage d'une année… Ce trimestre-ci est tellement chargé pour nous que nous n'avons pas le temps de nous pencher sur les préparatifs du mariage et je n'ai pas envie de me marier à la va-vite dans un cadre qui ne me convient pas à cent pourcents."
"Mais Ron" s'exclame Molly, "vous aviez tant envie de vous marier cette année ! Vous avez déjà attendu si longtemps ! Si c'est d'aide dont vous avez besoin, je peux vous aider… "
"C'est gentil Molly" sourit Hermione," mais pour tout organiser dans les temps, il nous faudrait l'aide de quelqu'un qui s'y connaisse en la matière, qui ait déjà des relations avec les fournisseurs et les sociétés du milieu."
Ron s'arrête en pleine bouchée, se tourne vers sa fiancée comme s'il avait eu une épiphanie. "Comme Parkinson tu veux dire ?"
"Bonjour, bienvenue chez Potter sorcellerie & co, que puis-je faire pour vous ?"
Chevelure particulièrement soignée, tenue parfaitement ajustée dans des tons neutres mais modernes, bijoux discrets mais tendance, le dernier parfum en vente dans les comptoirs cosmétiques : l'assistante de Potter est définitivement issue de la dernière fournée des Serpentards. Bien sûr, rien à voir avec ses ongles vert forêt impeccablement manucurés.
Pansy l'aime déjà.
Et par conséquent, Potter l'intrigue encore un peu plus.
"Bonjour.. Lisa, c'est bien ça ?" sourit-elle, bouche fermée. "Pansy Parkinson. Je n'ai pas de rendez-vous mais j'espérais que Mr Potter pourrait me recevoir. Immédiatement, si possible."
Lisa - si tel est bien son nom - ne bouge pas d'un cil. "Mr Potter est actuellement en déplacement à l'extérieur et ne sera pas de retour avant 14h. Puis-je vous suggérer de réserver un rendez-vous à une date ultérieure ?"
Le visage de Pansy se ferme un peu plus alors qu'elle jette un coup d'oeil à l'horloge accrochée au mur. 11h30, soit encore 2h30 avant de pouvoir demander gentillement à Potter de l'aider à sauver son père.
Pansy contemple d'un air agacé le fauteuil de la salle d'attente, quand soudainement, la porte d'entrée s'ouvre brusquement. Harry débarque en trombe, un balai sous le bras, une veste en cuir jetée négligemment sur une épaule, le torse dégoulinant de sueur sous sa chemise en lin. "Désolé, Anna, mon rendez-vous avec les vampires du sud a été légèrement écourté suite à un désaccord imprévu… Pansy ! A quoi doit-on le plaisir de ta visite ?" La surprise se lit sur son visage et il passe une main dans ses cheveux en bataille pour les remettre en ordre, une boucle humide obstinément collée sur la tempe.
"Ok, je commence à comprendre l'attrait de Draco pour l'allure "homme viril en sueur"." marmonne Pansy en le balayant du regard de haut en bas.
En s'adressant à Anna : "Emmenez-nous une tenue de rechange pour Mr Potter." puis "Potter : toi, moi, ton bureau. Maintenant !"
Une fois installés confortablement dans la pièce adjacente, Harry dit : "Heureusement pour toi que Anna sait que je préfère de loin le genre masculin, on aurait pu croire autre chose…"
"Théo n'est pas du genre à être jaloux de toute manière." réplique Pansy. "Tu devrais retirer ta chemise d'ailleurs, elle est trempée, tu vas prendre froid. Sans aucune arrière-pensée Potter, ne me regarde pas comme par Merlin !"
Idée de cadeau de Noël pour Draco : imprimer ce souvenir sur un poster format A1.
"Plus sérieusement Pansy, qu'est-ce qui t'amène ici en urgence ?"
Les sourcils froncés, Harry regarde fixement la jeune femme déterminée face à lui. Elle avance vers lui, croise ses mains sur le bureau et annonce simplement :
"Premièrement, je sais que tu fais des rêves sur Draco, tous les soirs, et que tu es en train de tomber amoureux de lui malgré toi. Alors si tu ne m'aides pas, je vais tout lui raconter, et ruiner toutes les chances que tu pourrais avoir. Compris ?"
La pluie s'abat à grosses gouttes sur le Londres sorcier alors que le soleil décline sous l'horizon, créant une atmosphère nostalgique en cette soirée d'automne. Le petit café éclairé de bougies offre à peine assez de lumière pour Harry qui s'efforce de lire l'un des livres de la pile qu'il a empruntée à la bibliothèque aujourd'hui. Objets d'un temps ancien a été calligraphié à la plume il y a plus de cent ans et recopié à moins de vingt exemplaires.
Harry soupire et s'arrête pour boire une gorgée de son thé noir. Il ne parvient pas à se concentrer correctement, cela fait plus de dix heures qu'il travaille non stop sur ce sujet. Ca, mais aussi le fait que Pansy ait voulu le faire chanter pour l'aider à sauver son père.
D'un côté, il n'a pas été surpris qu'elle soit au courant : à Poudlard, elle était toujours au courant de tout avant tout le monde, même des secrets qui auraient dû rester enfouis. Cependant, ce qui l'a déçu, c'est qu'elle croit qu'elle doive le faire chanter pour qu'il l'aide : au contraire, il a été honoré qu'elle vienne vers lui en premier et non Hermione. Même s'il l'aurait aidé quoiqu'il arrive, menaces ou non.
Mais l'autre penchant de l'histoire, c'est que leurs activités sont entièrement illégales. Malgré l'aide précieuse qu'elle aurait pu leur apporter, il aurait été risqué de l'impliquer elle et - par association - Ron, l'auror.
En revanche, une autre personne est tout aussi bien placée que Hermione pour leur donner un coup de main. D'ailleurs, il vient d'entrer dans le café et cherche du regard la table de Harry. Ce dernier profite de ses dernières secondes de répit pour scruter l'allure du jeune blond. Les contours de son visage semblent encore plus prononcés que d'habitude, et les cernes sous ses yeux ressemblent fort à celles que Harry arbore sous les siens. Habillé tout en noir, il dépose sa cape à l'entrée et jette un sort muet sur ses bottes en cuir de dragon pour les sécher.
Malgré les circonstances, la boule dans le creux du ventre de Harry se dénoue un peu.
Draco s'installe rapidement, commande un thé et se met au travail presque immédiatement. Très peu de mots sont échangés en dehors du strict nécessaire. Pansy est censée les rejoindre un peu plus tard pour débriefer après sa journée de travail. Théo, en parallèle, s'occupe d'assurer le support émotionnel auprès de Mrs Parkinson.
Harry essaye de glisser une blague ou deux pour détendre l'ambiance mais ne récolte que de l'indifférence. Occlumencie, lui souffle son instinct.
A-t-il eu vent de quelque chose de la part de Pansy, malgré le deal qu'ils ont établi ? Regrette-t-il le temps passé ensemble ces dernières semaines, leur rapprochement amical ?
Les jeux, les bières, la musique, les conversations ensemble ? Il lui faudra parler à Hermione pour comprendre ce qu'il se passe, si elle a eu vent de quelque chose via leur relation de travail.
De toute façon, c'est toujours lui l'inconnue dans l'équation, c'est toujours lui qui fait tout foirer.
La poignée de main refusée.
Les insultes anti-Serpentard alors qu'il a failli en être un aussi.
Sectumsempra.
Ils s'escriment pendant encore deux longues heures à la tâche, concentrés sur leur tâche. Ne réfléchir à rien, sauf à ce qui pourrait vaincre la malédiction du bracelet. Rien sauf la magie, les runes, les rituels ancestraux. Pansy a le temps de venir et repartir, et quand vient le temps de quitter enfin le café, le fond de thé restant dans sa tasse est déjà glacial.
"Je pense qu'on a balayé tous les paragraphes intéressants dans celui-ci, Potter." annonce Malfoy d'une voix monotone. "Je te propose qu'on s'arrête là et qu'on poursuive demain soir plutôt sur la piste des malédictions familiales plutôt que les objets ensorcelés."
Harry s'étire profondément, sentant ses muscles crier après de longues heures penché sur la table.
"Il est tard, ça te dit qu'on mange un morceau ensemble ?" propose-t-il timidement.
Draco le regarde d'un air froid, le masque d'Occlumencie figé comme de la cire sur son visage. "J'ai déjà un rendez-vous ce soir. Restons professionnels, si tu veux bien, Potter. C'est mieux comme ça."
Mais, à l'intérieur du cœur de Draco, ce sont des milliers de pièces qui explosent à l'unisson.
En espérant que vous avez apprécié ! Merci pour vos reviews sur les chapitres précédents en tout cas, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir !
