Chapitre 8 – La forêt interdite

À la tombée de la nuit, Raiponce, Mérida et Harold s'étaient rassemblés près du stade de Quidditch et attendaient patiemment le quatrième membre de leur groupe. Jack avait conscience d'être légèrement en retard au mystérieux rendez-vous qu'Harold lui avait donné. Il n'avait pas réellement compris pourquoi ils devaient sortir à une heure si tardive, mais étant donné qu'il avait fixé le point de rencontre au stade, le Serpentard n'avait pas pris de chance et était allé récupérer son balai : un Brossdur 1. Évidemment, tout bon connaisseur de balai savait que depuis le premier modèle de cette marque fabuleuse, trois autres modèles étaient sortis, mais le Serpentard, qui avait finalement décidé que cette année serait la bonne pour entrer dans l'équipe de Quidditch, tenait énormément à son balai. C'était un des derniers artéfacts que son père avait laissés lorsqu'il était parti, abandonnant sa mère, sa sœur et lui il y avait maintenant sept ans.

Jack ignorait pourquoi il était aussi attaché à ce balai, alors qu'il éprouvait toujours de la rancœur pour le manque de loyauté et de courage de son père, mais quand sa mère avait voulu le jeter quelques mois après le départ de son mari, il avait fait une crise pour le conserver. Sa mère avait alors concédé, n'ayant pas la force de se disputer avec son fils. L'enfant l'avait depuis gardé dans sa chambre, faisant parfois des tours lorsqu'il avait le temps de s'éloigner suffisamment de la maison pour ne pas que les moldus le voient.

En arrivant au terrain de Quidditch, il constata qu'aucun de ses amis n'avait avec eux un balai. Jack s'approcha en se demandant vraiment à quoi ça rimait, surtout que Mérida gesticulait énormément en parlant fort. En soi, ce n'était pas ça qui était vraiment surprenant :

« Je vais les étriper ! Je suis certaine que c'est eux qui ont fait ça ! » s'exclama-t-elle.

« Qui ont fait quoi ? » demanda innocemment Jack un sourire aux lèvres pressentant que ce qui allait s'en suivre serait très amusant.

Mérida se retourna vers lui en fronçant les sourcils en le voyant affublé de son balai. Jack raffermit sa prise autour de son manche, fier, alors la rousse continua :

« Mes frères… Ils ont colorié l'entièreté de mon manuel d'enchantement… J'ai des pages illisibles… »

« Ce n'est pas comme si tu ouvrais souvent tes bouquins de toute façon. Ça ne sera pas une lourde perte… » répliqua Jack, toujours avec son sourire narquois aux lèvres.

Mérida lui jeta un regard noir.

« D'ailleurs, un certain Alphard Black de deuxième année a paniqué hier soir dans notre salle commune, car quelqu'un lui aurait piqué sa baguette entre la gare et la cérémonie… J'avais oublié de te le dire ce matin. Tes frères n'y seraient pas pour quelque chose ? » rajouta Jack plus sérieusement.

Mérida se frappa la tête avec sa main, alors qu'Harold rigolait en arrière et que Raiponce mettait une main devant sa bouche, catastrophée :

« Oh non ! Pauvre lui ! »

Jack se sentit rougir en voyant la réaction de Raiponce qu'il trouvait absolument adorable. Cette dernière faisait bien attention de détourner le regard et Jack se demandait vraiment ce qu'il avait bien pu faire le matin même pour provoquer une telle réaction chez elle en métamorphose.

Comme toujours Raiponce arrivait en avance à ses cours et lui avait réservé une place à l'avant de la classe. Le Serpentard n'avait jamais aimé être à ce point en avant, mais il n'osait pas non plus contrarier la douce et délicate Raiponce. En entrant, il la vit donc placer toutes ses choses alignées parfaitement sur son bureau et le Serpentard ne put s'empêcher de se souvenir de ce que sa sœur avait déclaré la veille en attendant le train.

« Mon frère, il est amoureux de toi. »

Jack n'était pas près de dire qu'il était « amoureux » de Raiponce. Certes, il la trouvait adorable et ne pouvait s'empêcher d'agir d'une certaine façon avec elle, mais ce n'était que parce qu'il aimait la voir décontenancée. Il la considérait comme une jeune fille fragile qu'il se devait de protéger du monde qui lui faisait si peur. Et puis, sa sœur avait 10 ans, elle ne connaissait rien à l'amour.

« Pathétique », cracha soudainement une voix avec un fort accent allemand qui n'avait pas perdu son temps autant qu'elle l'avait laissé entendre quelques minutes plus tôt.

Jack se tourna vers Liesa, qui semblait toujours d'humeur charmante, même s'il devait l'avouer, il l'avait un peu cherché, et il la suivit jusqu'à la table qu'elle réservait pour elle et son frère, un sourire aux coins des lèvres.

« Ma très chère Lies'. En fait, ma marche en solitaire m'a bien fait réfléchir et tu es vraiment la créature la plus charmante que je connaisse… Toujours à dire de jolies choses. J'aurais tant aimé que tu acceptes de t'assoir à côté de moi », dit-il d'un ton qui se voulait dragueur, conscient qu'il testait vraiment la patience de la jeune fille depuis une dizaine de minutes.

Cela n'échappa pas à la Serpentarde qui pointa sa baguette sur lui subtilement, prévoyant que le professeur Dumbledore pouvait surgir à tout moment dans la salle de classe et n'aimerait certainement pas qu'elle menace un autre élève de sa baguette :

« Redis ça pour voir… » menaça-t-elle.

« Doux-doux ma jolie. Je pourrais croire que tu es fâché contre moi… » continua Jack en se retenant de rire.

Un élève de Serdaigle en arrière pouffa et Jack releva la tête, fier comme un paon.

« Vera… » commença Liesa au moment où Dumbledore entrait avec Dietrich au fond de la classe et s'exclamait :

« Bonjour à tous et à toutes ! J'espère que vous avez passé un merveilleux été. »

Ses yeux perçants croisèrent ceux de Liesa et Jack qui s'empressa de regagner sa place à côté de Raiponce. Il chuchota à son oreille :

« Bien dormi ma jolie ? »

Raiponce parut mal à l'aise et répondit en chuchotant :

« Tu sais que tu n'es pas obligé de m'appeler comme ça… »

Le cours avait commencé et étant donné que Raiponce s'était sauvée après le cours, car elle avait un truc à récupérer dans sa salle commune, et qu'elle était introuvable pendant l'heure du diner, il ne l'avait pas revu de la journée.

« Je n'aurais jamais dû demander à ma mère de les faire venir… Quoique… t'as dit Black ? » demanda Mérida le sortant de ses pensées.

Jack hocha la tête et fronça les sourcils, sentant que la question de Mérida n'était pas anodine. Elle balança sa main vers l'avant :

« Pfff ! Tant mieux alors ! C'est juste un bon retour des choses. Sa famille et lui n'avaient juste à ne pas se pavaner avec leur si précieuse baguette. Il fera moins le malin sans elle. »

« Mais Mérida, il ne t'a rien fait Alphard, non ? » reprit Raiponce sur un ton cérémonieux.

« Aucune idée. Mais tous les Black sont pareils de toute façon. Tous les plus hautains les uns que les autres. »

« Tu ne penses pas ce que tu dis. Faut que tu écrives vite à tes parents pour qu'ils renvoient la baguette. »

« Ouais, on verra si j'ai envie… »

« Mais Mérida… » insista Raiponce.

« On verra, c'est bon, là. On ne sait même pas si cet imbécile l'a seulement égaré tout seul », conclut-elle sèchement en croisant les bras.

Raiponce eut l'air légèrement secouée. Le Serpentard n'aimait pas voir la douce et gentille Serdaigle dans cet état, mais parfois Mérida était un peu trop rude et ne mesurait pas ses mots pour la sensibilité de leur amie. Il s'empressa donc de rajouter :

« Sinon, tu peux toujours lui prêter ta baguette Mérida. »

« Tu n'as qu'à la prêter toi-même si tu y tiens tant que ça », répliqua-t-elle, visiblement agacée.

Jack ne comprenait pas pourquoi Mérida pouvait parfois adopter ce genre d'humeur boudeuse et irritable, particulièrement lorsque l'on parlait de sa maison. Lui, il la trouvait très bien sa maison. Bon, il avait conscience que certains de ses camarades manquaient légèrement de tolérance envers les nés moldus et particulièrement envers les moldus, mais ce n'était que de l'ignorance. Si l'on passait outre certains préjugés qu'ils entretenaient, ils étaient, pour la plupart, sympas. Par contre, il était vrai que les seuls moments où il ne trainait pas avec Harold, Mérida et Raiponce, il les passait avec Liesa et Dietrich, qui n'avaient pas vraiment le désir ou carrément la capacité à s'attirer la sympathie des gens. Donc, au final, le Serpentard n'avait pas vraiment beaucoup d'amis dans sa maison.

« Bon », trancha Harold « il ne reste qu'une heure avant le couvre-feu, alors on va devoir faire vite… »

« On va où ? », demanda Jack qui avait fini par comprendre qu'ils ne feraient pas une partie de Quidditch, ce qui aurait été de toute façon surprenant considérant que Raiponce trouvait cela dangereux et qu'Harold n'aimait pas la compétition.

Mérida, dont le sourire n'était pas revenu, répondit placidement :

« Harold aurait ramené un dragon à l'école… »

Jack leva un sourcil, moyennement dupe, Raiponce, elle semblait mal à l'aise.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée d'aller dans la forêt interdite… Monsieur Dippet a été très clair là-dessus hier… »

Mérida ouvrit la bouche pour répliquer, mais Harold la devança :

« Non, non, inquiétez-vous pas. Avec Krokmou, il ne nous arrivera rien. Et puis, c'est Bari qui m'a montré l'endroit et je lui fais confiance. »

« Krokmou ? Et c'est qui Bari ? » demanda Jack.

Mérida haussa les épaules, signe qu'elle n'y avait rien compris non plus.

« Oh, et faites juste attention de ne pas faire de bruit. Aucun autre animal ne doit s'apercevoir que des sorciers sont allés dans la forêt interdite. »

Jack, Raiponce et Mérida se mirent donc à suivre Harold, après que Jack ait caché son balai sous l'estrade de Quiddith, qui ne les menèrent étrangement pas vers la forêt interdite, mais plutôt derrière le terrain de Quidditch où il y avait un éboulis de pierres. Mérida fronça les sourcils et jeta un regard interrogateur à Jack qui haussa les épaules. Harold s'accroupit et chercha un moment quelque chose. Mérida s'avança et commença :

« Euh Har… Mon dieu ! » s'exclama-t-elle en mettant une main sur son cœur.

Jack regardait avec stupéfaction les pierres s'écarter devant ses yeux pour libérer un passage. Raiponce avait une main sur sa bouche et semblait véritablement impressionnée.

« Tu as découvert ça tout seul ? » demanda-t-elle.

Harold secoua la tête.

« Non, c'est Bari qui me l'a montré. Ça mène à l'endroit où est Krokmou. »

Mérida s'avança et regarda le passage, légèrement inquiète :

« Euh… T'es sûr que c'est passable ? Il va falloir qu'on marche à quatre pattes et ça ne va pas s'effondrer ? »

« Aurais-tu peur Mérida ? » ne put s'empêcher de demander Jack un sourire aux lèvres.

« Non ! Voyons. Je demande, c'est tout. Ça me surprend juste que… »

« Bon, allons-y… » coupa Harold en regardant le ciel qui s'obscurcissait.

Mérida hocha la tête et suivit Harold alors que Jack fermait la marche derrière Raiponce. Même s'il faisait encore beau et relativement chaud, Jack se sentit aussitôt transi alors qu'il se mit à quatre pattes pour avancer dans ce passage secret. Il faisait très humide et l'on aurait pu se croire en hiver dans une journée où le froid réussissait même à traverser les manteaux. En plus, l'odeur de la terre humide en décomposition n'était pas la plus agréable et le sol argileux laisserait clairement des taches sur leur robe de sorcier. En avant de lui, Jack plaignait Raiponce dont ses infiniment longs cheveux, malgré sa tresse, trainaient dans la boue. Celle-ci ne semblait malgré tout pas s'en soucier outre mesure. Alors que Mérida et Harold discutaient à l'avant, Jack accéléra un peu pour être plus près de Raiponce qui frissonnait.

« Il fait froid, tu ne trouves pas… » déclara-t-il sachant pertinemment que cela n'avait pas grand intérêt.

Raiponce sembla hocher la tête.

« Argh… Ma robe va être fichue ! » s'exclama Mérida à l'avant.

« Les elfes vont la recoudre, j'imagine… » sembla répondre Harold que Jack n'entendait pas bien étant donné sa position à l'arrière de la troupe.

« Ça va Raiponce ? J'ai l'impression que tu m'évites depuis ce matin », demanda Jack en espérant que Mérida et Harold ne l'entendent pas.

Raiponce s'immobilisa et Jack s'arrêta juste à temps pour ne pas lui rentrer dedans.

« Oh ! Mais non Jack. Désolée que tu aies eu cette impression… »

« Tu sais que tu peux me le dire si j'ai fait quelque chose que tu n'as pas aimé… »

Raiponce se retourna, ses joues étaient rouges et Jack ne put s'empêcher de rougir aussi. C'était contagieux.

« Non, pour vrai, il n'y a rien », dit-elle avec une si grande sincérité que cela mit aussitôt Jack à l'aise.

« Donc je peux continuer de t'appeler ma jolie ? » demanda-t-il en sentant un sourire apparaître sur son visage.

Raiponce pouffa et Jack savait que, peu importe ce qui avait provoqué sa réaction plus tôt, c'était passé :

« Oui, oui. Si tu veux. »

« Alors, toi d'abord, ma jolie », déclara-t-il en pointant l'avant du tunnel au moment où Mérida criait, alors qu'il ne la voyait plus :

« Vous faites quoi, bon sang ?! On vous attend nous ! Non, ça va Harold. Je suis capable de me lever… Oh mon dieu ! »

En entendant le dernier cri de Mérida, Jack sut qu'il se passait quelque chose à l'autre bout du tunnel et il croisa le regard inquiet de Raiponce. Elle se retourna et accéléra du mieux qu'elle pouvait sa progression à quatre pattes. Jack la suivit et ils débouchèrent bientôt sur la fin du tunnel. Il y avait un trou à environ trois mètres au-dessus d'eux et ils devaient escalader les parois rocheuses pour l'atteindre. Il grimpa à la suite de Raiponce qui, lorsqu'elle déboucha finalement, lui tomba carrément dessus en poussant un petit cri. Jack s'agrippa juste à temps à une roche, alors que Raiponce était maintenant entre lui et la paroi. Elle s'accrochait à une racine et elle avait de la terre pleine le visage. Elle cracha ce qui était entré dans sa bouche :

« Désolée Jack ! » dit-elle légèrement paniquée.

« Qu'est-ce qui se passe là-haut ? » demanda-t-il se sentant de plus en plus glisser sur la paroi rocheuse.

Raiponce lui répondit par un regard perdu. Harold se pencha au-dessus du tunnel et les regarda étrangement en les voyant dans cette drôle de position.

« Euh, vous avez besoin d'aide ? » demanda-t-il incertain.

Raiponce regarda anxieusement Jack qui l'encouragea à monter du regard. Il sentait qu'avec son propre poids, plus celui de Raiponce, il allait finir par juste lâcher ses prises et les faire tous les deux tomber au fond du tunnel. Ce n'était pas très haut, mais à deux l'un par-dessus l'autre, ils pouvaient se faire mal. Harold s'accroupit et leur tendit la main et Raiponce consentit finalement à grimper et attraper celle du Poufsouffle.

Jack grimpa le reste de la paroi et Harold lui tendit la main pour la dernière montée. Lorsqu'il aperçut la forêt de l'intérieur, la première chose qu'il ressentit fut la pesanteur. Un frisson lui parcourut l'échine dorsale alors qu'un sentiment d'angoisse lui nouait le ventre. C'était un étrange sentiment que la peur. C'était un sentiment qu'il ne lui était pas vraiment familier. Il avait connu la tristesse et le deuil en voyant son père les quitter, la colère et l'injustice, lorsqu'il avait compris qu'il ne reviendrait pas, la jalousie en apprenant que ce ne serait pas toujours lui que l'on regarderait, mais la peur était un sentiment plutôt rare. Même lorsqu'ils avaient dû s'enfermer dans leur sous-sol lors des attaques de missiles allemands qui n'étaient finalement jamais tombés sur son village, il n'avait pas eu peur. Il faisait beaucoup trop confiance à la magie de sa mère. Par contre, ce qu'il ressentait en ce moment venait lui travailler les tripes et l'aveuglait. Ce qui était le plus inquiétant c'est qu'il ne savait même pas à quoi elle était due. C'était juste la forêt.

« Jack ? » s'inquiéta Raiponce.

« Jack ! Regarde ! » s'exclama Mérida, qui, elle, ne semblait pas du tout ressentir la même chose que lui.

Le Serpentard sentit la main de Raiponce lui prendre doucement le bras. Ce contact était rassurant et il réussit à essuyer quelques gouttes de sueur qui s'étaient accumulées sur son front. Harold et Mérida semblèrent enfin se rendre compte de l'état de leur ami, car soudainement les quatre le fixaient avec étonnement et préoccupation.

« Tu ne vas pas vomir, toujours ? » demanda Mérida sans une once de tact.

En se rendant compte qu'il percevait quatre regards et non trois, Jack cligna plusieurs fois des yeux et il rencontra des yeux verts, complètement verts et énormes. Il y avait aussi les iris, ovales et noir profond. Le champ de vision de Jack s'élargit et il vit le dragon en entier qui, tapi, percevait sans doute sa peur. Submergé par la panique, Jack cria et recula. Il trébucha et tomba à la renverse dans le trou. Raiponce tenta de le retenir et il sentit au moins une autre main le frôler, mais il s'affaissa lourdement dans le fond du tunnel sur le dos. Son souffle coupa immédiatement. Tout devint noir. En rouvrant les yeux, il eut l'impression que toutes les alvéoles de ses poumons venaient de se coller ensemble, l'empêchant de respirer. Il paniquait, cherchant son souffle sans être capable de faire quoi que ce soit pour le retrouver.

Il sentit soudainement une main le redresser légèrement, puis une autre lui toucher la joue. Sa vision était noire, mais ces contacts apaisants finirent par le calmer. Il reprit une bouffée d'air, puis une autre et lorsqu'il respira à nouveau normalement, il se rendit compte que la peur qu'il ressentait un instant plus tôt avait complètement disparue. Il se souvenait du sentiment puissant qui s'était abattu sur lui, mais ce n'était plus quelque chose de présent. Seulement un lointain souvenir. Il put enfin voir ses amis autour de lui, qui l'avaient rejoint en bas du tunnel.

Mérida était celle qui l'avait soulevé, visiblement inquiète. Elle avait les sourcils froncés et plantait ses doigts dans sa chaire, comme si elle avait peur de le lâcher, peur qu'il refasse une étrange crise. Raiponce avait entouré une mèche de cheveux autour de sa main et lui touchait doucement la joue, effrayée. Jack regarda les cheveux autour de sa main, surpris. Il s'agissait là d'un drôle de réflexe. Il leva finalement la tête pour voir que Harold et un dragon le fixaient, tout aussi surpris. Il cligna plusieurs fois des yeux, son ouïe revenait peu à peu et il se rendait compte qu'il avait vraiment mal au cou et à la tête. Il porta la main à sa tête et toucha immédiatement un liquide gélatineux qui se mélangeait à ses cheveux bruns. Il grimaça, ça ne devait pas être très beau.

« Jack, qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda Raiponce inquiète.

« Oui ! Mon dieu, t'as eu peur de Krokmou à c'point ? Y'est super mignon, n'faut pas p'niquer comme ça ! » rajouta Mérida précipitamment, son accent des îles ressortant particulièrement, faisant en sorte qu'il avait du mal à tout comprendre ce qu'elle disait.

En haut, Krokmou hochait la tête comme s'il avait compris ce qu'avait dit Mérida. Et de ce qu'il connaissait des dragons, c'est-à-dire très peu, il se pouvait tout à fait que ce soit le cas.

« Euh, je ne sais pas… », balbutia Jack, le cœur au bord des lèvres.

« Est-ce que tu es capable de remonter, Jack ? » demanda Harold d'en haut en hésitant.

La lèvre inférieure de Jack trembla. Il ne voulait pas remonter. Il ne voulait pas retourner là-haut. Peu importe ce qui avait provoqué cette réaction chez lui, il n'était pas prêt à l'affronter de nouveau. Il avait juste envie d'aller se réfugier dans son lit. En plus, plus l'adrénaline descendait, plus il avait mal au dos et à la tête.

« Raiponce ! Il saigne ! Tu ne peux pas le soigner ? »

Raiponce sursauta et rougit violemment :

« Quoi, euh… oh… »

« Un sort de soin, Raiponce ! » insista Mérida, encore stressée.

Jack regarda Raiponce. Il la trouvait étrange à ce moment-là. Ses longs cheveux étaient toujours enroulés autour de sa main. Bizarrement, il trouvait ce contact rassurant.

« Oh oui, oui, un sort de soin. Je sais faire. »

Elle pointa la tête du Serpentard et dit :

« Episkey. »

Une lueur blanche enveloppa la blessure de Jack qu'il sentit cicatriser. Il avait toujours aussi mal, mais il ne saignait plus. Il toucha le visage de Raiponce qui semblait si inquiet et un petit sourire franchit les lèvres de la blonde. Mérida fronça les sourcils.

« Il est clairement sonné… », affirma-t-elle. « On devrait peut-être l'apporter à l'infirmerie. »

Raiponce hocha la tête et se releva. Mérida le lâcha enfin, alors qu'Harold disait :

« Ok, donnez-moi une minute, je donne le poisson à Krokmou et je descends. »

« Tu veux dire que c'est ça que t'as mis dans ton sac qui dégoulinait dans le tunnel ? » s'exclama Mérida en affichant une mine dégoûtée.

Harold sourit comme toute réponse et s'éloigna du trou avec son dragon. Raiponce et Mérida se mirent d'un côté et de l'autre de Jack et l'aidèrent à se relever. Aussitôt, le monde tangua sous les yeux du Serpentard. Il dut prendre une grande respiration pour ne pas vomir sur ses amies. Il s'adossa au mur, avant de se laisser retomber assis. Mérida le regarda, pas du tout rassurée. Ils devaient faire tout le chemin inverse à quatre pattes. Raiponce se mordit une lèvre, clairement préoccupée. Voyant ses amies aussi inquiètes pour lui il ouvrit la bouche, avant de la refermer aussitôt. S'il parlait, il vomissait.

Harold se mit à descendre et ils se retrouvèrent les quatre particulièrement coincés dans le tunnel. Jack essayait de concentrer son regard sur Raiponce, alors que Mérida et Harold semblaient avoir une discussion silencieuse. Après plusieurs minutes, où chacun réfléchissait dans sa tête, Jack dit :

« Ça va déjà mieux. Je vais être capable, je crois. »

Harold parut soulagé. Mérida croisa les bras et Raiponce avait l'air toujours aussi songeuse.

« Pour vrai, je vais même y aller en premier. »

Jack se mit à quatre pattes et commença à avancer dans le trou. Chaque pas le faisait extrêmement souffrir, mais il serra les dents. Il ne voulait pas pleurer. Pas devant ses amis. Il en aurait honte jusqu'à la fin de ses jours. Il entendit les autres commencer à le suivre.

Ce fut le plus long trajet de sa vie. Il entendait parfois Harold et Mérida chuchoter quelque chose juste en arrière de lui. Raiponce devait être la dernière, vu qu'il ne l'entendait pas du tout. Il aurait été incapable de se retourner pour vérifier. Plus ils avançaient, plus les chuchotements de Harold et Mérida devenaient réguliers et forts. Jack n'essayait pas de les écouter. Sa tête semblait exploser dans son crâne et il ne devait que penser à faire un pas devant l'autre sans s'arrêter. Après un moment, cependant, alors que le chemin devenait soudainement assez grand pour pouvoir marcher debout, Mérida s'exclama :

« On est complètement perdu ! Avoue-le donc Harold ! »

Jack se permit une pause et s'assit contre une paroi. Mérida s'était relevée et regardait partout autour d'elle. Elle avait l'air assez fâché contre la situation et faute d'avoir un réel coupable, contre Harold.

« On n'est pas perdu… C'était juste en ligne droite… »

Harold se releva et chercha néanmoins des yeux aussi. Jack ferma les siens, préférant les laisser se disputer tous seuls sur la suite des choses. Après quelques minutes où Jack s'était senti s'endormir, Mérida le secoua légèrement et dit, boudeuse :

« Lève-toi, on continue. »

Les muscles de Jack étaient si rigides et sa tête si lourde qu'il eut même du mal à ouvrir la bouche pour dire :

« Laissez-moi ici, j'en peux plus. »

Mérida soupira, sans aucune pitié.

« Non, là, on ne va pas te laisser ici et on n'est pas capable de te porter, alors tu devras faire un petit effort jusqu'à l'infirmerie. »

« Je ne veux pas aller à l'infirmerie… » bouda Jack.

Il sentait qu'il devenait légèrement immature, mais il avait tellement mal. Il voulait juste s'endormir et se réveiller guéri.

« Par les sept enfers, Jack ! Il te manque juste un peu d'effort. »

« Tu ne sais pas s'il manque juste un peu d'effort. On est perdu et j'ai mal. Puis je ne comprends rien à tes expressions. »

« Argh… Parlez-lui, moi, j'en peux plus. »

« Tu veux qu'on aille chercher un professeur, Jack ? » demanda Raiponce.

« Non ! » répondit aussitôt Harold. « Ça les amènerait directement sur Krokmou. »

Un silence se fit entre les quatre amis. Ils attendaient tous que Jack se décide à continuer. Ce dernier aurait bien voulu bouder encore longtemps, mais en plus d'être ridicule, il avait de plus en plus froid. Il soupira et dit :

« Ok, aidez-moi juste à me relever. »

Mérida souffla et elle et Harold l'aidèrent à se mettre sur ses pieds. Au moins, il y avait maintenant assez d'espace pour qu'ils marchent côte à côte, même s'ils frôlaient toutes les parois autour d'eux.

Ils continuèrent donc leur périple qui devint une ascension. Bien que la pente ne fût pas particulièrement à pic, Mérida et Harold devinrent vite essoufflés à porter le poids de Jack qui lui, serrait les dents à chaque pas. Les parois de terre devinrent de la roche puis des murs lisses. Jack était certain que ce n'était pas par là qu'ils étaient entrés, mais il tint sa langue. Mérida en profiterait sûrement pour remettre ça dans le visage d'Harold et elle risquait de le lâcher, ce qui s'avèrerait douloureux. Après plusieurs dizaines de minutes, ils arrivèrent finalement derrière une porte sans poignée. Raiponce passa devant et poussa doucement la porte. Elle passa sa tête à travers et dit :

« On peut y aller, mais silencieusement. On est à l'intérieur de château, mais je ne sais pas si le couvre-feu est passé. »

« Mon balai, il est dans les gradins… » dit Jack.

« On le récupèrera demain matin », trancha Mérida.

Ils franchirent le mur qui semblait être un miroir et atterrirent au milieu d'un couloir plein d'armures.

« On est où ? » chuchota Mérida.

« Je crois qu'on est au quatrième étage », répondit Raiponce « Ça ressemble au couloir de l'autre côté de la bibliothèque. »

« Bon, allons à l'infirmerie. Monsieur Jones ne posera pas de questions. Tu lui diras que t'es tombé de ton balai au pire. En plus, ton balai est resté là, ça fait réaliste », proposa Mérida.

« Je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie… », rechigna Jack ne se croyant pas plus que ça.

« Ben tu n'as pas le choix. Je vais y aller avec toi et je dirai qu'on faisait du Quiddith ensemble. Ça nous donne une bonne excuse pour avoir dépassé le couvre-feu. Vous pouvez aller vous coucher, je m'en occupe », décida Mérida, autoritaire.

Raiponce sembla hésiter :

« Tu es certain que ça va aller ? » demanda-t-elle à Jack.

Jack se força à sourire. Il avait été vaincu par l'argumentaire et l'autorité indéniable de Mérida à cet instant. Mais il ne voulait pas inquiéter davantage Raiponce :

« Certain ma jolie, on se voit demain matin. »

Raiponce hocha la tête, alors que Mérida siffla, agacée. Harold s'attarda un moment, ne le lâchant pas. Il dit finalement :

« Désolé, c'est de ma faute tout ça. Je n'aurais peut-être pas dû vous apporter pour le voir… »

« Non, t'inquiète Harold, j'ai juste trébuché. Ça arrive. »

Harold ne dit rien et s'apprêta à partir lorsque Mérida l'attrapa par la main :

« Attends ! Je peux y retourner avec toi, demain ? »

Un large sourire s'éclaira sur les lèvres d'Harold alors que ses joues rougissaient. En temps normal, Jack aurait sans doute bien ri de lui. Mais là, il avait en fait, bien hâte d'arriver à l'infirmerie.

« Oui, oui ! Krokmou était vraiment content de te rencontrer en plus. »

Mérida sourit, apparemment fière d'avoir fait bonne figure devant le dragon de son ami. Elle relâcha sa main et se replaça pour bien soutenir Jack, dont le mal de cœur avait repris. Harold leur dit un dernier bonne nuit et Jack et Mérida reprirent leur périple vers l'infirmerie cette fois-ci.