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Chapitre XVII : " Le silence "

Le silence…

Castiel n'a pas dit un mot depuis son réveil. Il ne s'en sent pas capable. N'en a pas l'envie.

Il ne devrait pas être ici… Hier encore…

Il finit d'enfiler son baggy en se tortillant sur son lit. Des gestes devenus habitudes qui n'éveillent plus en lui ni haine ni colère…

Rien.

Ce bordel dans ses émotions ne lui fait même plus peur. Trop ou trop peu ou pas du tout. Il n'y a plus aucun équilibre dans le déséquilibre de son existence.

Il avale son petit-déjeuner sans envie, abandonnant la moitié du plateau sur son assiette. Il se termine pas son café et vide son verre de jus d'orange, au bord de l'écœurement.

Jimmy vient le débarrasser, tente de lui parler, mais il garde le regard fixé sur le jardin et cet arbre planté à quelques mètres de lui, pareil à ceux du parc. Ceux qui offraient leur ombrage aux sourires feints de Ruby.

Si loin et pourtant si proche…

Jimmy lui rappelle que Josuah vient le chercher à 10 heures 30 pour son rendez-vous à Johnson. Devant son absence de réaction, il se retire. Aujourd'hui, il n'insiste pas. Il sait reconnaître l'instant où le passé écrase le présent.

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Castiel ne sait combien de temps il reste ainsi, inerte. Il ne sait combien de minutes se sont écoulées avant qu'un énième cauchemar ne l'emporte et ne l'épuise.

Quand il reprend conscience de son entourage, Cesar est à ses côtés. Il ne dit rien, il se contente de lui tendre un verre d'eau et de lui offrir un doux sourire. Celui de ceux qui savent.

Il lui parle, mais Castiel n'enregistre rien. Il perçoit des Jesse, retour, ranch et des groupe de parole entre deux gorgées d'eau qu'il s'efforce de boire.

Ses muscles se détendent, sa respiration s'apaise, les mots le calment…

Quand Cesar se lève, il trouve la force de lui rendre son sourire.

Moins d'une heure plus tard, la porte s'ouvre sur Josuah.

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" T'es sûr que c'est ici ? ", demande Dean en se penchant sur le volant pour observer la maison d'en face.

" Si j'en crois les renseignements fournis par Charlie, oui ", en faisant de même.

" Bon bin… Il ne reste plus qu'à attendre que cet abruti pointe le bout de son nez ", soupire-t-il en s'enfonçant dans son siège, mains croisées derrière la nuque.

S'ensuit un long silence. Il n'a rien d'étrange ni de pesant. Il a ce goût de déjà vu. De ces attentes parfois interminables qui font la majorité de leur métier.

Sam pianote sur son téléphone tout en gardant un œil sur la maison.

Dean l'envie de pouvoir ainsi échanger avec Jess. Il aimerait pouvoir en faire de même avec Castiel. Il sourit.

C'est ça, tout à fait le genre de la maison, se fustige-t-il mentalement.

Avant de se rappeler que le fameux genre de la maison n'hésite pas à téléphoner à son – il ne sait plus très bien comment le définir – ex-soldat tous les soirs.

" Ça va ? " lance un Sam dubitatif.

" Je réfléchissais pendant que tu vomissais des licornes ", du sarcasme plein la voix.

" Fais gaffe à pas te choper une rupture d'anévrisme ", réplique-t-il sur le même ton.

" Très drôle, Sammy ", en rouvrant les yeux. " Hilarant ", visage impassible.

" Pour ta gouverne, je n'écrivais pas à Jess, mais à Charlie ", le corrige-t-il. " Il semblerait que notre client ne soit pas un abruti fini ", appuyé de guillemets fictifs.

" C'est-à-dire ? ", dubitatif.

" Lisbeth, la demi-sœur, vient d'accoucher d'un petit garçon. "

" Tu veux dire que le mec a risqué sa liberté conditionnelle pour… pour voir son neveu ? ", en faisant la moue.

" Yep ", en rangeant son téléphone.

" Je m'attendais à tout sauf ça… Tu parles d'une première ! ", en se grattant le front distraitement.

" Ça la fout mal… Tu trouves pas ? ", gêné, en prenant son frère à partie.

" Pour lui, oui… C'est certain ", opine-t-il en reprenant son sérieux.

" Tu aurais fait pareil si ça avait été moi ", rétorque Sam.

" Quoi ? Tu es enceint et tu ne m'as rien dit ? ", les yeux écarquillés, faussement horrifié.

" Dean ", bitchface n°12.

" Pour répondre à ta question NON je n'aurais pas fait pareil ", irrité. " Parce que toi, tu n'aurais jamais été assez con pour vendre de la merde à des gosses à la sortie des écoles… ", en indiquant la maison. " Pour courir ensuite te pencher sur le landau d'un autre. "

" Un point pour toi ", admet Sam après une courte pause.

" Tu parles d'un point pour moi ", approuve-t-il. " Maintenant, si ce fichu mioche pouvait faire son rot qu'on puisse se tirer d'ici, ça m'arrangerait ", mains sur le volant.

" Il suffisait de demander ", alors que la porte de la maison s'ouvre.

Dean jette un œil sur l'affiche qui pend près de la boîte à gants.

" C'est notre homme ", main sur la portière.

L'homme embrasse une jeune femme brune sur le front puis le bébé dans ses bras avant de s'éloigner.

Ils attendent que la porte se referme pour sortir de l'habitacle.

" EH, EINSTEIN ! ", hurle Dean en s'avançant.

Sam roule des yeux tout en portant la main à son étui.

L'homme se fige avant de se mettre à courir.

" Et merde ! " peste Dean.

" À qui la faute, hein ? ", le fustige Sam en sortant son arme. " Fais le tour ", en lui indiquant le coin de la rue.

Dean n'a pas le temps de répliquer que son frère s'est déjà mis à la poursuite du fugitif. Il sort son arme et court en sens inverse.

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L'homme décide de prendre la direction du parc municipal où il espère pouvoir les semer entre les allées boisées. Trop occupé à regarder son poursuivant par-dessus de son épaule , il ne voit pas débouler Dean, surgissant sur sa droite et l'emportant dans son élan.

Ils s'écrasent tous deux sur le trottoir dans un bruit de souffles coupés.

" Salut, du con ", balance Dean, canon de son arme sur le nez du fugitif. " Bouche un cil et je te colle une troisième narine ", à califourchon sur sa poitrine.

" Bien joué ", lance Sam en rangeant son arme et décrochant une paire de menottes de sa ceinture.

" Vous êtes malades ", vocifère l'homme en tentant de se protéger de ses deux mains en avant.

" T'as même pas idée à quel point, du gland ", en le tirant par le col pour le soulever de terre. " 5000 dollars… Vite fait, bien fait ", sourire satisfait pendant que Sam lui passe les bracelets.

" Des putain de chasseurs de prime ? ", avec dégoût.

" La ferme, tonton junkie ", en lui frappant l'arrière du crâne pour le faire avancer.

" Dean ", le reprend Sam.

" Trouve-nous le poste le plus proche qu'on puisse se débarrasser de ce boulet et se tirer d'ici ", en tirant le fugitif sur le trottoir.

Sam s'apprête à répondre, mais se désiste face au visage soudain fermé de son aîné.

Il sort son téléphone et lance une recherche alors qu'ils prennent la direction de l'Impala devant le regard effaré des quelques rares passants qu'ils croisent.

Après avoir laissé leur fugitif aux mains de policiers peu ravis du cadeau, récupérés les papiers nécessaires pour la prime et avalé deux cafés, ils reprennent la route. Direction Sioux Falls.

" Et cette fois-ci, Charlie a intérêt à nous trouver un motel digne de ce nom ", ronchonne Dean en prenant la dérivation vers la N90.

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Arrivés devant l'entrée principale de l'hôpital, Josuah tend à Castiel un badge plastifié.

" À partir de cet instant, vous faites officiellement partie de la maison ", en le lui accrochant sur sa chemise face à l'inertie de ce dernier. " Corbett est le meilleur ", lui glisse-t-il à l'oreille en se redressant. " Je l'ai vu faire des miracles, ici. "

Castiel se contente de regarder le bout de plastique. Son nom, son numéro de sécurité sociale, son numéro de patient.

Son statut de vétéran. Il le décroche et le fixe à la poche latérale de son fauteuil.

" Allons-y, mon gars ", en le précédant, l'obligeant à le suivre.

Castiel n'a toujours pas ouvert la bouche. Il n'en voit pas l'utilité. Le silence ne le dérange pas. Il n'a que trop connu l'enfer que pouvait être le bruit.

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Josuah s'arrête devant une porte en bois et se tourne vers lui.

" Prêt ? "

Un coup et Josuah entre sans attendre de réponse ni de son client ni du médecin. La pièce est partagée entre un bureau contre le mur du fond et le matériel basique de kiné qui prend tout le côté gauche.

" Monsieur Novak ", l'accueille un homme dans la trentaine au sourire charmeur et au corps d'athlète.

Il fait le tour de sa simple table et vient vers lui, la main tendue.

" Je suis le docteur Alan J. Corbett… Chef de cette unité et, depuis hier, votre kinésithérapeute officiel. "

Castiel lui serre la main pour aussitôt ramener la ramener sur ses cuisses.

Corbett échange un bref regard avec Josuah.

" Je vois ", sans qu'aucun mot ne soit émis. " J'ai lu votre dossier ainsi que les annotations apportées par mon confrère, le docteur Robert ", en tournant légèrement l'écran de son ordinateur vers lui. " Comme il a dû vous l'expliquer, nous allons procéder aujourd'hui à ce qu'on appelle un bilan de kinésithérapie… Je vais vous épargner tous les termes techniques, sauf si vous insistez pour les connaître bien évidemment... ", en le prenant à témoin.

Castiel l'écoute, mais ne dit rien.

" Non ? Bon ! ", en conclut-il. " Cela devrait prendre environ deux heures, peut-être plus en fonction des premiers résultats ", en s'adressant cette fois à Josuah. " Disons 13 heures ? "

" Bien ", opine Josuah. " Je vous le confie, Docteur ", en tapant sur la poignée de la chaise roulante. " Ça va le faire, mon gars ", l'encourage-t-il de son éternel sourire édenté. " Je reviens te chercher dès que le toubib en aura fini avec toi ", appuyé d'un clin d'œil.

Devant le soudain tutoiement, Castiel tique. Il voudrait lui dire merci, mais les mots ne parviennent pas à franchir ses lèvres.

" Docteur ", saluant ce dernier.

" À tout à l'heure, Josuah ", en hochant la tête.

La porte se referme sur un silence de plomb.

" Bon ", relance le médecin, fesses en appui contre le bord de la table.

Il lui demande de se déshabiller en lui indiquant un paravent à sa droite. Après de longues secondes d'hésitation, Castiel obtempère. Il ne garde que son boxer et ses réducteurs.

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" Nous allons d'abord procéder à un bilan algique ", tout en enfilant des gants. " Monsieur Novak ? ", pour l'inciter à lever la tête tout en tirant une chaise vers lui. " Vous n'avez rien à craindre ici ", rassurant. " Je suis là pour vous aider… mais pour cela, nous allons devoir collaborer, hum ? ", en s'asseyant face à lui.

Castiel opine.

" Bien… Je vois que vous avez gardé vos réducteurs ? ", en les retirant doucement.

" Pas toujours ", admet-il entre ses dents serrées.

" D'accord ", en les posant sur la table d'observation.

Castiel se rétracte sur lui-même quand il sent les gants se poser sur ses moignons.

" Dites-moi si vous ressentez la moindre douleur ", en commençant à les tâtonner en appuyant de plus en plus fort sur toute la surface des membres résiduels.

Il pratique ensuite le test du pique/touche.

" Aucune douleur ? ", après quelques secondes.

Castiel fait non de la tête.

" Mais vous sentez quand je vous pique ? "

Il opine. Le médecin sourit, satisfait.

" Il vous arrive d'avoir mal ? ", tout en glissant l'index sur les chairs et les cicatrices.

" J'ai parfois l'impression… que… ", bafouille-t-il.

" Que vos jambes sont toujours là ? ", suggère Corbett devant son nouveau silence.

" J'oublie parfois… ", laissant les mots en suspension.

" Mais vous n'avez pas mal ?", réitérant sa question.

" Les cauchemars me font mal ", en fermant les yeux quand les doigts remontent sur ses cuisses.

" Est-ce que vous voyez un spécialiste ou envisagez d'en voir un ? Psychiatre ? Psychologue ? ", en ramenant ses mains vers lui.

" Un psychothérapeute ", d'une voix mécanique.

" Vous m'en voyez ravi ", en pianotant sur une tablette. " Je vais prendre à présent les mesures de vos moignons… Je vais vous épargner les noms d'oiseaux donnés à tous ces bilans ", avec un petit rictus.

Castiel se laisse faire. Il observe les gestes du médecin. Ses prises de note. Réponds le plus brièvement possible quand il le questionne.

Son poids et sa taille avant l'amputation que Corbett compare avec les notes prises par Robert. Ses sourcils se froncent ou se relèvent en fonction de sa lecture.

" Il va falloir reprendre du poids ", marmonne le kiné entre ses dents.

Il se lève, pose son matériel sur le bureau avant de s'approcher de sa table de consultation. Un bruit électrique et celle-ci s'abaisse.

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" On va faire un bilan articulaire et musculaire ", en l'invitant à prendre place, suivant du regard le transfert de son patient d'un air rasséréné.

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Il redresse les bouts de tibias, note la résistance, la souplesse des muscles et de l'articulation des genoux avant d'en faire de même avec ses cuisses.

Il les manipule doucement, les masse, en veillant à ne jamais quitter Castiel du regard. Analysant ses moindres réactions. Les mains de ce dernier se crispent parfois sur les bords de table, les yeux trop bleus fuient…

Il lui demande de s'asseoir, de se tourner sur la droite, la gauche, de se coucher sur ses cuisses tout en veillant à ce qu'il ne bascule pas.

Castiel en a le souffle coupé. La respiration est dure et un voile humide recouvre bientôt son front et le bas de son dos.

" Doucement… Forcer ne sert à rien ", une main dans son dos et l'autre sur sa cuisse.

Castiel le repousse, violemment.

" Pardon ", s'excuse-t-il aussitôt.

" Il n'y a pas de mal ", le rassure Corbett en ôtant ses gants.

Castiel reste assis là, tête basse, mains en appui de chaque côté de cette moitié de corps qu'il maudit.

Il sent la table se baisser et bascule dans sa chaise sous le regard attentif du médecin.

Il est épuisé, vidé, empli d'une colère qui gronde et qu'il n'arrive pas à refréner.

" Vous pouvez aller vous rhabiller… Il y a des serviettes humides sur la tablette… Servez-vous si vous le désirez ", en lavant ses mains au gel désinfectant.

Castiel s'apprête à reprendre ses réducteurs quand le médecin l'arrête d'un geste de la main.

" Ils ont perdu tout élasticité et toute efficacité… Je vais faire en sorte de vous en fournir de nouveaux, plus adaptés à vos moignons ", tout en attrapant sa tablette.

Castiel hésite un instant avant de se diriger derrière le paravent.

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Quand il revient, Corbett a pris place derrière son ordinateur.

Le médecin redresse le menton et plonge ses yeux dans les siens puis s'enfonce sur son siège, mains croisées sur son bas ventre.

" C'est un sacré défi dans lequel nous allons nous lancer, monsieur Novak… 15 jours ", en appuyant ses avant-bras sur la table. " 15 jours où vous allez réapprendre à manger correctement pour reprendre du poids et surtout de la masse musculaire… 15 jours où nous allons reconditionner toute cette belle machine qu'est votre corps. Je ne vous garantis pas que vous pourrez un jour participer aux jeux paralympiques, mais je peux vous certifier que si vous suivez tous mes conseils à la lettre, vous pourrez vous tenir debout et marcher ", lui affirme-t-il. " Il vous faudra peut-être vous servir d'une canne ou de béquilles, mais marcher, vous le ferez. "

Castiel ne semble pas comprendre. Il cherche à voir le mensonge dans les traits de ce visage trop sûr de lui.

" Je ne vais pas vous cacher que les semaines à venir risquent d'être difficiles, voire très difficiles à vivre… Cela fait des mois que vous êtes confiné dans ce fauteuil. Que vous n'ayez développé aucune rétraction grave est en soi un miracle, même si ce n'est pas le premier auquel je fais face ", précise-t-il avec humour. " J'ai cru comprendre, cependant, que vous avez continué à pratiquer vos exercices durant les premiers mois qui ont suivi votre amputation, tout comme vous avez pris soin de vos moignons… Ça plus votre évidente autonomie ont contribué à limiter les lésions et l'irréversibilité d'une rétraction trop importante. "

Castiel se renfrogne.

Conscient d'en avoir trop dit ou pas assez, Corbett se lève et vient le rejoindre.

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" Vous voulez remarcher, monsieur Novak ? ", les bras ballants entre ses jambes.

Castiel baisse les yeux sur ses cuisses, sur l'absence et le vide.

Moins d'une semaine sépare les trottoirs de cet hôpital.

Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, à ce qu'il ressent.

Se mettre debout pour leur cracher à la figure ou pour tenir une promesse ?

Quand il opine, il ne connaît toujours pas la réponse.

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Demain, Castiel a rendez-vous avec le docteur Robert.

Demain, il a rendez-vous avec le docteur Visyak.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Souvent la nuit, il en vient à regretter ce ciel qui faisait son toit et ce silence qui faisait sa paix. Cette fausse normalité.

Il a fait le choix de se donner une chance parce qu'un homme a fait de lui le sien.

Il ne lui doit pourtant pas ceux qu'il a fait aujourd'hui. Une part de lui refuse tout simplement d'abdiquer.

Une part de lui l'oblige à tenir, à souffrir, à hurler en silence, à vivre jour et nuit ses mêmes cauchemars avec ses mêmes fantômes…

L'instinct de survie.

Pendant des mois, il n'a pas voulu ressentir. C'est tellement plus simple de ne se nourrir que de haine et de rancœur. Mais tellement plus facile encore de se raccrocher à l'espoir.

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Gadreel n'avait de cesse de lui répéter.

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" Tu es quelqu'un de bien, Castiel ", accroupi devant cette maison désertée.

Adossé au mur, Novak fixe l'horizon avec un doux sourire las.

" Notre amitié fausse ton jugement " le rabroue-t-il gentiment, assis sur la marche de l'entrée.

" Non ", avant de cracher sur sa droite. Salive de sable et de poudre. " Tu n'as pas rempilé pour cette putain de guerre, tu l'as fait pour eux ", en pointant du menton quelques-uns de ses hommes jouant au football avec les enfants du village.

Gadreel englobe dans ses mots tant les militaires que ces Afghans perdus dans un conflit dont plus personne ne connaît les enjeux.

" Ils le savent et te respectent pour cela… Un jour, cette guerre cessera… On rentrera à la maison et toi, mon ami, tu resteras quelqu'un de bien ", en se tournant vers lui.

Son casque ombre ses paupières et les pattes d'oie au bord de ses yeux craquellent sa peau tannée par le soleil.

" Je ne suis pas quelqu'un de bien, Gadreel… On ne peut pas être quelqu'un de bien en ayant autant de sang sur les mains. "

" Être un homme bien ne signifie pas être parfait ", en posant sa main sur son épaule. " Tu as sauvé plus de vies que tu n'en as prises et, au final, seul ce sinistre décompte comptera ", en la lui serrant brièvement.

" Je ne rentrerai pas, Gadreel ", comme une évidence.

" Tu rentreras, mon ami… Tu brûleras cet uniforme et retrouvera ce Dean dont tu ne cesses de me parler depuis ton retour ", sourire complice alors que Castiel rougit. " Tu mérites cette paix.", en relâchant sa prise.

" T'es un homme bien, Gadreel ", en se relevant, faisant écho à ses propres paroles.

" On l'était tous avant d'arriver ici… Certains le resteront, d'autres…", en s'attardant son Ion. " Ne change pas, mon ami… Jamais ", en se levant à son tour. " Le bonheur est à ce prix ", en shootant dans la balle qui vient de rouler à ses pieds. " Amène-toi ", en l'incitant à le rejoindre.

Ils ont joué au football jusqu'à la tombée de la nuit…

15 jours plus tard, Gadreel mourait et Castiel rentrait.

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Castiel regarde ce qu'il reste de son uniforme. Une partie a disparu au cours de ses errances. L'autre est demeurée au Michigan. Ne restent qu'un vieux T-shirt et sa cape de camouflage roulée en boule au fond de son sac en coton.

Son téléphone se met à sonner. Sur l'écran : Dean.

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Fin chapitre XVII

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En espérant que ce chapitre vous ait plu, on se retrouve dimanche, si le cœur vous en dit.

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