Je vous rassure tout de suite, ce chapitre ne parle pas d'incontinence. Sait-on jamais.

Ce chapitre est un peu plus réjouissant que le précédent, même si un Lucifer qui lit des fanfics est juste… terrifiant et drôle, en fait. Donc j'espère que ça vou- te plaira, Pandorwho, vu que tu es la seule à te manifester.

Bonne lecture~


Chapitre 8 : Fuite

Lucifer, couché sur son lit, passa en revue tout ce qu'il avait fait cette semaine pour se rapprocher de son fils et des Winchester (oui, parce que les deux allaient ensemble, c'était bien sa veine). Le coup des fanfictions avait fait rire les chasseurs de l'autre monde, mais la famille la plus casse-pieds de l'univers avait trouvé la blague limite, voire insultante. Aucun humour, vraiment.

Il avait continué à faire des sauts dans le temps pour ramener des nouveaux films à tout ce beau monde et avait même eu droit à un sourire enthousiaste de la part de Sam quand il lui avait refilé un gadget dont il ignorait la fonction. Manifestement, le chasseur savait de quoi il s'agissait, grand bien lui fasse.

Un jour, il s'était tellement ennuyé qu'il avait volé jusqu'à une foire pour y piquer de la nourriture. Dean l'avait regardé de travers quand Lucifer lui avait donné une tarte entière couverte de meringue, mais il avait fini par la dévorer après avoir vu Jack en manger un morceau pour tester. Evidemment, Lucifer n'était pas dupe, le gosse avait fait ça pour améliorer les relations entre son père biologique et son… tonton grincheux adoptif ? Et visiblement, il aimait la tarte aussi.

A partir de là, Lucifer mit un point d'honneur à visiter les restaurants proposant les meilleurs tartes du monde pour en offrir à son fils, qui le déçut beaucoup en invitant toute sa famille adoptive à l'aider à finir les plats. Enfin, au moins, plus personne ne le regardait comme s'il était une grenade dégoupillée.

Mary se raidissait souvent quand il entrait dans la même pièce qu'elle et Sam ne pouvait s'empêcher de le zieuter d'une façon qui se voulait discrète (et qui ne l'était pas), histoire de voir s'il préparait un mauvais coup. Dean l'ignorait, tout simplement, et Castiel plissait les yeux quand il le regardait. A moins que ce ne soit sa tronche habituelle. Jack, pour finir, était totalement détendu quand Lucifer était dans les parages. Bien sûr, il ne devait pas connaître en détail la liste des crasses de son père biologique, mais aucun des Winchester ne semblait pressé de tout lui raconter et Lucifer leur en était reconnaissant, même s'il ne l'aurait jamais avoué sous la torture.

C'était là la seule concession des Winchester. Ils avaient visiblement décidé d'épargner à Jack les horreurs du passé et ne lui avaient rapporté que les faits se rapportant de près ou de loin à lui. Le gamin savait pour Kelly, mais étrangement, il n'en avait pas encore parlé à Lucifer. Pourtant, on ne pouvait pas dire que la grossesse de l'humaine ait été calme et paisible…

Il avait aussi passé la semaine à essayer de cerner les limites des pouvoirs de Jack et à lui apprendre quelques tours de magie, pour le grand bonheur de son fils.

Finalement, il avait emmené Jack et une partie des chasseurs de l'autre monde à une soirée en boîte juste pour le fun la veille au soir. Les réfugiés s'étaient éclatés comme jamais (c'est qu'on ne devait pas beaucoup s'amuser dans leur patelin) et Jack… Jack avait remporté le numéro d'une jolie brune et ne savait qu'en faire, car Maggie lui faisait le coup du "oh non, mon vieux, n'essaie même pas de l'appeler". En voyant le Néphilim face à face avec une serviette en papier couverte de chiffres, Dean lui avait donné un coup dans l'épaule et avait exprimé ses félicitations bruyantes.

Franchement, si le but de l'existence humaine était de collectionner les numéros, Lucifer ne voyait vraiment pas ce que Jack leur trouvait.

Pour sa part, il s'était bien amusé. Il avait amassé un max de pognon en affrontant les idiots du village au bras de fer pendant toute la soirée sous l'œil réprobateur de son fils, qui avait toutefois souri en découvrant cette facette de son géniteur. Au final, ça avait du bon de côtoyer les humains, ça l'aidait à se sentir supérieur !


- Donc… tu ne détestes plus viscéralement les humains, on dirait, lâcha Sam sans lever les yeux de son ordinateur quand il entra dans la bibliothèque pour chercher un truc à faire.

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça, Sammy ? persiffla Lucifer en prenant un livre au hasard.

Argh, La Chimie organique et ses usages dans la magie païenne. Lucifer rangea bien vite le bouquin pour se tourner vers son Véhicule, les mains dans les poches. Visiblement, Sam avait appris à surmonter ses réflexes de recul en sa présence et il parvenait même à rester dans la même pièce que lui sans se sentir obligé de surveiller ses moindres faits et gestes ! Waouuuh !

- Tu as soigné la gueule de bois de Mickey hier soir, répondit simplement Sam en haussant les épaules.

- Il était sur le point de me vomir dessus, se défendit Lucifer sans enthousiasme.

- A cette distance ? Pas sûr.

- Par principe, je ne sous-estime jamais la puissance du jet de vomi des hum- Attends, comment tu sais ça ?!

Sam se figea, une main au-dessus de son clavier, puis il soupira et continua ce qu'il était en train de faire.

- Tu nous as suivis, sale petit voyeur ! accusa Lucifer en pointant un doigt vengeur sur lui.

- On vous a suivis, corrigea Sam sans paraître gêné.

- Pourquoi ? N'ai-je pas prouvé que je suis digne de confiance ? Que je sais me tenir, même entouré de singes sans poils ? se vexa le Diable.

- Si, admit Sam, mais…

- Mais quoi ?!

- Un archange susceptible adepte du claquement de doigts… dans une pièce bourrée d'humains ? grimaça Sam. N'importe quel misanthrope aurait pété une durite à ta place. Le Lucifer d'avant aurait fait un bain de sang sans même se poser de question.

Le grand blond sentit sa colère se calmer et s'en voulut aussitôt. Qu'est-ce qu'il en avait à faire, de l'opinion de Sam ?

Tu en as quelque chose à faire parce que Sam peut influencer Jack, soupira sa conscience, fatiguée d'être ignorée.

Hm, juste, pensa Lucifer.

- Dooooonc… c'est la preuve que je m'améliore, glissa-t-il avec un sourire carnassier en se faufilant jusqu'au chasseur.

Sam leva les yeux, légèrement mal à l'aise, mais il les baissa aussitôt en constatant que Lucifer s'emparait juste d'une chaise qu'il retourna, dossier contre la table, pour s'asseoir face à lui, une jambe de chaque côté du siège.

- On peut dire ça, acquiesça le jeune homme, l'air stupéfait.

- Tu as l'air surpris, fit remarquer Lucifer en s'accoudant sur le dossier de sa chaise pour observer les mimiques de l'autre homme.

- He bien, ça fait deux… non, trois mois que tu es là et tu n'as encore tué personne, c'est un miracle, commenta Sam. Je ne t'en croyais pas capable, sincèrement.

- Hé ! J'ai du self control !

Son Véhicule leva un sourcil désabusé dans sa direction.

- Je peux me retenir quand c'est important, reprit-il, bougon. J'ai bien épargné ta mère, non ?

Le regard noisette de Sam se durcit.

- Tu l'as laissée en vie, mais on ne peut pas dire que tu l'as "épargnée", siffla-t-il.

- C'est une guerrière, elle s'en est remise, répondit Lucifer avec un mouvement évasif de la main. Après tout ce que je vous ai fait subir, je sais ce que les Winchester peuvent encaisser, tu ne crois pas ? Déjà, vous êtes chiants à posséder…

- Enfin, bref, fit rapidement Sam en fermant brièvement les paupières. Si tu le sais "te retenir" pour garder l'affection de Jack, tu peux le faire le reste du temps, non ?

Lucifer haussa les épaules et lui adressa les doigts-pistolets. Sam lui fit les gros yeux et martela la touche Enter de son clavier.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, quand Jack sera convaincu que tu peux être un bon père pour lui ?

Le Diable plissa les yeux et réfléchit. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas vraiment pensé, avec tout ce merdier.

- Je lui apprendrai tout ce que je sais, répondit-il avec précaution. Je lui montrerai l'univers, toutes les étoiles que j'ai créées.

- Et après ?

- Après… après on reviendra ici et on sera les rois du monde ! s'exclama Lucifer en riant comme s'il venait d'en lâcher une bonne.

- Donc tu vas bien te conduire jusqu'à la fin des temps, c'est cool, commenta Sam avec un fin sourire aux lèvres.

- Comment ça ?

- Réfléchis une seconde : Jack est un Néphilim, ça veut dire qu'il ne vieillira pas et ne mourra pas de mort naturelle. Idem pour toi. Si tu veux le garder, tu vas devoir agir en père modèle jusqu'à la fin des temps. C'est-à-dire que tu ne pourras plus jamais tuer d'innocents.

La réalisation frappa Lucifer de plein fouet et le choc se peignit sur son visage. Mais il aimait tuer ! Il trouvait ça marrant et ça lui faisait oublier le reste !

- Reste à savoir ce qui est le plus important pour toi : passer du temps avec Jack ou tuer des êtres humains ? conclut Sam.


Enkil n'avait aucune idée du nombre de semaines (de mois ?) qu'il avait passées dans cet endroit sordide. Il avait passé beaucoup de temps à dormir et à sombrer dans l'inconscience à cause de l'infection, et il ne pouvait même pas compter les jours en se basant sur le nombre de repas qu'on lui donnait. En fait, il avait si peu mangé et bu qu'il était quasiment certain d'avoir été ressuscité au moins une fois pendant sa captivité.

Michel avait bien fini par le nourrir un peu plus souvent, oui, mais la régularité n'était pas son fort. Simplement, il nourrissait son prisonnier quand il y pensait, c'est-à-dire une fois de temps en temps. Bientôt, Enkil apprit à se rationner. Il cacha des bouts de pain dans ses poches et des fruits derrière une grille de soupirail qui n'avait jamais vu une seule goutte d'eau, car Michel reprenait ce qu'il ne mangeait pas et pulvérisait le tout sous l'œil horrifié du jeune homme.

Sa blessure avait pris l'aspect d'une tache rougeâtre sur sa peau et le démangeait de temps à autres, mais dans les faits il était presque entièrement guéri. La cicatrice se formait lentement, mais sûrement. Michel avait eu un sourire terrifiant en voyant l'état d'Enkil, qui avait plus que jamais ressenti le besoin de s'évader, et vite.

Il reconnaissait volontiers la peur que lui inspirait l'archange, ce n'était après tout pas un signe de faiblesse, mais de bon sens. Il attendrait d'avoir trouvé des alliés de confiance pour essayer de tuer la créature, pour l'instant, fuir était sa seule priorité.

Côté souvenirs, le pauvre homme avait compris l'origine de son amnésie tout en reconstituant le puzzle de son passé. Gabriel l'avait plus ou moins mis en mode stand by alors qu'ils étaient en Enfer et ce repos forcé, allié au traumatisme de la torture avait éparpillé la mémoire d'Enkil aux quatre vents.

Pris par les derniers rebondissements concernant les dieux païens, les Winchester et le fils de Satan, Gabriel avait remis le réveil d'Enkil à plus tard, histoire d'avoir l'occasion de discuter à tête reposée avec son véhicule. Reconstituer une mémoire perdue en pleine bataille eut été compliqué, admit Enkil.

Ce que Gabriel ignorait, c'est qu'à partir du moment où Asmodeus avait commencé à s'injecter sa grâce, Enkil avait quant à lui commencé à se réveiller, profitant de la baisse de puissance de la grâce en question. Il avait donc suivi d'un œil absent le voyage dans le Monde apocalyptique et la vengeance de Gabriel (il regrettait de n'avoir pas pu y participer activement), mais il s'était trouvé incapable de se manifester.

Il avait failli s'endormir tout à fait quand la grâce de Gabriel s'était à nouveau rechargée, mais ce moment avait coïncidé avec leur fuite du Monde apocalyptique et l'archange avait perdu contre Michel. Le nouveau traumatisme avait achevé de réveiller Enkil, d'autant qu'il était à nouveau seul aux commandes de son corps, mais le contrecoup avait été terrible : ses souvenirs à peine retrouvés s'étaient délités comme de la soie d'araignée.

Oh, et il avait un trou dans le bide, accessoirement.

Maintenant, Enkil était sûr de plusieurs choses. Premièrement, il pourrait bel et bien se tourner vers les Winchester pour lui venir en aide contre Michel. Deuxièmement… il avait un faible pour les sorcières rousses. Ensuite, si quelqu'un pouvait l'aider à vaincre l'enfoiré, c'était bien Jack. Le gosse avait la puissance de son père et la gentillesse de sa mère, d'après cet ange appelé Castiel.

Bon, d'un autre côté, il avait appris dans la foulée qu'il n'était plus dans son monde d'origine et tous ses alliés potentiels étaient donc désespérément hors de portée, sauf si Lucifer, Sam et Dean étaient restés après la mort de Gabriel, ce dont il doutait fortement. Pourquoi Michel se serait-il donné tant de mal pour le garder en vie si les autres lui servaient déjà d'otages ?

Il devrait donc s'échapper et trouver un moyen de voyager entre les mondes. C'était pas gagné, comme disait Gabriel, mais il se savait débrouillard. Il se démerderait.

Le jeune homme se courba pour observer les environs et ramassa quelque chose sur le sol.

- Tiens, une pierre…

Et il avait un plan, de surcroît.


Enkil faisait semblant de dormir quand il entendit la porte de sa cage s'ouvrir avec ses habituels grincements déchirants. Le pas lourd mais assourdi de Michel retentit à ses oreilles et la main de l'archange se posa sur son épaule pour la lui broyer jusqu'à ce qu'il se réveille.

- Montre-moi ton ventre, ordonna le geôlier en le tirant sans délicatesse de sa couchette de fortune.

Enkil s'exécuta et esquissa un sourire mauvais à l'attention du grand brun, qui fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que tu…

Les yeux noirs de Michel tombèrent sur le dessin rouge tracé sur le banc de pierre, mais c'était trop tard. La main d'Enkil, encore barbouillée de sang, s'abattit comme un couperet sur le sceau de bannissement et Michel se sentit tiré en arrière, à des kilomètres de là. L'archange disparut dans un hurlement de rage et Enkil, satisfait, prit une seconde pour savourer sa victoire.

Puis, rapidement, il entassa ses réserves de fruits dans les poches de sa veste et sortit de la cellule comme un beau diable.

Bon, il aurait préféré avoir du feu sacré sous la main, mais il avait déjà eu de la chance de retomber sur ce souvenir très net de Gabriel, alors il n'allait pas se plaindre. Il ignorait totalement le temps que mettrait Michel pour retourner à son point de départ, mais comme le bougre était un archange, Enkil préférait ne pas parier sur sa lenteur.

Il traversa la bâtisse en courant comme un dératé, puis grimpa un escalier quand il comprit qu'il était dans un sous-sol. Enfin, la lumière pâle du soleil de ce monde l'éblouit et, malgré la brûlure de ses yeux, Enkil ne put s'empêcher de sourire. Il n'avait eu droit qu'à un ridicule carré de lumière sur le sol de sa cellule, alors oui, voir le soleil bien en face lui faisait un bien fou.

Le jeune homme prit une grande inspiration et fonça à travers la porte qui pendait hors de ses gonds pour se jeter dans la végétation. Il ignorait tout à fait où il allait et comment y parvenir, mais il s'en fichait.

Il était libre !

Enkil courut entre les buissons jusqu'à ce que sa gorge le brûle et s'arrêta contre un arbre pour reprendre son souffle. Son endurance avait bien souffert de toutes ces années d'oisiveté, sans parler des semaines passées dans son trou à rat. Il souffrait, mais c'était une douleur apaisante, comme quand on arrache une croûte d'une blessure en train de cicatriser.

Il se passa une main sur le front pour écarter la sueur qui y coulait de ses yeux et jeta un coup d'œil en arrière, soucieux à l'idée de voir Michel le poursuivre. Mais non, il était seul dans les bois, du moins pour l'instant.

- Trouver… eau, ahana-t-il. Puis humains… puis autre monde. Winchester.

Enkil s'accorda encore trois grandes inspirations, puis repartit sur les chapeaux de roues avec l'espoir fou de trouver un camp d'humains non loin de là.

à suivre…


Un peu d'espoir pour Enkil ! \o/ Il a repris du poil de la bête aussi, c'est bien !

Un petit commentaire ? ^^