Adrian

Jeudi matin lorsque je commence ma journée avec les sixième année, je traverse la salle d'un pas pressé. D'un coup de baguette, je fais claquer les volets de la pièce pour nous plonger dans le noir total. J'ignore les protestations de mes élèves et me dirige avec détermination vers l'estrade, devant le tableau.

— Il n'y aura ni baguette magique, ni incantations idiotes dans ce cours, commencé-je sur un ton solennel et orgueilleux.

Je ricane intérieurement, ayant toujours voulu jouer le prof connard. Mon grand oncle Ron me contait souvent le caractère épouvantable de son professeur de potion. Ironie du sort, aujourd'hui ce même prof est mon élève.

J'ignore si j'inspire autant de peur que ce dernier mais ne serait-ce que pour la référence, je me complait dans ce rôle de pseudo tortionnaire. De plus, ça me donne une excuse pour en apprendre plus sur un sujet qui me tient à cœur : les secrets que cache Regulus Black.

Lorsque j'ai réconforté Juliet la vieille au soir, je n'ai pas hésité une seule seconde pour fouiller dans sa petite tête et découvrir que son « ami » Regulus était non seulement un Mangemort mais en plus, la cause de son chagrin. Tout ce qui me reste à découvrir à présent, c'est ce qu'il cache vraiment.

Pourquoi je m'y intéresse ? C'est très simple. Il est mon arrière grand-père. Je trouve ça légitime en tant qu'héritier de connaître tous ses vilains petits secrets. Et puisque je suis coincé à cette maudite époque, autant en profiter et tuer le temps.

— Trève de plaisanteries, annoncé-je . Sortez vos baguettes finalement, on va se battre. Black lève-toi ! Tu vas ouvrir le bal.

Est-ce injuste de faire du favoritisme sur ses élèves ? Très certainement. Est-ce que je m'en branle ? Putain oui !

Mon regard traverse la salle et je repère le jeune Serpentard assis seul au dernier rang de la classe. Ce dernier me foudroie sur place et ne semble pas prêt à bouger ne serait-ce que le petit doigt.

Okay. Je reconnais cette humeur de flegme. Lui et moi maîtrisons la même visiblement.

— Lève-toi j'ai dit, insisté-je en agitant ma baguette.

— Non.

Son ton est neutre, voir détaché. Sans sourciller, Regulus me fixe avec indifférence et m'envoie bouler dans le plus grand des calmes.

— Comment ça « Non » ? l'apostrophé-je. Bien sûr que si ! Lève-toi je te dis.

— Je suis fatigué, m'annonce le jeune homme en s'enfonçant dans son siège et croisant les bras.

Il ne va pas m'amuser très longtemps le petit Regulus. Mon sang ne fait qu'un tour, j'agite ma baguette et fait disparaître son bureau et sa chaise. Il se retrouve le cul par terre et la classe entre dans un éclat de rire incontrôlable.

Humilié, le Serpentard me dévisage avec un air meurtrier. Il se redresse aussi vite qu'il était tombé et semble se retenir pour ne pas me cracher au visage.

Bien. Excellent. Il est en colère, c'est tout ce qu'il me faut. Je jubile. Un sourire sadique déforme mes traits. Je dois le provoquer. Encore un peu plus.

— Black ramène tes fesses ou c'est dix points en moins pour Serpentard, indiqué-je en me complaisant dans mon rôle de prof connard.

Une nouvelle fois, nous nous affrontons du regard. Ni lui ni moi ne semblons prêts à céder. Si ses autres camarades étaient hilares, à présent ils nous observent avec des yeux ronds et comprennent que je ne blague pas. Une petite blonde de Serpentard à deux couettes, se retourne et implore le serpent du regard.

— Reg, s'il te plait ! Pense à notre maison !

— Oui Reg, écoute un peu les paroles sensées de Pollypocket !

Je devine aisément que ce dernier rêve de m'assassiner. Il se laisse finalement faire et vient avec nonchalance devant moi. C'est vrai quoi, en tant que Préfet, Monsieur ne peut pas se permettre de défier ouvertement les ordres. Il est donc à ma merci.

Il se plante devant moi, les mains enfoncées dans ses poches. Il soutient mon regard en me renvoyant l'air le plus insolent qu'il soit. Fier de moi, j'esquisse un sourire en coin provocateur.

— Bien. Gifle moi, ordonné-je.

Aussitôt, les élèves derrière nous s'animent et commencent à chuchoter. Regulus lui, papillonne des cils, visiblement surpris. Mais il se reprend bien vite et remet son masque d'impassibilité.

— Non merci. Je vais me salir les mains, déclare-t-il.

Je me retiens pour ne pas éclater de rire. Je ne tiens pas en place tellement je suis excité. Je suis telle une poule devant son œuf. Je sautille sur moi-même puis lève ma baguette.

— On va faire ça façon sorcier alors ! Lève ta baguette et combats-moi !

— Je vais vous faire mal, rechigne le petit brun en roulant des yeux.

Lève ta baguette j'ai dit !

Tel un poison, je pénètre dans sa tête et me propage lentement dans les cheminements de son esprit et le force à lever son bras. Le visage de ce dernier se voile d'une douce couleur rouge tant il essaie de lutter contre mes pouvoirs. Malheureusement pour lui, il ne semble pas maîtriser l'occlumencie et est donc victime de ma force de persuasion. Ce qui est parfait car je me dois de le pousser à bout.

— Bah alors Black, c'est quoi cette tête ? T'as l'air un peu constipé !

En fond, les camarades de sixième année pouffent de rire tandis que Regulus fulmine de rage, complètement immobile et le bras tendu. Il n'est libre d'aucun mouvement, il est entièrement sous mon emprise. Lire les esprits est amusant mais le mieux est de les contrôler. J'avoue ne pas le faire souvent car c'est un pouvoir difficile à maîtriser. Mon dernier affrontement contre Juliet peut en témoigner.

— On va se livrer en duel, si tu veux bien, dis-je en ouvrant grand les bras. Ah mais oui je suis bête ! Tu n'as pas le choix ahaha !

J'agite ma baguette et créer un grand espace de combat au centre de la pièce tout en renvoyant tous les élèves contre le mur. Ils entourent notre arène et je force Regulus à me suivre et à prendre place.

C'est malheureux pour lui mais maintenant qu'il est Mangemort, il doit se préparer à l'éventualité que Voldemort fasse de même. Puisqu'il a accepté d'être un de ses sbires, il doit savoir ce que ça fait ne plus être le maître de son propre corps et de sa propre vie.

Je ne fais pas ça pour lui rendre service loin de là, puisque de toute manière je ne suis pas censé interagir d'une quelconque manière avec le passé. Je fais surtout ça pour moi car j'ai besoin de réponse. J'ai besoin de le pousser à bout. Je veux savoir d'où viennent vraiment mes pouvoirs. Jusqu'à preuve du contraire, à part être un petit con, Regulus Black n'a rien d'un legilimens.

Je brandis ma baguette en l'air et intime du regard le jeune homme de faire de même. Lorsque je libère son esprit, il s'agite dans tous les sens pour vérifier qu'il est bien redevenu maître de lui même.

— Attention, au bout de trois, commencé-je en prenant une position d'attaque. Un, deux…

— ARRRGHHHH ! hurle de rage le jeune garçon en ignorant les instructions.

Je n'ai le temps de rouler sur le côté qu'un puissant sortilège fonce droit vers moi.

— PROTEGO !

Le maléfice se dématérialise en une fumée grise. Face à moi, Regulus me dévisage avec le regard le plus meurtrier qu'il soit. Il respire frénétiquement, sa poitrine se soulevant au rythme de ses battements incontrôlables. Il est entré dans une colère noire, ce qui n'indique rien de bon me concernant.

Puis dans un même geste, nous agitons notre baguette et nous livrons à une bataille sans pitié. Les meubles se font exploser, les bibliothèques dégringolent, les lustres tombent et le sol s'éventre. Les élèves autour de nous commencent à s'agiter et à prendre peur. Le Serpentard en face de moi semble contenir une rage si dévastatrice qu'il en est devenu incontrôlable.

Endoloris ! hurle-t-il soudainement.

Que… Quoi ?! Je n'avais pas entendu cette incantation depuis… Longtemps.

Je ne réagis pas et je suis frappé de plein fouet. Je suis envoyé plusieurs mètres au loin et atterris sur le sol. Les mauvais souvenirs refont surface dès l'instant où je sens mon sang bouillir dans mes veines. Mes poumons se remplissent de goudron, mes os craquent, mes muscles sont écartelés et je ne peux alors retenir le cris de souffrance qui remplit la salle.

— AHHHHHH !

Plus rien n'existe autour de moi, tout devint flou. Je me retrouve là, dans ce laboratoire. Je revois Kayla. Leroy. Les instruments de torture. Les Endoloris à répétition. Des flashs de souvenirs enfouis refont surface et mon visage se baigne de larmes.

Tu sais comment y faire face.

Je crois rêver car le fantôme de Kayla apparaît, elle et sa magnifique chevelure rousse, se penche au dessus de moi et m'aide à me relever. Je suis très certainement en train d'halluciner. Ma main est blottie dans la sienne, ce qui me donne du courage. Elle me renvoie un sourire aguicheur puis disparaît.

Cette saleté de serpent ne faiblit pas et maintient le geste. Il est certainement trop terrorisé par ce qu'il fait pour réagir. Il ne se rend pas compte de l'atrocité de son geste. Aussi, lorsque je me relève, insensible à son attaque, il écarquille les yeux. Il n'était pas prêt à ça.

— Astuce de legilimens, annoncé-je sur un air de défi. Lorsqu'on te torture, sors de ta propre tête. Tu ne ressens plus rien. Everte Statum !

Regulus, d'abord surpris, répond aussitôt à mon offensive. Nos deux sorts entrent en collision et l'impensable se produit. Nos jets bleus et verts deviennent dorées à leur contact. Lalumière qui en émane éblouit toute la pièce et des étincelles voltigent dans tous les sens. Nous maintenons notre prise sur nos baguettes bien que leur vibration magique soient fortes et difficiles à maîtriser. Puis le lien d'or émet une explosion et nous envoie valdinguer jusqu'à l'autre bout de la pièce, mettant fin à notre affrontement.

Le cœur battant la chamade, je me relève avec difficulté alors que plusieurs paires d'yeux me fixent avec incrédulité. Je grogne pour moi-même, agacé. Super, j'ai encore réussi à me faire remarquer. Sans mentionner Reg qui a ouvertement envoyé un Sortilège Impardonnable en plein cours. Il n'a pas froid aux yeux, ça je l'ai bien compris mais il va s'attirer des ennuis s'il continue à refouler sa rage pour ensuite la laisser exploser au moment le moins opportun.

— Oubliette !

Mon sort traverse la salle de classe, se mêle à la fumée dûe à l'explosion et se fait inhaler par tous les étudiants de Serpentard et de Serdaigle. Ils clignent des yeux, oubliant aussitôt la scène à laquelle ils ont assisté. Regulus est le seul que j'épargne.

— Le cours est terminé, annoncé-je. Vous pouvez y aller.

Comme des moutons, mes élèves rassemblent leurs affaires avec insouciance et quittent la pièce, me laissant alors en tête à tête avec le jeune Serpentard.

Je pousse un long soupire ennuyé puis étire mes muscles, légèrement endoloris. Je ramasse ma baguette ainsi que celle de Reg, restées toutes deux au sol. Je les compare et avec effarement, je constate qu'elles sont identiques. Même taille, même épaisseur, même couleur. La seule exception est que la mienne me semble plus vieille.

Je fronce les sourcils puis réalise que j'ai hérité de la baguette de mon arrière grand-père. Je tiens donc dans mes mains, les deux mêmes baguettes. Une appartient au passé et l'autre appartient au futur. C'est pour cela qu'elles ont refusé de s'affronter.

Minute ! La mienne est faite en bois de tilleul argenté. Je l'ai changé il y a peu car ce bois est réputé pour convenir aux sorciers disposant de dons de legilimancie. Est-ce que cela voudrait dire que….

Je relève la tête vers Regulus et le dévisage avec curiosité. A-t-il déjà développé ses pouvoirs ? Et si oui, les maîtrise-t-il ?

Je m'approche de lui et lui tends ma main pour l'aider à se relever. Il la considère quelques instants avec hésitation puis l'accepte.

— Alors comme ça tu es legilimens, dis-je de but en blanc au jeune homme. Pourquoi tu n'as pas utilisé tes pouvoirs pour m'attaquer ? Plutôt que d'utiliser un Sortilège Impardonnable ?

— Je lis peut-être les pensées mais je ne suis pas capable de contrôler les autres, crache-t-il. Pas comme vous.

— Si. Tu ne sais juste pas le faire, déclaré-je en haussant les épaules. Lorsqu'on naît legilimens, on peut aussi bien lire que contrôler les esprits. Les deux vont ensemble. Il suffit juste de s'entrainer.

— Ce qui m'intéresserait à l'heure actuelle, ce serait plutôt de me protéger de gens comme vous !

Je réprime un ricanement et lui renvoie un air de défi.

— Dis plutôt que tu veux te protéger des intrusions intempestives de ton Maître, lancé-je. Lord Voldemort.

Regulus est traversé d'un frisson et me dévisage comme si je venais de dire la plus grosse énormité du monde.

— Vous n'avez pas le droit de violer mon intimité et encore moins d'appeler le Seigneur des Ténèbres par son nom ! Vous n'êtes qu'un inconscient. Un provocateur.

J'éclate de rire et me fous ouvertement de sa gueule alors qu'il me foudroie du regard.

— Il faudra revoir le sens de tes priorités mon gars, pouffé-je. Mais soit. Si tu veux. J'en sais déjà beaucoup de toute manière. N'empêche j'ai toujours trouvé ça fou qu'un type comme lui, issu d'un père moldu donc, puisse prôner la Pureté du Sang. C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité, tu ne trouves pas ?

— Qu'est-ce que… Comment osez-vous ?! Le Seigneur des Ténèbres a bien évidemment le sang pur ! s'énerve Regulus.

— Hum. Ah oui ? Bah demande-lui des nouvelles de son papou Tom Jedusor Senior à l'occasion, dis-je en lui donnant une tape taquine dans l'épaule. En fait non, ne le fait pas. Je pense qu'il est assez susceptible sur le sujet et il risquerait de te tuer sur-le-champ.

— Qu'est-ce que vous savez sur lui de toute façon, grogne Regulus en s'avançant vers moi avec un air menaçant.

— Pas grand chose. Seulement que c'est un pauvre type, lancé-je en lui adressant un sourire enjôleur. Et toi ? Qu'est-ce que tu sais sur lui pour vouloir te dévouer corps et âme à son contrôle ?

Je n'ai pas eu le choix !

— Ça ne vous regarde pas, cloue Regulus.

— Tu peux me tutoyer au fait, je te l'ai déjà dit.

Plutôt mourir. Si tu crois qu'on va faire copain-copain, tu te gourres, sale crétin.

— Je n'en ai pas envie.

— C'est poliment résumé, m'amusé-je. Bon… En tout cas on ne peut pas dire que tu sois maître de tes émotions. T'es au courant que tu n'es pas censé dire à tout le monde que tu as rejoint le mouvement de Voldemort ?

— Je ne l'ai dit à personne…

— Tu as ouvertement lancé un Sortilège Impardonnable…

— Et alors ? Ça ne prouve rien…

— Et tu l'as dit à Juliet.

À peine ai-je fini ma phrase que Regulus arrache sa baguette de mes mains et la place sous mon cou. Il me menace avec alors que les battements de son cœur se font soudainement bien plus forts. Je les entends. Je prends alors conscience que la petite brune représente beaucoup pour lui.

— Vous laissez Juliet en dehors de ça, grogne-t-il en enfonçant son arme dans ma peau.

Tout ce qui lui arrive est MA faute alors tu restes en dehors de tout ça, espèce de fouille merde !

— C'est toi qui l'a mêlée à tout ça en lui montrant ta Marque des Ténèbres.

Il s'éloigne et me jette un regard mauvais.

— C'était justement pour la tenir éloignée !

— Pourquoi ?

Il plisse les yeux et me lorgne comme si je venais de poser une question stupide.

— Comme si j'allais vous le dire, pouffe-t-il.

— Tu sais que je n'ai qu'à forcer ton esprit pour tout savoir. Je te laisse l'opportunité de tout me dire de toi-même avant que je ne le fasse, insisté-je. Alors ?

Regulus recule encore de quelques pas et continue à me dévisager avec haine. Je sais qu'il me déteste mais tant pis. Je n'y peux rien s'il a peur de tout de le monde. Il cogite, fait les cents pas puis revient vers moi.

J'esquisse un sourire en coin car je sais déjà ce qu'il va me proposer.

— Je vous dis tout à une seule condition, grogne-t-il, énervé.

— Je suis tout ouïe !

— Je veux qu'on arrête de lire en moi.

Mon sourire s'agrandit et j'affiche un air de victoire. Je tiens Regulus Black par les couilles et c'est jouissif.

— Quel intérêt pour moi sachant que je peux savoir tout ce que je veux rien qu'en claquant les doigts ? demands-je en feignant l'innocence.

— Parce que ça ne se fait pas bordel ! Vous ne pouvez pas. Si vous avez un minimum de respect pour les autres, vous ne le faites pas.

— Ah tu crois que Voldemort a du respect pour les autres?

— Et vous, vous croyez que je veux maîtriser l'occlumencie juste pour vos beaux yeux ? tacle-t-il.

J'esquisse un sourire en coin. Ça c'est mon Reg ! Le rebelle qui agit dans l'ombre. J'ignore si je dois accepter cela dit. Cela pourrait changer pas mal de choses. Mais d'un autre côté, ce n'est qu'une question de temps. Si ce n'est pas moi qui l'aide, il apprendra de lui-même. Non seulement en savoir plus sur Juliet et lui serait un avantage non négligeable mais en plus cela me permettra de mieux connaitre mon arrière grand-père.

— Bien. J'accepte. On commence quand ?

— Maintenant, rage-t-il.

— Je t'en prie, on va dans mon bureau.

Je désigne d'un signe de la tête la porte de mes appartements. Il me devance et me donne un grand coup d'épaule. À son contact, un flashback me traverse et me transporte quelques mois en arrière. Regulus est couché sur le sol, en sang et l'imposante carcasse de Voldemort se tient au dessus de lui. Il l'a torturé.

J'arrête là mon introspection et le suis sagement.

Nous prenons place l'un en face de l'autre à mon bureau. Je lui propose un verre d'alcool qu'il refuse. Je m'en sers un et reste silencieux, attendant qu'il se livre.

— Mes parents m'ont forcé à rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbre, confie-t-il. Pour redorer le blason des Black.

— Je m'en doutais ça.

Il ne relève pas puis renifle bruyamment, comme s'il était soudainement submergé par les émotions.

— Pour être accepté, on doit survivre à certaines épreuves, continue-t-il. Le Seigneur des Ténèbre a vu dans mon esprit. Il a fouillé dans ma mémoire. Jusque-là je n'étais qu'un partisan comme un autre. Puis il a vu des choses qui l'ont intéressé.

— Juliet, deviné-je aussitôt. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a de particulier ?

Regulus plonge sa tête dans ses mains et respire difficilement. Il semble sur le point de craquer. J'attends alors patiemment qu'il passe à table tout en sirotant mon verre de Whiskey.

— Au début, souffle-t-il. On pensait qu'elle était plutôt douée pour tout ce qui était lié à la magie médicinale.

Je me rapproche de lui, avide d'en savoir plus.

— Sans baguette, elle arrive à se soigner. À cicatriser des blessures, guérir des maladies. Puis ça s'est accentué. Plus le temps passait, mieux elle arrivait à faire sa magie sur tout ce qui était vivant. Jusqu'à faire revenir à la vie son animal de compagnie, par exemple. Et c'est ça que Voldemort a vu. Il a tout de suite cru qu'elle était capable de fourvoyer la mort. Alors il a voulu la retrouver. Pour éliminer la menace.

— C'est par ta faute donc, si elle est orpheline, compris-je.

— Il m'a torturé jusqu'à ce que je relève son adresse, approuve-t-il. Je suppose que la lire dans mon esprit n'était pas assez jouissif pour lui alors il m'a forcé à tout révéler. Par la suite, j'ai dû participer de force au massacre avec tous les autres. Le soir du meurtre, Juliet était cachée. Ils ne l'ont pas trouvée et j'y ai veillé. Heureusement son père n'a pas parlé. Il est mort en héros alors que moi… Je ne suis qu'un traître.

— Tu es un peu sévère avec toi-même.

— Peu importe. Maintenant je dois lui livrer Juliet. Si je ne le fais pas, il tuera toute ma famille et moi y compris.

— C'est pour ça donc que tu veux maîtriser l'occlumencie, conclué-je.

— Évidemment ! De cette façon, il ne réalisera pas que je serai incapable de le faire. Il ne pourra plus rien savoir sur moi ou la retrouver.

Je fronce les sourcils et commence à cogiter.

— Non. On ne peut pas faire ça, dis-je alors. Tu ne dois pas apprendre à bloquer ton esprit car il trouvera ça louche et il risquera de creuser plus encore. Voir même de te tuer. Tu dois apprendre à contrôler tes propres pensée pour lui montrer uniquement ce que tu veux bien lui faire voir.

Il redresse la tête et me dévisage avec curiosité. Il ne s'attendait certainement pas à ce que je sois aussi mâlin !

— Très bien. Comment on fait ça ? demande-t-il en levant un sourcil.

— On apprend à maîtriser ses pouvoir de legilimens, tout simplement ! m'exclamé-je en l'asseyant d'une tape au sommet du crâne.

Chose qu'il a certainement dû apprendre à mettre en pratique un jour ou l'autre sinon il n'aurait pas pu cacher aussi longtemps à son maître qu'il cherchait un moyen de mettre un terme à son ascension. Il va seulement sur ses dix-sept ans. Il a donc du temps devant lui avant de… De mourir lui aussi.

Je prends alors conscience que toutes les personnes que je côtoie au quotidien vont finir par mourir très jeunes. Je déglutis avec difficulté.

— Vous promettez de ne rien dire ? Je peux vous faire confiance ? s'enquit-il en me sondant du regard.

Je l'observe silencieusement puis hoche la tête. Je vais simplement l'aider à acquérir ses compétences un peu plus tôt dans le temps. Ce qui ne pourra donc pas changer le cours des choses. Je l'espère en tout cas…Ou pas. Car je n'ai pas envie de le voir mort de sitôt. Encore moins Juliet.

Cette fille est en train de vivre ses derniers jours, j'en suis convaincu.

— Je te donne ça, en signe de ma bonne foi, indiqué-je en lui donnant ma chevalière.

Ce dernier la récupère entre ses doigts et l'observe avec curiosité. Lorsqu'il lit la gravure "Toujours Pur" à l'intérieur il m'interroge du regard avec consternation.

— Vous ? Nous…

— Sommes de la même famille ? Oui. Plus ou moins éloignés, ricané-je.

— Être un Black n'est pas un motif pour que je vous fasse confiance, bien au contraire, contredit-il en me rendant mon bijou de famille.

Je le récupère, m'empare de sa paume et lui remet dedans en refermant ses doigts autour et ancrant mes yeux gris dans les siens.

— Je t'aiderai, je te le promets, dis-je lentement. Et je ne te trahirai pas. Même sous la torture.

Regulus me sonde du regard. Je sens qu'il essaye de lire en moi et je lui laisse volontairement accès aux images de ma mémoire qui ne sont compromettantes ni pour lui ni pour moi.

Satisfait, il garde la bague puis me tend sa main droite que je serre étroitement dans la mienne.

Notre pacte est scellé.

À partir de ce jour, je participe à la Guerre des Ténèbres.

Seulement vêtu d'un boxer noir, je déambule dans mes appartements en suivant le rythme de la musique qui résonne à fond dans la pièce. Je me déhanche langoureusement tout en tirant longuement sur mon joint. Je tourne sur moi-même, recrache la fumée et enfile une chemise blanche que je ne boutonne pas. Justin Timberlake serait jaloux. Pas de bourré, je continue de me trémousser comme si j'étais une ado de quinze ans devant son miroir et avec sa brosse à cheveux en guise de micro. Je roule des épaules, contracte mes pectoraux et les fait bouger au rythme des basses. Je donne des coups de bassins grossiers puis fait des vagues avec mes mains. Un nouveau tour sur moi-même et je tire une nouvelle fois sur le bédo bien chargé. C'est le week-end, il est temps de décompresser. Je ne veux pas me prendre la tête avec la guerre.

Je continue ainsi jusqu'à ma porte et accueille mes invités.

— Ah ! Blackouille et Pottermolle ! les accueillé-je. Venez, entrez, ne faites pas les timides.

Dès que le refrain de la musique revient, je me tourne à nouveau, balance mes hanches et chante à tue-tête. Les deux Gryffondor me regardent avec effarement mais je m'en branle. Je sors ma baguette de mon boxer - la magique, je précise, bien que l'autre est toute aussi… Enchanteresse - et vise ma bouteille de Whiskey. Celle-ci s'anime et sert trois verres. Il est dix heures du matin et c'est le remontant parfait pour affronter cette journée merdique à laquelle je ne peux échapper. À savoir : la retenue de trois Gryffondor un peu trop fêtards.

Hésitants, James et Sirius avancent prudemment.

— Mettez-vous à l'aise ! dis-je d'un ton enjoué tout en les entraînant, une main dans leur dos, vers deux sièges face à mon bureau. Vous m'excuserez pour le bordel, j'ai un peu fêté cette nuit.

Effectivement, sur le sol jonchent toutes sortes de vestiges digne d'une partie de jambes en l'air réussie : des fringues, des strings, des menottes et des capotes (usagées ou non). Quelques débris de verres et traces de cendres et d'herbes arpentent aussi le parquet de mes appartements.

Alors que mes deux élèves prennent place, une magnifique créature émerge de ma chambre. Doria, elle s'appelle. Enfin je crois. Un mètre quatre-vingt de sexitude, je bande à nouveau rien qu'en la voyant arriver. Cette tarée de la bite, cheveux châtain et yeux verts pénétrants, récupère son sous-vêtement par terre et s'avance vers moi en petite robe noire près du corps. Elle pose sa bouche sur ma joue puis dérive et me mordille le lobe.

— C'était sympa. Garde la monnaie.

J'esquisse un sourire en coin, flatté et récupère les galions dans ma paume. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Bien souvent, ces dames sont tellement remplies d'extase (remplir est bien le verbe adéquat) qu'elles refusent de me faire payer leurs services.

Sa collègue, une rousse aux courbes vertigineuses, sort elle aussi de ma chambre et m'adresse un clin d'œil ravageur.

— Cadeau de la maison, complète-t-elle.

— On espère te revoir bientôt, conclue Doria.

Une autre brune débarque à son tour et me salue d'un aguichant signe de la main. Elles reprennent leurs affaires puis se retirent en gloussant par mon réseau de cheminée.

Une fois seul, j'adresse un grand sourire à mes deux élèves dont les mâchoires pendent jusqu'à leurs pieds.

— Bien ! On se la fait cette séance de retenue ? demandé-je, les bras grand ouverts.

Je n'attends pas leur réponse, m'empare de mon verre de Whiskey et le vide cul sec.

— Ah ! exprimé-je de délectation en m'asseyant à mon bureau, face aux deux Gryffondor. Où est la briseuse de couille ?

— Euh ?

James fronce les sourcils, ne comprenant pas. Sirius lui adresse un coup de coude et se redresse sur son fauteuil.

— Elle arrive.

— Parfait !

Je m'enfonce dans mon siège puis relève les jambes et repose lourdement mes pieds sur le meuble. James et Sirius, plutôt confus bien que je ne comprenne pas pourquoi, sortent sagement deux feuilles de parchemin et un pot d'encre chacun. Je lève un sourcil, les observe puis éclate de rire.

— Mais vous avez fumé ?! m'amusé-je, hilare. Vous avez vraiment cru que j'allais vous faire faire des lignes ?!

— Hum… À vrai dire on ne sait pas trop à quoi s'attendre.

— Oui. Tu es plutôt… Imprévisible.

— Rangez-moi ces merdes, on va faire autre chose, dis-je d'un geste de la main tout en me levant d'un bond.

Au même moment, un coup franc résonne sur la porte d'entrée déjà entrouverte. La petite bouille de Juliet émerge et dès que je croise ses jolis yeux bleu-vert, elle fait tomber le plateau de croissants qu'elle avait dans les mains et me dévisage d'un air sidéré.

La musique hurle encore dans la pièce tandis que tout le monde se confine dans le silence. La Gryffondor cligne des yeux, m'étudie longuement (Hé ! Est-ce qu'elle me mate ?!) puis interroge du regard ses deux camarades assis devant moi avec un verre d'alcool à la main.

— J'interromps quelque chose ? demande-t-elle, incrédule.

Ses deux billes perçantes parcourent le bazar qui jonche le sol avec un air de dégoût avant qu'elles ne reviennent vers moi, attendant patiemment une réponse.

— Pas du tout ! Nous allions commencer ! invité-je. Tu bois ? Tu fumes ?

Elle secoue sa tête de droite à gauche et persiste à me reluquer avec son air stupéfait.

— Tu es conscient qu'on est justement en retenue pour avoir bu et fêté et toi tu fais quoi ? Tu nous propose de l'alcool et de la drogue ?!

— Il faut combattre le mal par le mal ! m'exclamé-je. Mon grand-père me dit souvent ça !

— Oh le mien aussi ! s'exclame James.

— Ah tu vois ! C'est de famille ! jubilé-je en lui tendant ma paume.

Le Gryffondor frappe dedans et nous nous marrons en chœur.

— T'es chou avec tes croissants mais bon comme tu peux le voir, le sol n'est pas très propre alors on va les laisser là où ils sont et se contenter de Whiskey. Ou de Gin ! J'en ai si tu veux ?

— Ah t'en as ? réagit Sirius en se redressant sur son siège. Je veux bien.

— Ok mais à une seule condition, enchaîné-je. Que tu me dises où tu t'approvisionnes en herbe ?

— Euh je fume très rarement ce genre de… De verdure, m'indique le brun en se grattant le sommet du crâne, mal à l'aise. Mais tu vois le salon de thé de Madame Pieddodu ? Et bah apparement elle en vend. C'est une rumeur, je n'ai jamais testé personnellement.

— Madame Pieddodu ? C'est qui celle-là ?

— Tu connais pas ? demande James, étonné. Tous les couples vont au moins une fois dans leur vie là-bas lorsqu'ils sont élèves à Poudlard.

— Primo, je n'ai pas eu le plaisir d'étudier à Poudlard.

Je croise les doigts, espérant que ce mensonge passera. Maintenant que Dumbledore s'est amusé à répéter à qui veut l'entendre que je n'ai jamais mis un pied dans cette foutu école avant de venir y enseigner, je n'ai plus vraiment le choix que de m'y plier.

— Deuxio, les trucs de couple ce n'est pas mon délire, au cas où tu en doutais, réponds-je avec sérieux.

— On s'en doutait, pouffe James.

— On a eu un joli aperçu tout à l'heure, complète Sirius avec un sourire en coin.

— Hum, j'te le fais pas dire, appuyé-je en rallumant mon joint. Hé ! Tu fais quoi là-bas Rita Skeeter ?

Juliet est restée debout à l'encadrement de la porte d'entrée et agite frénétiquement sa plume contre un bout de parchemin tandis que les deux autres Gryffondor pouffent en chœur.

— Je retranscris mot pour mot cette conversation complètement grotesque pour faire un rapport détaillé à McGonagall, déclare-t-elle avec aplomb.

— Ok, on va la ligoter je pense, dis-je à l'attention de James et Sirius. Hé ! Les Serpentards c'est dans les cachots, avec ton ami Regulus !

Cette dernière me fusille du regard et me renvoie son majeur fièrement dressé. J'éclate de rire, galvanisé par son caractère de cochon. Je ne sais pas pourquoi, mais je ressens le besoin irrépressible d'enfoncer le couteau dans la plaie. Dois-je lui dire tout ce que je sais sur le Serpentard ? L'envie de me comporter comme un insupportable connard est tentante. L'alcool et la drogue m'aident bien souvent à abaisser tous mes filtres. J'adore ça !

— Mais regardez-le ! Un petit chaton qui sort les griffes, me moqué-je en roulant des yeux. Arrête de te ridiculiser et viens t'asseoir.

Elle m'obéit à regret et vient prendre place face à moi, sur le troisième et dernier siège libre. Elle croise les bras et les jambes et dévie le regard, refusant de croiser le mien.

— Du coup on va faire quoi ? demande James.

— J'sais pas. Tu veux faire quoi ? dis-je en haussant les épaules.

— Tsss, râle Juliet en agitant frénétiquement sa tête de désapprobation.

— Un problème Chaton ?

— Va te faire voir !

— Oh, pas de vulgarité voyons, dis-je en faisant l'étonné. Je te sens à cran !

Je me lève, contourne le bureau et viens me placer derrière elle. Je fonds mes mains sur sa nuque et commence à lui masser doucement les épaules.

— Sirius, prends ses pieds et masse-les, intimé-je.

— Non mais ! C'est ridicule ! Je perds mon temps ici ! fulmine la brunette en se débattant.

Elle se relève de sa chaise et me fusille sur place. Elle place ses mains sur ses hanches et c'est à ce moment que je remarque sa tenue. Cette dernière est habillée d'un large pantalon gris de sport de Quidditch, qu'elle porte très bas au niveau du bassin avec un crop-top blanc des Canons de Chudley. Je lève un sourcil, à la fois surpris et approbateur. Car mon élève n'a rien d'une fillette ! Ses hanches sont larges, sa taille est fine et bordel ses seins ! Ils sont serrés et mis en valeur par son ridicule petit tee-shirt. Aucun doute, ils ne demandent qu'une chose : que je lui arrache sauvagement son haut et qu'ils en sortent. Je suis certain qu'elle a de beaux tétons roses, durs et pointus. Je me passe la langue sur les lèvres et continue ma contemplation. Son ventre à l'air, me donne un aperçu non négligeable sur une peau lisse et velouté. Je n'ai jamais vu un nombril aussi sexy. Il est long, étiré, tout comme les muscles de ses abdominaux. Putain, elle est bonne la garce !

— Je me casse, déclare-t-elle, à bout de patience.

Je papillonne des yeux, revenant à la réalité.

— Quoi ? Mais pourquoi ?! On a une retenue à passer !

— Tu n'as, de toute évidence, aucune envie de la faire. Donc tu seras gentil de dire à McGonagall que tout s'est magnifiquement passé tout comme moi, j'omettrai de rapporter ton comportement inacceptable. Comme ça tout le monde est content et moi, je peux filer à la bibliothèque.

Elle ramasse son sac de cours qu'elle remet sur son épaule d'un geste brusque, ce qui fait bouger ses seins et je suis comme hypnotisé. J'entends sa petite voix baragouiner quelques insultes inaudibles mais je n'écoute pas. Je me mords la lèvre d'envie alors que son ventre se tord au rythme de sa diatribe. Il me donne envie de le mordre, de le sucer, de le griffer. Est- ce qu'elle a conscience de toutes les choses que je pourrais faire avec son petit corps ?

— Adrian ! rugit-elle en claquant du doigt.

Je papillonne des yeux et remonte mon attention vers elle.

— Oui ?

— Tu n'as rien écouté, déplore-t-elle.

Elle n'attend pas de réponse et fait volte-face vers le chemin de la sortie. Je me penche et reluque son petit cul s'agiter à mesure de ses pas énervés. Je ricane, amusé. Je reviens vers James et Sirius et désigne leur camarade d'un signe de tête.

— Vous l'avez-vu celle-là ? demandé-je.

— Que t'es carrément en train de bander sur une élève ? Ouais.

Je descends les yeux et constate une bosse dans mon boxer. Ah. Merde.

— Euh, tu sais quoi, dit Sirius en se levant. On va y aller nous aussi. Si ça te dérange pas. On t'envoie une petite rédaction sur les Goules si tu veux, en contrepartie ?

Les deux élèves se dressent sur leurs pieds, prêts à prendre la fuite.

— Non bah vous emmerdez pas avec ça, dis-je. On laisse tomber tant pis. C'est dommage on allait passer une bonne journée ensemble.

— Une prochaine fois peut-être, lance James.

Les deux garçons prennent leurs jambes à leur cou mais avant de disparaître, Sirius fait machine arrière et vient se planter devant moi. Il s'assure qu'on soit seul et me lance un regard mauvais.

— Je te rappelle que t'es notre prof, quand même. Juliet ton élève. Tu l'approches pas, ok ?

Je hausse les sourcils, surpris. Il se prend pour qui Blackouille ?! Évidemment que je vais pas me taper une élève ! Manquerait plus que ça à ma liste non exhaustive d'exubérance sexuelle.

— Ohoh, ricané-je. T'es jaloux ? On peut partager si tu veux !

Sirius me renvoie un air de dégoût avant de revenir sur ses pas en prenant la sortie.

— Arrête l'alcool. Arrête la drogue. Ça te rend très con. Mais vraiment !

Le grand brun disparaît et je me retrouve seul. Face à son conseil, je hausse les épaules. Les idées complètement embrumées, je titube légèrement jusqu'à mon bureau.

Puisque tous mes plans tombent à l'eau, je n'ai alors plus qu'une seule solution de repli pour faire passer la journée : le Whiskey. Exit les verres, je m'empare de la bouteille et porte directement le goulot à ma bouche. Aux grands maux, les grands moyens ! Je n'ai aucune volonté de rester à cette époque et pourtant, je me retrouve un peu plus mêlé à cette putain de guerre au fur et à mesure des jours qui passent. J'avale alors à grandes gorgées le liquide ambrée qui me brûle la gorge.

À cette allure, je ne me donne pas trente minutes pour tout régurgiter. Mais je m'en contrefous ! Ma vie est à chier ! De toute manière je me demande bien ce que je pourrais foutre à mon époque. On ne peut pas dire que j'étais quelqu'un d'important. Je ne dois manquer à personne. À l'heure qu'il est, tous mes stupéfiants ont été confisqué par le Ministère. Je vais rentrer et il ne me restera plus rien du peu que j'avais. Alors à quoi bon, hein ?

Je porte une nouvelle fois la bouteille à ma bouche et avale une autre gorgée. Plus ça va, moins je tiens debout. Plus ça va, moins j'ai mal. Plus la petite voix qui me répète inlassablement, continuellement, quotidiennement à chaque minute de ma putain vie « Tu n'es qu'une merde Adrian » se fait moins forte. Alors je bois. Je bois pour oublier.

Oublier qu'ils vont tous mourir et que je dois les laisser crever la bouche ouverte sans rien pouvoir y faire. Oublier que je suis témoin d'un massacre. Oublier que je suis impuissant.

Une nouvelle fois, la bouteille de Whiskey y passe et j'engloutis la dernière flopée. Je ricane, titube et éclate de rire pour une raison que j'ignore. Mon cœur s'emballe et soudainement, je sens des larmes couler le long de mes joues. Incrédule, je passe mes doigts dessus et observe ces gouttes avec horreur.

— Ah putain non ! m'écrié-je pour moi-même.

Je traverse la pièce en furie mais trébuche sur les menottes qui jonchent le sol. Ma cheville se tord et je suis emporté par mon propre poids. Mon crâne cogne violemment le coin du meuble. Un bruit sourd résonne dans mes oreilles, je papillonne des yeux, sonné, puis plus rien. C'est le trou noir.