« J'aimerais te faire confiance, mon fils, j'aimerais vraiment, mais malgré moi j'ai plus l'impression de t'entendre nous raconter un de tes rêves, plutôt que cette réalité rocambolesque. »

Le roi Jung avait toujours été un bon père, apportant une affection équivalente à sa fille comme à son fils, leur apprenant ce qu'ils devaient savoir pour un jour lui succéder, leur inculquant les meilleures manières et les connaissances utiles pour être dignes de leur statut. L'éducation de ses enfants avait été pour lui une question aussi importante que les affaires du royaume.

Pour tout cela, le roi avait aussi compté sur l'appui et l'apport précieux de son épouse tant aimée, qui s'était révélée être autant une femme de pouvoir qu'une mère attentive et bienveillante.

Yoongi avait toujours admiré l'affection que les souverains et leurs enfants se portaient mutuellement, car lui et ses propres parents n'avaient jamais été réellement proches.

Sa mère notamment, sœur de la reine, avait même avoué qu'elle n'avait jamais véritablement compris son fils, et l'enfermement mental et social qu'il semblait s'être auto-imposé.

Le jeune homme soupçonnait que ses parents s'étaient éloignés de lui, car son comportement distant et froid leur causait une honte qu'ils n'avouaient pas. Le prince Hoseok était, lui, au contraire, tellement social, chaleureux et charmant… Ne pouvait-il pas prendre exemple sur lui ?

« Mon fils, nous te faisons confiance et nous faisons aussi confiance à Jungkook, déclara la reine en offrant un doux sourire au domestique qu'elle connaissait depuis sa naissance. Vous comprenez que nous sommes dans une position délicate. Si nous décidons de limoger Frang Jun, nous devons savoir exactement comment procéder, et sans nous attirer de scandale de sa part ou de celle du peuple, qui nous reprocherons assurément notre manque de preuve. Cela prendra du temps et si ces accusations sont véridiques, je m'inquiète pour votre sécurité, à vous quatre. »

Malgré son absence de souvenirs, Taehyung sentit son cœur se réchauffer ; la reine était à l'écoute, emplie de douceur, et il songea que sa propre mère la reine de Vante devait avoir une personnalité similaire.

« Peut-être devrions-nous prendre des mesures extrêmes, et interdire la magie noire – si ce sortilège était bien de cette nature – dans notre royaume ? Après tout, nous avons déjà fait de nombreuses concessions en faveur des sorciers. Il nous faudrait nous entretenir avec leurs représentants… s'ils sont trouvables. »


Une enquête aussi grande que secrète commença à être menée au sein du palais. Pour ne pas éveiller les soupçons, il avait été demandé à Jeongguk de jouer la comédie encore quelques temps, pour laisser un délai aux souverains et leurs conseillers juridiques de trouver la charge de la preuve et les motifs pour justifier une arrestation sur les personnes du Premier ministre et sa fille.

La volonté du roi et de la reine était ordre, certes les souverains auraient pu arrêter et condamner les accusés à leur bon vouloir, mais ils voulaient éviter d'abuser de leur pouvoir et ainsi créer tout scandale.

L'investigation prendrait du temps, avait-on affirmé au Prince et à ses proches, qui ne souhaitaient que la rapide conclusion de l'affaire.

L'aide de Jeongguk avait été précieuse : par son témoignage, des chefs d'accusation avaient pu être dégagés : crime de conspiration contre la famille royale, atteinte à l'intégrité physique d'autrui, acte de sorcellerie, corruption de mineur.

Les souverains n'avaient cependant pas souhaité trop solliciter le jeune domestique, car la procédure était lourde, et il ne fallait pas que toute l'affaire repose sur ses épaules seules.

Jeongguk se sentait fautif aussi, complice malgré lui, mais on lui avait assuré le contraire, car il n'était pas coupable d'avoir été manipulé par la sorcière. Malgré le soutien de son entourage, le poids de la culpabilité pesait sur son coeur, et il n'était pas certain de s'en rétablir un jour.

Enfin, des nouvelles rassurantes leur parvinrent. Moralement, il n'était pas acceptable de se satisfaire du malheur d'autrui, mais la situation du Prince, de Jeongguk et de Taehyung semblait avoir la possibilité de s'améliorer.

"Vos Altesses Royales, nous pouvons désormais mettre en examen et arrêter Monsieur Frang et sa fille."

Il y avait une ouverture pour l'espoir.