Merci pour vos commentaires !

Jane9699, il y aura les chevaliers bientôt, encore un peu de patience héhé ( ͡ᵔ ͜ʖ ͡ᵔ )


Venec s'était vite ré-habitué à la chaleur de Rome, si bien qu'il se les pelait depuis qu'il avait rejoint la côte bretonne. La pluie l'avait accueilli comme une vieille amie. Il marchait rapidement, les bras croisés devant lui pour retenir un peu de chaleur, la tête baissée. Les gardes-côte de Lancelot avaient l'air d'être de sacrés bras cassés, il avait pu sortir du bateau sans encombre et s'éloigner sur la plage sans qu'on vienne lui poser la moindre question. Au moins, il n'était pas dépaysé.

Il avait choisi d'emprunter les vieux chemins inconnus de la plupart des gens, qui étaient plus rapides et bien moins voyants, mais plus dangereux. C'était la raison pour laquelle les hommes à cheval et les armées ne s'y risquaient pas. Peu de chances de croiser un soldat de Lancelot, donc.

La pluie redoubla d'intensité alors qu'il se trouvait sur une pente rocheuse plutôt glissante. Il était mouillé, énervé, pressé d'arriver à son lieu de rendez-vous, et se demanda depuis quand il était devenu aussi impatient.

C'était qu'on s'habituait vite au confort. Aux lits moelleux, aux petits plats préparés avec plus ou moins d'amour, aux promenades dans les rues de Rome, aux jeux de dés, au soleil. Et aux sourires radieux.

Il fut rappelé à l'ordre en glissant sur une pierre. Seule la branche qui se trouvait sur son chemin l'empêcha de se ramasser complètement.

Dieu, qu'il avait hâte de rentrer à Rome.

« Ah, Venec !

- Chuuut, moins fort ! » pesta le bandit en entrant dans la taverne, essayant en vain d'essorer ses vêtements alourdis par la pluie glacée de Britannia. Il jeta un rapide coup d'oeil dans la pièce. A part un homme assis au fond, dans la pénombre, il n'y avait personne.

« T'inquiète pas vas, il est beurré du soir au matin. » ria l'homme en ne baissant absolument pas le son de sa voix. Il se rapprocha et passa un gros bras autour des épaules du plus jeune. « J'vais te servir un verre, ça va te réchauffer.

- J'suis pas v'nu pour ça, Kado. »

Un frisson le secoua de la tête aux pieds. Il remarqua à peine que ses dents claquaient. Les gouttes glacées continuaient de sillonner son dos et tous ses membres tremblaient.

« Bon, juste un verre alors. Mais discret. »

« T'as bien du bol d'être arrivé jusque là sans problèmes. Lancelot a fait graver des pierres dans toute la Bretagne qui disent que celui qui t'amènera à lui aura cent pièces d'or. »

Venec avala de travers. « Cent !

- Ouais ouais, il veut vraiment savoir où se cache le Pendragon. »

Venec leva des yeux suspicieux de son verre. « Dis moi, tu serais pas intéressé toi, par hasard ?

- Non, j'm'en fous. 'Fin je crache pas sur le pognon mais j'oublie pas que t'as sorti ma fille de la merde. La famille ça passe avant tout. Alors je te retourne le service. Pour cette fois. » il servit un clin d'oeil au bandit, qui lui rétorqua avec un sourire carnassier :

« Tu sais, si Arthur revient un jour sur le trône, il se souviendra de toi. En bien comme en mal. »

Kado partit dans un grand éclat de rire. « " Arthur ", hein… Au fait, pourquoi tu te mêles des affaires des bourges toi ? »

Le regard de Venec se perdit dans les flammes de la cheminée en face de lui. Il haussa les épaules. « J'sais pas. »

Kado n'insista pas. « Tu prends une chambre pour cette nuit ?

- Nan faut pas que je traîne, j'fais un petit détour en repartant pis je rejoins la plage directement après. Déjà qu'on a traîné à l'aller…

- Oh, je vois qu'monsieur est attendu à la maison et qu'il va se faire engueuler s'il rentre pas à l'heure..! rit l'aubergiste.

- … Ta gueule. »

Kalupso avait eu bien du mal à occuper Arthur durant ces sept derniers jours. Il continuait de préparer les repas, aidait Kalupso pour le ménage tant que le bandit n'était pas là, s'entraînait avec la jeune femme plusieurs heures par jour, mais cela ne suffisait pas à le détendre. Elle avait compris que l'ancien roi cherchait à se défouler pour occuper ses pensées. Les séances de lecture et de discussion s'étaient considérablement raccourcies, le breton finissant toujours par se mettre debout et faire les cent pas dans le salon. Kalupso l'entendait se lever la nuit, une ou deux heures à peine après s'être couché. Il prenait un rudius et s'exerçait jusqu'à l'épuisement. Quand la jeune femme se levait le matin, elle découvrait un Arthur effondré sur une banquette de l'atrium, le sommeil agité. Elle le recouvrait d'une couverture et attendait qu'il se réveille, en priant pour que Venec revienne le plus vite possible. Si elle avait encore un petit doute quant aux sentiments que ses deux invités partageaient, il s'était retrouvé balayé par le comportement du roi.

Ce dernier ne tenait pas en place depuis le lever du soleil. « Il avait dit une semaine ! Il devrait être de retour. »

Kalupso s'empêcha de lever les yeux au ciel. Arthur ressemblait à une vieille bourgeoise qui pestait contre son mari en retard. L'image la fit sourire intérieurement. « Il sera sans doute là ce soir. »

Mais peu importe les mots apaisants qu'elle lui soufflait, plus le temps passait, moins Arthur était serein. La jeune fille pouvait physiquement sentir l'angoisse sourde qui avait pris possession de lui. Ils étaient tous les deux dans l'atrium, noyés dans le silence, le regard du souverain accroché à la porte d'entrée. Kalupso finit par se lever.

« Je vais faire un tour à la villa de Gaia avant que ça ne soit le couvre feu. On a plus rien à manger, elle a peut-être quelques restes à nous partager. Vous voulez m'accompagner ?

- Je… vais rester là. Je ne me sens pas en très grande forme.

- J'avais remarqué. » sourit la jeune femme. Elle s'approcha de lui et lui tendit ses paumes. « Je ne veux pas vous laisser tout seul dans un tel état. Je vais tenter quelque chose. Donnez moi vos mains ? »

Le breton s'exécuta, la tête remplie de questions. Kalupso ferma ses yeux une fois leurs mains liées, respira profondément. Au bout de quelques instants, Arthur sentit une douce chaleur se répandre dans son corps, et la boule dans son ventre devenir plus légère. Ses paupières devinrent lourdes et s'abaissèrent sans effort. Ils restèrent dans cette position de longues minutes avant que la romaine ne mette fin au contact. Elle sourit à son hôte qui paraissait bien plus détendu, lui intima de s'asseoir et d'attendre son retour, puis quitta la villa.

L'ancien roi fixa le vide un certain temps. Il remarqua à peine que la nuit avait fini par tomber. Il profitait de sa profonde respiration enfin retrouvée pour réfléchir posément. Comment cette crainte avait-elle pu grandir en lui au point que faire le moindre pas demandait des efforts considérables ? Au point de ne plus pouvoir manger ? Ces dernières heures avaient été cauchemardesques, chargées d'images sombres qui faisaient des allées et venues dans son esprit torturé. Jamais il n'avait eu aussi peur, et il ne comprenait pas pourquoi. C'était tellement différent de la peur qu'il avait ressenti en pensant qu'Aconia ne pouvait pas l'aimer. Encore plus différent de celle qui l'avait pris à la gorge quand il avait compris qu'il aimait Mevanwi et que les dieux n'allaient pas du tout, mais alors pas du tout, aimer ça. C'était plus semblable à la peur qu'il avait ressentie en comprenant qu'il n'avait pas d'enfant. Le visage de l'homme en noir s'imposa à son esprit. Ses petites machineries l'avaient conduit à tenter de mettre fin à ses jours, et c'était également sûrement lui qui manipulait Lancelot. Quel que soit son but, Arthur était décidé à l'empêcher de l'atteindre.

Il fut sorti de ses pensées par le grincement reconnaissable de la porte d'entrée. « Kalupso ?

- Non c'est m... »

Le roi se leva si vite qu'il fut pris d'un vertige qu'il ignora facilement, tant son attention était focalisée sur le nouvel arrivant. Il finit son mouvement dans les bras du bandit qui dut laisser tomber le sac en tissu qu'il tenait. Il le serra contre lui avec une force qu'il s'ignorait.

« Bordel. C'est pas trop tôt. »