Un huitième chapitre qui se concentre principalement sur les conséquences du match organisé par Tom, Robert Galloway et leurs coéquipiers respectifs.

Bonne lecture !

ERIS QUOD SUM


CHAPITRE 8 – CONTRECOUP

Cela faisait des années que je ne m'étais pas retrouvé dans le bureau du directeur. Si je me souviens bien, la dernière fois que j'ai été convoqué par M. Featherstone était au cours de ma quatrième année. Et ce n'était même pas pour une bêtise, bien au contraire. Le Ministère de la Magie avait envoyé au directeur une lettre indiquant que mes parents – ainsi que d'autres employés du Département des accidents et catastrophes magiques, mais aussi du Bureau de désinformation dans lequel travaillent mon oncle et ma tante – avaient dû quitter Londres en urgence pour une affaire importante ayant lieu à l'étranger, et qu'ils ne seraient de retour qu'après la période de Noël. Featherstone voulait tout simplement me transmettre l'information personnellement. C'était la première et unique fois que j'ai dû passer les vacances d'hiver au sein du château de Poudlard. Ma famille m'avait beaucoup manqué cette année-là. Mais c'est aussi au cours de cette période que j'ai commencé à me rapprocher d'Eloise.

« Bon, reprenons depuis le début, s'impatienta Featherstone, m'extirpant alors de mes pensées. »

Ce dernier était assis en face moi, derrière son bureau rectangulaire en bois massif. Pratiquement rien n'avait changé dans cette pièce depuis ma dernière venue. Les murs en pierre étaient toujours recouverts de tableaux représentants les anciens directeurs de l'école, les vieilles et hautes étagères situées au fond de la salle débordaient encore de livres qui prenaient la poussière, et le gigantesque astrolabe suspendu au plafond – témoignant de la passion du directeur pour l'astronomie – semblait toujours intacte.

« M. Galloway vous a proposé d'organiser une rencontre entre son équipe et la vôtre…

– Le soir-même de la rentrée, oui, l'interrompis-je promptement.

– …proposition que vous avez acceptée, vous et vos camarades, sans avoir demandé d'accord au préalable auprès de la direction ?

– Comme je vous l'ai dit monsieur, nous avions préparé cela comme s'il s'agissait d'un entrainement, m'expliquai-je, il faut que vous compreniez que moi et mes coéquipiers étaient tous impatients de pouvoir rejouer ensemble, et quand on a appris qu'il n'y allait pas avoir de compétition cette année en raison du Tournoi des Trois Sorciers…

Comme s'il s'agissait d'un entraînement ? me coupa-t-il. Allons M. Bronks, vous savez très bien qu'un entraînement de Quidditch doit être impérativement encadré par vos professeurs de vol, surtout lorsque des Cognards sont utilisés ! N'oubliez pas que vous n'êtes encore que des adolescents, et que nous sommes donc toujours responsables de vos actions au sein de cet établissement.

– Cela ne se reproduira plus, monsieur.

– Étant donné qu'il ne nous reste plus qu'une semaine avant de partir pour Durmstrang, j'y comptes bien ! Toujours est-il que le mal est fait, et votre capitaine a malheureusement payé les frais de votre insouciance. »

J'aurais aimé pouvoir m'exprimer davantage, lui dire qu'avoir un professeur à proximité n'aurait probablement rien changé quant à ce qu'il s'était passé sur le terrain. Mais je ne voulais pas le contredire et ainsi aggraver notre cas. Tout ce que je pouvais faire, c'était de me taire et d'attendre respectueusement la fin de son sermon.

« J'ai dû envoyer un hibou à la famille de M. Parker en fin de matinée pour les prévenir de cet incident, reprit-il, c'est une situation dans laquelle je n'aime pas me retrouver sachez-le. Je pourrais vous interdire de venir à Durmstrang en guise de punition, mais quelque-chose me dit que ce n'est pas nécessaire. Considérez donc cela comme votre premier et dernier avertissement.

– Merci, monsieur.

– Bien, inutile de vous retenir plus longtemps que cela, j'imagine que vous voulez retrouver votre camarade à l'infirmerie.

– Si vous me le permettez, monsieur, dis-je en me levant avant de me diriger vers la sortie. »

Après avoir refermé l'imposante porte en bois de chêne du bureau derrière moi, je pris un moment pour me frotter le visage et expirer un bon coup tandis que l'escalier en colimaçon enchanté me ramena au premier étage du château. On a eu de la chance, essayai-je de me convaincre. Pas de punition, pas de détention, pas d'expulsion de l'école, même si cela aurait été très étonnant. Je me demande ce qu'il se serait passé si Featherstone nous avait vraiment interdit de partir à Durmstrang. On aurait peut-être pu jouer notre dernière compétition de Quidditch, finalement. Ça ne sert à rien d'y penser, me dis-je. D'ici quelques semaines, on aura oublié tout ça. On sera dans une autre école, en train de vivre une expérience que très peu d'élèves ont eu la chance de vivre.

Au pas de course, je me dirige vers l'infirmerie en traversant un dédale de couloirs. Sur le chemin, je ne peux m'empêcher de repenser à la chute d'Adam. Tout s'était passé si vite. Au moment même où il a touché le sol, avec cette vitesse, on a su que le match était fini. On pouvait l'entendre hurler de douleur de notre position. Mais le temps que nous descendions pour le récupérer, il s'était déjà évanoui. L'amener au château le plus rapidement possible était devenu notre principale priorité. Les Pouffsoufle n'avaient quant à eux pas l'air d'avoir saisi l'urgence de la situation. Seul leur attrapeur, Gareth, était venu proposer son aide.

Quelques minutes plus tard et après un dernier virage, j'aperçois enfin la double porte d'entrée significative de notre infirmerie. Tandis que je m'en approchais, quelqu'un l'ouvrit de l'intérieur. C'était Alice. Elle sursauta légèrement lorsqu'elle se rendit compte de ma présence.

« Hé… lui dis-je en plaquant ma main contre l'une de ses épaules, comment il va ?

– Il euh… il vient tout juste de se réveiller, répondit-elle calmement. D'après l'infirmière sa blessure est grave, mais il a eu beaucoup de chance de s'en être sorti.

– Alors il s'est vraiment fracturé le tibia, hein ? »

Elle acquiesça silencieusement en détournant du regard. Je fis un tour sur moi-même, plongeant mon visage à l'intérieur de mes mains. Foutus Wilcox, pensai-je, énervé.

« Et ce n'est pas tout, reprit-elle avec un ton cette fois-ci plus inquiétant, l'infirmière a aussi dit… (elle inspira profondément) elle a aussi dit qu'Adam ne pourra pas partir avec nous pour Durmstrang la semaine prochaine.

– Quoi ?

– Elle doit encore en discuter avec le directeur, mais il est quasiment certain qu'il devra rester ici pour se reposer et soigner sa jambe. Sa réhabilitation va durer un moment et il ne peut pas prendre le risque de voyager dans cet état selon elle. »

Je ne savais pas quoi répondre. C'était quelque-chose que j'aurais dû deviner, mais j'étais quand même sur le choc d'apprendre ça. Je me sentais terriblement coupable.

« Il faut que je lui parle, repris-je avec détermination. Tous les autres sont à l'intérieur ?

– Non, juste Tobey. Le reste de l'équipe est reparti dans la salle commune. Je m'apprêtais à les rejoindre.

– D'accord, on se revoit là-bas alors.

– Ça marche, dit-elle en s'éloignant. »

Je m'engouffre alors sans plus attendre à l'intérieur de l'infirmerie. Celle-ci était presque déserte en cette fin de matinée. J'aperçois rapidement Adam, allongé sur le lit situé au fond sur la gauche, la jambe en surélévation et dans le plâtre. Non loin, l'infirmière semblait lui préparer un tonique, sûrement pour soulager la douleur. Tobey, quant à lui, se tenait à l'écart, toujours dans son accoutrement de gardien, le menton posé contre l'une de ses mains. Il avait l'air quelque peu perdu dans ses pensées. Mais cela ne l'empêcha pas de remarquer aussitôt ma présence. Il m'interpella tandis que je m'approchais du fond de la salle.

« Hé Tom, dit-il en me prenant par l'épaule, comment ça a été avec Featherstone ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

– Pas grand-chose, il voulait juste savoir ce qu'il s'était passé.

– J'imagine… (Il secoua la tête avant de reprendre) Tu lui as dit la vérité ?

– Ouais.

– Et alors ? On est sanctionné ?

– Non, on s'en sort avec un simple avertissement, lui assurai-je.

– Bien. Plutôt bonne nouvelle… malgré les circonstances. »

Il expira longuement avant de partir récupérer son balai, qui était jusqu'ici posé contre l'une des étagères non loin.

« Je m'en vais rejoindre les autres, dit-il. Comme tu peux le voir, Adam est éveillé. Il est encore un peu dans le cirage à cause des médicaments que lui a donné l'infirmière tout à l'heure, mais tu peux lui parler si tu veux. »

Après une courte accolade, il prit le chemin de la sortie, me laissant désormais seul dans la pièce avec Adam et l'infirmière.

« Plutôt inattendu comme fin de partie, hein ? toussa notre capitaine tandis que je m'assis à son chevet.

– Ouais… répondis-je simplement en soufflant du nez, ils ne t'ont vraiment pas loupé ce coup-ci.

– Je ne peux que m'en vouloir, j'étais vraiment égoïste sur cette dernière action.

– Peut-être, mais si les frères avaient manqué leur coup, je suis sûr que tu nous aurais redonné l'avantage. Tu sais aussi bien que moi que c'est en…

– …prenant les plus grands risques que l'on gagne un match de Quidditch, récita-t-il le sourire en coin. Mais il y a une différence entre savoir prendre des risques et se comporter comme un idiot, Tom.

– Hé là, m'exclamai-je en lui tapant les côtes du bout des doigts, ne sois pas trop dur avec toi-même, cap' !

– Dans tous les cas, reprit-il sur un ton plus sérieux, même si je ne me suis pas comporté comme un idiot sur le terrain, je peux t'assurer que me sens clairement comme tel, là maintenant. (Il soupira) Je ne sais pas si Alice ou Tobey te l'a dit mais…

– Je suis au courant, l'interrompis-je avec empathie.

– Dire que j'étais le seul qui était plus ou moins contre cette idée ce soir-là, quand on a lu la proposition de Galloway. Et voilà maintenant que je me retrouve emplâtré, avec l'obligation de rester à Poudlard pendant que vous autres serez en train de vous éclater à Durmstrang… (Il toussa à nouveau) Plutôt ironique n'est-ce pas ?

– Je ne peux pas te dire à quel point je suis désolé. Cette querelle avec Galloway… ça aurait dû rester entre lui et moi. Si quelqu'un aurait dû en faire les frais, c'était nous, pas toi.

– Personne n'aurait dû en faire les frais, Tom, pas même Galloway. »

Il grimaça soudainement, sentant une pression au niveau de sa jambe. L'infirmière, qui avait terminé sa préparation, nous rejoignit.

« Buvez ceci, jeune-homme, dit-elle en lui tendant un petit flacon qui contenait un liquide opaque, cela vous tranquillisera un peu.

– Merci.

– Excusez-moi, continua l'infirmière en s'adressant à moi cette fois-ci, je vais devoir vous demander de partir, votre camarade a besoin de se reposer.

– Bien sûr, euh… on repassera sûrement te voir demain Adam, ok ?

Demain… répéta-t-il dans un murmure alors que le médicament commençait à faire effet. »

Après être sorti de l'infirmerie, je pris le temps de m'assoir un instant sur l'un des nombreux bancs en bois poussiéreux qui longeaient les murs du couloir. Quelle matinée éprouvante, pensai-je. La tension du match, l'accident, la convocation chez le directeur… et cette discussion que je viens d'avoir avec Adam… Est-ce qu'il m'en veut personnellement ? Cette culpabilité que j'ai ressenti tout à l'heure… elle est encore là. Elle me ronge de l'intérieur.

Une voix familière vint soudainement déranger mon isolement :

« Bronks. »

En levant la tête, j'aperçois Galloway, qui se tenait seul devant moi, le visage pâle et sans expression.

« Espèce de… m'énervai-je en le prenant par le col avant de le plaquer violemment contre le mur adjacent, qu'est-ce que tu fous ici ?

– Du calme, dit-t-il d'une voix presque tremblante. (Il n'avait pas l'air de vouloir se défendre) Écoutes… Tom, je suis désolé pour ton camarade. Sincèrement.

– Je me fiche que tu sois désolé, dis-je en haussant le ton tout en le repoussant avec force, ta fausse pitié est la dernière chose dont j'ai besoin actuellement. T'as rien à faire ici, dégage ! »

Après un court moment d'hésitation, il secoua la tête et détourna du regard avant de finalement s'éloigner sans prononcer un mot de plus. Une fois celui-ci hors de ma vue, je décide à mon tour de me mettre en route vers la salle commune de Serdaigle, sans prendre la peine de réfléchir à ce qu'il venait de se passer.