Pour être toute à fait honnête avec vous, je voulais poster ce chapitre pendant les vacances. Mais la première semaine, je n'ai fait que procrastiner et la deuxième, je me suis confrontée à la tonne de travail à laquelle je tentais d'échapper. Bref, pour pendant les vacances, c'est raté. Mais à quelques jours près, j'espère que vous ne m'en voulez pas.

Je blablate toujours au début de chaque chapitre mais je ne sais même pas si quelqu'un me lit au final... :) Mais comme j'aime bien avoir les pensées de l'auteur avant un chapitre sur les autres fanfics, j'ai pris l'habitude de le faire aussi.

Bref ( ça commence à faire beaucoup de bref) comme chaque chapitre assez long, celui-là a été compliqué à finir (surtout que comme par hasard, je le prévoyais beaucoup beaucoup moins long). Je commence toujours par écrire les scènes que je préfère alors la fin est toujours plus ou moins laborieuse.

C'est la première fois que je modifie réellement le cours des choses telles que J.K.Rowling les as écrites. Enfin pas trop quand même.

J'ai hâte d'avoir vos avis, ça me rappelle aussi pourquoi j'écris cette histoire. Oui, en premier lieu pour moi, mais je donne du temps à cette histoire et c'est vous qui la faites vivre. Donc voilà, j'écris aussi pour être lue et pour vos retours.

Merci à ceux qui sont encore là malgré les délais de publication chaotiques.

Les réponses aux reviews :

Elena : c'est vrai que Luna est le premier personnage qui meurt ici... Quant à Hermione, je te laisse découvrir tes réponses à tes questions ici, si elle laissera partir Drago ou non. J'aime bien tes théories à propos des réactions de Harry et Ron :) J'aime aussi beaucoup la relation de Harry et Hermione et c'est justement pour ça que je n'écrirais pas d'Harmione, pour moi, c'est son meilleur ami, désolé ;) Et puis Hermione doit finir avec Drago. Définitivement.


Douze Square Grimmaurd, Londres, avril 1998

Au départ, Ron avait envisagé qu'ils grimpent sur le dragon aveugle pour s'échapper de Gringotts. Hermione s'y était fermement opposée, arguant que ce n'était peut-être pas la meilleure définition de discrétion, et Harry avait eu la vague impression de retourner à Poudlard. Et puis il ne fallait pas non plus croire que son affrontement en quatrième année avec un Magyar à pointes lui conférait une connaissance universelle en dragon. Du coup, il été tombé d'accord avec Hermione.

Ensuite, par un tour de main inexplicable - et quelques Impérium, soyons honnêtes -, Gripsec avait réussi à convaincre le reste des gobelins qu'ils étaient légitimes, et à part une série de blessures, ils s'en étaient bien sortis et étaient partis comme ils étaient venus, sans éveiller les soupçons.

Hermione avait détruit son premier Horcruxe. L'expérience lui avait laissé un goût amer sur la bouche. Elle ne savait pas si elle devait l'attribuer à la fierté dans sa gorge qui lui criait qu'elle avait réussi ou à ce sentiment presque plaisant de détruire une partie de cette âme calcinée qui dominait le monde.

La question s'était posée ensuite de savoir où aller et Harry avait immédiatement imposé Poudlard. Jusqu'à ce qu'Hermione leur fasse comprendre qu'il fallait un plan et qu'on ne réussissait pas toujours tête baissée. Ron avait marmonné quelque chose qu'elle n'avait pas compris - ce qui valait d'ailleurs mieux pour leur intégrité à tous les deux, ainsi que la patience très limitée de Harry sur ce sujet.

Bref, ils avaient fini par tomber d'accord que, faute d'un meilleur plan, ils devaient retourner au Square Grimmaurd.

Mais c'était maintenant le moment de rentrer, et chacun hésitait. Chacun espérait et s'empêchait d'espérer.

- Et s'il n'y a personne ? osa enfin dire Ron.

Les yeux tremblants d'Hermione lui répondirent, il lui serra la main. Elle-même attrapa celle d'Harry.

- S'il n'y a personne, répondit Harry, ce sera comme d'habitude, nous trois contre le reste du monde.

Puis, ils avancèrent jusqu'à la porte, la même crainte dans leurs trois cœurs. Ron frappa deux coups solennels et ils s'arrêtèrent de respirer.

Est-ce que ça valait le coup ?

C'était le moment de vérité. Le moment de savoir s'ils avaient encore des proches à protéger et quelqu'un pour se battre. Tout pouvait leur échapper à tout moment et leur monde n'était plus basé que sur des incertitudes.

Il s'écoula une longue minute sans aucune réponse, puis deux. Deux minutes fatales et terriblement longues avant qu'Hermione ne fronce les sourcils. Personne n'ouvrait.

Ron frappa une seconde fois, plus fort, avec plus d'inquiétude au fond de ses entrailles.

Et enfin, la porte s'ouvrît.

Le visage de Ginny passa d'un certain désintérêt à un abasourdissement complet. Elle ouvrit la bouche, la referma, sembla vouloir hurler, puis pleurer.

Au lieu de ça, elle les considéra tous les trois avant d'encrer ses grands yeux dans ceux d'Harry . L'apaisement se bouscula au fond de ses pupilles et elle murmura « Merlin » avant de se laisser tomber dans ses bras.

Harry plongea sa tête dans son cou sans faire attention aux mèches rousses qui s'accrochaient à ses lunettes. Il la serra contre lui à lui briser les côtes, comme si elle allait s'évaporer. En respirant son odeur, il eut l'impression d'être plus léger que jamais.

Ginny était là, bien vivante et dans ses bras.

Elle se détacha finalement de lui, embrassa Ron sur la joue et serra la main d'Hermione, l'entraînant dans la maison. C'était comme accéder à un univers parallèle. Ils avaient passé tant de temps séparés, morts de peurs, sans jamais savoir s'ils reverraient jamais ceux pour qui ils se battaient encore. Leurs cœurs devenaient encore un peu plus légers.

Étaient-ils vraiment là ?

Ce n'était qu'un peu de répit dans leur combat contre le mal mais c'était précisément pour ces moments hors du temps qu'ils vivaient et se battaient.

- Tonks ? lança la voix de Mrs Weasley depuis la cuisine. C'est toi ?

- Non, répondit Ginny. Ce n'est pas Tonks.

Sa voix était forte et claire, elle attira plusieurs personnes. George, Fred et Remus. Puis Fleur et Charlie dans l'embrasure de la porte. Et Mrs Weasley.

Il y eu des cris, des pleurs, beaucoup de soulagement et somme toute, un peu de bonheur. Hermione se sentit, pour la première fois depuis très longtemps, à sa place. Comme avant la guerre, quand tout allait bien ou du moins, pas encore aussi mal. Cette époque floue où ce qui l'importait le plus était le nombre de O qu'elle trouverait sur ses copies.

Elle serra Ginny contre elle. Mrs Weasley l'étouffa à moitié. Remus lui serra la main, mais il avait tant de force dans ce simple geste qu'elle sentait pour lui sa gorge nouée.

Ron et Harry étaient assaillis comme elle de tout ce soulagement, de cet instant de lumière qui illuminait le noir avec fureur. Ils étaient tous là, ou presque. Ils étaient vivants, réunis, ils croyaient en tout ce pour quoi ils se battaient.

Et Dumbledore avait encore raison à propos de l'amour.


- Harry, tu veux bien me donner les pommes de terre ?

Il y eu des éclats de rire au bout de la table, un tintement de verre et la question de Ginny disparue dans le brouhaha. Charlie se leva pour aller chercher de l'eau à la cuisine.

- Mais si, mon chéri, insista Mrs Weasley. Mange encore, tu es d'un maigre à faire peur.

Harry hocha la tête en direction de Molly sans plus chercher à contester. Elle remplit une troisième fois son assiette avant de s'évaporer à travers la pièce. Fred cria pour une raison inconnue et George s'esclaffa.

- Harry, les patates s'il te plaît, insista Ginny.

Il releva son regard sur elle et lui sourit avant de les lui tendre. Ginny reçut les patates comme si elles n'avaient plus vraiment d'importance et Harry entama la discussion. C'était étrange l'impression qui se dégageait d'eux, ils nageaient dans le bonheur ambiant mais il y avait autre chose seulement entre eux deux de presque tangible.

L'expression de leurs visages fit sourire Hermione qui finissait sa tarte aux brocolis. À côté d'elle, Ron reprenait un débat enflammé avec Bill. Remus tenait son fils dans ses bras, ce tout petit être qu'il regardait comme un univers entier. Nymphadora était à côté de lui, sa tête sur son épaule, un de ses doigts emprisonné dans la petite main de Ted Tonks.

Fred avait décidé de lancer sa cuillère sur George au final et Mrs Weasley ferma les yeux sur l'incident. Hestia Jones fronçait un peu plus les sourcils à chaque parole de Fleur, lui demandant de répéter plusieurs mots. Kingsley était assis au bout de la table, détaillant les uns les autres, hochant parfois la tête.

Ce monde entier avait tant manqué à Hermione qu'elle sentait la joie courir dans tout son corps. Mais un paradoxe étrange chez elle faisait que si ses membres semblaient engourdis de bonheur, son cœur était lourd, très lourd.

Elle pensait à Luna.

La dernière gorgée ne passa pas et elle faillit s'étouffer avant d'attraper son verre d'eau. Elle refoula les larmes comme elle pouvait et s'astreignit à respirer correctement.

C'était de sa faute après tout. Elle avait fait confiance à Malefoy. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Elle avait pensé qu'ils avaient pu être amis. Le pire c'est qu'elle sentait au fond d'elle que malgré tout ça, malgré sa déception, sa culpabilité, elle était toujours attaché à lui.

Et elle se sentait encore plus coupable que la mort même de Luna n'ai pas réussi à la dissuader d'être amie avec Drago. Il y avait un tas de choses qu'elle aimait chez lui. Ses piques, son intelligence, sa manière détournée de prendre soin des gens, son combat régulier contre lui-même. Il avait de la valeur et elle le savait.

Mais la mort de Luna la déchirait en deux. Luna et toute son innocence, sacrifiées dans une guerre sans merci. Elle savait que la culpabilité ne la ferait pas revenir, mais c'était un peu comme en quatrième année quand elle avait découvert que les elfes préparaient les repas à Poudlard. La première chose qu'elle avait faite était d'arrêter de manger.

C'était idiot mais c'était la seule manière qu'elle avait eu de lutter contre la révulsion que ça lui inspirait. Comme ici c'était sa seule manière de lutter contre sa peine, cette immense douleur qui semblait même grandir. Pour enterrer cette plaie immense, il fallait qu'elle se sente coupable, qu'elle les sentent coupables, elle et Drago.


Fred et George s'étaient finalement mis à chanter à tue-tête, debout sur les tables. Mrs Weasley avait bataillé les première minutes avant d'abandonner. Ils bénéficiaient malheureusement du soutien de Ron, Ginny et Tonks.

Harry avait longuement parlé avec Rémus et les autres membres de l'Ordre du Phénix, les adultes, rentraient et sortaient, partageaient des plans à voix basses sans pour autant vraiment se cacher. À présent, la vie de chaque personne dans cette maison était en danger permanent. La majorité n'avait plus vraiment d'intérêt.

Lentement, ils avaient fini par monter se coucher dans une ambiance légère qui ressemblait à une ivresse collective ; douce et irréelle.

- Hermione ! avait demandé Tonks. Tu peux tenir Teddy le temps que je fasse nos lits ?

Elle avait acquiescé avec un grand sourire avant de prendre le petit garçon dans son bras. Un petit être de quelques semaines qui lui avait offert un grand sourire.

- Merci, avait soufflé Tonks, rayonnante.

Son expression attendri celle d'Hermione. Elle se rappèlerai toute sa vie ce soir où Rémus était arrivé à la Chaumières au Coquillage, euphorique, plus heureux que jamais. Comme si le bonheur lui-même avait investi chaque cellule de son corps. Ils avaient bu pour ce petit être qui voyait le jour malgré le ciel qui s'assombrissait. Ils avaient bu pour l'espoir qu'il apportait.

Tonks étant toujours aussi maladroite, il avait fallu appeler Remus au secours. Finalement, ils avaient réussi à remettre leur chambre en ordre et la petite famille avait souhaité une bonne nuit à tout le monde avant de disparaître.

Ginny et Hermione avaient abandonné les garçons au troisième étage avant de retourner dans leur chambre. Revoir cette pièce eut un effet inattendu sur Hermione. Elle se revit, l'été de sa quatrième année, dans cette pièce. Elle et Ginny se racontaient des secrets, montaient des plans et se rassuraient l'un l'autre. Il lui paraissait que ça c'était passé des années lumières plus tôt.

Ginny, euphorique, refusa au départ d'aller se coucher. Elle s'extasiait, riait pour rien, mit une bonne demi-heure à se brosser les dents. Elle semblait ne pas pouvoir être plus heureuse. Hermione aurait dû ressentir la même chose, elle le savait, elle était là où elle voulait être. Mais elle ne parvenait pas à défaire Drago de ses pensées. Comme un parasite dans son esprit.

À force de bon sens, Ginny finit par aller se coucher, une chaussette par terre, l'autre toujours sur son pied. Elle s'endormit en quelques minutes.

Hermione n'y arriva pas.

Pour la première fois depuis longtemps, elle était vraiment en sécurité, entourée de tous ceux qu'elle aimait. C'était ce qu'elle se répétait pour s'en convaincre mais c'était faux.

Il lui manquait ses parents, il lui manquait Luna. Ça la tuait de se l'avouer, mais il lui manquait Drago.

Il lui manquait aussi les enfants du chemin de Traverse qu'elle avait abandonnés à leur sort. Winona et son grand sourire, Ian qui ne l'aimait pas beaucoup et le petit Will au regard malicieux. Elle se promit que la guerre finie, elle irait tous les chercher. Elle les emmènerait à Poudlard pour qu'ils voient de leurs propres yeux toute cette magie qu'elle avait découvert au même âge.

Mais aujourd'hui, elle ne pouvait plus rien pour eux. C'était en s'éloignant d'eux et en aidant Harry qu'elle était le plus utile.

Deux fois elle faillit s'endormir, deux fois Luna lui apparut, aussi clairement que si elle s'était réellement tenue devant elle. Luna, toute frêle avec son visage d'innocence, ses grand yeux étonnés et sa volonté d'aider. Ça lui broyait le cœur.

C'était de sa faute, c'était de la faute de Drago.

Quand c'était lui qui lui apparaissait, elle n'arrivait pas à un sentiment défini. C'était un mélange de rancoeur, de haine, de manque, de culpabilité et d'envie de le voir qui se livrait bataille en elle. C'était fatiguant, désespérant.

Elle se battit contre tous ces visages qu'elle aimait jusqu'à tard dans la nuit et ne sut jamais vraiment quand elle finit par tomber de sommeil.


- C'est la mienne celle-là, fit la voix endormie de Ginny.

Depuis la salle de bains, brosse à dents dans sa bouche, Hermione se retourna. La porte était grande ouverte et elle pouvait voir son amie, assise sur son lit, un pied dans le vide, le regard vitreux.

- Tu es sûre ? Parce que j'ai la certitude d'avoir pris la orange hier.

- Beurk, grimaça Ginny. Ça veut dire que je t'ai embrassée par interposition.

Hermione rit.

- J'ai l'impression qu'hier était un rêve, poursuivit Ginny en essayant de se dépêtrer de sa couverture. J'étais sûre qu'en me réveillant vous auriez disparus.

- Et alors ? Tu es sûre que tu es bien réveillée ?

Ginny se pinça avant de lui offrir un grand sourire.

- Oui, certaine. Mais tu sais, j'étais persuadée que je n'allais pas vous revoir avant la toute fin de la guerre. Je ne savais même pas si vous étiez vivant.

La voix de Ginny n'exprimait ni remord ni accusation, elle énonçait simplement les faits tels qu'elle les avait ressentis. Puis, elle se leva enfin et passa à son tour la porte de la salle de bain en baillant.

- Ne t'inquiète plus, répondit Hermione en rangeant sa brosse à dent - où celle de Ginny d'ailleurs. Maintenant, on est là.

- Et pour combien de temps ? demanda Ginny dans un sourire contrit.

Personne ne savait, même pas Harry.

Hermione se doutait qu'ils finiraient par repartir. Harry était persuadé qu'un des Horcruxes était un château, simplement, Poudlard était sous la surveillance permanente des Forces du Mal, y entrer n'allait pas être une tâche facile.

- Je ne sais pas, avoua Hermione. On repartira, c'est vrai mais pour l'instant au moins, nous ne sommes plus un rêve.

Ginny, à moitié convaincue, haussa les épaules. Elle décida ensuite d'entreprendre de démêler ses cheveux alors qu'Hermione cherchait son pull.

Elles finirent par descendre habillées et les cheveux plus ou moins domptés. La cuisine était un véritable champ de bataille.

Teddy Lupin hurlait dans les bras de son père qui ne savait pas quoi faire. Tonks était portée disparue et Bill essayait de dire quelque chose à Fleur qui lui tournait résolument le dos dès qu'il ouvrait la bouche.

Mrs Weasley se promenait avec deux assiettes de pancakes et une corbeille de fruit. En les voyant, elle leur donna à chacune une des portions et s'en alla aussi vite, sans qu'aucune ne comprit ce qu'elle disait.

- Ce qu'il y a de bien avec ma mère, souligna Ginny derrière la pile de pancakes qu'elle tenait, c'est qu'elle connaît la demi-mesure.

Hermione rit et elles décidèrent d'aller s'asseoir. Ginny se laissa tomber à côté d'Harry avec un grand sourire et les joues un peu rouges tandis qu'Hermione s'assit en face, à côté de Ron.

- Je partage mes pancakes, tu en veux ? demanda-t-elle.

Ron afficha l'air d'enfant qu'il avait lorsqu'on lui parlait de nourriture et engloutit la moitié en un rien de temps. Ginny n'avala rien du tout, plus occupée à parler à Harry et à le regarder.

Quant à Hermione, elle s'astreignit à manger un peu. Tant pis pour le poids sur son estomac, tant pis pour celui sur ses épaules. Tant pis pour l'image dansante de Luna dans sa tête, tant pis pour le visage de Drago.

En croquant dans un pancake, elle se dit que peut-être qu'elle avait tort. Peut-être qu'elle n'aurait rien pu changer au sort de Luna et que c'était juste un amalgame complexe de décisions et de choix qui ne lui revenaient pas.

L'idée disparue aussi vite qu'elle était venue. En face d'elle, Harry serrait la main de Ginny mais ses yeux avaient le même reflet que les siens. Lui aussi ne savait plus ce qu'il convenait réellement de faire.

Ron finit en grande partie son assiette et elle se décida à ramener les couverts en cuisine. Mrs Weasley faisait la vaisselle à grands coups de baguette, fredonnant une chanson de Celestina Moldubec.

- Oh, Hermione tu tombes bien. Tu peux m'amener ça à Rémus ?

Hermione acquiesça en attrapant le biberon. Teddy lui offrit un grand sourire en l'apercevant.

- Tonks n'est pas là ?

- Si, répondit son ancien professeur en tenant son fils maladroitement. La plupart des membres sont en mission mais elle est en haut. Je crois qu'elle cherche des informations sur sa famille, pour sa mère. Et puis aussi des anciens livres.

Hermione fronça les sourcils.

- Mais Tonks n'est pas une Black. Cette maison était à Sirius.

- Elle non, mais sa mère, si. Elle s'appelle Andromeda Black. C'était la sœur de Narcissa.

- Narcissa Malefoy ? demanda-t-elle, surprise.

- Oui.

Hermione hocha la tête, songeuse. Tonks était la cousine de Drago. Ils avaient si peu en commun, pour ne pas dire rien.

Elle remonta les escaliers en se maudissant de toujours avoir son image dans la tête. Où était-il à présent ? Elle ne savait plus si la réponse à la question l'intéressait ou pas. Si elle voulait savoir ou si elle le redoutait.

En arrivant de la salle de bain, elle se demanda si elle n'aurait pas eu l'impression de mentir à tout le monde s'ils ne s'étaient pas croisés. Mais elle n'aurait non plus jamais découvert ce Drago drôle, toujours un peu hautain parce que ça faisait parti de lui, mais aussi fragile, élégant et intelligent. Ce garçon différent qui était entré brutalement dans sa vie, avait tout boulversé avant de se volatiliser à nouveau dans la nature.

Pourtant, c'était elle qui était partie.

Elle en était à ce point dans ses réflexions quand une douleur fulgurante dans tout son corps la fit tomber à terre. Elle se cogna la hanche contre la baignoire et chercha immédiatement à respirer. Un poids gigantesque venait d'entraver sa gorge, l'empêchant de respirer correctement.

Hermione haleta, voulut se relever, mais à peine eut-elle appuyé sur ses mains pour se donner une impulsion que ses bras se dérobèrent et elle retomba. Le froid du carrelage lui brûla la joue alors que la douleur reprenait.

Ce n'était pas le doloris comme celui qu'elle avait subit au Manoir, c'était différent. Comme une début de malaise, elle sentait des fourmis dans ses doigts et ses os qui la brûlaient de l'intérieur. Sa tête lui faisait atrocement mal et sa gorge refusait toujours d'avaler de l'air.

Elle se força à se calmer et mena instinctivement une de ses mains sur sa gorge sans que ça ne changea rien.

C'était exactement comme cette nuit de décembre, seule dans sa boutique sur le Chemin de Traverse. Quelque chose l'oppressait, sans savoir quoi. C'était pire que cette nuit-là, ça faisait mal.

Puis sans explication, d'un coup, la douleur s'en alla comme elle était venue. Hermione inspira à pleins poumons et se redressa immédiatement, le dos contre la baignoire froide. Mais elle ne ressentit même pas la brûlure dans son dos.

D'où venait cette étrange douleur et surtout pourquoi ?

Au bout de quelques minutes, elle parvint à reprendre une respiration normale. Aucune trace de la douleur précédente, aucun symptôme. Elle fronça les sourcils. C'était de la magie. Mais d'où venait-elle et pourquoi ? Les seuls à pouvoir l'atteindre à présent étaient les occupants du Square Grimmaurd, le Cercle du Secret la protégeait de toute attaque.

Comment était-ce possible ?

Elle finit par se relever, ses jambes la portaient de nouveau. Hermione se regarda dans le miroir. Elle n'avait plus de cernes mais les yeux vides.

Elle se décida alors à aller aider Tonks. Si elle cherchait dans les affaires de la famille Black, elle devait sûrement avoir trouvé des livres rares. Comme quand elle ne savait pas à quoi elle faisait face, Hermione allait aller se renseigner. Quelque chose en elle lui disait que ce qu'elle venait de ressentir était de la magie noire.

Et puis si elle ne trouvait rien sur son état inquiétant, peut-être qu'au moins elle découvrirait quelque chose pour faire chanter Malefoy.


Ça lui avait demandé beaucoup plus de courage qu'il n'avait pu en réunir dans sa vie entière. Ça lui faisait presque mal d'être là.

Il résistait à l'envie presque vitale de fuir. Sa tête lui criait de partir, son cœur lui ordonnait de rester. Il luttait pour se tenir debout sans flancher, avec l'impression qu'on lui broyait les os, puis la gorge.

Si c'était ça le courage, alors plus jamais. C'était plus terrifiant que la peur elle-même.

Dehors, la pluie tombait toujours. Heureusement, l'arcade le protégeait des intempéries. Même si les murs en étaient très abimés.

Il était ici depuis presque deux heures, devant ce fichu Square Grimmaurd. Personne n'était encore sorti et pourtant, il ne bougeait pas, se contentant de fixer la porte. Le numéro douze.

Ça aussi, c'était terrifiant à voir.

Il esquissa pour la cinquante-septième fois le geste de partir. Il fit trois pas et revint à son point de départ, brusquement. Ce foutu courage allait lui manger le peu d'énergie qu'il lui restait.

Il fallait rester. Il n'avait pas le choix. Enfin, il l'avait. Et puis il entendait sa voix, se rappelait son sourire, son visage, ses pleurs et la chaleur de sa main. Et alors il n'avait plus le choix.

Drago soupira et s'accouda au mur glacé de l'arcade. Le froid lui brûla l'épaule mais c'est à peine s'il s'en aperçut. Par pitié que quelqu'un sorte de cette immense maison. C'était impossible que personne ne l'ai repéré.

Il avait l'impression que cela faisait des jours entiers qu'il attendait là. Chaque seconde, la tentation de s'enfuir le dévorait un peu plus.

Au bout de trois heures enfin, quelqu'un sortit. Drago le reconnut immédiatement. Il portait une longue veste rapiécée et avançait, baguette levée, un air sévère sur le visage. Mr Weasley. Il l'observa sortir du Square Grimmaurd et avancer vers lui, une expression féroce sur le visage.

Drago sentit une caresse autour de son poignet, puis, une poigne. Il n'eut pas besoin de regarder de nouveau Arthur Weasley pour savoir qu'il venait de lancer un Incarcerem. Peut-être devait-il le remercier, ça l'empêchait maintenant de s'en aller.

Il ne pouvait plus faire marche arrière.

Cette phrase sonna comme une sentence. Drago se contenta d'ignorer le froid que ça provoquait en lui et serra simplement les dents. Il ne débattit pas, attendit simplement qu'Arthur Weasley arrive à sa hauteur. Maintenant, il pouvait presque lire de la férocité sur son visage.

- Tu n'es pas là par hasard, n'est-ce pas ?

Drago sentit au ton que ce n'était pas réellement une question, alors il ne répondit pas.

- Comment sais-tu que nous sommes là ?

Les yeux de Me Weasley avaient leur éclat le plus dur. Mais Drago pouvait faire mieux, bien mieux. Il se contenta de ravaler sa peur, de relever le menton et ses yeux gris, imperméables.

- Je suis venu vous prévenir d'un danger.

Arthur Weasley étendit sa bouche dans un rictus qu'il ne lui connaissait pas.

- Un piège, c'est ça le mot que tu cherches ?

- Non, un danger. Les Mangemorts seront là dans trois jours.

- C'est une menace ?

Drago s'était attendu à se heurter à un mur d'incompréhension et de rejet. Il s'était attendu aux regards amusés, au scepticisme et à la haine.

Mais déjà, ses gènes revenaient au galop. L'agacement commençait tout doucement à prendre le pas sur la peur. Il était pieds et poings liés, sans aucun moyen de fuir, il allait falloir s'imposer.

- Je suis vraiment ici pour vous avertir que les Mangemorts seront là dans trois jours. Il faut absolument que vous me croyiez.

- J'aurais peut-être pu s'il n'y avait pas eu des circonstances aggravantes pour ton cas.

Drago l'interrogea du regard mais Mr Weasley resta insensible à sa question muet. Il semblait réfléchir à ce qu'il pourrait faire de lui.

- Vraisemblablement, tu es ici de ton plein gré. Et surtout, tu vois notre quartier général. Qui te l'as révélé ?

- Yaxley, lâcha Drago.

Arthur Weasley passa de la fureur à l'étonnement. Il se fichait de lui, c'était sûr.

- C'est impossible. Seuls les gardiens du secret savent où nous sommes. Yaxley n'en est pas un... alors qui l'a révélé à Yaxley ?

- Personne. Enfin, si. Mais ce n'est pas vraiment à moi de vous l'expliquer, plutôt à Potter, votre fils et Granger.

Le dernier nom lui brûla l'estomac, la gorge et il se redressa. Elle était si proche.

Il ne voulait pas lui attirer des ennuis. Dans le Lancashire, elle cherchait ses deux guignols mais pas le reste de l'Ordre du Phénix. Il en avait déduit que la mission de Potter ne regardait que lui, Weasley et elle. Alors peut-être ne devait-il pas raconter à Arthur Weasley comment Yaxley savait pour le douze du Square Grimmaurd.

- Maintenant que tu sais où nous sommes, je peux me permettre de t'emmener. Nous allons voir si tu refuses toujours de me dire comment tu es arrivé là et surtout pourquoi.

Involontairement, Drago eut à nouveau envie de fuir. Il tenta de se défaire des liens contre ses poignets.

- Inutile, expliqua Mr Weasley. Nous savons tous deux qu'on n'échappe pas à l'Incarcerem, surtout sans baguette.

Sur ces mots, il prit la baguette de Drago, dans l'une des poches de sa cape. Aussitôt, le Serpentard se sentit vulnérable. Arthur Weasley avait repris son air sévère. Voir cet homme qu'il avait toujours méprisé s'en sortir aussi facilement face à lui acheva d'agacer Drago.

L'irritation prit le pas sur la peur.

- Allez, on y va, conclua Mr Weasley en l'attrapant par le bras avec une force qu'il ne lui soupçonnait pas.

Arthur regarda à droite, à gauche, baissa un peu son chapeau sur son front et s'élança sous la pluie. Drago sentit chaque goutte sur sa peau comme un rappel qu'il jouait maintenant tout seul.

Il n'y avait que quelques mètres jusqu'à l'entrée du douze Square Grimmaurd mais ils y entrèrent trempés. Arthur resserra sa prise et l'entraîna vers une grande pièce illuminée sans le laisser protester. Drago se contenta de serrer la mâchoire.

Leur entrée dans le salon fut remarquée par tous. Drago sentit sur sa peau mouillé les regards douloureusement haineux.

Arthur ne lui laissa pas le temps de s'adapter à la chaleur du salon. Il le fit s'assoir brutalement sur la première chaise qu'il trouva et d'un coup de baguette attacha ses chevilles aux pieds en bois. Aussitôt après, il prononça un sort et la porte se ferma violemment.

Le bruit résonna dans le silence de la pièce.

Toujours furieux, Mr Weasley enleva sa vieille veste d'un geste violent avant de tirer une chaise et de se laisser tomber juste en face de Drago.

Tout s'était passé très vite et Drago n'avait pas eu le temps de voir qui était ici. Si elle était ici. Il voyait seulement Arthur qui retirait son chapeau et un des aînés Weasley, face à lui, appuyé contre le rebord de la fenêtre, bras croisé, qui le toisait méchamment.

- Arthur, qu'est-ce que..., commença une voix sourde.

- Je n'avais pas le choix, Molly. Il était devant la maison, il la fixait. Il savait déjà qu'on était là, il est venu de son plein gré.

Deux rires étrangement familier mais incroyablement mauvais répondirent. Du coin de l'œil, Drago vit les jumeaux Weasley le contourner et se planter de part et d'autre de leur père. Leurs sourires avaient quelque chose de la colère contenue d'Arthur Weasley.

- Tiens, fit l'un d'entre eux. Une vieille connaissance.

- Que veux-tu, Fred, les fouines traînent toujours là où on les attend le moins.

Drago se contenta de les fixer en ignorant la boule grandissant dans sa gorge.

D'un part parce qu'elle n'était pas là. Il le savait.

D'une autre part parce qu'il commençait sérieusement à se demander si c'était une bonne idée. Il n'avait jamais détesté les jumeaux. C'était d'ailleurs peut-être les seuls Weasley qu'il considérait. Ils étaient drôles, un peu idiots mais paradoxalement, incroyablement intelligents et créatifs en matière de bêtises.

C'était définitivement déroutant de voir deux figures sorties de son enfance le fixer avec haine.

Les deux dernières personnes présentent dans la pièce vinrent enfin se placer devant lui. Sans l'avoir jamais croisée de sa vie, il reconnut Mrs Weasley. Aussi pathétique que son mari, elle avait les mêmes yeux que Ron.

Il reconnut son dernier adversaire avec un froncement de sourcil. Quatre ans avaient passé depuis leur dernière rencontre et ces quatre années se lisaient sans mal sur le visage de son ancien professeur. Rémus Lupin semblait plus que jamais usé, vieux. Mais quelque chose de nouveau brillait au fond de ses yeux.

La troisième année. C'était l'année où elle l'avait frappé.

Le souvenir lui tira un rictus.

- Ça te fait rire, Malefoy ? demanda l'un des jumeaux.

Il ne répondit toujours pas, soutenant les regards fixés sur lui. S'il y avait une chose qu'il savait faire, c'était être effroyablement insolent. Tenir tête.

- Pourquoi tu es là ? reprit Rémus, sourcils froncés. Et surtout comment savais-tu que nous étions là ?

Peut-être parce qu'il y avait moins d'hostilité dans sa voix que dans celle des autres, peut-être parce qu'il devait maintenant peser ses mots, Drago répondit plus calmement :

- Yaxley savait que vous étiez là.

- Comment ? coupa l'un des aînés Weasley dont il ne connaissait pas le prénom.

Il se tenait toujours en face de lui, contre la vitre, bras croisés et le toisait sévèrement. Drago respira et serra la mâchoire avant de poursuivre :

- À cause de Potter, Weasley et Granger. Je n'en sais pas plus, c'est simplement ce que Yaxley m'a dit.

Il valait mieux pour lui que le trio explique comment Yaxley pouvait être au courant de l'emplacement. Il évitait les ennuis, de donner une version fausse et de se décrédibiliser encore plus.

Il espérait simplement qu'il n'y avait ici aucun Legilimens doué parce qu'ils allaient sinon vite découvrir que ce n'était pas Yaxley qui lui avait dit ça mais Hermione. Et l'idée ne lui plaisait pas du tout. Il était bon Occlumens mais il avait ses limites.

Heureusement, personne ne réagit à ce mensonge.

- De ce que j'ai compris, Granger a réussi à bloquer quelque chose chez Yaxley, grâce à la Legilimencie. Elle a bloqué quelque chose dans son esprit, ce qui faisait qu'il n'avait que des souvenirs flous. Mais le Seigneur des Ténèbres a découvert que Yaxley savait quelque chose sur votre quartier général. Il a envoyé quelqu'un le chercher mais je suis arrivé avant. J'ai remis des barrières mais moins puissantes.

- Ça c'est adorable, commenta George. Mais dis-moi, pourquoi tu aurais fait ça ?

- Je veux vous aider.

Personne ne le croyait. C'était normal mais le résultat restait le même.

Il était là, risquant sa vie, devant eux, et personne ne le croyait.

- Je ne serais pas venu ici sans bonne raison, poursuivit Drago en essayant de les convaincre. Simplement, je viens pour informer que les Mangemorts seront là dans trois jours. Mes barrières ne sont pas très puissantes, je ne suis pas un très bon Legilimens. Il faut absolument me croire.

- Tu nous excuseras, interrompit Fred d'un ton sarcastique, si on a un peu de mal à te faire confiance.

Mais Drago ne le regardait plus. Il fixait les yeux d'Arthur Weasley qui cherchaient ceux de son fils, Bill. Celui-ci se tenait toujours en retrait, mais son regard aussi s'était rembruni.

C'était sa première victoire, il avait semé le doute.

Mrs Weasley se contentait de le fixer avec dégoût, Rémus avait le visage fermé, comme toujours, et il ne savait pas quoi conclure de son expression.

Un petit silence s'installa. Arthur allait reprendre la parole quand des éclats de voix retentirent derrière la porte. Il y eu une seconde de battement, Drago tourna la tête, puis, deux personnes entrèrent.

Hermione arrivait enfin, riant avec Tonks.

Il se figea en l'apercevant, sentant presque la claque de leur dernière entrevue et la détresse avec laquelle elle l'avait serrée. Et le regard qui tomba dans le sien lui apprit qu'elle non plus n'avait pas oublié.

- Qu'est-ce qu'il fiches là, hein ?

C'était Tonks qui avait parlé, Hermione s'était tue, son sourire était tombé comme un voile et ses yeux évitaient sa présence.

Il cherchait son regard mais il n'eut pas le temps de faire plus. La métamorphomage avait avalé la distance entre elle et lui en quelques secondes et il sentit la douleur d'une baguette plantée dans le haut de sa gorge. Les yeux aujourd'hui verts de Tonks le transperçaient du regard. Il ne savait pas ce qu'il avait fait mais il sentait clairement toute la colère qui l'impreignait.

- Je suis curieuse de savoir ce que tu fais-là.

Derrière elle et ses mèches roses, Drago distinguait Rémus qui s'était approché, inquiet, une main sur l'épaule de Tonks.

- Il est venu nous prévenir que les Mangemorts seront là bientôt, apparement, ils ont trouvé où nous étions, répondit-il.

- Parfait, je pourrais m'occuper de celui qui a tué mon père. Ted Tonks, ça te dit quelque chose ?

Ce visage furieux penché vers lui rappela autre chose à Drago, de complètement incongrue. Comme ça, menaçante et en colère, Tonks ressemblait à Bellatrix. C'était dans le reflet de ses yeux, dans le rictus qui déformait sa bouche.

Un instant, Drago crut voir sa tante et il sentit son cœur s'arrêter avant de repartir.

Mais la femme devant lui n'était pas aussi folle. Elle ne lui ressemblait pas, ce n'était pas possible.

- Ça ne te dit rien ? cracha-t-elle.

Rémus réagit à ce moment-là. Il attrapa le poignet de Tonks, la forçant à relâcher la pression de sa baguette sur la gorge de Drago. Ce dernier déglutit difficilement, refusant de lâcher la jeune femme du regard.

- On devrait sortir, Tonks, dit Rémus.

- Lâche-moi.

- S'il te plaît, insista-t-il.

En même temps qu'il disait cela, il la lâcha. Tonks ne menaça pas de nouveau Drago. Elle se contenta de lui faire passer par ses yeux tout le dégoût, toute la douleur qu'il lui inspirait. Puis, elle se releva, tête haute, et mit sa main dans celle de Rémus qui l'entraîna vers la porte.

C'est en tournant la tête pour les suivre du regard que Drago s'en rendit compte.

Elle avait disparu.

Il y eu comme un goût d'échec sur sa langue. Elle était si proche, à portée de main, à portée de regard. Mais elle s'était enfuie. Au moins savait-elle qu'il était là.

- On n'a plus le temps pour ses mensonges, commenta Bill, toujours appuyé contre la fenêtre. Les autres vont bientôt rentrer. Il faut libérer le salon pour la réunion de retour sur leurs missions.

- Je sais bien.

Arthur se releva et soupira. Là, il ressemblait plus à l'homme que Drago connaissait. Celui sans ambition mais dévoué à sa cause, ridicule mais prêt à se sacrifier. Tout ce que son propre père n'avait jamais été.

- On fait quoi alors ? demanda l'un des jumeaux.

- On l'emmène, trancha Bill. Les sous-sols sont protégés par des siècles de magie. Il n'a qu'à y rester le temps qu'on décide ce qu'on fera de lui.

La phrase déplut grandement à Drago mais il conserva un visage lisse. Hors de question que la peur, le doute, la vérité et tant d'autres choses transparaissent sur son visage.

- Une nuit au frais, ça lui rafraîchira l'esprit.

- Je n'aurais pas dit mieux, George.

Arthur Weasley soupira une deuxième fois avant d'entourer les épaules de sa femme d'un de ses bras. Puis, il l'entraîna avec lui tandis que Bill détachait les pieds de Drago de ceux de la chaise, d'un sort. Il l'attrapa ensuite par le bas, plutôt le lui broya, en le forçant brutalement à se relever.

- Vous devez me croire, insista Drago alors que Bill l'entraînait sans ménagement. Qu'est-ce que ça vous coûte d'évacuer le quartier une seule journée ? S'ils attaquent, vous saurez que j'avais raison, sinon, vous saurez que j'avais menti et vous m'avez déjà sous la main pour vous venger.

- Je ne t'écoute pas, répondit Bill d'un ton implacable.

Ce fut à cet instant que Drago imagina une seconde que tout ça échoue, qu'il échoue à les convaincre.

Il essayait désespérément de bien faire les choses. Mais dix-sept ans avec les mauvaises idées dans la tête, ça ne s'en va pas comme ça.

Et il avait l'impression que plus il se débattait pour démêler le vrai du faux, plus il s'enfonçait. Non, plus on l'enfonçait. Personne ne voulait le croire, personne ne voulait l'écouter. Ça servait à quoi les bonnes actions si on ne se rachetait pas comme ça ?


Le sous-sol du douze Square Grimmaurd était terriblement froid. Drago sentait une sorte de souffle contre son échine, et toute sensation avait quitté ses doigts. Pourtant, c'était le dernier de ses problèmes.

Il avait finit de se débattre, il ne bougeait plus, le dos courbé et la tête en avant, le menton contre ses clavicules. Les liens sur ses chevilles et ses poignets qui l'entravaient à une chaise lui empêchait de toute façon la plupart des mouvements. Parfois, il frissonnait mais la plupart du temps, il était surtout perdu dans ses ruminations intérieures.

Plusieurs heures étaient passées, personne n'était venu, et à travers la minuscule fenêtre, il avait vu le jour décliner petit à petit, puis, la nuit manger chaque centimètre de sa cellule.

Soudain, la lourde porte grinça. Un bruit de pas, la porte claqua de nouveau. Il refusa le moindre mouvement. Il n'allait pas faire un effort pour ceux qui n'en faisait pas, ceux qui ne voyait même pas qu'il risquait sa vie pour les leurs - enfin pour une en particulier.

- Malefoy.

La voix relança son cœur éteint, beaucoup trop vite. Dans un effort, il releva son cou endolori et croisa son regard.

Elle tira une chaise et l'installa devant lui avant de s'asseoir calmement. Curieusement, elle n'était plus en colère, elle ne lançait pas de reproches. Elle avait juste l'air usée.

- Ils m'ont raconté ce que tu fais là et pourquoi. Je me doute que tu as menti aux autres, mais vas-tu me mentir aussi ?

Il leva un sourcil.

- Pourquoi ma réponse serait-elle différente avec toi ?

- Tu m'es redevable.

- Plus depuis que je t'ai soignée, plus depuis que je suis ici, risquant ma vie pour les vôtres, répondit-il amèrement, détestant le ton que prenait cette conversation.

- Bien. Alors je te pose la question, que fais-tu ici Drago Malefoy ?

La question le frappa presque. On aurait dit une étrangère.

- Pas avec moi, Granger.

- Pourquoi ma réaction sera-t-elle différente avec toi ? demanda-t-elle en reprenant sa propre formulation.

- Tu sais.

Elle eut une hésitation, puis, avisa qu'elle était sur une chaise et lui attaché :

- Parce qu'on est amis ?

A ces mots, il éclata d'un rire dur, le même qu'elle lui connaissait autrefois, celui qui résonnait contre les murs du cachot. Il avait le visage déformé par le dédain.

- Allons, soyons honnêtes, on a vraiment été amis ? On s'est raconté au coin du feu nos peurs, nos joies, nos désirs et nos chagrins ? On s'est soutenu, épaulé, on s'est prouvé qu'on tenait à l'autre ? Non. On s'est simplement servi chacun de l'autre.

- Et c'est ce que tu fais encore ? Tu te sers de moi ?

Son sourire moqueur disparut à ce moment-là et il ferma de nouveau son visage. Il avait l'impression de se retrouver face à elle le premier jour où ils s'étaient revus, pendant cette conversation ping-pong où chaque réponse offrait une question.

Ils en étaient là maintenant ?

- Je t'ai dis que ma version ne serai pas différente de celle que j'ai servi aux autres. Le monde ne tourne pas autour de toi, je suis ici pour vous prévenir que les Mangemorts seront là dans trois jours, siffla-t-il de sa voix froide. Deux, je pense qu'on a passé minuit.

Hermione savait qu'elle venait de toucher à la colère, plus l'agacement. Quand il se renfermait, rendait ses mots tranchants et son ton dangereux. Mais elle était trop fatiguée pour se battre, trop déçue.

Alors elle se releva lentement et rangea sa chaise contre le mur.

- Tu sais, rectifia-t-elle, il y a quelque chose de faux. On s'est prouvé qu'on tenait l'un à l'autre. Je t'ai soigné, je t'ai fait confiance. Et toi encore plus. Tu m'as envoyé la localisation d'Harry et Ron, tu as tenté d'arrêter Bellatrix, tu es venu me soigner, tu as essayé de me donner des explications cachées. Alors si quelqu'un ici est ami avec l'autre, c'est toi.

Pour la première fois, elle avait faux dans son raisonnement. Enfin, pas tout à fait, le fond était juste, la conclusion était à mille lieux de la vérité.

- Ça s'appelle se sentir coupable, pas être amis, répliqua-t-il d'un ton glacé.

Hermione le toisa, puis, haussa les épaules. Elle n'avait plus l'énergie nécessaire. Réussir à admettre que Luna n'était pas morte à cause de lui lui avait demandé de pardonner, de commencer à guérir sa plaie.

Elle n'était pas prête pour ses accusations quand elle venait d'effacer les siennes, pas assez forte pour toute cette colère. Alors elle retourna vers la porte.

Chaque pas énerva Drago un peu plus. Il ne voulait pas qu'elle s'en aille, juste qu'elle tente de le croire. De lire que ses intentions était louables et que seule la vérité débordait sur ses lèvres.

- C'est trop dur de me croire ? Parce qu'une fois je n'ai dit qu'une parcelle de vérité, je mens à chaque fois ? Parce que je ne veux pas être ton ami ?

- Tu ne seras jamais quelqu'un de bien, Drago Malefoy. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu as trop de rage en toi.

Elle ne se rendait pas compte de la portée de ses paroles, pas compte qu'elle lui infligeait la première blessure d'une longue série.

Son ton était incroyablement calme. Et ses yeux, Merlin ses yeux. Drago aurait donné tout ce qu'il possédait pour ne pas qu'ils débordent de déception comme ça. Il les préférait même quand ils lui reprochaient ouvertement ce qu'il était, mais pas ces pupilles blessées.

Pourtant, il ne dit rien, mâchoire crispée. Et elle partit en fermant la porte aussi doucement qu'elle avait parlé, et c'était mille fois pire que si elle avait crié.


Drago ne sentait plus ses doigts. Peut-être était-ce à cause du froid ambiant, ou à cause des liens qui enserrait ses poignets. La morsure du froid lui ravageait le moindre centimètre carré de sa peau.

En tournant sa nuque meurtrie, il remarqua à travers la petit fenêtre que le jour venait de se lever. Une lumière timide se frayait un chemin sur les murs de la cave. Il n'entendait rien d'au-dehors, rien qui puisse lui assurer qu'il y avait de la vie à l'extérieur.

Il avait passé une partie de la nuit à ruminer la visite d'Hermione. Tantôt à la haïr, tantôt à espérer qu'elle revienne. Bien-sûr, elle n'était jamais réapparue. Il avait au moins la certitude qu'elle ne le tenait plus pour responsable ou du moins unique responsable dans la mort de Luna.

L'autre partie de la nuit, il avait pris peur et avait tenté de s'échapper. Les liens sur ses poignets et ses chevilles n'avaient pas bougé du moindre centimètre et il s'était laissé un moment allé au désespoir, puis à la colère. Il s'était finalement endormi jusqu'à ce que ses propres tremblements ne le réveillent.

Soudain, des pas résonnèrent de l'autre côté de la porte. Il redressa la tête, le regard aussi froid que la pièce. A mesure que les bruits se rapprochaient, il distinguait des voix. Puis, il y eu le bruit d'un verrou. Et d'un coup, la lumière.

- Il fait sombre là-dedans, lança une voix qu'il reconnut immédiatement.

Elle avait de nouveau des accents de candeur. Les yeux plissés, il se concentra à nouveau sur le visage de Nymphadora Tonks. Comment avait-il pu trouver des ressemblances entre elle et sa tante ? Elles n'avaient rien en commun. Seulement, cette haine qu'il avait vu hier sur ces traits ressemblait tellement à celle qui rongeait en permanence le visage de Bellatrix.

Cela n'empêcha pas Tonks de lui jeter un regard hautain en fronçant son nez. A sa suite entrèrent Arthur et Bill Weasley ainsi que Dedalus Diggle, un petit sorcier habillé tout en violet que Drago n'avait jamais beaucoup aimé mais toujours beaucoup méprisé.

- Ne perdons pas de temps, s'exclama Arthur. Nous avons tous des choses plus importantes à faire qu'être ici.

Ravi de l'intérêt qu'on lui portait, Drago éleva un sourcil insolent à son égard.

- Nous allons vérifier tes dires, explique Mr Weasley. Bill a du véritasérum, bois-le et nous t'interrogerons ensuite.

Le visage fermé, Bill s'avança, une fiole à la main. L'idée ne plaisait pas du tout au Serpentard même s'il s'était préparé à cette éventualité. Il reconnut tout de même que le liquide était incolore et avait de grandes chances d'être effectivement du véritasérum.

- Je peux boire tout seul, grinça Drago en regardant Bill s'approcher.

- Bien essayé, Malefoy. Mais c'est hors de question.

Derrière lui, un soupir se fit entendre.

- Allez Bill, détache-le, insista Diggle.

Drago revint sur ses propos et se trouva soudain bien plus disposé à accorder du crédit au petit sorcier mauve.

- Minerva a raison quand elle dit que tu devrais être plus prudent, sermonna Mr Weasley d'un ton bourru.

- Au diable Minerva, que veux-tu qu'il nous fasse ? C'est un gamin et nous sommes tous les quatre armés. Détache au moins ses poignets.

Les deux Weasley se jetèrent un regard incertain, puis, capitulèrent.

- Je te défais tes liens pour boire, je les rattache ensuite, prévint Arthur en agitant sa baguette.

Drago ne dit rien, se contentant de serrer les dents. Sa peau était tellement endolorie qu'il ne sentit pas les liens disparaître. Il ramena doucement ses mains de son dos à devant lui, faisant craquer l'une de ses épaules. Il était resté tant de temps les bras tirés sur le dossier de la chaise qui ne sentait plus vraiment ses articulations.

Bill lui tendit la potion. Elle n'avait aucune odeur. Il pria pour qu'ils ne soient pas assez bêtes pour l'empoisonner et avala le contenu de la fiole sans plus se poser de question.

Il savait pertinemment qu'il n'avait pas le niveau pour quand même mentir et ce n'était de toute manière pas dans son intérêt. Mais son esprit était assez entraîné pour qu'il soit capable de taire certaines vérités qui ne gagneraient rien à être dévoilées. C'était le moment de savoir si les cours d'Occlumancie ravageurs de Bellatrix étaient utiles.

Bill remit le flacon dans sa poche en s'écartant. Diggle et Nymphadora se tenaient dans l'encadrement de la porte, baguette à la main. Arthur tenait la sienne mais Bill croisait simplement les mains en le toisant.

Drago se redressa pour s'imposer un peu et il sentit qu'un lien enserrait à nouveau ses poignets, cette fois devant lui. Ses épaules endolories pourraient se reposer.

- Bon, commençons, intervint Tonks, sinon on va y passer la nuit. Comment t'appelles-tu ?

- Drago Malefoy.

Il détestait cette force qui le poussait à répondre spontanément, sans avoir le temps de maîtriser son ton. C'était si facile de se laisser aller à tout dire.

- À quoi ressemble ton patronus ?

- Je n'en ai jamais créé.

La vérité lui arracha une grimace en même temps que Tonks et Bill affichaient un petit sourire.

- Bien, tu n'es déjà pas un imposteur, résuma Arthur en faisant quelques pas. Maintenant, comment nous as-tu trouvé ?

- J'ai forcé Yaxley à me révéler où vous étiez.

Il marchait en terrain miné, maintenant, il fallait faire attention aux prochains mots qui allaient sortir de sa bouche. Il était un bon Occlumens, il le savait. C'était le moment de le prouver.

- Comment Yaxley le savait ? poursuivit Arthur.

- Par une maladresse de Potter, Weasley et Granger.

- Sais-tu quelle maladresse ?

Drago réfléchit à toute vitesse. Hermione lui avait expliqué qu'en revenant de leur escapade au Ministère qui avait fait tant de bruit, Yaxley s'était accrochée à elle lors du transplanage. Il n'avait d'autre choix que de répondre la vérité :

- Oui.

- Laquelle ?

- Un transplanage.

Il avait encore la sensation désagréable de fourmis sur sa langue. Il détestait ça.

Sa réponse fit relever la tête de chacun de ses interrogateurs qui se dévisagèrent, circonspects, avant d'hocher la tête.

- Ils nous ont dit la même chose, confirma Bill. Tu ne mens donc pas.

Drago faillit lui faire remarquer qu'il lui était difficile de mentir après ce qu'ils lui avaient fait avaler, mais il se retint.

- Maintenant, pourquoi tu es là ? lança Tonks qui en avait visiblement marre d'attendre.

Pour Hermione. Mais c'était la version officieuse. Il bloqua son esprit aux souvenirs avec elle, ne pensa qu'à sa volonté de venir ici les prévenir, pas aux raisons qui l'y avaient conduit.

- Je voulais vous prévenir d'une attaque. Je ne suis pas le seul à avoir découvert que Yaxley savait, le Lord le sait et ne tardera pas à arriver.

- Pourquoi nous prévenir ? renchérit Bill.

- Pour ne pas qu'un malheur arrive.

Pour ne pas qu'il ne lui arrive un malheur.

- Et pourquoi voudrais-tu que rien ne nous arrive ? poursuivit l'aîné des Weasley qui le détaillait d'un œil mauvais.

Malgré l'éclat dans ses yeux, Bill était le seul d'entre eux qui ne le regardait pas en aillant des reproches personnelles à lui faire. Diggle avait quelques raisons de haïr les Malefoy, Arthur Weasley des centaines, et Tonks aussi apparement. Mais Bill, il ne le méprisait que pour l'ignoble cicatrice qui dévorait son bras.

Drago ne savait pas encore si ça lui était favorable ou non.

- Je ne veux pas qu'il y ai des blessés.

C'était vrai seulement dans la mesure où elle faisait parti des blessés. Est-ce qu'il n'était pas complètement fou d'être là après tout ? Mais depuis ce sentiment qu'il avait découvert en lui, Drago ne se sentait de toute manière plus vraiment maître ni de ses pensées, ni de ses actes.

- Tu es un Mangemort, Malefoy, n'est-ce pas ? poursuivit Bill.

Il pensa à la marque sur son bras.

- Oui.

Il pensa à l'absurdité selon laquelle les nés-moldu ne méritaient pas la magie. Il se souvint avec quelle force il y croyait, il constata comme à présent cette conviction sonnait fausse.

- Non, articula-t-il finalement.

Quatre visages surpris se tournèrent vers lui. Les cheveux de Tonks viraient au vert et Bill avait, pour la première fois, l'air décontenancé.

- Es-tu un Mangemort ? reprit Arthur Weasley en se penchant vers lui.

- Oui. Oui, si un Mangemort torture, a une marque sur le bras et sert Voldemort. Non, si un Mangemort est un tyran qui tue par plaisir, est convaincu de la suprématie des Sangs.

Sa langue le brûlait, il pouvait presque sentir le véritaseum s'agiter dans ses veines. Ce n'était pas faux, mais pas totalement vrai. Il avait omis une partie de la vérité seulement.

Cela eut le mérite de faire repartir les messes basses entre ses quatre interrogateurs. Il commençait à trouver détestable la tendance de l'Ordre à tout mettre en commun au moindre mot. Mais il se contenta de serrer les dents et de se tenir droit. Un Cognard tapait contre sa tête.

Ils parurent enfin se mettre d'accord et Arthur hocha solennellement la tête avant de se tourner à nouveau vers lui :

- Tes propos sont discutables. On sait que tu ne mens pas mais comment savoir si tu n'utilises pas l'Occlumencie ou que tu es assez entraîné pour fermer une partie de ton esprit ?

Drago ne bougea pas, se contentant de le fixer avec un semblant d'arrogance tandis que Mr Weasley continuait :

- Nous voulons bien t'accorder un peu de crédit. Nous allons soumettre ton alerte au reste de l'Ordre. En attendant, il va falloir que tu coopères.

Drago eut presque, presque, envie de lui dire « Merci ». Elle avait une toute petite chance, maintenant, une chance infime de survivre qui ne tenait qu'à lui. Il allait devoir essayer de ravaler un tant soit peu cet orgueil dévorant pour la sauver.

Cet étrange constat lui déchirait la gorge. Premièrement parce qu'il n'était pas sûr d'arriver, pas sûr de convaincre l'Ordre. Deuxièmement parce que malgré tous ses efforts, elle le détestait toujours.

- Il va nous falloir des informations, continua Arthur sans remarquer l'ombre dans les yeux du Serpentard. Par exemple, le nombre de Mangemort exact, leurs forces, leurs faiblesses.

- Le plan exact du Manoir, rajouta Tonks.

Ils les détestaient.

Il était à leur merci, pieds et poings liés. Comme si ça ne suffisait pas qu'il joue sa vie pour les avertir, ils comptaient encore lui soutirer des informations. Le pire, c'était qu'il savait qu'il les donnerait.

Il n'avait pas le choix. Il ne devait s'en prendre qu'à lui pour s'être jeté dans la gueule du loup. Mais ils les détestaient quand même, eux, avec leurs airs triomphants, convaincus de faire le bien. Il détestait qu'ils aient peut-être raison, que ce soit peut-être lui qui avait toujours eu tort.

Alors de mauvaise grâce, il s'abandonna à la demande du véritaserum et laissa sa langue sa délier.

Pendant plus de quatre heures, il détailla le profil de chaque partisan qu'il connaissait, ses points forts et ses points faibles. Il raconta comment les Mangemorts procédaient lors des attaques, comment la marque réagissait dans chaque situation, ce qu'il savait des plans de Voldemort. Il n'en savait rien d'ailleurs, et la déception se lut sur leurs visages.

Ce fut la seule véritable victoire de Drago ce matin-là.

Il eut plus de mal à fournir le plan complet de son Manoir. Cette perspective lui arrachait le cœur. Mais malgré tout, il continua d'un ton neutre à expliquer chaque pierre de sa maison. S'il fermait les yeux, il aurait presque pu se retrouver de nouveau au Wiltshire. Même les horribles paons de son père lui manquaient.

Quand il eut la gorge sèche, les joues creuses et un mal de tête retentissant, enfin, il put s'arrêter. Il était midi, il était sincère. Il était midi, il ne mentait pas et il avait le droit au moins de monter pour manger.

Tonks délia ses liens aux chevilles au bout de deux essais et Arthur lui empoigna le bras pour le faire se relever. Docile, Drago se laissa faire et les suivit le long d'un escalier sombre et étroit, observé par quatre paires d'yeux attentives.

Enfin, ils arrivèrent dans la salle à manger. Ce n'était plus la pièce d'hier où Drago avait été ligoté à une chaise. C'était un lieu de vie baigné dans la lumière.

Le feu crépitait dans l'âtre, des dizaines de personnes parlaient, mangeaient en se bousculant. Drago sentit la chaleur lui caresser le bout de ses doigts glacés.

- Assieds-toi, ordonna Arthur Weasley.

Dans un regard noir, Drago s'exécuta, se laissant tomber sur le banc. Il était à proprement parler exténué. Sa nuit avait été courte car les rayons du soleil tombaient directement sur son visage et il avait été réveillé à l'aube. Et puis le souvenir du passage d'Hermione tournait en boucle dans sa tête, son ton triste, et surtout sa dernière phrase. La rage l'avait longtemps maintenu les yeux ouverts dans le froid du sous-sol.

- Je vais chercher à manger.

Drago ne prit même pas la peine d'hocher la tête quand Arthur disparut de son champ de vison.

Devant lui s'étendait une longue table parsemée d'assiettes à peine entamées, et de parchemins sur lesquels étaient dessinés des plans dont la plupart ne verraient jamais le jour. Quelques personnes étaient assis sur les bancs au bord de la table, mais la plupart entraient, disaient un mot et ressortaient, si bien que la porte ne cessait de claquer.

Il remarqua tout de même avec un certain soulagement que plus personne ne faisait attention à lui. Le feu dans l'âtre commençait timidement à s'élever et il se surprit à aimer le brouhaha lent des conversations.

- Tiens, dit Arthur en revenant s'asseoir à côté de lui, une assiette à la main. Mange, et nous parlerons après.

D'un coup de baguette, les liens de Drago disparurent et il fit lentement craquer ses poignets tout en les massant. L'homme en face de lui avait un air sérieux qu'il lui avait rarement vu, pas le moins intimidé du monde. Avec un sourire mauvais, Drago réalisa que ce c'était pas lui qu'Arthur voyait, mais son père. Si seulement on pouvait arrêter de le confondre avec lui.

D'une main engourdie, il attrapa un morceau de pain qu'il déchira de ses dents. Mâcher lui apparut comme une sensation nouvelle et il se rendit alors compte à quel point son ventre criait.

Apparement satisfait de le voir manger, Arthur s'appuya sur ses cuisses pour se relever, et s'éloigna vers le fond de la salle rejoindre un sorcier que Drago reconnu vaguement comme Kingsley Shacklebolt.

Après avoir avalé voracement le pain, il s'attaqua aux œufs brouillés, qu'il eut plus de mal à avaler. Ce n'était pas qu'ils étaient mauvais, c'était parce qu'il se rappelait soudain qu'il n'en avait plus mangé depuis le passage d'Hermione dans sa vie. Il se força cependant à finir avec application.

Ce fut seulement quand le calme revint dans son estomac qu'il s'aperçut qu'une conversation à quelques mètres de lui était assez distincte. Il continua donc de s'attaquer à son assiette, les oreilles attentives.

- Ça dépend tout à faire du contexte, répliqua Charlie Weasley, visiblement agacé. Si ça échoue c'est tous les enfants qui mourront et nous ne pouvons absolument pas nous permettre ça.

- Ça marchera, répéta Hestia Jones avec calme, la simulation est correcte.

- Ça ne suffit pas correct, trancha le troisième sorcier.

En relevant légèrement la tête, Drago reconnu un Weasley - encore - qui se trouvait être Bill cette fois-ci. Son ton assez catégorique eu raison de l'entêtement de la sorcière qui ramassa ses plans dans un soupir et parti à la recherche de quelqu'un qui l'écouterait.

Les deux frères étaient maintenant dos à lui et aucun n'eu la brève idée de se retourner.

- Et à propos de ce que tu me disais, avant qu'elle vienne nous exposer son plan à deux noises ? demanda Charlie.

- Ah oui. Alors elle m'a dit ça pendant son séjour à la Chaumière. Je crois plutôt que ça lui a échappé, alors je lui ai redemandé hier.

Charlie hocha la tête tout en fronçant les sourcils et Drago eu l'intuition qu'il avait très bien fait d'écouter les deux frères.

- Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas m'expliquer pourquoi ni comment, poursuivit Bill, mais qu'il n'était pas fondamentalement mauvais. Et que dans sa décision, il devait y avoir une part de rancoeur contre Tu-Sais-Qui, à propos d'une mission qu'il lui avait confié et qu'il a raté.

Le cœur de Drago battait à présent très clairement dans sa poitrine. Parce qu'il savait pertinemment être la seule personne dans cette pièce à qui le Lord ai jamais confié une mission.

Charlie parut encore plus désorienté que lui face à ces révélations.

- C'est impossible. Elle ne lui a pas parlé depuis son arrivée, hier. Comment peut-elle savoir qu'il en veut réellement à Tu-Sais-Qui et qu'il est sincère ?

- Je ne sais pas, répondit Bill qu'il vit hausser les épaules.

Sa respiration se fit très courte quand il comprit qu'on parlait très clairement d'Hermione, seule personne ayant refusé d'être présente hier. Enfin, si, mais il devinait qu'elle n'avait parlé de son escapade nocturne à personne.

Les pièces du puzzle commençaient à s'assembler une à une dans sa tête, tout doucement avec énormément d'appréhension.

Bill l'aida, coupant court à toute théorie, et arrachant la dernière partie inflexible de lui :

- Je sais que c'est bizarre, moi aussi quand Hermione est venue me dire ça, je n'y croyais pas. Mais c'est bien ce qu'elle a dit, qu'une potion qu'il avait raté était le motif de tout ça et que donc il n'était pas fondamentalement de l'autre côté mais du notre.

Drago eut l'impression qu'on venait de lui planter un couteau en plein dans le ventre. Il était tout simplement estomaqué. Le sentiment de trahison glissa en lui comme un poison et la rage de cette nuit revint, plus forte, plus destructrice.

Elle savait. Elle savait que sa potion été fausse, parce qu'il ne le lui avait jamais raconté. Cela devait donc dater de leur séjour dans le Lancashire.

Elle savait et l'avait envoyé dans la gueule du Serpent, sans savoir si c'était la mort au bout.


J'aime beaucoup cette fin même si je ne suis pas totalement satisfaite du résultat du chapitre dans sa globalité. Voir je ne l'aime pas du tout. J'espère au moins que les scènes d'interrogatoires ont paru plausibles.

Review please ;)