Chapitre 8 - Contrôles
Durant cette semaine, Poppy n'avait pu rendre visite à Hermione que trois fois. C'était déjà un petit miracle en soit, prenant en considération les virus commençant à germer dans l'école. La saison était particullièrement humide et le givre prenait les ramparts du château tous les matins.
Hermione était sereine, elle avait enfin le peu de repos qu'elle avait tant voulu depuis un mois et maintenant que Snape était absent, elle profita de ses deux heures précieuses du matin pour dormir un peu et se mettre un peu plus à l'aise dans ses nouveaux appartements.
Chaque après-midi après les classes, elle se rendait naturellement dans la réserve pour noter si des changements avaient eu lieu ou non. Ce n'est que le vendredi qu'elle vit qu'une bouteille entière d'essence d'aconit avait tout simplement fichu le camp.
Chancelante, elle s'était rendue au bureau de la directrice qui était parfaitement au fait des instructions que Snape lui avait laissé.
Minerva avait à présent un air grave et concerné.
Cela ne signifiait qu'une seule chose.
Il y avait un voleur à Poudlard et ce n'était pas Remus.
La Gryffondor ne sut si elle devait être soulagée ou inquiétée davantage pour cet état de fait. Il y avait de nombreuses compositions dans lesquelles ces produits jouaient un rôle mais la liste précédente lui donna des frissons et du fil à retordre pour tenter de rester calme.
Elle tenta avec tout son talent de réfléchir, de ne pas s'en faire et de se dire que s'il y avait un nouveau loup-garou dans l'école, tout le monde aurait déjà été mit au parfum. Les nouvelles allaient vite après tout ?
Cependant personne à part Ron, Harry, les têtes des maison et Poppy n'étaient au courant qu'elle était à présent une néophyte.
Si elle pouvait garder un secret avec autant de ferveur alors quelqu'un d'autre pourrait le faire.
Durant cette soirée de Vendredi, elle hésita tout de même à prendre sa plume et écrire à Snape concernant ce nouveau vol mais deux paramètres entraient en jeu. Le premier et pas des moindres, elle n'avait aucune espèce d'idée quand à l'endroit où il pouvait bien se trouver. La seconde, elle ne voulait pas recevoir une beuglante de sa part avec une demande explicite de faire le guet devant la porte de la réserve. Elle ou quelqu'un d'autre.
Une angoisse ridicule mais si elle devait être totalement honnête avec elle-même, elle apprécierait davantage de passer son temps libre au coin du feu avec un bon vieux livre et son chat sur les genous plutôt que de veiller à des heures indues dans le froid du château.
De toutes façons, il en serait informé dès son retour.
Le Samedi après-midi, elle se força néanmoins à sortir son nez et accompagner ses amis à Pré-Au-Lard.
Harry et Ron essayaient tant bien que mal de faire sourire la jeune femme mais la cause semblait perdue d'avance et même si elle avait accepté cette promenade rafraichissante, elle semblait hésitante et surtout absente, perdue dans ses pensées comme la plupart du temps.
Si au moins ils eûrent réussit à lui arracher un demi sourire, ce dernier s'estompa net lorsqu'ils entrèrent dans leur troquet habituel, constantant la présence de Neville et Draco assis à une même table et semblait s'entendre comme deux vieux de la vieille.
L'expression de mépris sur le visage de la néophyte se métamorphosa en quelque chose d'indéchiffrable.
Ron était sceptique et Harry médusé.
-" Et si on leur demandait de se joindre à eux ?" Demanda Hermione avec malice.
Les deux compères la regardèrent comme si sa coiffe était affublée de serpents.
-" Non mais t'es dingue ?" Beugla Ron.
-" Faîtes ce que vous voulez, moi j'y vais !" Planta-t-elle immédiatement.
Les deux jeunes hommes restèrent coi avant de tourner les talons et murmurer de drôles de paroles.
-" Salut." Dit-elle simplement, tirant une des deux chaises libres. Quitte à choisir, elle avait au moins décidé d'être à côté de Londubat et face à Malfoy. Toujours garder les gens dont on se méfie dans sa ligne de mire.
-" Hé Hermione !" Gratifia Neville avec un large sourire. Elle lui rendit un incliement de tête avant de saluer Draco de la même façon.
-" Granger... Tu... Tu veux te joindre à nous ?" Proposa le blond.
Hermione pencha sa tête sur le côté, mimant la considération d'une offre aussi généreuse de sa part.
-" Ma foi oui, cela pourrait être intéressant." Rit-elle diaboliquement intérieurement.
-" Tu veux une bièraubeurre ? C'est moi qui offre." Demanda Londubat déjà avec trois pintes vides alignées devant lui.
-" Volontiers." Elle posa son écharpe et sa grosse veste sur la dernière chaise libre.
-" Rosemerta, encore trois autres s'il-te-plaît !" Fit-il alors le bras en l'air.
L'air entendu de la gérante lui garantit aussitôt une expédition nette des boissons.
-" Alors où sont Harry et Ron ?" Demanda Neville en prenant attention de ne pas mettre de mousse partout autour de sa bouche.
-" Oh bien en fait ils ont décidé qu'ils n'avaient pas soif." Répondit Hermione un peu piquée au vif. A cet instant, elle vit le regard que Draco lui portait. C'était étrange et en même temps jamais il n'avait osé la darder de cette façon. Peut-être que son petit manège était tout simplement évident.
Hermione Granger était devenue une commère ?
Sornettes.
-" C'est une honte, on ne se voit plus comme avant." Se plaint alors le Gryffondor.
-" Peut-être que ma présence les intimide." Pouffa Draco en prenant la première gorgée de sa nouvelle bière, le regard toujours aussi appuyé dans les yeux d'Hermione.
Elle ne se priva pas de le soutenir en l'imitant et dégustant sa première bière depuis... Elle ne savait même plus.
Le goût doux amer et les saveurs épicées automnales lui revinrent en bouche. Cette crème au-dessus avec un soupçon de potiron était simplement à tomber. Les notes de cannelle dans les bulles revigorèrent son palais. On pouvait dire ce qu'on voulait, Rosemerta avait le don de savoir brasser des cuvées exceptionnelles.
-" Oh mon dieu..." Laissa échapper la jeune femme en se lapant les lèvres. " Je dois admettre qu'il faut dire que nous n'avons jamais eu de relations faciles Malfoy."
Il se contenta de sourire en coin alors que Neville commença à avoir la tronche en biais.
-" Oh non s'il-vous-plaît, pas cette vieille rengaine." Se lamenta-t-il, avec un ton trahissant un début d'ébriété.
-" Non, elle a raison. J'ai été un con." Admit le Serpentard.
Hermione manqua de s'étouffer et recracher sa boisson par le nez et cela accentua le sourire étrange du jeune homme.
-" Et ?" Encouragea-t-elle tout en calmant sa toux et tapant du poing sur sa poitrine.
-" Et quoi ? Je suis désolé ?" Demanda-t-il.
Elle fronça les sourcils.
-" Oh c'est pas vrai c'est reparti." Bougonna Neville en aparté.
-" Si tu ne le penses pas alors ce n'est pas la peine d'en venir aux hypothèses."
-" Qu'est-ce qui te fait penser que je ne le pense pas ?"
-" Peut-être une question d'habitude, ou parce que les gens ne changent réellement jamais."
-" Oh mais attends, TU oses me dire ça ? Tu ne vois donc pas que j'ai fait un effort en t'invitant à notre table ? Même si tu t'es installée toute seule…"
-" Question de politesse parce que tu savais très bien que Neville allait me demander de venir."
-" Mais je n'en savais rien et j'ai proposé quand même. Granger, reviens sur Terre. J'essaie de…."
-" Ah ouais, comment, en faisant du charme à Hagrid et à Neville ? Tu es seul à ce point-là ?"
-" C'est très vexant ce que tu dis." Le blond se tourna pour jauger la réaction du concerné mais il avait déjà disparu et emporté ses affaires sans que personne ne le remarque.
Hermione rougit, honteuse d'avoir provoqué ce vacarme et se sentit tout à coup désolée d'avoir créé une scène, surtout d'avoir fait décamper ce doux Neville.
Draco soupira, se massant la tempe et prit une longue inspiration. Il se mordait les lèvres avec une espèce de rage qu'il tentait de canaliser.
La jeune femme tenta de se calmer devant ce tableau. Elle souffla également pour reprendre contenance.
-" Excuse-moi, je ne voulais pas..." Balbutia-t-elle.
-" Non ce... Ce n'est rien, je comprends... Et sache que je regrette." Il se leva à son tour et fouilla ses poches, laissant un généreux pourboire à l'auberge sur le petit réceptacle en argent au centre de la table. " Quand tu seras prête, alors on pourra discuter." Murmura-t-il passant tout près d'elle.
Un frisson se déchargea de la colonne vertébrale d'Hermione qui pourtant ne se retourna pas et garda le menton fier jusqu'à entendre les clochettes de la porte tinter. Elle était à présent seule avec un remord insoutenable.
Le dimanche soir Minerva à son bureau et faisant les cent pas n'attendait certainement pas à ce que sa porte soit ouverte avec fracas.
La vieille femme sursauta en ayant le réflexe ultime de se parer de sa baguette, retenant de justesse ses lunettes sur le bout de son nez.
Elle soupira d'exaspération lorsqu'elle vit la silhouette de Severus se diriger droit sur elle en une démarche rapide et menaçante.
Dans sa main, il tenait un parchemin.
-" Quand est-ce que tu comptais m'annoncer ceci ?" Beugla-t-il en se pointant droit devant elle comme un piquet.
-" Ce n'est pas une façon de rentrer chez les gens, ce bureau était peut-être le tien l'année dernière mais plus aujourd'hui !" Lui hurla-t-elle dessus en rangeant son outil. Elle était essoufflée et en train de transpirer comme un bœuf.
-" Excuse-moi mais je ne voyais pas comment entrer ici sans contenir ma rage, cela aurait été étrange de faire tant de courbettes pour au final ceci !" Dit-il en serrant le papier dans sa poigne devant le visage de la directrice.
-" Qu'est-ce que c'est que ça, donne-moi ça." Dit-elle en arrachant le parchemin de ses mains.
Après un regard douteux, McGonagall approcha la missive de ses lunettes, pour mieux tenter de déchiffrer ce papier aux nombreuses annotations. C'était un récapitulatif du matériel de potions et dans la marge, à l'encre rouge il y avait une annotation : Manque une bouteille d'essence d'aconit.
-" Oui mais je suis parfaitement au courant." Répondit-elle calmement.
-" Alors pourquoi n'ai-je pas été informé ?" Pesta-t-il.
-" Parce qu'après ton petit scandale et ta venue aux mains avec le professeur Lupin, j'ai pensé qu'il était préférable que tu te tiennes à l'écart durant toute la durée de ton blâme. Miss Granger a bien fait son travail et je suis allée vérifier moi-même avec elle. Il manque bien cet ingrédient précis. Crois-moi qu'immédiatement j'ai posté Rusard en surveillance dans cette section du château et pour l'instant il n'y a rien de plus à signaler." Expliqua-t-elle académiquement.
-" Et c'est tout ?" Demanda-t-il avec un sourcil circonspect.
-" Que veux-tu que je fasse de plus ?" Soupira-t-elle.
-" Oh mais je ne sais pas, que tu mènes plus amples investigations. Ces ingrédients précis Minerva, tu sais ce que cela signifie..." Laissa-t-il planer avec une drôle de gestuelle dans ses mains.
Severus demeurait nerveux. Il ne voulait pas, refusait de voir la vérité en face et pourtant elle semblait le mener sur une piste qu'il aurait préféré ignorer.
-" C'est ton domaine de collecter de informations non ?" Fit-elle avec un regard en biais.
-" J'ai d'autres chats à fouetter, vraiment." Grogna-t-il.
-" Alors quoi, au début de l'année tu voulais mener une chasse contre la fille Granger et maintenant que nous avons un problème hautement plus grave tu décides de faire la sourde oreille ?"
-" Le cas Granger est tout aussi grave. Il n'y a pas d'échelle de comparaison."
-" Excuse-moi mais un loup-garou est encore plus dangereux et imprévisible qu'un vampire." Répondit la vieille Gryffondor avec aplomb.
-" Oh que non. Ces deux espèces sont bien similaires en beaucoup de points. Le vampire lui se nourrit tous les jours en théorie. Le loup garou fera un carnage une fois dans le mois. L'un dans l'autre c'est la même chose. De plus le vampire sait charmer ses victimes pour arriver à ses fins." Répondit-il entre ses dents.
Minerva pencha la tête, analysant cette toute petite dernière phrase qu'il venait de laisser échapper plus basse que ses autres mots.
-" Insinuerais-tu que mon élève se serait montrée sous un visage séducteur ?"
Il resta gelé sur place un instant, juste le temps de remonter ses barrières mentales et prendre un air profond.
-" Elle change." Se contenta-t-il de dire.
Minerva se pinça les lèvres pour retenir un sourire comique qui aurait fait davantage crisser le potioniste.
-" Est-ce qu'elle t'a mordu ?" Demanda-t-elle tenant un ricanement.
-" Non." Se contenta-t-il de répondre à toute vitesse.
-" Alors ne te fais pas mordre et continue tes recherches. Tout n'est pas perdu. En ce qui concerne ce potentiel cas de lycanthropie, j'informerai qui de droit demain à la première heure."
Il laissa alors échapper un souffle de désespoir et décida de tourner les talons, reprenant soigneusement avec lui la note qu'il avait trouvée sur son bureau cinq minutes plus tôt.
Minerva lâcha un long soupir, désemparée par ce que cette nouvelle impliquait et la nervosité que Severus venait de lui transmettre.
Et dire qu'en ayant prit ce poste, elle pensait que toutes les brèches en matière de sécurité étaient désormais derrière eux.
-" Il semblerait que notre ami n'ait pas encore tout à fait digéré l'incident de soixante-quinze." Fit une voix lointaine dans les murs.
-" Vous savez Albus, il y a deux choses en ce bas monde que Severus craint plus que tout. La première est qu'on le proclame en héros, il est allergique à l'attention. La seconde est de se retrouver encore une fois face à un loup-garou." Répondit Minerva laconiquement en se tournant vers le portrait de l'ancien directeur.
-" Pourtant il a très bien sû combiner les deux, la nuit où Black s'est montré ici." Joua-t-il.
-" Oui et c'est pour cette raison qu'il a pris un congé immédiatement après. Toute cette adrénaline a dû chambouler son pauvre petit cœur." Rit-elle, entrainant avec elle le souvenir glorieux de Dumbledore.
-" Aujourd'hui nous n'aurons pas besoin de livres car ce que j'ai décidé de vous enseigner n'est pas au programme étant donné l'ancieneté de vos torchons. Prenez de quoi noter car le processus sera difficile à étudier en à peine deux heures."
La salle de potions bondée du mardi matin sentait étrangement le frais. Les elfes et élèves collés avaient récuré tout ce qui devait l'être normalement. Les ustensiles, les paillasses, la verrerie était dans un état impeccable même celle qui était stockée dans les grandes armoires collées au mur. Même les joints du sol étaient rutilants.
Ce matin-là, les Serdaigles et les Gryffondor de classe mixtes avaient leurs cours en commun. Autant dire qu'il ne fallut pas longtemps pour que l'atmosphère devienne insoutenable.
Du bout de sa baguette, Snape inscrit cinq lettres qui firent frémir Hermione, confortablement installée à sa table.
Napel.
-" Bien, qui peut me parler de cette potion ?" Demanda-t-il sans pour autant élever la voix.
Hermione observa autour d'elle mais personne n'osa lever la main et pourtant Ginny, Ron et Harry étaient bien plus que qualifiés pour en parler.
Alors timidement et comme d'habitude, elle se proposa.
Snape roula les yeux en l'air.
-" Quelqu'un d'autre ?"
Vexée, la jeune femme serra la mâchoire et pivota sa tête jusqu'à ce les os de son cou craquent à l'unisson et ne résonnent dans toute la pièce, attirant sur elle le regard de ses camarades estomaqués.
Le potioniste la reluqua, elle avait un regard aussi noir et inébranlable que possible.
-" Très bien, après tout je n'ai pas de temps à perdre. Allez-y Miss Granger et soyez concise." Accepta-t-il.
Elle ne lui rendit aucune émotion et s'exécuta.
-" Le napel ou plus communément appelé la potion tue-loup est une concoction destinée à atténuer les cas de lycanthropie. Elle n'a été découverte que très récemment par le maître Damoclès, ce qui explique son absence dans les manuels. Il faut commencer à la prendre dans la semaine précédant la pleine lune et alors le sujet atteint se transformera tout de même mais restera docile, attentif et lucide. Dans sa composition on retrouve des feuilles d'aconit, de la racine de mandragore, de la liqueur de millepertuis, des fleurs de passiflore, de l'absinthe et enfin des... Poils et sang de loup." Déglutit-elle sur les derniers mots.
-" Exact, cinq points pour Gryffondor. Vous allez mettre ceci sur vos parchemins si ce n'est pas déjà fait… Miss Granger, je vous félicite, pour une fois vous avez utilisé vos mots et non pas recraché les successions de mots d'un livre. Admirable." Ironisa-t-il mais la jeune femme ne releva même pas, pas même le regard, histoire de le titiller un peu plus.
Les Serdaigles ayant comme toujours une bonne longueur d'avance étaient déjà bien loin dans leurs notes alors que la plupart des Gryffondors ne s'exécutèrent que lorsque l'ordre de Snape fut dicté.
Un bref clin d'oeil de Ron à Hermione et un pouce levé firent doucement sourire la sorcière qui notait avec étrangeté ce qu'elle venait d'énoncer.
-" Vous avez besoin de notes Miss Granger ?" S'étonna Snape avec un sourcil levé.
-" Euh... Pas vraiment."
-" Alors pourquoi est-ce que vous renotez ce que vous venez d'énoncer ?" Il feignit le geste de l'incompréhension avec ses mains.
Elle ne dit rien et se contenta de poser sa plume près de l'encrier en baissant la tête.
-" Bien maintenant voyons les dosages. Dans un premier temps, il faut bouillir la liqueur à feu doux. Lorsque la solution aura un aspect visqueux, éteignez le feu et ajoutez un bouquet d'absinthe après vous être assuré que vous avez bien ôté la ficelle qui la joint ou vous aurez des résultats dignes de Londubat. Le mélange sera alors vert et seulement à ce moment précis vous ajouterez une feuille ou une goutte d'aconit. Trois feuilles d'aconit mais trois goutte de son essence garantit de meilleurs résultats. Ce produit est hautement allergène aussi je vous prierai de les manier avec le bout de vos spatules ou pinces. Vous remuerez dix fois dans le sens anti-horaire et ajouterez les deux autres feuilles ou goutte en même temps. Lorsque la couleur deviendra bleutée, vous remettrez le feu pour au moins cinq minutes. Durant ce temps, vous réserverez les pétales de passiflore, vous les plierez en deux dans le sens de la largeur et vous émincerez délicatement une racine de mandragore à l'aide d'un couteau cranté pour en extraire le plus de jus possible. Lorsque les cinq minutes seront écoulées dans l'ordre vous ajouterez un pétale puis une tranche de mandragore et ainsi de suite jusqu'à ce que la potion devienne grise. Vous tournerez la solution trois fois dans sens horaire. A ce stade, votre potion doit être ambrée et pour la finaliser, vous verserez le contenu d'une fiole de sang de loup et cinq poils."
Cette fois-ci, tous prirent les notes le plus rapidement possible.
Neville avait sorti son air blasé lorsque la référence sur ses exploits avait passablement fait glousser la classe.
-" A vos chaudrons, en duo." Ordonna le professeur.
Aussitôt qu'il eût terminé son instruction, Londubat se tourna avec ferveur vers Hermione.
-" Hermione, accompagne-moi s'il te plaît !" Supplia-t-il avec un air de cocker.
Prise au dépourvu et ayant l'habitude que Ron et Harry se battent pour être avec elle, la jeune femme ne put refuser son aide à un camarade, surtout Neville. Elle savait que les ingrédients étaient onéreux et que Snape ne tolèrerait aucun gâchis. D'autant qu'il lui avait demandé son aide plus rapidement que son ombre.
- "C'est d'accord." Céda-t-elle en prenant son courage à deux mains.
Le jeune homme lui offrit un regard de gratitude et commença à faire de la place sur la paillasse pour y installer le chaudron qu'elle était partie quérir au fond de la classe.
-" Inutile de vous préciser que vous serez noté et que j'attends un compte rendu avant la fin du cours." Précisa Snape en voyant des nuées d'élèves se bousculer pour avoir le meilleur chaudron.
C'est alors à un Neville confiant qu'Hermione eût à faire. Le jeune homme paraissait étonnamment bien sûr de lui. Elle s'en gratifia car il était toujours agréable de travailler avec quelqu'un qui gagnait en adresse.
Encore une fois ils formaient un duo remarquable mais ce coup-ci Hermione n'était pas là pour le guider, il semblait avoir imprimé chaque mot que Snape avait dit avec ferveur.
Les temps étaient respectés et la formule simple.
Lorsque vint le moment d'émincer, il se permit même de sortir de son mutisme.
-" Au fait... Comment ça s'est terminé avec Draco l'autre jour dans le bar ?" Murmura-t-il.
-" C'était étrange. Il veut vraiment faire la paix ce garçon ?" Demanda-t-elle sur le même ton.
-" Possible, tu sais... Il est vraiment différent."
-" Différent comment ?"
-" Il a coupé les ponts avec ses anciennes relations... Sauf Parkinson mais elle est propre. Une vraie garce mais pas mangemort. Enfin ils continuent de se voir de temps en temps. Je crois qu'ils baisent ensemble."
Hermione laissa échapper un hoquet de surprise, manquant de faire tomber sa baguette en verre dans le produit.
-" Silence." Grogna Snape depuis son pupitre.
Hermione se cacha de lui en se tournant et se mit à rire silencieusement.
-" Neville !" Le réprima-t-elle avec un sourire large comme le canal de Suez.
-" Quoi, c'est l'idée qui te choque ou le mot ' baiser' ?" Reprit-il.
-" Venant de ta bouche c'est surprenant c'est tout." Justifia-t-elle.
Un petit cri surpris et aigu venant de l'autre côté de la salle attira l'attention de tous.
Luna se tenait le doigt et du sang sortait de son poing.
-" Je crois que je me suis coupée." Annonça-t-elle à voix haute pour que le professeur l'entende.
Hermione lâcha son ustensile avec assez de maîtrise pour ne pas éclabousser sa blouse et celle de son voisin.
Immédiatement et desserrant la plume qu'il tenait entre ses doigts, Snape se leva avec un mouvement de cape impressionnant derrière lui et bondit de son piédestal en direction de la jeune Serdaigle. Toutefois il ne la regardait pas, il regardait Hermione.
Les narines palpitantes et le regard affamé de la sorcière lui indiquèrent qu'une fois de plus ils étaient sur la corde raide.
-" Vulnerra Sanentur Vulnerra Sanentur Vulnerra Sanentur." Répéta-t-il sans perdre une seule fois un semblant de contact visuel au moins dans sa vision périphérique, à l'affut du moindre mouvement.
Hermione trembla d'appréhension, ses pupilles se dilatèrent et elle mordit ses lèvres.
-" Recurvite." Entonna Snape du bout de sa baguette à peine la plaie fut refermée.
Harry s'était levé en fracas et placé juste derrière son amie la retenant d'un pan de son uniforme avec une main discrète.
-" Tout va bien." Lui chuchota-t-il près de l'oreille.
Un instant, elle ferma les yeux, apaisée par la prévenance et la présence réconfortante du survivant.
Harry avait réellement su réagir au quart de tour et avec une discrétion innée.
Il lui répéta cette même phrase quatre ou cinq fois, elle ne s'en souvenait pas. En revanche l'odeur du métal subsistait, tenace malgré l'évaporation du sang dans l'oblivion.
-" Merci monsieur." Dit alors Luna avec un regard sympathique pour le maître de potions.
Lorsqu'Hermione reprit enfin le goût d'ouvrir les yeux, autour d'elle, une sensation de vagues qui fouettaient la coque d'un bateau. Elle tanguait suffisamment pour s'appuyer des deux coudes sur la paillasse.
Cette fragrance était tellement invitante et pour la première fois, elle nota que cela n'avait pas la même odeur d'une personne à l'autre.
Le sang de Snape bien qu'ayant été sec était plus brut, acide.
Celui de Luna beaucoup plus doux, presque soyeux.
Quant à celui de Ron, et bien il sentait simplement le fer. Ses sens n'avaient pas été aussi aiguisés à ce moment-là.
Elle n'était plus qu'un requin bon à traquer les moindres bobos de Poudlard.
-" Reprenez votre travail immédiatement ou il sera fouttu !" Tonna le potioniste hors de lui.
Tous revinrent à la réalité avec un tête de six pieds de long. Il avait vraiment dit ' fouttu' ?
Lorsqu'il s'assura qu'Hermione fut calmée, Harry s'éclipsa de nouveau à la chaise voisine et continua sa découpe comme si de rien était.
-" Bon alors, on en était où, ah ouais, baiser." Reprit Neville en murmurant.
Hermione tourna sa tête péniblement dans la direction de son camarade, faisant de son mieux pour masquer son malaise. Elle papillonna du regard.
-" Baiser." Redit-elle. " Oui c'est incongru venant de toi." Chuchota-t-elle lentement.
Elle posa son regard sur la table, quelque chose l'appelait.
Hermione remarqua alors la présence étrange d'une feuille de menthe fraiche. Depuis quand était-elle là ?
Instinctivement, elle haussa sa vue sur Snape qui l'attendait, l'invitait à le regarder. Lorsqu'il fut certain d'avoir capté son attention, il passa son index sous son nez mimant un frottement.
La sorcière opina discrètement et prit la feuille entre ses doigts afin de l'écraser et en tirer tout son arôme et la fit glisser entre son nez et ses lèvres juste comme il venait de le démontrer.
La délivrance avait alors été immédiate.
Elle inspira profondément ce parfum frais, neutralisant et chlorophyllé.
Le soulagement était enfantin cette fois-ci.
