Hello ! J'espère que vous allez bien.
Première enquête dans cette fic ! Je ne suis pas une pro là-dedans, j'espère que c'est à peu près cohérent.
Reviewez SVP ! L'auteur passe beaucoup de temps sur sa fic et apprécie vraiment chaque commentaire =)
Merci à Mimi Kitstune et Ukronia pour leur review !
Bonne lecture !
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Le Fléau : chapitre 8
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Les évènements de la journée avaient tellement éreinté John que celui-ci dormit comme un bébé. Cette fois, pas de Sherlock qui surgit dans sa chambre en plein milieu de la nuit en une vision cauchemardesque. Il se leva vers huit heures et demi, reposé, en se souvenant qu'il avait posé une semaine de vacances la veille. Le retour de Sherlock en valait bien la peine. Pour être honnête, le médecin n'était pas du tout serein du nouvel état de son ami et ressentait le besoin de le garder en observation. Qui sait si l'envie lui prenait de faire un petit tour dans la quartier et d'être tenté par le sang d'un malheureux passant. Ou pire – John le redoutait encore plus – si l'état de santé de son ami venait à se dégrader soudainement. Ils connaissaient encore très peu cette toxine, si bien que le médecin s'attendait à à peu près n'importe quoi. Sherlock était revenu. Il ne pouvait pas... repartir comme ça.
John descendit dans le salon pour trouver Sherlock installé à la petite table calée entre les deux grandes fenêtres. Il consultait tranquillement son ordinateur.
- Bonjour, Sherlock.
- 'jour John.
Ce ne fut qu'après qu'il remarqua le bout de viande saigné traînant dans son emballage, à l'autre bout de la table.
- Tu es sorti ? demanda le médecin.
- Oui. Pour un encas.
Il décrocha momentanément son attention de l'écran pour jeter un coup d'oeil à John.
- Ne t'inquiète pas, les sbires de Mycroft sont beaucoup plus occupés à me surveiller que tu ne l'es, soupira-t-il.
- Je sais, je sais...
Sherlock avait raison. Le médecin ne devait pas se sentir responsable de lui à chaque fois qu'il mettait le nez dehors.
- Quand la poche de sang doit-elle arriver ? demanda John qui se rappelait des déclarations de Mycroft de l'avant-veille.
- Vers neuf heures. C'est encore un peu tôt.
- Je vais aller voir. Peut-être l'ont-ils déposée en avance.
L'ancien soldat descendit les escaliers de l'immeuble pour trouver effectivement une grande enveloppe noire à bulles derrière la porte. John la ramassa. Il n'y avait aucune indication de l'expéditeur ni de la poste, signe qu'elle avait été déposée en main propre. Elle comportait juste le nom de Sherlock pour permettre à la logeuse de l'acheminer à son destinataire.
- Tiens, la voilà, dit le docteur en la tendant à son ami, une fois dans l'appartement.
Celui-ci avait guetté son retour du coin de l'oeil et considérait l'enveloppe avec un intérêt non dissimulé.
- Merci, dit-il.
Il déchira prestement l'enveloppe pour en extraire la précieuse poche rouge sombre. Il déchira l'embout en plastique avec les dents et commença à boire goulument. En moins de quinze secondes, le contenant fut complètement vidé. Alors le brun l'ouvrit complètement et se mit à lécher le reliquat avec la langue.
- Tu... tu avais faim, constata le médecin, fasciné.
- Très.
Le détective jeta la poche éventrée sur l'emballage et la pièce de viande.
- Il y a un mot, dit John qui avait ramassé l'enveloppe noire. La prochaine demain à la même heure. Mycroft.
- Bien.
Soudain, le téléphone du détective sonna. Il décrocha.
- Sherlock Holmes.
Les yeux du détective frémirent alors qu'un sourire naissait sur son visage.
- Mais bien sûr. On arrive tout de suite.
Sherlock raccrocha rapidement son téléphone et attrapa son grand manteau noir.
- En route, John ! Les affaires reprennent.
- Où va-t-on ? demanda le médecin, une fois dans le taxi.
- A Bartholomew's Hospital.
A la morgue, donc.
Ils furent accueillis par Lestrade qui les attendait dans le hall de l'hôpital. Il leur fit rapidement un topo.
- La victime s'appelle Lena Spencer. Quarante-deux ans, journaliste, mariée, pas d'enfant. On a retrouvé son corps dans son appartement de Hampstead hier dans la soirée. On estime son décès à soixante-douze heures. Son mari, Steven Spencer, était absent au moment des faits, il était en voyage d'affaires à Glasgow, c'est lui qui l'a découverte en rentrant. Pas de trace d'effraction.
- Comment a-t-elle été assassinée ? interrogea Sherlock.
- C'est ce qu'il reste à déterminer. La manière dont elle est morte... n'est pas claire.
Ils empruntèrent l'ascenseur et gagnèrent l'étage de la morgue.
- Voici des photos de la scène de crime. J'en ai une autre version sur mon téléphone si vous voulez zoomer.
Les clichés les interpellèrent tous les deux. Pour différentes raisons.
On y voyait une femme élégamment habillée, étendue sur le dos, le regard vitreux, la peau livide. Un cadavre normal, si ce n'était la marre impressionnante de sang dans laquelle elle était étendue.
- Ça fait beaucoup de sang, remarqua Sherlock.
- Enormément, même. Nous estimons approximativement le volume à deux litres de sang. Et c'est bien le sien, nous avons vérifié.
- Je vois, dit Sherlock en haussant les sourcils. Et de quelle artère provient-il ? ajouta-t-il en plissant les yeux pour mieux distinguer les détails de la photo.
- C'est là qu'on a besoin de ton aide. Parce que le corps de la victime est intacte.
- Vraiment ?
John sentait l'intérêt de Sherlock s'aviver. Ce dernier saisit le téléphone portable que Lestrade lui tendait et commença à agrandir les clichés.
- C'est pour cela que je vous ai demandé de venir ici. Pour que vous puissiez constater par vous-même sur le cadavre.
- Bonjour ! Ça va, les garçons ?
Ils furent accueillis par une Molly toute guillerette qui semblait ravie de se rendre de nouveau utile auprès des deux hommes. Elle avait préparé la dépouille de la journaliste sur une table.
Ils scrutèrent le corps et, effectivement, ne distinguèrent pas la moindre égratignure. La peau de la victime était intacte.
- Doit-on en déduire que ce sang a été prélevé bien avant sa mort, comme dans l'affaire de Janus Cars ? demanda le médecin.
- Précision, intervint le DI, Lena Spencer donnait régulièrement son sang, une fois tous les deux mois depuis deux ans. Elle listait ses dons sur ce carnet. Mais elle ne l'a pas fait le mois dernier.
- Vous m'avez bien dit que vous aviez retrouvé deux litres de sang par terre ? lui demanda le détective.
- C'est ça.
- Qu'en penses-tu, John ? Ça fait un don de sang plutôt généreux.
- C'est ça, on donne en moyenne quatre cents cinquante millilitres pour un prélèvement, alors que vous avez parlé de deux litres. A moins qu'on ne l'ai prélevé en plusieurs fois.
- Deux litres de sang sont-ils suffisants pour causer la mort d'une personne ? demanda le détective.
- Ma foi, c'est possible, répondit le médecin. L'exsanguination est considérée comme grave à partir du moment où la personne perd un tiers de son volume sanguin, soit un litre et demi. Deux litres, ça représente presque la moitié, donc c'est potentiellement mortel.
- On lui aurait donc retiré tout ce sang, ce qui aurait causé sa mort ? Mais pourquoi n'y a-t-il pas de trace de piqure alors ? interrogea Lestrade.
- Vous avez bien nettoyé et frotté le cadavre ? La trace a peut-être été maquillée.
- Non, il n'y a rien dans ce genre-là.
Le détective inspecta le cadavre des yeux et sortit sa loupe. Il tourna plusieurs fois autour, tâtant, frottant certains endroits avec le bout de son doigt, et demanda qu'on le retourne pour n'oublier aucun recoin.
Puis il regarda de nouveau les clichés.
- Regardez : son cou, son épaule, son bras et son flanc gauches sont maculés de sang. Celui-ci a coulé depuis son cou dans ce sens avant de venir s'étaler par terre. Je dis « couler » car cela s'est fait très proprement, il n'y a pas de tâche annexe ou d'éclaboussure quelconque, ce qui veut dire que la victime ne s'est presque pas débattue. Elle devait donc être inconsciente ou relativement sonnée au moment du meurtre.
- Ah oui, j'ai oublié de vous dire : on a retrouvé une forte dose de morphine dans son sang, intervint le DI.
- De la morphine ?
Sherlock pencha la tête.
- Original. D'habitude, pour étourdir une victime, on utilise plutôt du chloroforme.
- Oui. D'ailleurs, on pense que cela a été injecté ici, dit le DI en désignant une minuscule trace de piqure située sur le poignet. C'est très discret, donc c'est impossible que deux litres de sang soient sortis par là.
Sherlock s'approcha du cou de la victime.
- Normalement, le sang aurait dû s'écouler par là. Découpez-moi toute la peau qui se situe entre ce point-là et celui-là. Je voudrais l'examiner au microscope.
- Mais Sherlock, tu vois bien que la peau est intacte, intervint John avec un rictus.
- A l'oeil nu, peut-être. Au microscope, peut-être pas.
Ils allèrent boire un café tandis que Molly s'exécutait. Puis ils se rendirent dans le laboratoire, là où ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Sherlock s'assit derrière un microscope devant le bout de chair pâle, tandis que John discutait à voix basse avec Lestrade.
- Alors, vous avez trouvé quelque chose ? demanda Lestrade quand il vit le détective lever le nez.
- Non, c'est le contraire : la peau est parfaitement intacte.
- Tu vois, dit John.
- Non, ce que je veux dire, c'est que la peau est beaucoup trop parfaite.
- Quoi ?
John fronça les sourcils d'un air interrogatif.
- Regarde par toi-même, dit le détective en se reculant, laissant la place à John devant le microscope. Au centre de l'échantillon de peau, les cellules sont neuves, tandis que sur les bords, elles sont beaucoup plus anciennes. Donc si, la victime s'est écorchée ou coupée dernièrement à cet endroit. Et ce n'est pas une piqure ou deux : la zone endommagée est beaucoup plus large.
- D'accord, concéda John après avoir examiné le lambeau, mais c'est ancien, ça. Ça ne peut pas l'avoir tuée. Est-on d'ailleurs sûrs qu'elle est morte d'exsanguination ?
- C'est difficile de mesurer un volume de sang coagulé mais, a priori, le volume sanguin qu'on a retrouvé dans son corps était plutôt faible, répondit Lestrade.
- Alors comment le sang a-t-il pu se retrouver par terre ?
Lestrade secoua la tête d'un air dépourvu.
- Emmenez-nous sur la scène du crime, commanda Sherlock.
Ils montèrent dans la voiture de Lestrade qui les conduisit sur place. Le quartier huppé de Hampstead était un quartier agréable, situé sur une colline et offrant une belle vue sur Londres depuis son parc. Quand on se promenait dans certaines ruelles, on oubliait presque qu'on se trouvait dans une métropole de plus de huit millions d'habitants. L'appartement de Lena Spencer se situait dans une rue ni trop calme ni trop passante, au sein d'un bâtiment à la façade blanche.
- Elle avait plutôt de bonnes relations dans son entourage, excepté avec son mari avec qui elle avait parfois de violentes disputes, selon le témoignage des voisins, dit Lestrade alors qu'ils descendaient de la voiture.
- Qu'est-ce qu'ils se reprochaient ? demanda le détective.
- Il était extrêmement jaloux, il ne supportait pas qu'elle passe autant de temps à son travail ou en déplacement et qu'elle fréquente beaucoup de monde.
- Un peu compliqué pour un métier de journaliste, commenta John.
- Effectivement.
- Des relations extra-conjugales ? questionna Sherlock.
- Pas que nous sachions. Oh, d'ailleurs, le voilà, dit Lestrade en désignant un homme brun qui s'approchait de l'immeuble. Il vit toujours ici, bien que le bureau de Lena soit proscrit comme scène de crime.
La mort de sa femme ne doit donc pas le perturber au point de faire ses valises, pensa l'ancien soldat.
L'inspecteur attendit que l'individu soit arrivé à leur hauteur pour le saluer et faire les présentations. C'était un homme dans la quarantaine comme Lena, maigre, à la mâchoire carrée et à la calvitie naissante. Ses yeux étaient bleus clairs et légèrement injectés de sang. Il dégageait de lui une odeur de cigarette froide. Sherlock et John serrèrent à leur tour sa main, sèche et un peu tremblante nota le médecin.
- Je vais vous ouvrir, offrit-il.
Il les invita à le suivre dans les escaliers et ouvrit une seconde porte, sur le palier.
- Je sais que je me répète et que ce n'est sans doute pas ce que vous croyez, mais je n'ai pas tué Lena, dit-il, ressentant soudain le besoin de se justifier. Elle et moi avions des sujets de divergence, c'est vrai, mais je ne serai jamais allé jusque là. C'était ma femme et je l'aimais beaucoup.
- Cela ne fait aucun doute au vu des témoignages que nous avons reçus, dit Sherlock.
John ne sut dire si c'était une remarque franche ou du sarcasme de la part de son ami. En tout cas, Steven parut satisfait de cette réponse.
Ils pénétrèrent dans un appartement chic, meublé de multiples tableaux et objets d'arts de toutes les inspirations. Steven les conduisit au bureau de Lena et leur laissa le soin d'ouvrir la porte.
La scène était était telle que sur les photos, omission faite du cadavre déplacé à la morgue. La grande tâche sombre sur le plancher était toujours là. Sherlock s'en approcha et en fit précautionneusement le tour.
- Nous n'avons retrouvé aucune empreinte dans ce bureau, excepté sur la poignée de porte, indique Lestrade.
- Ce qui correspond à celles de Steven quand il a découvert le cadavre, dit Sherlock.
- Oui, ce sont les siennes.
John fit le tour de la pièce. Celle-ci était réduite à son strict nécessaire : bureau au milieu avec quelques rares fournitures – Lena travaillait essentiellement sur son ordinateur portable – armoire, étagères sur lesquelles s'alignaient de nombreux classeurs, imprimante, corbeille à papier. Sur les murs trônaient des articles qu'elle avait encadrés ainsi que quelques diplômes.
- Je n'entrais jamais ici, c'était son domaine, dit Steven. Elle ne faisait que travailler, ici.
Sherlock opina distraitement. Il regarda les papiers traînant sur le bureau. Puis il s'agenouilla au sol, avisa une trace de terre évidente et préleva un échantillon.
- Bien. Je veux la liste de tous les collègues de Lena Spencer habitant près d'un parc et les relations qu'ils entretenaient avec elle. Monsieur Spencer, merci pour votre accueil.
Ils quittèrent l'immeuble et Lestrade les déposa à Baker Street. Une fois dans l'appartement, Sherlock jeta son manteau et s'installa devant son microscope dans la cuisine. Il sortit son échantillon, l'étala sur une lame et regarda dans l'objectif.
- Je vais commander un truc au Speedy's, tu as f...
Puis il se rappela la réalité. Bien sûr que Sherlock n'avait pas faim, tête de nœud.
- Désolé, Sherlock, je...
- C'est l'intention qui compte, John, marmonna le détective qui ne quittait pas son outil de travail des yeux.
Il commanda un wrap qu'il grignota sur la table de la cuisine, en face de Sherlock qui jonglait entre son microscope, son ordinateur et son téléphone.
- Et son mari ? demanda soudain le médecin. Tu as demandé la liste de ses collègues à Lestrade, mais cela aurait bien pu être son mari.
- Accroc à la cigarette et à d'autres substances mais qui aimerait bien arrêter, poignée de main molle, regard fuyant. Non, il n'aurait pas le cran de faire ça. Il a d'autres priorités en ce moment.
- Pourquoi ses collègues, alors ?
- Tu as entendu Steven ? « Lena ne faisait que travailler, ici. » Tu as vu le contenu du bureau ? Des objets exclusivement destinés au travail, de même que les personnes que Lena devait y amener. Pourquoi y inviterait-elle une connaissance ou un amant ?
- Le corps a peut-être été déplacé.
- Non, il n'y avait pas d'ecchymoses. Oh !
Le détective composa un numéro sur son téléphone. Il patienta.
- C'est lui, dit-il, plus pour lui qu'à l'attention de John.
La tonalité sonna à peine deux fois.
- Kevin Johnson. Les traces de terre que j'ai retrouvées contiennent une quantité très dense de divers pollens. Où trouve-t-on une quantité importante de pollen à Londres ? A proximité des jardins botaniques de Kew. Où habite Kevin Johnson ? Sur Kew Gardens Road. Relations avec Lena Johnson ? Ils travaillaient sur le même sujet. Mobile du crime ? C'est Lena qui a obtenu la direction du reportage. Vous pouvez l'arrêter. Mais je souhaite lui parler.
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Kevin Johnson se trouvait déjà dans la salle d'interrogatoire quand Sherlock et John arrivèrent. Lestrade sortit de la pièce avant que les deux amis n'entrent.
- Il nie, dit-il. J'espère que tu ne t'es pas trompé, Sherlock.
- Faites-moi confiance, répartit le détective, un poil agacé.
Ils pénétrèrent dans la pièce. Kevin Johnson se tenait sagement assis, les mains sur les cuisses. Il était brun, les cheveux très courts, sans doute le même âge que Lena.
- Monsieur Johnson, vous venez de commettre un meurtre, commença Sherlock. Vous avez l'air plutôt serein.
- Parce que je suis innocent, Monsieur Holmes. Je peux jalouser une personne sans avoir l'intention de la tuer.
- Ce n'était un secret pour personne, au bureau, dit Sherlock en lui brandissant une liasse de papier sous le nez qu'il lâcha sur la table. Tous vos collègues sont unanimes pour dire qu'il y avait une certaine tension entre vous et Lena Spencer.
- Ce n'était que de la rivalité. Et, dit en passant, c'était injuste : je suis en poste depuis bien plus longtemps que Lena. C'est moi qui aurais dû diriger ce reportage.
- Mais Lena était bien plus douée que vous. Elle avait plus d'idées.
Sherlock s'était mis à tourner autour de lui. Il l'observait à la dérobée.
- C'est très subjectif, ça, protesta-t-il. D'ailleurs...
- Dites ce que vous voulez, il y a des preuves contre vous, le coupa sèchement le détective.
- Quoi, la boue sous mes chaussures ? ricana-t-il. Vous allez vraiment me condamner avec ça, Monsieur Holmes ?
- Il y a ça, mais aussi le fait que vous allez avouer.
- Ah oui ? se moqua-t-il. Pourquoi avouerais-je quelque chose que je n'ai pas fait ? Je ne sais pas comment est morte cette pauvre femme.
- Emmy.
Johnson le regarda d'un air perplexe.
- Emmy, votre fille.
- Que vient faire ma fille là-dedans ?
- Les policiers de Scotland Yard ont retrouvé sa photo dans votre manteau, répondit Sherlock en sortant ledit objet d'une pochette étalée sur la table. Vous vous promenez constamment avec, signe que vous tenez à elle. A vue de nez, je dirais qu'elle a environ dix-huit ans. Que fait une jeune fille provenant d'un quartier huppé de Londres à cet âge-là ?
Le détective prit à partie l'assistance.
- Des études ? proposa John.
- Précisément, répondit Sherlock avec un geste d'acceptation. Des études requièrent des moyens. Mais il y a un hic dans tout ça : vous êtes gangréné.
- Pardon ?
Il reporta sur attention sur Johnson.
- Comme vous habitez une maison dans le quartier de Kew Gardens et étant donné votre salaire, vous vous trouvez dans une situation plutôt confortable. Mais la vie n'est pas aussi rose ; c'est que ce disent vos ongles.
- Mes ongles ? répéta-t-il en levant les mains pour les regarder.
- Oui. Il y a de l'aluminium coincé dessous, car vous avez récemment gratté un jeu d'argent, n'est-ce pas, Lestrade ?
- C'est vrai, c'est ce qu'il faisait quand on l'a arrêté.
- Néanmoins, la couche est loin d'être superficielle, il y en a même sous votre peau, donc c'est quelque chose que vous faites assez fréquemment. Et si on consulte votre portable, il y a de fortes chances que l'on trouve...
Le détective sortit le téléphone de Johnson de sa pochette plastique et leur montra l'interface.
- Un vaste choix d'applications de jeux d'argent. Vous êtes accroc au jeu, Monsieur Johnson, ce qui rend très incertaine votre aptitude à financer les études de votre fille. Mais un petit reportage d'investigation aurait pu changer la donne.
- D'accord, je ne roule pas sur l'or, en ce moment, concéda-t-il. Mais cela ne veut pas dire que j'étais prêt à...
- Dites-le.
Johnson s'était soudain interrompu. A sa grande surprise, John vit son visage se décomposer pour devenir livide. Il était en train de regarder Sherlock comme s'il voyait un fantôme. Celui-ci tournait le dos à John, donc le médecin ne pouvait voir ce qui l'effrayait chez lui.
- Dites-le, insista Sherlock, doucereusement.
- Chlorure de potassium.
Il avait parlé tellement vite que John n'était pas sûr d'avoir compris. Sa voix avait perdu de sa portée et était devenue aussi blanche que son visage.
- Continuez, dit Sherlock avec un ton d'intérêt.
- Le chlorure de potassium provoque un arrêt cardiaque et il est indétectable quelques jours après la mort.
- C'est possible ça, John ?
- Je dirais que oui car après la mort, le corps évacue naturellement du potassium. C'est donc possible qu'on n'en retrouve aucune trace.
- On a retrouvé son corps trois jours après sa mort, donc ça se tient, dit Lestrade.
- J'ai lu ça dans un roman policier, dit Johnson avec un sourire d'excuse.
- Ça vous fait rire ? gronda Lestrade.
- Poursuivez, dit Sherlock. Comment le lui avez-vous administré ?
- Je lui ai fait avalé. Je l'ai versé discrètement dans son thé alors qu'elle avait le dos tourné. La piqure sur le bras, c'était la morphine.
- Pourquoi lui avoir injecté de la morphine si ce n'était pour la maîtriser ? demanda le détective.
- Je ne voulais pas qu'elle souffre. Je ne suis pas un sadique, non plus.
- Et le sang ? questionna le détective en s'approchant. Comment est-il arrivé là ?
- Oh, c'était des dons qu'elle avait faits il y a quelques temps. J'ai des connaissances au laboratoire où elle donnait.
- Vous avez détourné plusieurs dons de sang et vous vous en êtes servi pour mettre en scène votre meurtre ? s'indigna John.
- Ça m'est passé par la tête, dit-il en haussant les épaules.
John était sidéré. Pas sadique, mais vraisemblablement dérangé.
- D'accord, dit Sherlock. Dans ce cas, indiquez-moi où est passé le sang qu'il manquait dans son cadavre.
- Elle souffrait d'hypovolémie, elle avait un déficit de sang. Elle devait être en train de faire une crise quand je l'ai tuée. C'est vrai qu'elle était très pâle et qu'elle ne s'est pas beaucoup défendue.
- Nous n'avons rien trouvé dans son dossier médical qui se rapporte à cela, contra Lestrade.
- Elle ne voulait pas que ça se sache, sinon on l'aurait mise en arrêt maladie, ce qui l'aurait empêché de travailler sur son reportage. Donc elle l'a dissimulé.
- Ça explique l'arrêt du don de sang auquel elle était très attachée.
- Avez-vous fini avec moi, Monsieur Holmes ?
Kevin Johnson semblait pressé de mettre fin à l'interrogatoire. Il n'était pas tranquille.
Sherlock se pencha vers lui et lui servit son sourire le plus hypocrite :
- Et bien voilà, ce n'était pas si difficile.
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Le taxi les ramenait tranquillement à Baker Street. John regardait le paysage londonien défiler derrière la vitre. L'enquête était résolue, mais il était loin d'être serein.
- Sherlock, c'était quoi, ça ? dit-il soudain.
- Quoi, quoi ? demanda le détective.
- Kevin Johnson n'avait pas la moindre intention d'avouer.
- Mais il l'a fait, c'est le principal, non ?
- Les preuves parlaient contre lui, mais elles n'étaient pas suffisantes et il en était conscient. Il a été prudent : il n'a laissé aucun indice dans le bureau de Lena. Il était confiant. Et là, d'un coup, tu lui dis d'avouer, et il le fait. Tu lui aurais hurlé dessus, j'aurais compris. Mais tu lui as juste dit...
- Dites-le.
- C'est ça. Sherlock, comment est-ce que tu as fait ?
Le détective roula des yeux et croisa les jambes.
- Persuasion.
- Non, refusa John, tu ne peux pas persuader quelqu'un qui campe sur ses positions en lui suggérant juste de faire quelque chose.
- C'est pourtant arrivé.
- Sherlock, dis-moi la vérité.
Le détective se tourna vers lui et sembla prendre conscience de l'air inébranlable de John.
- C'est quelque chose que j'ai remarqué depuis que j'ai été mordu. Je peux suggérer aux gens de faire des choses et crois-moi, ils sont coopératifs. Et ce n'est pas désagréable.
- Quoi, tu veux dire que les gens t'obéissent ? Tu peux quoi, les « hypnotiser » ?
- Non. Parfois, ils sont tellement tétanisés qu'ils se bloquent complètement et c'est très frustrant. Je pencherai donc plus pour de l'intimidation.
- Et comment tu fais ?
- Je les regarde. Et je leur parle. C'est tout.
John tenta de déceler un signe de plaisanterie chez son ami. Mais il n'en trouva aucun.
- C'est incroyable, dit-il.
- Plus que le fait que je sois cliniquement mort et que je me nourrisse de sang ?
- Si tu peux « suggérer », comme tu dis, des choses à des gens, c'est comme si tu leur pointais une arme sur la tête.
- Ne dramatise pas, John. Ça m'a sauvé la mise au moins deux ou trois fois.
- Mais ça signifie que tu peux leur faire faire n'importe quoi ! Cet homme aurait pu avouer des choses qu'ils n'a pas faites !
- Comment aurait-il pu avouer des choses aussi tordues et vraisemblables, alors ?
John pinça les lèvres et expira bruyamment, préoccupé.
- Ne t'en fais pas, je n'en abuse pas, précisa Sherlock.
- Ça marche sur Mycroft ?
Le détective l'avisa d'un air surpris et intéressé.
- Brillante idée, dit-il.
- Je plaisantais, Sherlock.
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Une fois les deux amis dans l'appartement, John se laissa tomber dans son fauteuil. Il regarda son téléphone pour trouver un texto de Sarah. Salut, John ! Comment vas-tu ? Tu es libre demain soir ?
John eut très envie de répondre oui mais il répugnait à laisser son ami seul. Peut-être le pourrait-il dans quelques temps, mais pour l'instant, il avait besoin de l'observer pour savoir comment ce nouveau Sherlock fonctionnait et de quoi il était capable.
Salut Sarah ! Très bien et toi ? Je suis très occupé en ce moment, peut-être la semaine prochaine ?
- Comment s'appelle-t-elle ?
Il appuya sur « envoyer » et leva les yeux du portable.
- Comment sais-tu que c'est une femme ? dit-il d'un air désabusé.
- Ton petit sourire affectionné. Tu prends toujours celui-là quand tu découvres un texto d'une femme que tu apprécies.
- Sarah.
- Comme la première avec laquelle tu es sorti ?
- C'est la même. Je suis étonné que tu t'en souviennes.
- Je l'ai embarqué dans une bien mauvaise aventure. Elle est revenue quand même ?
- Figure-toi que oui. Et ce n'était pas pour ça qu'on ne se voyait plus, après.
- Pourquoi, alors ?
- Parce que ça ne marchait pas entre nous, c'est tout.
- Et pourquoi ce revirement soudain ?
- Tu poses beaucoup de questions, dis donc ? s'étonna le médecin.
Sherlock eut un infime mouvement de recul, comme s'il avait été pris en flagrant délit.
- Je ne fais que me mettre à la page.
- On s'est vus quelques fois pendant que tu... enfin, pendant que tu étais absent. Ça m'a beaucoup aidé.
- Vous allez vous revoir ?
- Très certainement.
- Et c'est du... sérieux ?
- Peut-être que oui.
- Alors pourquoi as-tu décliné son invitation ?
- Comment tu...
- Le petit pincement de ta bouche. Ça te contrarie.
John soupira.
- Parce que je veux garder un œil sur toi pour le moment, voilà pourquoi.
- Tu me fais passer avant ta petite amie, je suis touché.
- Sherlock, j'ai besoin de savoir à quoi m'en tenir. On en sait tellement peu sur ta maladie et c'est normal, de nouvelles bactéries apparaissent chaque année, c'est dans l'ordre de la nature. On ne sait pas comment cette maladie peut évoluer et à quel point tu es potentiellement dangereux pour la population. Donc je vais parler comme toi : j'ai besoin de plus de données.
- J'ai mes poches, tout va bien, dit le détective.
John eut l'impression qu'il parlait de ses poches de sang comme de ses patchs.
- Si je m'aperçois que les poches te suffisent, alors oui, je relâcherai ma vigilance et j'irai voir Sarah.
- Tu n'es pas obligé.
John allait répliquer mais il s'interrompit. Il réalisa alors qu'il avait mal interprété les propos de Sherlock. Sherlock n'en voulait pas à John de le surveiller continuellement. Ça ne le gênait pas, d'autant qu'il savait que le détective appréciait la compagnie de l'ancien soldat. Sherlock n'aimait pas se retrouver sans quelqu'un à qui parler ou à qui demander de lui passer son téléphone même si, il fallait le reconnaître, il pouvait passer des heures sans remarquer que John était sorti. Sherlock n'aimait pas tout cela et peut-être même redoutait-il que cela arrive à nouveau. Peut-être avait-il peur que John ne s'en aille...
Il voulait être surveillé.
- Sherlock, es-tu jaloux ? questionna le médecin.
- La jalousie est pour les gens ordinaires, cracha-t-il.
- Tu es jaloux, je n'y crois pas, dit l'ancien soldat en riant franchement. Je trouvais déjà à l'époque que tu ne faisais pas grand chose pour que je garde mes petites amies et je te soupçonnais même de les faire volontairement fuir, mais là, je viens d'en avoir la confirmation.
- Ce n'est pas vrai. Tu as le droit d'avoir ta vie comme moi j'ai le droit d'avoir la mienne et...
- Je resterai le temps qu'il faudra, Sherlock. Je m'y engage.
Le médecin était redevenu sérieux. Le détective aussi. Un ange passa dans la pièce. Le médecin eut l'impression que Sherlock était presque reconnaissant.
- Cela me convient, dit le détective, brisant le silence.
- Euh, très bien, hem ! dit le médecin en s'éclaircissant la voix, un peu gêné. Tiens, ça fait longtemps que tu n'as pas joué du...
Il mima le geste d'un archet glissant sur un violon.
- Ça t'a manqué ? demanda le brun qui se dirigea volontiers vers l'étui de l'instrument. Même à quatre heures du matin ?
- C'est très agréable quand c'est joué à des horaires décents.
- Ça t'a manqué à quatre heures du matin, conclut le détective, non sans fierté.
- Pas mal de choses m'ont manqué, Sherlock.
Le détective accorda son instrument avec une satisfaction palpable, tandis que John le regardait avec amusement. Bien que Sherlock prétendît souvent jouer pour faciliter sa réflexion, l'ancien soldat savait pertinemment qu'il aimait avoir un public. Il aimait d'ailleurs que ce public fut John. Et John aimait cette exclusivité. Il ne s'en cachait qu'à peine. Alors Sherlock commença à jouer et John se laissa envelopper par la chaleur des notes boisées.
