La piste de l'encre
Après avoir étudié le plan du quartier de Cyria, les deux assassins et le protecteur montèrent dans le skiff puis une voiture qui les emmena sur les hauteurs de l'île septentrionale. Une fois arrivés à la gare les trois hommes tentèrent d'ouvrir la grille vers la place, mais celle-ci était fermée, ils ont dû faire le tour par des bâtiments pour tomber directement dans la rue du Camélia. Daud a fait signe à Thomas de faire le tour par derrière pour éviter toutes mauvaises surprises, le maître et Corvo passaient par la porte principale. Dans le salon, une employée faisait un brin de ménage et elle se figea en voyant les deux hommes.
"-C'est fermé, grinça la femme.
-Nous n'avons pas pris de rendez-vous, lâcha Daud avec un trait d'humour.
Thomas passa derrière la ménagère et l'étouffa pendant que les deux plus vieux visitaient l'échoppe.
Ils trouvèrent le bureau au fond et le carnet avec les noms de Ivan Jacobi et Shan Yun.
-Un chanteur d'opéra et un administrateur de la cité, se moqua légèrement Thomas.
-Corvo, commença Daud. Tu te charges de Jacobi, Thomas tu viens avec moi rendre visite à Yun. Une fois toutes les informations recueillies, on se retrouve devant le fleuriste.
-Compris, acquiesça Corvo en quittant le salon.
L'assassin lui attrapa le bras avant qu'il ne s'en aille.
-Reste sur tes gardes."
Le protecteur hocha lentement la tête avant de partir de la boutique.
Une fois dans la rue, il passa dans un immeuble et trouva l'accès du toit, se téléportant de réverbères en réverbères pour arriver dans la rue à côté avant de passer par le toit qui le faisait atterrir non loin de l'office de Jacobi. Corvo utilisa le bâtiment à sa droite pour descendre jusque dans la rue et finir au marché noir. Après quelques rapides emplettes, il se téléporta en toute discrétion devant la demeure de l'administrateur. Une fois arrivé à la porte, il ne put que constater que cette dernière était fermée. En lisant le mot accroché dans le bois, le garde comprit que sa cible était non loin et donnait un spectacle oratoire.
Quittant le bâtiment comme il était rentré, Corvo se dirigea vers la cour et se téléporta sur un balcon tout proche. Embrassant la place du regard, il repéra aisément le directeur qui déblatérait sur les planches devant un public constitué de techniciens et soldats.
"-Fermez cette trappe, vociféra le petit binoclard. Je ne veux pas tomber et me rompre de cou.
-Vous avez entendu monsieur Jacobi, hurla un gradé au pauvre bougre à côté. Fermez cette maudite trappe."
Une fois le trou refermé, Jacobi reprit son élocution en faisant des vas et vient.
Corvo quant à lui s'envola vers l'immeuble en face, descendit les escaliers jusqu'à la cave pour passer à travers un mur à moitié terminé. Après avoir endormit le garde au fond, le protecteur trouva le mécanisme de la trappe au-dessus de sa tête, Jacobi toujours à étudier son texte. Il abaissa le levier et regarda le directeur des voiries finir sa chute à côté de lui, se cognant la tête au sol, s'assommant dans sa chute. Le garde du corps en profita pour lui faire les poches pour trouver la clé de son appartement. Entendant les soldats hurler en le cherchant, Corvo quitta l'immeuble par l'entrée principale. Les soldats qui étaient dans la rue remontèrent vers la place pour assister les autres. Nullement inquiété par le peu de personne, le quinquagénaire s'introduisit dans la demeure de Jacobi. Il trouva le bureau au fond de la pièce ainsi que les tableaux accrochés au mur.
"-C'est le couteau que Daud recherche ? S'interrogea l'homme en s'approchant de l'esquisse. On dirait...une épée des Superviseurs ! Mais la lame est divisée en deux...Étrange."
Après sa réflexion, Corvo fouilla le meuble, trouvant une lettre de Yun le prévenant qu'un journaliste en avait après Jacobi pour une histoire de meurtre. D'après ce que racontait le chanteur, Jacobi pouvait passer quelque temps à l'ombre. L'ancien soldat se mit en quête de la preuve de ce meurtre et trouva la fiole de sang. Après un soupir de dégout, il glissa la bouteille dans sa poche et lu une lettre qui trônait dans le coffre, expliquant l'expérience à laquelle s'était livré l'administrateur. Cet homme avait vidé de son sang un pauvre hère pour tenter de voir le Vide.
Réprimant un haut-le cœur, Corvo s'attaqua au reste du bureau, trouvant la clé et la note expliquant que Jacobi faisait partie de l'élite des Aveuglés. Une phrase attira son attention et son regard se porta sur l'étrange dispositif qui trônait sur un meuble. Il activa la molette et observa le caillou à l'intérieur flotter dans un champ magnétique.
"-Ça vient du Vide ? Comment l'a-t-il eu ? Et que cherche-t-il exactement là-bas ?"
Corvo se rendait compte que le Vide n'était pas vraiment ce qu'il pensait être, Delilah y faisait des aller-retours, les Aveuglés voulaient y rentrer pour rencontrer l'Outsider et certains avaient réussi à y prélever un morceau de roche noire. Trop de questions et peu de réponse comme toujours.
Corvo quitta l'immeuble et s'envola par les balcons pour atteindre la banque et les appartements du journaliste. Après lui avoir laissé toutes les preuves dont l'homme avait besoin, le protecteur se dirigea vers le fleuriste pour y attendre ses collègues.
Daud observa Corvo quitter le salon avant d'ordonner à Thomas d'aller en repérage de la maison de Yun. Après quelques minutes, le second expliqua que la demeure était fermée au public, les domestiques ne laissant entrer personne et que le chanteur était entouré par une équipe de soldats. Le Maître ordonna alors à son second de trouver des uniformes pour tous les deux, ils s'infiltreraient dans la maison grâce à leurs déguisements. Un quart d'heure plus tard, Thomas avait rapporté un uniforme rouge de gradé pour Daud et un bleu pour lui. Après les avoir enfilés, les deux hommes s'approchèrent de la villa du chanteur et toquèrent à la porte. Une domestique est venue leur ouvrir avant de les laisser passer sans poser la moindre question. Les faux soldats traversèrent le hall sans problème et montèrent au premier étage. Un soldat de seconde classe les salua en se postant devant eux.
"-Sergent, Caporal, bafouilla le deuxième classe. Puis-je savoir pourquoi vous êtes là ? Dois-je vous annoncer ?
-Ce ne sera pas nécessaire, contra Daud avec sévérité. Yun est dans sa chambre je suppose.
-Oui, répondit le soldat en se ratatinant quelque peu. Mais il a demandé...
-Repos soldat, adouci quelque peu Thomas. Nous venons simplement prendre la relève en place. Descendez avec les autres et faites une pause.
Le deuxième classe dansait un pied sur l'autre.
-C'est un ordre soldat, cracha Daud. Ne m'obligez pas à me répéter.
-Oui Sergent, salua l'homme. Pardonnez-moi Sergent."
Le pauvre bougre dévala les escaliers pour se retrouver dans le salon. Les deux assassins continuèrent leur ascension et congédièrent les soldats qui se montrèrent beaucoup plus coopératifs que celui du premier étage. Le chanteur était bien dans sa chambre, mais les craquements de sa voix rendaient les paroles atroces à l'oreille. Faisant fi du canari déplumé de ses phonations, les deux comparses se dirigèrent vers le coffre-fort dans une pièce attenante à la chambre. Thomas trouva le mot du choriste et le montra à son maître.
"-Un coffre qui s'ouvre avec sa voix...Original.
-Que voulez-vous faire ?
-Trouvons cet enregistrement, déclara Daud en grinçant des dents. Les babillages de Yun ne nous seront pas utiles.
-L'audiographe est dans une salle sécurisée à l'étage en dessous, expliqua Thomas en sortant un plan de la villa. Il est protégé par un haut système de sécurité, sol électrifié et alarme.
-Allons voir ça."
Le blond entraîna son maître devant la double porte avant de l'ouvrir. Daud prit quelque instant pour étudier la pièce et échafauder un plan.
"-Surveilles les environs, ordonna le vieux. Élimine ceux qui pourrait s'approcher."
Thomas lui lança un regard surpris avant de lentement acquiescer. Daud décocha un carreau qui explosa le verre, rien ne bougea dans la maison. Alors, il invoqua un nuage de fumé pour se glisser dedans, flottant vers la partition et la déroba, avant de revenir vers Thomas. Le précieux sésame en poche, les deux hommes retournèrent vers le coffre pour jouer la mélodie. La porte s'ouvrit avec un cliquetis agréable dévoilant le contenu. Daud ramassa le lingot et le tendit à son second avant de lire le feuillet qui dormait près de l'argent.
"-Il y a une note, commenta Daud. Le coteau est gardé par Dolores Michaels dans sa banque. Elle est la dernière dirigeante des Aveuglés.
Un bruit de porte attira l'attention des deux hommes dans leur dos. Malgré l'absence de tout pouvoir, Thomas se jeta sur le chanteur, l'immobilisant.
-Qui...Qui êtes-vous, bafouilla Yun. Que voulez-vous ?
-Silence, ou nous révélons à la presse que El Contador est en train de perdre sa fabuleuse voix, gronda Daud en s'approchant.
Le pauvre Yun ne bougea plus, regardant Thomas et Daud paniqué.
-Je ferais tout ce que vous voulez, mais pitié ne parlez pas à la presse. Miaula le choriste."
Après avoir endormi le chanteur avec rapidité et efficacité, Daud en profita pour explorer le bureau. Il trouva un caillou noir flottant dans un étrange dispositif, l'assassin coupa le courant et la pierre tomba dans son socle, puis le ralluma pour voir le caillou flotter à nouveau.
"-Qu'est-ce que c'est ? Demanda Thomas.
-De la pierre qui constitue le Vide.
Son regard se porta vers le tableau au mur, une représentation assez fidèle du lieu mystique.
-Monsieur, interpella Thomas depuis le lit.
Le mentor s'approcha, lisant la lettre que lui tendait son second.
-Pourquoi Yun voulait entrer dans le Vide ? S'interrogea le quinquagénaire. Il est riche et célèbre. Qu'est-ce que l'Outsider pouvait lui apporter de plus ? La jeunesse éternelle ?
Daud jeta la lettre avec un grognement et explora plus amplement la chambre tombant sur un croquis de la lame divine et sur un argentique.
-Il est proche d'Abele, constata amèrement l'homme en rouge. Donc tout serait lié, Delilah, le couteau... ? Non...
Son second lui apporta les différents tableaux du Vide avant de quitter la demeure.
-Thomas, va à la banque, repère les lieux, ordonna le Maître. J'attends ton rapport chez le fleuriste."
Thomas s'inclina avec respect et traversa la rue vers la caisse de dépôt. Daud quant à lui s'en alla à droite, retrouva sa tenue légendaire et attendit devant la boutique. Une ombre attira son attention, Corvo s'approchait de lui un bouquet de rose dans les mains, son visage souriant dénudé de son masque.
"-Ah Daud, te voilà, ricana le protecteur. Tu as trouvé quelque chose ?
-Oui, soupira l'assassin tentant de ne pas regarder son fardeau. La première clé du coffre contenant le couteau, il est enfermé dans la banque Michaels. Thomas est parti inspecter les lieux. Et toi ?
-J'ai une clé semblable, Jacobi ne devrait plus nuire à personne, expliqua Corvo très fier. Il va tomber pour meurtre. Et j'ai vu le couteau, il ressemble aux lames des Superviseurs.
-Tu n'as pas tort, acquiesça Daud en repensant au dessin.
Corvo suivi le regard de Daud, qui ne décrochait pas du bouquet.
-Ah, ça, lâcha le protecteur. Tu te souviens quand je t'ai fait ma déclaration...Ne me coupe pas s'il te plait...Je me suis rendu compte qu'il manquait quelque chose, et j'aurais dû commencer par là dès le début. Pour moi c'était évident, mais...Je te pardonne Daud.
La salive glissa difficilement dans la gorge sèche de l'assassin. Corvo tendit le bouquet et le meurtrier l'accepta.
-Nous y reviendrons...plus tard, lâcha Daud en entendant des pas venir vers eux.
Corvo repéra Thomas qui revenait.
-Allons dans un endroit plus tranquille, argumenta le plus vieux.
-Il y a une passerelle tout proche de la banque, indiqua le blond."
Une fois installé Thomas se lança, étalant les plans qu'il avait volés.
"-La banque est équipée des tout derniers systèmes de sécurité : soldats entraînés, soldats mécaniques, alarme, sol électrifié, portes fermées magnétiquement, pilonne et portails foudroyants. Le couteau est lui-même dans un coffre inventé par Jindosh qui ne s'ouvre qu'à deux endroits : la salle des archives au sous-sol ou le bureau de la directrice au troisième étage. La garde communique par code qui change à chaque ronde.
-Les possibilités d'accès ? Demanda Daud.
-Aux nombres de trois : les égouts, la benne à ordure ou le toit.
-Nous devons éliminer la menace des soldats et des éventuels employés, argumenta Corvo.
-Il y a un système de climatisation sur le toit, expliqua Thomas. Avec assez de sédatif, ils ne devraient pas vous gêner. De plus, un vol comme celui-ci nuirait à l'image de Michaels, elle a une clientèle très huppée.
-La pharmacie a été saisi par la banque, confirma le protecteur. Il a été assassiné il y a peu par Jacobi. Le laudanum peu se trouver au marché noir ou dans les enchères.
-Il faudra trouver comment contourner le système de code, réfléchi Daud. Pour récupérer le coteau.
-Daud, es-tu sûr de vouloir tuer l'Outsider ?
Les regards de Thomas et Daud se braquèrent sur Corvo.
-L'Outsider m'a donné sa marque il y a plus de trente ans en sachant pertinemment comment je m'en servirais, argumenta Daud en s'approchant de son homologue. Pendant des années, j'ai utilisé ce pouvoir pour saboter Dunwall de l'intérieur. Tu devrais le savoir mieux que quiconque. Il a fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. Crois-tu réellement que le monde a besoin de personne comme moi ? Ou comme Delilah ?
-Tu sais parfaitement que ce n'est pas ce que je veux dire Daud, contra Corvo en plantant son regard dans celui de l'assassin. Tu sais que je suis d'accord avec toi...et que j'ai décidé te de suivre dans cette quête.
-Nous réglerons le compte de l'Outsider plus tard, lâcha Daud. Nous avons plus urgent à faire avec la banque.
-Je suis d'accord, lâcha le protecteur.
-Mangeons, prenons quelques heures de repos, proposa le vétéran. Nous braquerons la banque à la nuit tombée."
