Bonjour tout le monde !

Me revoilà après de longues semaines d'absence. Je m'excuse, mais les partiels ne m'ont laissé aucun répit !

Je vous remercie énormément pour vos reviews, vous n'imaginez pas à quel point c'est motivant J

Bonne lecture !

oOo

Chapitre 9 : Tom – au retour des vacances de Pâques de 1942

Sola me sourit en s'asseyant à la table. Elle est revenue il y a quelques heures après avoir avait passé les vacances en compagnie de son père et du bébé, essayant de l'aider à surmonter la mort prématurée de sa femme. Elle m'avait invité à la rejoindre, mais j'avais refusé avec véhémence. Hors de question de passer deux semaines enfermé avec un nourrisson bruyant et un homme en deuil. J'avais de bien meilleurs plans.

A ma grande contrariété, je sens les regards peser sur nous tout au long du dîner. C'est l'une des premières fois où les élèves nous voient ensemble depuis que la rumeur sur notre parenté s'est propagée. Je fixe méchamment les courageux qui osent m'épier, tandis que Sola leur offre un sourire serein.

Mes disciples eux-mêmes font leur possible pour éviter de nous dévisager, mais c'est plus fort qu'eux. Ils cherchent une ressemblance et se retrouvent étonnés quand ils la trouvent. Wael en particulier a la tête de quelqu'un dont le monde s'est effondré. Il vient probablement de prendre conscience que Sola est plus que jamais intouchable. Je lui lance un regard menaçant. Qu'il ose toucher à ma sœur. Je me ferai un plaisir de le remettre à sa place.

« Oh, ne sois pas si grognon », plaisanta Sola en prenant une bouchée de poulet. « Ils sont juste curieux. »

« Oui, eh bien, ils feraient mieux de s'occuper de leurs affaires. ». Ma voix est si forte que tous nos observateurs se détournent simultanément, pris en flagrant délit.

Un seul garde son regard rivé sur moi. Dumbledore, depuis la table des professeurs, a les lèvres pincées, les bras croisés devant lui. Je lui jette un petit sourire en coin. Il me soupçonne, bien sûr. J'étais déjà le diable pour lui alors même que je n'avais rien fait de répréhensible. Maintenant que mon lien avec Sola a été dévoilé, je suis le coupable parfait pour le meurtre de Johnson. Heureusement pour moi, personne d'autre n'a serait-ce que jeté un coup d'œil dans ma direction. Qui soupçonnerait le charmant orphelin ?

Tuer Johnson était presque trop facile. J'en viens à regretter un peu de n'avoir pas relâché le Basilic. Ca aurait mis un peu d'animation, au moins. Les jours sont longs. Comme j'aimerais que le temps passe plus vite, que demain, je sois diplômé et que je puisse vivre ma vie comme je l'entends… Sola semble ressentir la même chose que moi. Il y a tant à voir dehors. J'aime Poudlard, mais la quatrième année se révèle jusqu'ici décevante. Nous n'apprenons que peu de sorts utiles en cours, et ça me pèse car je ne peux pas tout simplement les sauter et me présenter aux examens à la fin de l'année. Ma vie serait tellement plus enrichissante si c'était possible. Mais non. Je suis contraint de me présenter en classe heure après heure, de jouer l'élève modèle alors qu'à l'intérieur, je me flétris littéralement d'ennui.

Comment ceux autour de moi peuvent-ils supporter toute cette médiocrité ? N'y a-t-il que moi dans cette école qui comprenne à quel point le Ministère nous restreint dans nos apprentissages ? A ce rythme, dans cinquante ans, les sorciers seront à peine capables de lancer un Accio. C'est révoltant.

Même mes disciples sont idiots. Un peu moins que certains autres élèves, peut-être, mais ils sont tellement loin derrière moi que c'est risible. Le seul défi que j'ai rencontré, c'est ma sœur. Nous n'avons jamais fait de duel ensemble, donc je ne peux pas attester de son niveau magique, mais son esprit est de toute façon sa plus grande force. Parfois, elle me fait remettre en question le système de maisons à Poudlard.

Sola est courageuse, téméraire même. Mais elle est également férocement intelligente et d'une curiosité inouïe. Elle aime travailler, et s'est révélée très loyale. Il y a aussi du Serpentard en elle. Elle s'est montrée souvent rusée, et si elle possède quelque chose, c'est de l'ambition, même si ses projets post-Poudlard restent flous.

Notre routine reprend dès le lendemain, comme si notre dispute d'avant Pâques n'avait jamais eu lieu. Elle m'apprend beaucoup de sorts que je ne connaissais pas, et peu importe à quel point j'insiste, elle refuse toujours de me révéler comme elle les a découverts. De mon côté, je la présente finalement au Basilic. Il l'aime bien, à tel point que je me méfie. Alors que j'ai dû parler longuement avec lui pour m'assurer de sa loyauté, Sola a juste eu à le saluer gaiement pour qu'il la vénère. Il dit qu'elle sent meilleur, et qu'elle le salue toujours dignement, le reconnaissant comme le Roi des Serpents. Comme si cette bête avait besoin que l'on gonfle encore plus son ego.

Elle est revenue aux réunions hebdomadaires des Chevaliers de Walpurgis, mais comme toujours, elle refuse d'admettre qu'elle en fait partie. Pour elle, elle ne vient que pour me soutenir, pas ma cause. Je la laisse penser ce qu'elle veut.

La plus grande surprise de cette fin d'année scolaire a été sa nouvelle amitié avec un Serpentard de son année. J'ignorais même qu'ils se connaissaient avant la réunion du Club de Slughorn. Comme toujours, nous sommes quelques dizaines d'étudiants triés sur le volet à être invités pour rencontrer les personnalités que notre louable directeur de maison a fait venir.

Je suis au beau milieu d'une conversation avec le politicien Hadrien Malfoy, le père d'Abraxas, lorsque j'aperçois Sola près du buffet. Etonné, je remarque qu'elle discute avec Alphard Black et qu'ils sont très proches. Ca ne me plait pas du tout. Alphard Black n'est pas quelqu'un que je peux contrôler et menacer si besoin : il est un peu trop âgé pour que mon influence l'atteigne véritablement, et de toute façon, sa famille est intouchable. Ils sont la royauté implicite en Grande-Bretagne magique. Je ne veux pas que Sola fréquente des Serpentards que je n'approuve pas personnellement. Je serre les dents. Un rapide coup d'œil à Noxance à côté de moi me révèle qu'il est furieux et probablement à deux secondes de couper le père Malfoy dans son discours sur le Magenmagot pour aller rencontrer le duo.

Un sourire charmant aux lèvres, je fais quelques remarques pertinentes au politicien avant de nous arranger une sortie, prétextant devoir parler à quelqu'un à l'autre bout de la pièce. Noxance et moi laissons Abraxas discuter un peu avec son père et nous faufilons en direction de ma sœur et du grand Serpentard qui lui sourit doucement.

Alphard Black est peut-être le membre de sa famille le plus discret. Jamais aucun scandale, jamais aucune rumeur salace à son sujet. C'est le Black typique en apparence. Il est très grand – nous dominant moi et Noxance d'une tête, mais il a deux ans de plus que nous, donc c'est attendu. Il est mince et très pâle, encore plus que moi et Sola. Ses yeux sont du gris typique de sa famille, ses cheveux noirs légèrement bouclés, ses traits aristocratiques. Il n'a rien de spécial à mes yeux. Il est plutôt beau, mais tous les Black le sont. Je me souviens distraitement avoir pris note lors de mes recherches qu'il est intelligent, quoique pas non plus au sommet de son année. Il lui manque quelque chose pour briller comme ma sœur, et cela m'avait dissuadé d'essayer de le recruter.

De toute façon, j'évite de courtiser des étudiants plus âgés. Je n'aime pas que mes disciples soient au-dessus de moi, de quelque façon que ce soit : en taille, en puissance, en âge. Je veux être le premier en tout, je le suis d'ailleurs, et j'en suis parfaitement heureux.

Je me poste derrière ma sœur, mais comme d'habitude, elle sait que j'arrive malgré tous mes efforts pour être discret. Elle se retourne avec un petit sourire, qui faiblit lorsqu'elle croise le regard de Noxance.

Pensif, je me demande s'ils rencontrent des problèmes, en ce moment. Cette nouvelle amitié n'a pas vraiment l'air de ravir mon disciple. Je l'ai rarement vu aussi crispé, lui qui rigole toujours de tout -parfois même quand ce n'est pas approprié.

« Salut, Tom. Noxance. »

« Sola », répond Noxance, un peu plus froidement qu'à son habitude. Il se penche ostensiblement pour lui donner un baiser. Black reste de marbre. « On devait se rejoindre dans la salle commune de Serpentard. Je t'ai attendue. »

Sola semble surprise, puis totalement contrite.

« Oh par Merlin, Nox, j'ai oublié. Je suis désolée ! », s'exclame-t-elle en passant son bras sous le sien. « J'ai croisé Alphard, et il devait me parler de Djouqed, vous savez, le plus grand sorcier de l'Egypte antique. Vous vous rendez compte ? Un de ses écrits est actuellement en libre consultation à la Grande Bibliothèque magique du Caire, c'est totalement inouï ! Il faut absolument que j'y aille cet été ! J'essayais de convaincre Al de venir avec moi. Il n'a jamais quitté la Grande-Bretagne, je crois que c'est mon devoir de l'aider à sauter le pas », plaisante-t-elle.

Noxance ne sourit pas du tout. Je ne suis pas vraiment ravi non plus.

« Tu l'appelles Al ? », grogne Noxance en jetant un coup d'œil au grand Serpentard qui arbore toujours son visage de poker. « Depuis quand vous connaissez-vous, au juste ? Pourquoi tu ne me l'as pas d-»

« Hors de question que tu quittes la Grande-Bretagne sans moi. », l'interrompis-je. « Il y a un Seigneur des Ténèbres là-bas en ce moment, il y a des attentats partout. C'est bien trop dangereux. »

La petite blonde fronce les sourcils et croise les bras. Je suis tenté de la trouver mignonne, mais je résiste vaillamment à ses yeux boudeurs.

« Premièrement, Noxance, je suis amie avec Alphard depuis un mois environ. Phileane a abandonné Potions en cours de route. Ses allergies se sont encore aggravées, et ça devenait compliqué pour elle de supporter les effluves. Al ici a gentiment proposé d'être mon partenaire. Je ne pensais pas que je devais tout te raconter de ma vie. », réplique-t-elle, d'un ton un peu sec. « Je pensais qu'on se faisait confiance. Deuxièmement, petit frère, je sais me défendre. De toute façon, ici, il y a Grindelwald, alors bon, je ne suis pas beaucoup plus en sécurité en Europe. Les Seigneurs des Ténèbres se reproduisent comme des lapins, en ce moment. », rigola-elle.

Elle est la seule à trouver cela drôle. Mais elle a son air buté, et je sais qu'elle ne changera pas d'avis. Si elle refuse de m'écouter, je vais insister pour l'accompagner à cette petite excursion. Hors de question de la laisser s'aventurer en terrain inconnu, sans personne pour la protéger. Ca m'embête un peu. J'avais des projets pour cet été. Peu importe.

Sola est plus importante.

« Sola et moi ne sommes que des amis. », déclare simplement Black.

Sa voix est calme et grave. Il semble très sérieux, très sévère, tout le contraire de ma sœur aînée. Je me demande comment leur amitié fonctionne.

Qu'en sais-je ? Je n'ai pas d'amis.

Le silence pèse pendant quelque secondes, Noxance et Black se regardant sans ciller, tandis que je commence à regretter d'être venu. Cette soirée est censée représenter une occasion pour moi de me faire des alliés. Chaperonner ma sœur et assister à ce duel de testostérone n'était pas à mon programme du jour. Sola semble tout aussi exaspérée.

« Oh allez, nous sommes là pour nous amuser ! Souriez un peu, on dirait que quelqu'un est mort ! », clama-t-elle en soupirant. « Pour la peine, je m'en vais. Je crois avoir aperçu le directeur de la Gazette du Sorcier, j'aimerais lui demander pourquoi ses journalistes racontent tous ces mensonges sur Grindelwald. Non, mais vous avez lu ? C'est n'importe quoi. Tout le monde sait qu'il a étudié à Durmstrang et qu'il vient d'une famille très respectable. Et pourtant, la Gazette insiste sur le fait que son père vendait des nourrissons au marché noir comme ingrédients de potions. Elle présente aussi tous les étudiants de son école comme des sorciers malveillants, tout cela parce qu'un Seigneur des Ténèbres en est sorti. Personne ne possède d'esprit critique dans ce pays ? », grogne-t-elle en s'en allant d'un pas décidé en direction d'un petit homme grassouillet en train de se gaver de petits fours.

Nous restons tous les trois à nous regarder. Ou plutôt, Noxance et Black se jaugent, tandis que je semble transparent. Je n'aime pas cela du tout. Je ne serai pas ignoré comme un vulgaire serviteur.

« Noxance, laisse-nous. Je dois parler à Black quelques minutes. »

Mon disciple me jette un regard noir. Je le fais paraître faible devant quelqu'un qu'il considère comme un rival pour les affections de Sola. Peu m'importe. Sa fierté et lui peuvent aller panser leurs blessures autre part. De préférence, là où je ne suis pas.

Lorsqu'il s'est suffisamment éloigné pour être hors de portée, je fais face à Black qui attend patiemment.

« Que puis-je faire pour toi, Jedusor ? », me demande-t-il poliment.

Il est respectueux. Il sait que je suis officieusement à la tête de Serpentard, même si les années supérieures essaient de se voiler la face. Je pense aussi qu'il soupçonne grandement ce que je vais devenir, car ses yeux gris sont méfiants, calculateurs. Peut-être l'ai-je jugé trop vite. Il est plus rusé que ce que j'imaginais.

« Quelles sont tes intentions envers ma sœur ? », demandai-je sèchement, allant droit au but. Parfois, la situation mérite qu'on y mette les formes. Cette fois-ci, je m'en passe bien. Je n'ai pas besoin de charmer Black. Je veux l'effrayer suffisamment pour tester ses motivations.

« Je n'ai pas d'intentions particulières. », répondit-il calmement. « C'est mon amie. Nous aimons tous les deux l'Histoire et la magie ancienne. C'est tout. »

« C'est tout. », répétai-je, un peu sceptique. « Black. Tu es un Serpentard. Nous avons tous des motifs inavouables, derrière chacune de nos actions. C'est le principe de base de notre maison. »

Black haussa les épaules.

« Honnêtement, je m'en fiche. Je ne suis pas vraiment un Serpentard. Le Choixpeau ne m'a mis là que parce que je suis un Black. Sola est ma partenaire de Potions. Je ne veux pas sortir avec elle, ou lui faire du mal, ou peu importe quelles horreurs tu imagines. »

Je reste perplexe. Il y a forcément quelque chose, mais je ne tirerai rien d'Alphard Black ce soir. Il est respectueux, mais il ne me craint pas particulièrement, réalisai-je avec amertume. Les Black n'ont aucune raison d'avoir peur de quoique ce soit. Comme j'aurai aimé avoir été élevé dans une famille comme la leur. Au lieu de ça, chaque jour pour moi est une bataille pour être reconnu à ma juste valeur. Chacune de mes réalisations est tâchée par mon statut sanguin. Si j'avais été un Sang-Pur, j'aurais déjà eu de nombreuses propositions de mentorat politique. Je n'aurais peut-être même pas eu à devenir un Seigneur des Ténèbres pour avoir ce que je veux.

Cette injustice continue à me faire bouillir le sang.

« Je vais te regarder, Black. », le menaçai-je. « Au moindre faux-pas… »

Il hoche la tête avec compréhension, et quelques minutes plus tard, je le quitte, pas plus avancé qu'auparavant sur cette nouvelle pièce dans la vie de ma sœur. Je soupire. Ce serait tellement plus simple si je pouvais la mettre sous cloche. Je divertis l'idée pendant un bon moment, avant de me mêler à nouveau aux éminents invités.

Une heure plus tard, la plupart sont partis. Nous ne sommes plus que sept étudiants : Noxance, Ralphus, Wael, Leon, Abraxas, Sola et moi. Assis autour d'une table avec Slughorn, nous échangeons quelques platitudes, et j'écoute d'une oreille distraite les louanges de mon chef de maison.

Soudain, la pendule sur le bureau de Slughorn sonne onze heures.

« Bonté divine, il est déjà si tard ? », s'exclame-t-il en tapant dans ses mains. « Il est temps que vous vous en alliez, ou nous aurons tous des ennuis. Lestrange, je veux votre devoir demain, sinon je vous donne une retenue. C'est également valable pour vous, Avery. »

Ralphus et Wael hochent la tête. Au vu du regard qu'ils se lancent, leurs devoirs seront des copiés collés.

Tout le monde se lève. Je croise le regard de Noxance et lui fait un petit signe de tête. Ce soir, j'ai une mission. Mes disciples savent que je veux discuter avec le professeur en privé. Mon groupe sort rapidement, mais Sola traine un peu derrière, ses yeux curieux brûlant un trou à l'arrière de ma tête.

Slughorn est dos à moi lorsque je l'approche discrètement. Il se retourne, un peu surpris de voir que je suis resté.

« Ouvrez l'œil, Tom. Il ne faut pas vous laisser surprendre hors de votre lit à cette heure-ci… », me conseille-t-il avec un clin d'œil.

Avec un sourire charmant, j'hoche la tête consciencieusement. Quelques échanges plus tard, il est suffisamment détendu, sa garde baissée, pour que je puisse en venir à ma préoccupation actuelle.

« Monsieur, je voulais vous demander quelque chose. J'aurais voulu savoir ce que vous pouviez me dire des Horcruxes ? »

Slughorn se tend un peu, mais pas autant que l'on pourrait s'y attendre, sachant où j'ai trouvé ce terme. Le seul livre de magie noire qui en parle est très rare, et absolument interdit par le Ministère. Le posséder est passible d'Azkaban.

« Vous faites une recherche pour le cours de défense contre les forces du Mal ? », plaisanta-t-il à moitié. Il sait bien que c'est bien trop avancé pour être l'objet d'un devoir de quatrième année.

« Non, pas vraiment, monsieur. », répondis-je sérieusement, en veillant à garder ma voix calme et douce. « Je suis tombé sur ce mot dans un texte que je lisais, et je ne l'ai pas totalement compris. »

Je prépare ce moment depuis des semaines. Slughorn mentionne enfin que c'est de la magie noire, et devient méfiant. Il se questionne clairement sur mes lectures. Mais je sais quoi dire. Cette vieille limace est sensible à la flatterie, et heureusement pour moi, je sais exactement quels boutons pousser.

J'ai peu de peine à tirer de lui ce que je veux. Il ne fait que confirmer mes soupçons. Bien entendu, la seule chose qui peut diviser une âme, c'est de commettre un meurtre. Ce qui tombe bien pour moi, c'est que j'ai déjà accompli cette partie. Slughorn est trop horrifié pour me répondre correctement lorsque je lui demande si faire sept Horcruxes est possible, mais de toute façon, ça m'étonnerait qu'il le sache.

Le pauvre professeur fait tout ce qu'il peut pour me pousser hors de son bureau à la fin de notre conversation. Je le laisse faire. J'ai appris tout ce dont j'avais besoin, et Slughorn n'en parlera à personne. Il sait très bien qu'il n'aurait jamais dû m'en parler, et qu'il risque le renvoi et une peine lourde à Azkaban si cela venait à se savoir.

Je suis plutôt content de ce que j'ai appris. J'avais déjà lu le passage sur les Horcruxes bien avant de tuer Johnson. Je m'intéresse depuis déjà des mois à l'immortalité. Il est hors de question que je meure comme un sorcier ordinaire. La vie est trop dangereuse. Demain, je peux glisser dans les escaliers et éclater ma tête sur le sol. Dans un mois, peut-être que je mourrai dans un bombardement moldu, écrasé sous le poids de mon orphelinat. A soixante-dix ans, qui sait si je n'attraperai pas la Dragoncelle et décéderai lamentablement. C'est inenvisageable. Je ne peux pas accepter cela.

Il faut que j'agisse, et vite. Je n'ai pas toute une vie pour essayer de découvrir le secret de la pierre philosophale, comme Flamel avant moi. Les Horcruxes semblent être la méthode la plus rapide et celle qui a le plus de chances d'aboutir.

« Des Horcruxes, Tom ? Sérieusement ? »

Je sursaute, contre mon gré. Sola m'attend, bien en vue, appuyée sur le mur face à la porte. Elle a évidemment tout entendu et a réussi à échapper à la vigilance de Noxance, auquel j'avais confié la tâche de veiller à ce qu'elle ne soit pas dans les parages pendant que je parlais à Slughorn. Il payera pour son échec.

Je songe un instant à changer de favori. Abraxas est trop bruyant et trop arrogant. Il me fatigue. Mais sa plus grande qualité est sa richesse. Il aime montrer aux autres qu'il a de l'argent, et j'aime beaucoup être le bénéficiaire de ces démonstrations. Quoique. La perspective de l'écouter se vanter toute la journée me rebute immédiatement. Wael est hors de question. Il a ses utilités, c'est pour ça que je le garde, mais moins je le vois, mieux je me porte la plupart du temps. Leon est quelque peu…instable. Un tout petit peu trop cruel pour moi, dira-t-on. La soif de sang ne me dérange pas, tant qu'elle est contrôlée. Je n'aime pas le désordre. Rosier est littéralement un désordre ambulant. Sa seule qualité de Serdaigle est son besoin maladif de tout connaître sur tout ce qu'il se passe dans le château. Il a un réseau d'informateurs si compliqué que je n'en connais même pas les premiers maillons. Non. A bien y réfléchir, Ralphus serait parfait. Silencieux, taciturne, efficace. C'est une idée à méditer, si Noxance devient plus dérangeant qu'il n'en vaut la peine.

Sola m'appelle plusieurs fois. Je secoue la tête pour dissiper mes pensées intempestives.

« Ce ne sont pas tes affaires. », répliquai-je sans m'arrêter de marcher.

Sola m'emboite le pas. Inconsciemment, je me dirige vers la Chambre des Secrets. Ce n'est pas une conversation que je souhaite avoir dans la salle commune.

Nous restons silencieux sur le chemin. Les murs ont des oreilles, et elles s'appellent les tableaux de Poudlard. Nul doute que tout ce qui est dit innocemment près d'eux est rapporté aussitôt à ce bon vieux Dumbledore.

Une fois assis sur les confortables fauteuils de la bibliothèque de la Chambre, nous nous regardons un instant. J'ai l'impression que ma sœur voit à travers moi. Elle me regarde avec quelque chose ressemblant à de la pitié, et cela me met hors de moi.

« De quel droit écoutais-tu à la porte ? », claquai-je en premier, ma voix plus froide qu'un glaçon. « Ce n'est pas parce que tu es ma sœur que tu as tous les droits. », lui rappelai-je. « Ma patience ne s'étend que jusqu'à un certain point, Sola. »

La blonde hausse un sourcil.

« Tu vas me torturer, si je ne t'écoute pas, petit frère ? », demanda-t-elle d'un ton curieux.

C'est une question facile.

« Si je le dois. », acquiesçai-je. « Quand je donne un ordre, tu obéis. Cela vaut pour chacun de mes disciples, et ce n'est pas moins vrai pour toi. »

Elle a le culot de lever les yeux au ciel.

« Je te crois. », dit-elle. « Tu serais prêt à me torturer pour montrer l'exemple. Mais tu oublies une chose. Pour cela, il faut déjà que tu puisses me vaincre, et qui te dit que ce sera toi le vainqueur ? », me nargua-t-elle. « Je ne suis pas un de tes disciples, contrairement à ce que tu dis, et je ne me laisserai pas faire gentiment. J'ai deux ans de plus que toi, je lis au moins autant, je ne suis pas une faible sorcière. Je suis au sommet de mon année. Comment peux-tu être certain, qu'en l'état actuel, tu gagnerais ? »

Malgré moi, un doute persiste au fond de mon esprit. Elle n'a pas totalement tort. Ce n'est pas parce qu'il est hautement improbable que quelqu'un dans l'école puisse me vaincre que c'est impossible. Devant moi se trouve peut-être la personne qui a le plus de chance d'y parvenir. Nous partageons le même sang, tous les deux, le même esprit curieux et la même soif de connaissances.

Comment, en effet, puis-je être sûr de gagner ?

Pour la première fois, je dois avouer que je ne peux pas. Il y a un risque, certes minime, mais il existe, qu'elle réussisse le duel.

Soudain, je veux la combattre. Je dois me prouver à moi-même en premier lieu que je suis plus fort, plus puissant qu'elle. Je ne peux laisser personne se mettre en travers de mon chemin. Pas même elle.

Je sors ma baguette et me lève brusquement.

« Voyons cela tout de suite, alors. », dis-je sèchement, un peu excité malgré moi.

Sola sourit, ravie à la perspective, et sort également sa baguette.

Intrigué, je la regarde.

« En quoi est-elle faite ? », demandai-je en maudissant mon cerveau trop curieux.

Beaucoup de sorciers seraient offensés face à une telle question. La baguette est quelque chose de très privé pour la plupart des Sang-Purs, et ma sœur en est une. Non conventionnelle, peut-être, mais une Sang-Pur quand même.

Sola, heureusement, me répond joyeusement.

« Sycomore et plume de phoenix. ». Ainsi ma sœur avait-elle soif d'aventures, et l'esprit immensément curieux. Pas une grande surprise. La plume de phoenix, toutefois… « Et toi ? »

« If et plume de phoenix. »

« Elle est belle. », me dit-elle. « Ca te va. »

« Toi aussi. »

Sur ces mots débute notre duel. C'est probablement le plus difficile auquel j'ai jamais participé, mais je m'y étais attendu. Ce à quoi je ne m'attendais pas, ou plutôt, ce que je ne voulais pas envisager arrive. Sola gagne. J'aimerais dire que c'était de justesse, mais, même si ce n'était pas exactement une promenade de santé pour elle, je n'ai pas la sensation qu'elle ait tout donné.

Ca me met en colère. Mais pas autant que cela ne me fascine.

« Apprends-moi. », exigeai-je. « Apprends-moi les sorts que tu as utilisés. »

Elle sourit pleinement.

« D'accord. Mais en échange, je veux que tu fasses une chose. »

« Quoi ? », demandai-je, un peu méfiant.

« Je veux que tu m'écoutes et que tu me promettes de réfléchir à ce que je vais te dire. Si après tout ce que je vais te raconter, tu veux toujours faire des Horcruxes, alors je ne t'embêterai plus. »

Ca me semble assez unilatéral. Je ne comprends pas ce que Sola gagne dans cet accord, mais je ne vais pas me plaindre. Je ne suis pas un Serpentard pour rien. J'acquiesce sagement.

Elle me guide jusqu'au canapé, et nous nous asseyons côte à côte. Elle reste silencieuse un certain temps, rassemblant sûrement ses pensées.

« As-tu déjà entendu parler des Médiums ? »

Je fronce les sourcils. J'ai choisi Divination en troisième année, fasciné par l'idée de pouvoir voir l'avenir. J'ai été déçu de découvrir que je n'avais aucun talent en la matière, et j'ai bien l'intention de ne pas poursuivre le sujet pour les ASPICS.

Toutefois, je n'ai jamais entendu le terme « Médium » en dehors du monde moldu.

« Je suppose que ce n'est pas la même chose qu'un Voyant. »

Elle secoue la tête.

« C'est totalement différent. Ca n'a rien à voir avec le fait de voir l'avenir. », dit-elle lentement. « Tom. Un Médium peut voir les morts. »

Je suis rarement surpris, mais j'avoue que je ne m'y attendais pas.

« C'est impossible. Je le saurais si cela existait vraiment. Dans le monde moldu, il y a bien des charlatans qui prétendent communiquer avec les esprits, mais dans le monde sorcier… », protestai-je.

Sola détourne le regard.

« Ils sont si rares que le programme de Divination de Poudlard ne les couvre pas. En Grande-Bretagne sorcière, il n'y a qu'une seule lignée connue de Médiums. Je suppose que tu peux deviner laquelle. »

« Les Lovegood. », réalisai-je.

Elle acquiesce gravement.

« Alors ton père en est un également ? », enchainai-je immédiatement, ma curiosité augmentant de minute en minute.

Cette fois, elle secoue la tête.

« Comme la plupart des Sang-Purs, mes ancêtres se contentaient bien souvent d'un seul héritier, et la plupart étaient des garçons. Or, dans ma famille, le don s'exprime uniquement chez les femmes. Les hommes peuvent le transmettre à leurs filles, mais ils ne le possèdent pas eux-mêmes. Avant moi, la dernière Médium était mon arrière arrière arrière grand-mère. Autant te dire que nos compétences ont eu le temps d'être oubliées depuis. »

« Donc, tu peux communiquer avec les esprits. Comment ça fonctionne ? Tu dois faire des rituels spéciaux ? Les morts doivent t'obéir ? As-tu des affinités particulières en nécromancie, par exemple ? », demandai-je rapidement. Sola a l'air ravie de mon intérêt.

Je ne peux pas m'empêcher d'être excité. Si ma sœur possède réellement un pouvoir sur la mort, il y a tant de portes qui s'ouvrent à moi pour atteindre l'immortalité. Peut-être n'aurais-je pas besoin de fabriquer des Horcruxes ? C'est décidément une voie à creuser. Le nombre de nouvelles possibilités me donne le tournis.

« Je n'ai rien de particulier à faire. », dit-elle en haussant négligemment les épaules. « Les morts viennent à moi. Quand j'étais petite, j'avais constamment des nouveaux visiteurs, curieux de découvrir la fillette-aux-Ombres, comme ils m'appelaient. La rumeur s'est propagée rapidement, de l'autre côté, et les morts les plus curieux n'ont pas pu résister longtemps à me rencontrer. Je peux choisir d'essayer de communiquer avec une Ombre en particulier, mais c'est elle qui décide ou non de me répondre. Quant à la nécromancie…Je ne sais pas. Ca ne m'intéresse pas vraiment. »

« Comment cela ne peut-il pas t'intéresser ? », m'exclamai-je, abasourdi. « Peut-être pourrais-tu vivre éternellement, ou faire revivre les morts. Les Inferi sont des morts-vivants, mais ils forment une défense redoutable. C'est une branche fascinante. »

« Pas pour moi », répliqua-t-elle. « Je respecte trop le caractère sacré de la mort pour essayer d'y déroger. »

Je secoue la tête, toujours aussi hébété. Si seulement, j'avais un tel don. L'injustice me tord une fois de plus l'estomac. J'en ferais un bien meilleur usage que ma sœur.

« Tom. », reprit-elle fermement, voyant que je ne serai pas facilement convaincu. Je ne peux pas dire que je comprends ce désir que tu possèdes de devenir immortel. Ca n'a jamais été le mien, et ça ne le sera jamais. Mais tu dois au moins admettre que je suis très intime avec la mort, plus que n'importe quel nécromancien que tu pourrais chercher à rencontrer dans ta quête. »

Je lui accorde un bref hochement de tête. Un nécromancien, peu importe son talent, n'a que des compétences qu'il a acquises dans des livres. N'importe qui peut en devenir un, s'il est talentueux et motivé. Le don de ma sœur est unique. Elle est née avec sa capacité.

« Très bien. Je vais te dire ce que je pense de l'immortalité. », dit-elle en posant ses mains sur la table nous séparant, sans jamais me quitter des yeux. « Ca n'existe pas. »

Je suis immédiatement prêt à protester, car bien sûr que si, cela existe, il y a des preuves, nombreuses et variées, des exemples tout aussi multiples… Mais elle poursuit sans me laisser le temps de dire quoique ce soit.

« Les choses auxquelles tu penses, ce n'est pas une absence de mort. C'est une mort dégradée. Un état entre la vie et la mort, où les êtres errent pathétiquement sur Terre, incapables de s'épanouir, incapables de vivre », clama-t-elle, d'une voix passionnée qui ne peut que capter toute mon attention. « Prenons l'exemple des vampires. Au sens où tu l'entends, ils sont immortels, ou presque. Ils ne mourront jamais de vieillesse, de maladie, et sont très difficiles à assassiner. Et pourtant, petit frère, voudrais-tu en devenir un ? »

Je renifle.

« Les vampires sont de simples créatures, dominées par leur instincts. Jamais je ne m'abaisserais à devenir une sous-race… », ricanai-je avec mépris.

Sola hoche la tête vigoureusement.

« Les vampires sont des êtres maudits. Ce ne sont que des échos glacés de ceux qu'ils ont été, tourmentés sans cesse par une soif de sang animale. Ils ont perdu tout l'éclat qui les caractérisait de leur vivant. Qu'ils aient été intelligents, beaux, puissants, charismatiques… Tout s'efface. Plus rien n'a d'importance. Tout en eux est comme de la pierre, froide et sans intérêt. Ils ne pensent plus qu'à une chose : chasser. »

Je suis absolument d'accord avec tout ce qu'elle vient de me dire. Mais elle ne m'apprend rien, et je vois mal où elle veut en venir. Les Horcruxes et les vampires n'ont absolument rien en commun.

« Oui, oui, très bien. Sola, qu'essayes-tu de prouver ? », la pressai-je.

« Tu m'as promis de m'écouter. », me rappela-t-elle.

Je soupire, exaspéré, mais elle a raison. Je lui fais signe de continuer.

« Passons à une autre forme d'immortalité. Les fantômes. Oui, je sais ce que tu vas dire… », m'interrompit-elle en me voyant commencer à protester. « Ils sont morts au sens médical du terme. Mais pourtant, une forme d'eux reste à jamais coincée ici, n'est ce pas ? Ils sont immortels. Mais ce sont des illusions. Des copies hantées par des remords, et des regrets, de la colère ou du chagrin infinis, emprisonnés pour l'éternité dans cette forme d'existence qui n'est ni la vie, ni la mort. Ce sont des êtres qui souffrent terriblement. »

« Oh, allez, Sola. Je ne veux pas devenir un fantôme. », m'exclamai-je, exaspéré. « Il y a bien d'autres formes possibles d'immortalité, qui sont bien plus attrayantes et tu le sais. »

« Comme quoi ? Nicolas Flamel et la pierre philosophale ? », demanda-t-elle sur un ton humoristique qui m'échappe complètement.

« Par exemple, oui ! »

« Bien. C'est vrai que sa forme d'immortalité semble être parfaite. Je n'ai jamais rencontré ce monsieur. Il vit dans un lieu tenu secret avec sa femme, depuis des siècles. En fait, si je ne me trompe pas, depuis qu'il a inventé cette pierre, quelque chose de révolutionnaire, ce génie absolu n'a plus fait aucune avancée, n'est ce pas ? On n'a plus entendu parler de lui. Finis les innombrables livres qu'il passait des heures et des heures à écrire, nous faisant faire des bonds de géant dans des disciplines nombreuses et variées. Finies ses interventions politiques, son ambition de révolutionner les fondements mêmes de notre société. Il n'a jamais fondé de famille. En fait, peu de personnes, sauf les érudits comme toi et moi, savent qui il est désormais. Tu ne vois pas, Tom ? Il a stagné ! Ce qui faisait son éclat a disparu, du jour au lendemain. Il a perdu ce qui le rendait hors du commun, extraordinaire. Il n'est que l'ombre de lui-même. Un souvenir, figé dans le temps. Personnellement, je pense qu'il doit être très malheureux. »

« Si j'avais la pierre philosophale, je ne finirais pas comme lui. », répliquai-je. « Je n'irais pas me terrer dans un chalet perdu au fin fond d'une montagne. J'ai des projets, des ambitions et pas assez d'une vie pour les réaliser, Sola ! Comment peux-tu accepter cela ! Accepter que quoique tu fasses, au final, tout cela n'aura servi à rien. Nous ne vivons pas assez longtemps pour que vivre soit intéressant. Je veux dépasser ces limites triviales entre la vie et la mort. Je suis Lord Voldemort. Je ne la laisserai pas détruire tout ce que j'ai accompli ! »

A la fin de ma diatribe, je piétine devant le canapé, agité. Je veux qu'elle soit d'accord avec moi. Si les Horcruxes se révèlent fiables, j'exigerai qu'elle en fasse aussi. Nous gouvernerons ensemble, côte à côte. Moi le maître. Elle, ma plus fidèle, ma compagne éternelle, mon sang.

J'ai soudain une image qui me vient en tête. Sola, vieille, ridée, haletant sur un lit d'hôpital, rendant son dernier soupir, et me laissant, moi, seul au monde, seul au milieu de tous ces gens qui ne peuvent même pas rêver de me comprendre.

Je secoue la tête avec véhémence. Je ne laisserai pas cela arriver. Jusqu'ici, j'étais concentré exclusivement sur ma propre existence. Mais, alors que je la regarde, assise calmement sur son petit fauteuil vert, m'écoutant attentivement, ses grands yeux noirs brillant d'intérêt, je me rends compte que j'ai besoin d'elle. Ce n'est pas juste plaisant d'être en sa compagnie. C'est pour moi nécessaire. Je ne peux pas imaginer passer le reste de ma vie sans elle à mes côtés. Eternellement seul au sommet.

Non. Elle sera là. Je m'en fais la promesse.

« Tu ne comprends pas. », soupira-t-elle finalement, après quelques secondes de silence. « Tu ne comprends pas le point commun entre toutes ces situations ? Aucun de ces immortels ne vit vraiment ! Ce sont tous des pâles reflets des grands hommes et femmes qu'ils ont pu être. Rien d'autre qu'une photographie, figée dans le temps, incapable d'évoluer. Ils ne peuvent plus progresser. Ils ne peuvent plus apprendre. Le changement, le temps qui passe, les expériences que nous vivons, c'est ce qui nous façonne, Tom ! Sans cela, penses-tu vraiment que cela vaut la peine de vivre ? Si le prix pour que tu vives éternellement, c'est que tu deviennes un être pathétique, à peine un écho oublié de ce que tu étais censé être, es-tu réellement prêt à le payer ? Réfléchis bien. Prends le temps qu'il te faut pour y penser. Je sais que je préférerais mourir jeune, que de passer ma vie à fuir la mort et n'avoir jamais vraiment fait quoique ce soit de substantiel »

Je reste un moment silencieux, plongé dans mes pensées, tandis qu'elle se lève pour nous servir un thé. Je la regarde faire. Ses gestes sont précis. Elle chantonne doucement alors qu'elle s'affaire, ses traits sont détendus. J'ai rarement vu Sola inquiète de quoique ce soit. Tout semble si clair pour elle. Sa voie toute tracée.

Je ne l'envie pas, car moi aussi, je sais ce que je veux être, et ce que je veux faire. Mais je ne suis pas aussi serein. Mon esprit est constamment torturé, pesant le pour et le contre de chaque situation, imaginant mille plans pour choisir le plus adapté. Sola ne fonctionne pas comme ça. Elle veut faire quelque chose ; elle le fait. Elle veut dire quelque chose, elle le dit. Il n'y a pas de manipulations à chercher avec elle. Au fond, c'est une personne très simple.

Je suis le plus complexe de nous deux. Parfois, j'ai même du mal à me comprendre moi-même. Mais je sais une chose. Peu importe ce qu'elle dit. Je ne peux pas mourir. Je ne peux pas. Elle ne me fera pas changer d'avis.

« Tu en as peur, n'est ce pas ? Tu es terrifié par la mort », me dit-elle doucement en me tendant une petite tasse de thé.

« Je n'ai peur de rien. », répondis-je automatiquement.

Elle rit franchement, amusée.

« Tout le monde a peur de quelque chose, petit frère. »

« Ah oui ? », répliquai-je d'une voix cinglante. « De quoi as-tu peur, dans ce cas ? »

« C'est facile ! », s'exclama-t-elle. « J'ai peur de mille et une choses. Certaines sont rationnelles. Les peurs habituelles. Perdre mon père. Vous perdre, toi ou Xenophilius. Être forcée de vivre une vie banale, avec un mari, trois enfants, une jolie clôture blanche, et des repas de famille le week-end. D'autres sont moins explicites. Parfois, j'ai peur de me perdre moi-même. De me regarder dans le miroir, et de ne plus être fière de qui je suis. Sans oublier que j'ai toujours la crainte de me réveiller et de ne plus posséder mon don. De ne plus être accompagnée de mes Ombres, qu'un beau matin, elles aient toutes disparu, me laissant seule parmi les mortels, que j'ai parfois bien du mal à comprendre ! », dit-elle avec un petit rire.

Je suis étonné de la voir parler si librement de ce qui la terrifie. Le seul fait d'évoquer la mort me paralyse. Je n'ai pas besoin d'un Epouvantard pour comprendre qu'il s'agit là de la pire de mes craintes. Mes cauchemars sont tous les mêmes. Moi, mort, avec une épitaphe disant : « Tom Jedusor, pauvre Sang-Mêlé orphelin, qui n'a pas eu la chance d'accomplir quoique ce soit d'intéressant. »

« C'est normal d'avoir peur de la mort. Je dirai que c'est même très sain. », enchaina-t-elle après quelques gorgées de thé. « Je n'en ai pas peur pour moi-même, car j'ai vu les Ombres. J'ai vu à quel point elles sont heureuses, à quel point elles sont apaisées, bien plus que les mortels, d'ailleurs. La mort n'est pas la fin, Tom. Il faut que tu me croies. C'est le début de quelque chose de merveilleux. », clama-t-elle joyeusement. « Quand mon jour viendra, je l'accueillerai sereinement. Et c'est cette conviction qui me permet d'avancer, qui me donne la volonté de vivre jour après jour en essayant de faire de chacun un souvenir extraordinaire, le moment le plus excitant de mon existence. »

« Peu importe ce qu'il y a après la mort ! », rétorquai-je. « Si tout ce que j'ai accompli de mon vivant m'est brutalement retiré, à quoi la vie rime-t-elle ? En quoi a-t-elle un sens ? »

Sola sourit.

« Dis moi, Tom, as-tu oublié Merlin ? Morgane ? Ngaye ? Djouqed ? Et tant d'autres ! Leur mort a-t-elle vraiment rendu leur vie vide de sens ? J'ai discuté avec chacun de ces sorciers. Mon enfance a été bercée de leurs histoires extraordinaires, de leurs ambitions incroyables. Je t'ai déjà parlé de Merlin. Mais ce que je t'ai dit n'est qu'une fraction de ce qu'il a accompli. Chaque sorcier et sorcière connait son nom. Cet homme, ce grand savant, a été à l'origine de la société telle qu'elle est aujourd'hui. Sans lui, rien de tout cela n'aurait existé. Certes, il n'est plus là aujourd'hui. Mais il est encore dans chaque esprit. Dans chaque sort qu'il a inventé, dans chaque loi qu'il a éditée, dans chaque sorcier qu'il a influencé, et qui à son tour en a instruit d'autres. Mais il n'est pas le seul. A chaque époque, dans chaque pays, il y a eu ces pères et mères fondateurs. Ngaye en Chine a posé les grandes bases de la médecine magique. De la botanique. Des potions. Que serions-nous devenus aujourd'hui, si grâce à lui, nous n'avions pas éradiqué la Peste Magique ? L'infection à Haestinabacterium ? Les cancers, dont nous avons la chance d'être systématiquement guéris, contrairement aux pauvres moldus ? Djouqed a accompagné les pharaons pendant toute sa vie, sa sagesse et sa puissance magique servant à bâtir les fondations de nos sociétés illustres d'aujourd'hui. En Egypte magique, il est vénéré comme un Dieu. Et tu oses me dire que leur mort a tout effacé ! J'ai des milliers d'exemples à te citer. Ca nous prendrait des semaines et des semaines. »

Elle se tait un petit moment, essoufflée d'avoir tant parlé. Ses yeux d'onyx brillent, et ses joues sont rouges. Durant son discours, elle resplendit. C'est la Sola Lovegood qui me fascine. Et aujourd'hui, j'ai compris une pièce de plus du puzzle qu'elle représente. Je n'y avais pas pensé, jusqu'ici, mais voilà comment elle dispose de tant d'informations que je ne parviens à trouver dans aucun livre. Elle dispose littéralement de siècles et de siècles de connaissances, à portée de voix. Elle n'a qu'à demander.

Mon esprit tourbillonne face aux mille et unes possibilités que son don offre. Cette petite blonde, qui atteint à peine le haut de ma poitrine, est un bijou. Une rareté. Un trésor. Je ne la laisserai jamais m'échapper.

« Parlons un peu de tes Horcruxes, si tu insistes tant pour en faire. », dit-elle finalement, avec un peu de dédain. « Ils sont censés rendre immortels. Je sais très bien que dans le livre où tu les as découverts, ils citent des noms de sorciers qui en ont prétendument faits. Dis-moi, Tom, où sont-ils aujourd'hui ? Les connais-tu ? Il y en a un qui a vécu du temps de Toni, mon ancêtre dont je t'ai parlé. Il s'appelait Yanik Rousvrag. Elle ne le fréquentait pas beaucoup, mais elle m'assure que son corps a été retrouvé à l'aube de ses quarante ans. Il a été assassiné. Il trempait dans des affaires un peu louches, et ça lui a été fatal. Naturellement, j'ai essayé de le contacter pour lui parler. ». Elle se penche vers moi, et inconsciemment, je fais de même. « Tom, il n'est pas de l'autre côté. Il n'est évidemment plus de ce monde non plus. Ou alors si, il est toujours ici, mais il erre, comme une demi-âme, dans les limbes, trop mort pour vivre, et trop vivant pour mourir. Voilà un fait concret sur ces abominations que tu veux créer. Tu te rendras moins humain qu'un vampire. Tu deviendras un résidu d'homme, comme ces créatures que tu abhorres. »

Mes yeux s'écarquillent contre ma volonté. Yanik Rousvrag. J'ai lu ce nom dans mon livre. C'est le dernier sorcier connu à avoir tenté de créer un Horcruxe. Mais le petit paragraphe où je l'ai identifié n'était que peu informatif sur ce qu'il lui est ensuite arrivé. Je pensais que tous avaient échoué dans leur quête, mourant dans le processus et que c'était la raison pour laquelle aucun n'était connu pour être immortel.

Sola pourrait-elle avoir raison ? Sont-ils toujours là, invisibles aux yeux de tous, et incapables de passer de l'autre côté ? Réduits à un état inférieur à un fantôme ?

« Ca ne m'arrivera pas. », assurai-je avec plus de conviction que je n'en ressens réellement. « Je prendrai des mesures pour qu'on me ressuscite. Je ne resterai pas oublié. »

« Peut-être. Et tu reviendras, avec un corps déformé par la mort, un esprit rendu fou par l'errance infinie, tout aussi terni que les autres immortels avant toi. », chuchota-t-elle. « Je ne te dis pas de renoncer totalement à ton projet. Juste de m'écouter. Veux-tu vraiment courir des années après un rêve impossible à atteindre, au lieu de laisser toi aussi une empreinte indélébile dans l'histoire ? Pendant qu'on y est, veux-tu vraiment être un Seigneur des Ténèbres, alors qu'il y en a eu tant déjà avant, dont plus personne ne se souvient des noms ? Rares sont les sorciers qui dans l'Histoire ont accompli quoique ce soit par la crainte et la violence. »

« Grindelwald… »

« ….Va être vaincu. », m'assura-t-elle. « Ses objectifs ne sont pas clairs, ses troupes trop désorganisées, ses moyens trop radicaux. Dumbledore ne le laissera pas courir très longtemps »

« Dumbledore ? », ricanai-je. « Tu penses vraiment qu'il vaincra le plus grand Seigneur des Ténèbres à ce jour ? »

« Oui. », dit-elle fermement. « Car Dumbledore n'est pas seul. Il est aimé. Il est adoré, même. Il a fait des découvertes magiques majeures, est un professeur accompli, et s'il continue sur cette voie, pourrait bien finir par devenir Ministre. On l'appelle le Nouveau Merlin ! C'est un sorcier admirable, dont le nom restera dans l'histoire. Grindelwald ? Je te parie qu'il sera la note de fin de page, si tant est qu'on lui consacre même de l'encre. Il n'a rien fait de nouveau. Avant lui, combien ont déjà essayé de prendre le pouvoir par la force ? Et ont échoué ? Des centaines. Trop pour qu'on se souvienne de tous. J'avoue que je serai déçue si tu deviens juste un Seigneur des Ténèbres, comme tous les autres avant toi. Tu es un bien plus ambitieux que cela, je pense. »

Sola se lève finalement, enfilant une veste tout en contournant mon fauteuil. Elle se penche vers moi.

« Réfléchis. », murmura-t-elle doucement, avant de s'en aller de son pas sautillant, s'éloignant rapidement.

Lorsqu'elle devient un petit point au fond de la grande pièce, je me détourne. Le silence est pesant, soudainement. Il me force à faire face à mes pensées, que j'aurai bien laissées de côté. Le portrait de mon ancêtre, accroché sur le mur en face de moi, ricane.

« Je l'aime bien, celle-là. Elle est intelligente. », me dit-il, parlant pour la première fois depuis que moi et Sola avons ouvert la Chambre.

Nous pensions jusqu'ici que le peintre ne lui avait pas donné la capacité de communiquer. Apparemment, Serpentard aime juste se faire désirer.

Je me lève pour lui faire face.

« Que savez-vous de l'immortalité ? », lui demandai-je, un peu à contre-cœur.

Je peine à croire que j'écoute réellement Sola, mais je le fais. Ce qu'elle a dit est logique, rationnel. Ses arguments sont valables, et peu importe à quel point j'ai envie de les balayer, d'oublier que cette conversation a eu lieu, je ne peux pas.

Mon esprit ne trouvera pas le repos, tant que je n'aurai pas toutes les réponses.

Serpentard me sourit.

« Prends une chaise, mon garçon. Toi et moi avons beaucoup de choses à nous dire. »

oOo

Voilà c'était un long chapitre. J'espère qu'il vous a plu !

Petit à petit, on commence à comprendre à quel point l'impact de Sola dans la vie de Tom va être important. A quel point elle va changer son destin.

Au fait en passant, quelqu'un avait-il remarqué la référence au Ronflak Cornu soi-disant inventé par Luna dans les précédents chapitres ? J. Dans cette histoire, c'est une race éteinte, et l'Ombre de compagnie de Sola ^^

Laissez moi un petit mot si vous avez aimé !

A très bientôt ^^