Bonjour...

Est-ce qu'au dernier chapitre j'ai dis que celui-ci serait publié le lendemain ?
Oui.
Est-ce que j'ai respecté ma parole ?
Non.
Suis-je en retard de presque... euh... un an ?
Oui.

...

PARDOOOOOOON !

Bon, hum, l'important c'est que je sois de retour, non ?

Je compte également un peu expliquer cette absence, histoire de me justifier un minimum : 2020 a été merdique. Voilà, c'est tout pour les explications !

Mais, comme vous le voyez, c'est bon, I'M BACK.
Cependant, cette fois-ci, je ne vais pas faire de fausse promesse. J'ai une année universitaire un peu chargée niveau travail. Je ne peux donc garantir une publication régulière. Mais, à une ancienne époque on l'on pouvait encore sortir dehors sans contrainte horaire et sans crainte de se choper une saleté nommée COVID19, j'avais fais des "patrons" (je ne sais comment appeler cela) des derniers chapitres de M:YCKM. Je n'ai donc qu'à les peaufiner, retravailler, corriger... et je pourrais les publier.
Pour ce qui est du tome 2... hum, hum... j'ai vraiment pleeeeeeeeins d'idées en tête. Mais, justement, j'en ai trop. Et je n'arrive pas à me décider sur l'intrigue essentielle de ce Tome 2 (qui sera, je le rappelle, beaucoup plus de ma plume que le Tome 1)

Bref, tout ça pour dire que je ne fais pas de promesse pour le prochain tome, j'espère vraiment pouvoir le sortir un jour, mais ce ne sera certainement pas dans les prochaines semaines (sinon c'est que j'aurais abandonné mes études).

Sinon. Pourquoi ce soudain retour de Flgel ?

Les reviews, les cocos, les reviews !
Et j'y réponds ici parce que je ne comprends pas comment fonctionne la boite de messagerie.

Mirtie252 :
Après... je fais le calcul... pratiquement 7 mois, je te remercie de ton commentaire. Merci, pour l'écriture inédite j'essaie de faire en sorte de rester dans le style du roman de base (étant donné que je reprends certaines scènes et dialogues - le problème quand on commence à s'inspirer, c'est de poser une limite). Je ne sais pas si tu liras toujours cette fiction, et donc si tu verras ma réponse, mais en tout cas merci !

Zelia-Voyageuse-du-Reve:
Inutile de dire que si je publie le lendemain de ton commentaire, c'est que tu m'as fortement motivée à reprendre et terminer ce tome 1 dès à présent ! L'enthousiasme dont tu as fais preuve avec tes petits mots m'ont juste beaucoup touchée, et je me suis juste sentie mal d'avoir délaissé pendant un an cette histoire alors que, peut être, plein de lecteurs sont comme toi. Bref, le fait que tu aies pris la peine de laisser ce message, et que tu aies exprimé ton envie de
découvrir la suite m'a vraiment donné un COUP DE PIED AU FESSIER ! Alors voilà, pour te remercier, le chapitre 16.

Ce Chapitre marque un gros tournant, si vous connaissez de base l'oeuvre (je pense que vous êtes la majorité quand même) vous savez de quoi je parle.

Bon, j'arrête là ma longue introduction, et je vous laisse profiter.
Bonne lecture !


CHAPITRE 16

Keith m'entraîna à travers les hautes fougères humides et les rideaux de mousse, contourna une énorme ciguë, et m'amena à la lisière d'un gigantesque champ qui grimpait à l'assaut des cimes du massif de l'Olympus. La prairie était grande comme deux stades de base-ball.

Les autres étaient déjà là, Adam, Lotor, et celui que je devinai être Coran, assis sur une saillie rocheuse nue assez près de nous. Beaucoup plus loin, Bandor et Romelle, séparés par environ quatre cents mètres, se lançaient quelque chose, une balle sans doute, bien qu'ils fussent si lestes que je ne la distinguais pas. Shiro semblait affairé à délimiter les bases, aidé d'Allura. Semblait, car il était impossible qu'elles fussent aussi loin les unes des autres, non ? Lorsque nous émergeâmes des arbres, les trois premiers se levèrent. Adam se dirigea vers nous, et Coran lui emboîta le pas après avoir observé d'un air songeur Lotor qui s'éloignait gracieusement à l'opposé, sans avoir daigné nous accorder un coup d'œil. Mon estomac se tordit.

- Est-ce toi que nous avons entendu tout à l'heure, Keith ? s'enquit Adam. Je crus un instant qu'il s'agissait d'un ours victime d'étranglement.

- C'était bien lui, confirmai-je encore légèrement énervé d'avoir été la cause de son hilarité.

- Malgré lui, Lance a été d'une drôlerie impayable, se vengea aussitôt Keith.

Coran s'approcha un peu plus de nous. De toute la famille, il était certainement le seul à avoir dépassé la quarantaine. Malgré tout, et comme les autres, il était aussi beau que l'œuvre d'un peintre qui avait tenté de représenter un dieu sur terre. Ses cheveux blond vénitien, mi-longs, étaient élégamment coiffé en arrière, et il arborait une moustache cirée à la perfection. Ainsi, il me faisait penser à ces hommes des années trente sur les vieilles photos en noir et blanc. S'il portait un chapeau melon, il collerait parfaitement au personnage. Grand, mince, et élancé, il marchait avec élégance et fluidité. Ses yeux dorés étaient teintés d'une curiosité non dissimulée.

- Vous devez être Lancelot, me salua-t-il d'une voix plus aiguë que je ne l'imaginais, mais aux accents charmeurs.

Sans que je m'y attende, il se pencha vers moi, dans une révérence polie, une main sur le cœur, l'autre dans son dos.

- C'est un honneur d'enfin vous rencontrez, ajouta-t-il.

Il avait un accent que j'eus du mal à identifier, et sa façon de s'exprimer et de se comporter était fort révélatrice quant à son véritable âge. Aucun doute, il était né à une autre époque. Je fus quelque peu décontenancé, ne sachant comment le saluer à mon tour. Heureusement, Adam me sauva la mise.

- Lance, je te présente mon plus vieil ami, Coran Altéa.

- Enchanté, bredouillai-je.

Il se releva et me gratifia d'un sourire étincelant. Ses yeux se plissèrent, révélant quelques pates d'oies à la commissure de ses paupières, lui ajoutant d'autant plus de charme. Je remarquai que ces cernes étaient plus prononcés que le reste de ses comparses. Était-ce parce qu'il était le vampire le plus ancien, ou une caractéristique physique qui lui était propre ?

Allura avait quitté Shiro et se précipitait – dansait – dans notre direction.

- Il est l'heure, annonça-t-elle.

Ses paroles furent saluées par un grondement de tonnerre qui secoua la forêt alentour puis éclata à l'ouest, du côté de la ville.

- Sinistre, n'est-il pas ? s'amusa Coran en m'adressant un clin d'œil.

- Allons-y.

Allura s'empara de la main d'Adam, et ils se ruèrent sur la prairie disproportionnée. Elle galopait comme une gazelle.

- Prêts pour une petite partie ? s'écria Keith, le regard brillant d'excitation.

Je feignis l'enthousiasme de rigueur dans ces occasions-là.

- Hip hip hip ! Hourra ! braillai-je en agitant les bras, imitant grossièrement une pom-pom girl.

Il pouffa puis, après avoir ébouriffé mes cheveux, bondit à la suite des deux autres. Sa façon de courir était plus agressive, guépard plus que gazelle, et il eut tôt fait de les rattraper. Sa puissance et son élégance me coupèrent le souffle. J'étais également un tantinet jaloux.

- Cela vous conviendrait-il que nous descendions légèrement ? me proposa Coran de sa voix parfaitement mesurée.

J'avais l'impression de m'adresser à un majordome, mais j'acquiesçai. Coran prenait garde à maintenir une certaine distance entre nous, je me demandai s'il veillait à ne pas m'effrayer. Il accorda son allure à la mienne sans montrer d'impatience. Sa façon de se mouvoir, avec ses mains croisées dans le dos, me fit penser aux nobles dans les films se déroulant à l'époque de la Renaissance.

- Vous ne jouez pas avec eux ?

- Non, je n'ai jamais aimé ce sport purement américain.

- Oh, moi non plus, m'enthousiasmai-je, me sentant soudainement moins seul.

- Ah ! s'exclama-t-il. Enfin une personne qui se range de mon avis ! Je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt de ce jeu, ni où était l'amusement. Personnellement, j'ai toujours préféré les activités plus intellectuelles.

- Pour être honnête, je n'apprécie pas le base-ball parce que je n'y suis pas doué, avouai-je. De tous les sports, c'est l'un des seuls que je ne je n'ai jamais réussi à m'approprier. Si l'on omet toute activité physique qui implique de se percher à plus de trois mètres du sol. De plus, je suis assez mauvais joueur, alors raison de plus pour ne participer à aucune partie.

Je fus surpris par ma soudaine éloquence. Coran semblait être de ces gens avec qui la conversation était facile.

- Ne vous en faites pas, mon cher Lancelot, nous avons tous nos faiblesses. Malgré tout, je me dois d'arbitrer le match. Les plus jeunes ont tendance à être malhonnêtes.

- Ils ont tendance à tricher ?

- Et comment ! Vous les entendriez se disputer, de vrais sauvages ! J'espère qu'ils auront assez de décence pour ne pas se donner en spectacle devant vous. Vous êtes un invité spécial, tout de même.

- Vous exagérez, je ne suis qu'un ado curieux qui a eu la chance, ou la malchance – tout dépend du point de vue – de tomber amoureux d'un… vampire.

J'avais hésité à prononcer ce mot, ne voulant pas offusquer Coran qui semblait être très pointilleux sur la bienséance. Il ne parut pas s'en formaliser.

- Justement, insista-t-il. Vous êtes une personne importante pour Keith. Vraiment, j'espère qu'ils auront de la tenue.

- Vous me faites pensez à une gouvernante, plaisantai-je, sans vouloir vous offenser.

Il rit.

- Pas le moins du monde, me rassura-t-il. C'est que, la plupart du temps, je les traite comme mes propres petits-enfants. Un vieil instinct paternel jamais assouvis, j'imagine. Keith ne vous a-t-il pas dit que j'avais perdu ma femme et ma fille ?

- Non, murmurai-je, abasourdie, me demandant à quelle période de sa vie il faisait référence.

À la vérité, j'avais déjà entendu parler d'un veuvage par la bouche de Veronica, mais jamais de la perte d'un enfant.

- L'amour de ma vie, et mon seul et unique enfant. Elle est morte quelques jours après sa renaissance. Ma dulcinée savait qu'il était mauvais de façonner un humain trop jeune, mais nous étions dans l'incapacité de concevoir, comme tous vampires. Cette petite fille, trouvée aux portes d'une cité, était ce qu'il nous était de plus précieux. Elle l'a recréé le jour de ses huit ans, effrayée à l'idée de la perdre à cause du temps et de la maladie. Cela lui a couté la vie, et celle de ma petite Tiberia. Après cela, je me suis plongé dans une sorte d'hibernation, durant de nombreux siècles, avant de me complaire dans la science et la philosophie, éloigné du monde extérieur. Jusqu'à ce que je rencontre Adam. Il est comme un fils pour moi. Tout comme Shiro. Et ces enfants qu'ils considèrent comme les leurs, sont également des membres à part entière de ma famille.

Je décelai une abondance de tendresse dans ses paroles, en plus de la tristesse et du regret. Une partie de l'histoire m'était imprécise. Keith m'avait également fait comprendre une fois qu'il était mauvais qu'un enfant soit… façonné en vampire, mais je n'en connaissais pas encore la raison exacte. Et je n'osai le demander à Coran.

- Keith est un garçon d'une nature très délicate, ajouta-t-il. Il aurait connu le même sort que ma Tiberia (je devinai qu'il parlait de sa défunte fille) si Shiro l'avait façonné le premier jour où il l'eut trouvé. Je suis fort heureux que cela ne soit pas arrivé. Tout comme je suis comblé de joie qu'il vous ait trouvé, mon garçon. Il a trop longtemps été à part. Sa solitude faisait peine à voir. Dire que je fus comme lui durant presque un demi millénaire.

- Ça ne vous ennui pas, alors ? Que je ne sois pas… celui qu'il lui faut.

- Lancelot, je suis né à une époque où les ébats entre hommes étaient monnaie courante – même si parfois mal jugés. Je ne suis en aucun cas troublé par votre relation. Sinon, comment aurais-je accepté Shiro dans notre foyer ?

Je m'empourprai.

- Euh… Je… Je voulais parler de ma condition d'humain.

- Oh ! Pardonnez mon indiscrétion.

Il réfléchit un instant.

- Non. Vous êtes ce qu'il désire. Je suis de ceux qui croit au fait que tout fini par s'arranger.

L'inquiétude lui plissai le front cependant.

Un deuxième coup de tonnerre ébranla le ciel. Coran s'arrêta. Visiblement, nous étions parvenus au bout de leur terrain de jeu. Les autres paraissaient avoir formé leurs équipes. Keith était positionné très loin, sur le champ gauche, Shiro se trouvait entre la première et la deuxième base, et Allura s'était approprié la balle, à un endroit qui devait tenir lieu de monticule du lanceur. Lotor brandissait une batte en aluminium qui sifflait presque imperceptiblement dans l'air. J'attendais qu'il eût rejoint le marbre quand je réalisai qu'il y était déjà, bien plus loin du lanceur que les règles traditionnelles ne le stipulent. Bandor se tenait à plusieurs mètres derrière lui, jouant le receveur pour l'équipe adverse. Bien sûr, nul n'avait de gants. À l'opposé de nous, se tenait Adam. Je devinai qu'il ferait également office d'arbitre.

- Très bien, lança Coran d'une voix claire que même Keith devait percevoir. En jeu !

Allura se redressa, immobile. Tenant la balle à deux mains, à hauteur de sa taille, elle semblait préférer la ruse au rentre-dedans intimidant. Soudain, tel un cobra qui frappe, son bras droit jaillit, et la balle alla frapper la main de Bandor.

- C'est un Strike, ça ? chuchotai-je à Coran.

- Lorsque le batteur ne parvient pas à frapper, oui.

Bandor renvoya la balle à Allura, qui s'autorisa un bref sourire taquin envers son petit ami. Ce dernier le lui répondit d'un air provocateur. Puis, tout aussi brusquement, sa main s'envola de nouveau. Cette fois, la batte parvint à intercepter la balle. Le craquement de l'impact fut assourdissant. Tel un coup de tonnerre, il se répercuta contre les montagnes, et je compris immédiatement pourquoi ils ne jouaient que pendant les orages. La balle partie comme un météore au-dessus de la prairie et alla se perdre dans la forêt environnante.

- Home run, murmurai-je.

- Attendons un peu, objecta Coran, prudent et attentif, une main levée.

Lotor galopait de base en base, quasiment invisible, Shiro à ses trousses. Je me rendis compte que Keith avait disparu.

- Out ! parvins-je à entendre Adam.

Éberlué, je vis Keith sauter à la lisière des arbres en brandissant la balle. Malgré la distance, même moi je pus distinguer son sourire béat.

- Lotor frappe peut-être extrêmement fort, mais parmi tous, c'est Keith qui court le plus vite, m'expliqua Coran.

Le tour de batte se poursuivit sous mes yeux éberlués. Il m'était presque impossible de suivre la partie, vu la vitesse à laquelle la balle volait et le rythme auquel leurs corps se déplaçaient autour du champ. Je découvris une autre raison à la nécessité de la tempête, lorsque Bandor, tentant d'éviter la défense imprenable de Keith frappa une balle rasante en direction de Shiro. Ce dernier l'attrapa puis se rua vers la première base, tandis que Bandor faisait de même. Quand ils se tamponnèrent, le vacarme m'évoqua celui de deux gigantesques rochers qui se seraient écroulés. Je sursautai, soucieux. Par miracle, ils étaient indemnes.

- Point accordé ! annonça Coran calmement.

L'équipe de Lotor gagnait d'une courte tête – Romelle avait réussi à se glisser autour des bases après avoir touché une des longues balles de Lotor – lorsque Keith intercepta la troisième. Il me rejoignit au petit trot, étincelant de joie.

- Alors, me cria-t-il, qu'est-ce que tu en penses ?

- Cela me conforte dans l'idée que je ne serais jamais bon au base-ball. Mais je suis un peu déçu quand même, le narguai-je.

- Pourquoi ?

- J'aimerais vraiment découvrir un domaine dans lequel vous n'excellez pas.

Il me gratifia de son sourire en coin.

- C'est mon tour de frapper, dit-il ensuite en se dirigeant vers le marbre.

Il jouait intelligemment, relançant les balles rases, hors de portée de Romelle, dont la main, sur le champ extérieur, paraissait cependant toujours prête à les intercepter, et réussissant à rejoindre deux bases avant que Lotor ait eu le loisir de remettre en jeu. À un autre moment, Shiro en expédia une si loin – dans une explosion qui me perça les tympans – que lui et Keith parvinrent tous deux à faire le tour de la surface de jeu. Allura leur claqua délicatement dans la main en guise de félicitations. Le match se poursuivit, les scores oscillants constamment, et ils se taquinaient comme n'importe quels gamins des rues dès que la balance penchait en faveur d'une équipe au détriment de l'autre. Parfois, Adam ou Coran en rappelait un à l'ordre – notamment Coran. Le tonnerre grondait, mais il ne pleuvait pas, comme l'avait prédit Allura.

Shiro était à la batte et Keith jouait le receveur quand, tout à coup, Allura eut un hoquet de frayeur. Mes yeux furent, comme d'habitude, rivés sur Keith, et je le vis tourné la tête vers sa sœur. Leurs regards se croisèrent, et un message passa aussitôt entre eux. Il fut près de moi avant même que les autres aient eu le temps de réagir.

- Allura ? lança Coran, tendu.

- Je n'ai pas vu… murmura-t-elle. Je ne savais pas.

Le reste de la famille s'était rassemblée autour de nous.

- Que se passe-t-il ? demanda Adam à sa fille avec le calme que confère l'autorité.

- Ils ont voyagé beaucoup plus vite que je ne m'y attendais. Je me suis trompée sur leur trajectoire.

- Elle a changé ? l'interrogea Lotor en se penchant vers elle, protecteur.

C'était la première fois que je l'entendais. Dans la tension du moment, sa voix se voulait rassurante envers Allura, mais restait tranchante, emplie d'une autorité sous-jacente.

- Ils nous ont entendus jouer et ils ont bifurqué, avoua-t-elle, contrite.

Huit paires d'yeux se posèrent brièvement sur moi avant de se détourner, embarrassés.

- Quand seront-ils là ? marmotta Shiro à l'adresse de Keith.

Ce dernier se concentra.

- Moins de cinq minutes. Ils courent. Ils veulent jouer avec nous.

Il fronça les sourcils.

- Tu crois y arriver ? s'enquit son père avec un hochement de menton dans ma direction.

- Non. Pas si je le porte… Et puis, la dernière chose souhaitable, c'est qu'ils flairent son odeur et se mettent en chasse.

- Hein ? lâchai-je inconsciemment.

Tous ignorèrent mon bêlement.

- Combien sont-ils ? demanda Bandor à Allura.

- Quatre, répondit-elle abruptement.

- Quatre ! rigola Lotor. Qu'ils viennent donc.

Ses accents étaient cruels et menaçants, me faisant frémir.

Pendant une seconde qui parut s'éterniser, Shiro délibéra. Tous, sauf Lotor, le contemplaient avec anxiété. Dans ce genre de situation, je compris que c'était le père Takashi le chef de famille, et non Adam.

- Continuons de jouer, finit-il par décider d'une voix calme et égale. D'après Keith, ils sont juste curieux.

Tout cet échange avait été mené tambour battant et n'avait guère duré plus d'une minute. J'en avais saisi l'essentiel, mais je n'entendis pas la question qu'Adam posait à Keith, car seules ses lèvres vibrèrent. Il réagit par une légère dénégation, et le soulagement submergea les traits de son père.

- Prends ma place, lui ordonna Keith. J'ai eu mon compte.

Sur ce, il se planta devant moi. Les autres avaient regagné le champ, inspectant avec inquiétude les bois ombreux. Seul Coran était resté avec nous, mais gardait encore ses distances. Son regard était également résolument fixé sur les bois. Allura et Adam se positionnèrent dans la zone près de laquelle je me tenais.

- Mets ta capuche, me lança Keith doucement.

Docilement, je recouvrai ma tête. Je compris à peu près ce qui était en train de se dérouler, mais j'étais étrangement calme. Était-ce parce que je ne réalisais pas encore l'ampleur du danger ?

- Ils arrivent, hein ? demandai-je, bien inutilement, d'une voix posée.

Il m'observa, indéchiffrable.

- Oui. Ne bouge surtout pas et ne t'éloigne pas de moi, je t'en prie.

Il avait beau dissimuler sa tension, elle ne m'échappa pas. Il enfonça un peu plus ma capuche, de façon à cacher davantage mon visage.

- Cela ne servira guère, chuchota Coran. Je pourrais le sentir à l'autre bout de la prairie.

- Je sais, s'énerva le brun.

Shiro se tenait sur le marbre, et une nouvelle partie commença, sans beaucoup d'entrain.

- Que t'as demandé Adam ? murmurai-je.

- S'ils avaient soif, admit-il de mauvaise grâce après un instant d'hésitation.

Les secondes s'écoulèrent. Le match était apathique. Personne n'osait frapper trop fort, et Bandor, Romelle et Lotor ne s'éloignait pas du champ intérieur. De plus en plus, la terreur se mit à prendre le pas, et à engourdir mon cerveau. J'avais cependant conscience que Lotor me regardait de temps en temps. Ses yeux étaient dénués d'expression, mais le pli de sa bouche m'incitait à penser qu'il était furieux. Keith ne prêtait aucune attention à la partie, entièrement focalisé sur les arbres alentours.

- Excuse-moi, Lance, marmonna-t-il, soudain véhément. C'était stupide et irresponsable de t'exposer ainsi. Je suis vraiment désolé.

Tout à coup, il cessa de respirer, et ses prunelles se posèrent en plein sur le champ droit. Il avança imperceptiblement pour s'interposer entre moi et ce qui approchait. Shiro, Adam et les autres se tournèrent dans la même direction, prêtant l'oreille à des bruits de pas que mes faibles oreilles n'entendaient pas.

Ils surgirent un à un de la lisière, éloignés d'une dizaine de mètres chacun. Le premier mâle qui déboucha dans le champ recula immédiatement, laissant le second prendre la tête. Il se plaça en retrait d'un grand brun d'une façon qui ne permettait aucun doute sur l'identité du chef de meute. Les deux autres étaient des femmes, dont l'une d'elle arborait une longue chevelure d'une teinte rouge saisissante. L'autre avait les cheveux coupés en un court carré sombre.

Prudents, ils resserrèrent les rangs avant de poursuivre leur route en direction de la famille de Keith, affichant tous les signes de respect qu'un clan de prédateurs montre naturellement quand il croise le chemin d'une horde de son espèce supérieure en nombre.

Au fur et à mesure qu'ils approchaient, je notai à quel point ils différaient des Altéa. Ils avaient la démarche féline, se déplaçait comme s'ils avaient constamment été à deux doigts de se tapir pour bondir. Ils étaient habillés en randonneurs – jeans et grosses chemises pratiques en lourd tissu imperméable. Leurs vêtements sentaient l'usure cependant, certains étaient même déchirés, et ils étaient nu-pieds. Les deux hommes avaient les cheveux coupés ras, l'un des deux étant presque chauve. Ceux des femmes étaient parsemés de feuilles et de débris récoltés dans les bois.

Leurs yeux perçants ne manquèrent pas de remarquer l'allure plus policée et urbaine de Shiro qui, sur ses gardes, avança à leur rencontre, flanqué de Lotor et de Bandor. Sans concertation apparente, les intrus se redressèrent, adoptant une position plus décontractée.

Le leader était de loin le plus beau, avec son visage ovale et ses traits parfaitement proportionné, il me faisait légèrement penser à Keith. Sûrement à cause de sa chevelure d'un noir de jais et son regard en amande. De grande taille et bien bâti, il ne pesait cependant rien comparé à l'impressionnant Shiro. Il nous décocha un sourire amical, dévoilant deux rangées de dents luisantes. La femme aux cheveux rouges paraissait plus sauvage, et, tandis que sa tignasse s'agitait sous la brise, ses pupilles ne cessaient d'aller et venir, passant des hommes qui lui faisait face au groupe relâché qui m'entourait. Indubitablement, sa posture était celle d'une lionne. La seconde, celle aux cheveux bruns, avait des airs d'Amérique latine, dotée d'une bouche pulpeuse et de formes avantageuses, elle était cependant beaucoup plus discrète que ses comparses. Se tenant en retrait, son regard était résolument fixé sur le chef de la meute. L'autre mâle, plus petit et menu que le chef, dont les cheveux étaient rasés si près qu'il en était impossible de deviner la couleur, avait les traits réguliers anodins. Il piétinait derrière eux. Ses prunelles, bien que totalement immobiles, semblaient paradoxalement les plus vigilantes.

Leurs yeux étaient différents, d'ailleurs. Ni dorés, ni noirs comme je m'y étais attendu, mais d'un bordeaux sombre, à la fois dérangeant et sinistre.

Le brun fit un pas en direction de Shiro.

- Nous avons cru percevoir un match en cours, dit-il d'une voix détendue aux accents vaguement français. Je m'appelle Daniel. Je vous présente Kala (il désigna la brune), Marie-Anne (la rousse), et Dudley (l'autre mâle).

- Shirogane. Voici ma famille, Lotor et Bandor, Romelle, Allura, Adam, Coran, Keith et Lance.

Son vaste geste engloba notre groupe, évitant volontairement de s'arrêter sur chacun. J'eus un choc en l'entendant prononcer mon nom.

- Vous accepteriez d'autres joueurs ? demanda Daniel avec affabilité.

- Nous venons juste de terminer la partie, répondit Shiro en modulant son ton sur celui de l'autre, mais ce sera avec plaisir. Une autre fois. Vous comptez rester longtemps dans la région ?

- En fait, nous allons dans le Nord, mais nous étions curieux de voir qui habitait les environs. Nous n'avons rencontré personne depuis si longtemps.

- Je n'en doute pas. Le coin est d'ordinaire désert, mis à part nous et les visiteurs occasionnels tels que vous.

L'atmosphère tendue s'était peu à peu transformée en conversation mondaine. Aucun doute à présent, Shiro était doué pour tourner une situation à son avantage seulement grâce à la parole.

- Où se situe votre terrain de chasse ? s'enquit poliment Daniel.

Shiro ignora la supposition que sous-entendait la question.

- Du massif de l'Olympus à la chaîne côtière. Nous gardons une résidence permanente alentour. Il existe une autre colonie semblable à la nôtre près de Denali.

- Permanente ? répéta Daniel en se balançant légèrement sur ses talons. Comment y arrivez-vous ?

Sa curiosité était réelle.

- Pourquoi ne pas nous accompagner à la maison pour y discuter confortablement ? proposa Shiro. C'est une longue histoire.

Les trois autres échangèrent un regard surpris à la mention du mot « maison ». Daniel, lui, se contrôla mieux.

- Voilà qui est très alléchant et aimable, lança-t-il avec un sourire bienveillant. Nous sommes en chasse depuis l'Ontario et nous n'avons guère eu le temps de faire un brin de toilette.

Il balaya Shiro des yeux, appréciant son raffinement.

- Ne le prenez pas mal, s'il vous plait, mais nous apprécierons que vous vous reteniez d'opérer dans les parages immédiats. Nous devons éviter d'attirer les soupçons, vous comprenez.

- Naturellement, il n'est pas question d'empiéter sur votre territoire. Nous avons mangé juste après Seattle, de toute façon.

Il éclata de rire, et un frisson descendit le long de ma colonne vertébrale.

- Nous allons vous montrer le chemin. Si vous voulez bien courir derrière nous… Allura et Bandor, accompagnez Keith et Lance pour récupérer la Jeep, ajouta-t-il, l'aire de rien.

C'est alors que trois choses se produisirent simultanément. Le vent léger dégagea légèrement ma capuche et ébouriffa mes cheveux, Keith se tendit, et le deuxième mâle, Dudley, tourna brutalement la tête pour me détailler, narines à l'affut.

Une raideur s'empara de tous quand Dudley se précipita vers moi, prêt à bondir. Keith montra les dents, un grondement animal montant de sa gorge. Ça ne ressemblait en rien aux sons joueurs qu'il avait émis le matin même ; c'était la chose plus menaçante que je n'avais jamais entendue, se rapprochant presque d'un feulement, et je fus secoué par des tremblements de la tête aux pieds.

- Que se passe-t-il ? s'exclama Daniel, réellement surpris.

Aucun des deux protagonistes n'abandonna sa posture agressive, et lorsque Dudley feinta sur le côté, il fut immédiatement contré par Keith.

- Il est avec nous, déclara Shiro d'un ton ferme à l'intention de Dudley, sans devoir préciser qu'il parlait de moi.

Daniel paru flairer mon odeur avec moins de puissance que son compagnon, mais on put lire sur son visage qu'il venait de comprendre.

- Vous avez apporté un casse-croûte ? s'étonna-t-il avec un pas involontaire dans ma direction.

Keith gronda encore plus férocement, feulant définitivement, lèvres retroussées sur ses dents luisantes. Daniel recula.

- J'ai dit qu'il était avec nous, répéta Shiro d'une voix dure, bien différente de son habituel comportement bienveillant.

Daniel ressentit la menace dans les paroles, et fit plusieurs pas en arrière.

- Mais, c'est un humain ! protesta-t-il sans aucune vindicte, plutôt abasourdi.

- Oui, confirma Bandor.

Il se rapprocha de son père, sans perdre de vue Dudley. Ce dernier se releva lentement, continuant toutefois de me fixer les narines dilatées. Devant moi, Keith resta tendu comme un lion. Daniel reprit calmement la parole pour tenter de désamorcer l'hostilité ambiante.

- J'ai l'impression que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.

- En effet, admis Shiro, toujours aussi sec.

- C'est avec plaisir que nous accepterions votre invitation. Il va de soi que nous ne toucherons pas au garçon. Comme j'ai dit, pas question d'empiéter sur votre territoire.

Dudley le contempla un instant, à la fois incrédule et agacé, avant d'échanger un regard avec Marie-Anne qui n'avait pas cessé de nous épier tour à tour. Kala, elle, s'était rapproché de leur chef, dans un geste à la fois prudent et protecteur. Je devinai qu'ils étaient amants. Shiro parut soupeser la franchise de Daniel pendant un moment.

- Venez, finit-il par dire. Adam, Coran, Lotor ?

Les appelés le rejoignirent, tandis que les quatre autres se rassemblèrent en s'arrangeant pour me cacher aux intrus. Allura se posta aussitôt près de moi, et Bandor recula lentement vers nous en surveillant Dudley. Le regard que lança ce dernier à l'Altéa était indéchiffrable, mais je ne m'y attardai pas.

- Allons-y, Lance, m'ordonna Keith d'une voix faible.

Tout ce temps, j'étais resté pétrifié de terreur, mon regard se promenant sur les étrangers. Keith fut obligé de me tirer sèchement par le coude pour me sortir de ma tétanie. Allura et Romelle se tenait juste derrière nous, me dissimulant ; Bandor un peu plus sur le côté, surveillant les alentours. Je suivis Keith, en pleine léthargie, ne prenant même plus compte de là où je mettais les pieds. J'étais mort de peur. Sa fébrilité était presque tangible, cependant que nous progressions à une allure humaine vers l'orée des bois. Une fois dans les arbres, il me jeta sur son dos sans même s'arrêter. Je m'agrippai à lui comme un désespéré, et il décolla, les deux autres sur ses talons. Je baissais la tête, mais mes yeux écarquillés par la frayeur refusaient de se fermer. Mes escortes me plongèrent dans la forêt désormais sombre et fantomatique. La joie qui présidait d'habitude aux courses de Keith avait disparu, remplacée par une fureur qui le consumait et le rendait encore plus rapide. Même alourdi par moi, il distançait ses frères et sœurs. Nous atteignîmes la Jeep en un temps record, et il ralentit à peine pour me jeter sur le siège central arrière.

- Attache-le ! ordonna-t-il à Allura qui venait de se glisser à ma droite.

Romelle s'installa à ma gauche, tandis que Bandor prit la place côté passager quand Keith démarra. Le moteur rugit, nous reculâmes et, dans un tête-à-queue, nous nous retrouvâmes face à la route sinueuse.

Keith grommelait des paroles trop rapides pour que je les comprenne, mais il me sembla bien qu'il s'agissait d'un chapelet d'insanités. Le voyage chaotique fut bien pire cette fois, et l'obscurité le rendit encore plus affolant. Romelle et Allura regardaient par les fenêtres d'un air lugubre. Tout du long, je tentai de reprendre une respiration régulière, calmer les battements erratiques de mon cœur, recouvrer un minimum de lucidité. Quand nous fûmes sur la route principale, la frayeur s'était déjà légèrement dissipée, et je m'aperçus que nous nous éloignions de Volthrone.

- Où m'emmenez-vous ? demandai-je d'une voix faible.

Personne ne répondit, ne daigna même tourner la tête.

- Hé ! les apostrophai-je. Une réponse, ce serait trop demander ?

J'étais irritable, la colère commençant à pallier la terreur pour m'éviter, comme toujours, de perdre complètement mes moyens.

- Keith !

- Loin. Il le faut.

Il était concentré sur sa conduite. Le compteur de vitesse indiquait les cent cinquante kilomètres heure.

- Il faut que je rentre chez moi, sifflai-je, les yeux plissés, comme pris d'un horrible mal de crâne.

Personne ne me répondit, et la voiture ne changea pas de direction.

- Bordel Keith ! m'écriai-je soudainement. Ramène-moi chez moi !

Il se contenta de serrer les jointures autour du volant, m'ignorant, tout comme ses frères et sœurs. Pétant un câble pour de bon, je tentai de défaire les sangles qui m'emprisonnaient, me débattant plus qu'autre chose.

- Romelle ? lança Keith d'un ton sans réplique.

Malgré ses fins doigts, elle réussit à emprisonner mes mains dans les siennes dans une poigne de fer.

- Oh ! Qu'est-ce tu fous ? Keith, arrête ! Tu n'as pas le droit !

- Si, Lance, et maintenant, tiens-toi tranquille, s'il te plaît.

- Et puis quoi encore ? protestai-je en me débattant toujours. Tu crois vraiment pouvoir m'emmener n'importe où comme ça sans engendrer de conséquence. Putain, Keith ! Veronica va sûrement appeler le FBI ou je ne sais qui lorsque j'aurais disparu ! Et sur qui ça va tomber ? Sur toi et ta famille ! Et vous serez forcés de fuir et de vous cacher pour toujours !

- Calme-toi. Ce ne serait pas la première fois.

- Ce n'est pas une raison ! Vous n'allez pas tout foutre en l'air à cause de moi !

J'essayai toujours de me dégager de la prise de Romelle… ce qui était d'une totale futilité.

- Range-toi, Keith, dit soudain Allura.

Lui jetant un coup d'œil froid à travers le rétroviseur, il accéléra.

- Essayons d'en discuter, insista-t-elle.

- Tu ne comprends rien ! s'emporta-t-il.

Jamais je ne l'avais entendu hurler ainsi. C'était assourdissant dans l'habitacle confiné par la Jeep. Nous roulions à plus de cent quatre-vingts à présent.

- C'est un traqueur Allura, poursuivait-t-il. Un traqueur ! Tu es aveugle, ou quoi ?

Tous se raidirent, sauf Bandor qui baissa le regard, comme s'il le savait déjà. Leur réaction me surprit. Apparemment, le mot signifiait plus pour eux que pour moi. J'aurais bien aimé comprendre, mais je comptais pour du beurre, apparemment. Ma colère montait de plus en plus. Voilà que je me retrouvais à devoir garder le contrôle sur deux émotions dévastatrices.

- Gare-toi, Keith, répéta Allura d'un ton raisonnable empreint d'une touche d'autorité que je décelais pour la première fois.

L'aiguille dépassa les centre quatre-vingt-dix.

- Keith, intervint Bandor.

- Écoutez-moi, j'ai lu dans ses pensées. Chasser est sa passion, son obsession. Il le veut, Allura, luispécifiquement. Il s'y mettra dès ce soir.

- Il ne sait pas où…

- Combien de temps crois-tu qu'il lui faudra pour croiser sa trace en ville ? Son plan était prêt avant même que Daniel ait parlé.

Devinant où mon odeur allait le conduire, j'eus un hoquet alors que la terreur repris le pas sur la colère.

- Veronica ! criai-je en me dégageant enfin de la prise de Romelle (elle avait dû baisser sa garde). Il va s'en prendre à elle ! On ne peut pas la laisser là-bas !

- Il a raison, me soutint Allura.

La voiture ralentit légèrement.

- Prenons le temps d'envisager les options qui s'offrent à nous, ajouta-t-elle.

La Jeep perdit encore en vitesse, plus notablement. Soudain, dans un crissement de pneus, elle stoppa sur le bas-côté. Sous le choc, je fus projeté en avant, puis plaqué contre le dossier.

- Nous n'avons pas d'autres solutions, gronda Keith.

- Si tu crois que je vais abandonner Veronica… grognai-je.

Il m'ignora complètement.

- Nous devons le ramener, finit par déclarer Bandor.

- Non, s'entêta Keith, catégorique.

- Il ne fait pas le poids face à nous. Il ne le touchera pas.

- Il attendra.

- Nous savons être patient aussi, intervint Romelle.

- Vous n'avez pas vu… Vous ne saisissez pas. Quand il est en chasse, rien ne l'arrête. Nous allons devoir le tuer.

- C'est une possibilité à envisager, admit Bandor, guère ébranlé.

- La rousse aussi. Elle est de son côté. Si ça tourne à la bataille rangée, les deux autres se joindront à eux.

- Nous sommes assez nombreux, avança Romelle.

- Il doit y avoir une autre solution, murmura Allura.

- Il n'y en a pas ! gronda méchamment Keith en se tournant vers elle, fou de rage.

Tant Romelle que moi le dévisageâmes avec stupeur. Allura, elle, ne parût pas démontée. Bandor continuai de scruter l'extérieur. Le silence dura une longue minute tandis que les deux frères et sœurs continuaient de s'observer. C'est moi qui le rompis.

- J'ai un plan. Personne n'a envie de l'entendre ?

- Non, râla Keith.

Perdant tous deux patience, Allura lui jeta un regard réfrigérant, tandis que je me penchai vers lui.

- Parce que je suis un imbécile, c'est ça ? Et qu'il ne pourra jamais fonctionner ? m'énervai-je.

Il me dévisagea.

- Ce n'est pas ce que…

- Alors, je t'en prie, le suppliai-je. Tu me ramènes…

- Hors de question, m'interrompit-il.

- Tu me ramènes, repris-je d'une voix sèche, mâchoire serrée. Je dis à ma sœur que je veux retourner en Floride, je boucle mes valises, nous attendons que le traqueur m'épie et nous nous sauvons. Il nous suivra et fichera la paix à Veronica. Quant à elle, elle ne lancera pas le FBI aux trousses de ta famille. Ensuite, tu pourras m'emmener n'importe où tu voudras.

Ils me dévisagèrent, abasourdis.

- Ce n'est pas une si mauvaise idée, marmonna Romelle dont l'ébahissement m'offensa.

- Ça pourrait marcher, admit Allura. De toute façon, il n'est pas question de laisser sa sœur sans protection, tu le sais.

Tout le monde se tourna vers Keith.

- Trop dangereux, ronchonna-t-il. Je ne veux pas le voir à moins de cent kilomètres de lui.

- Nous sommes les plus forts, assura Bandor.

- Je ne pense pas qu'il attaquera, ajouta Allura après avoir réfléchi. Il attendra plutôt que nous relâchions notre vigilance.

- Il ne lui faudra pas longtemps pour s'apercevoir que ça n'arrivera pas.

- Bordel, Keith ! m'impatientai-je. Ramène-moi chez Ver tout de suite !

Il appuya ses doigts contre ses tempes et ferma les paupières.

- S'il te plait, le suppliai-je ensuite.

Il ne releva pas la tête. Quand il parla, il paraissait épuisé.

- Tu pars ce soir, que le traqueur te voie ou non. Tu racontes à Veronica que tu ne supportes plus de rester une minute de plus à Volthrone. Ou n'importe quoi de convaincant. Prends les premières affaires qui te tombent sous la main puis grimpe dans ton 4x4. Je me fiche de ce qu'elle essaiera de te dire. Je te donne quinze minutes à partir du moment où tu auras franchi le seuil. Compris ? Pas plus.

La Jeep gronda et fit demi-tour dans un hurlement de pneus. L'aiguille du compteur de vitesse se mit à grimper rapidement. Quelques minutes passèrent puis Keith reprit la parole.

-Voilà comment nous allons procéder. Une fois chez Veronica, si le traqueur n'est pas là, j'accompagnerai Lance à la porte. Bandor, tu surveilleras l'arrière de la maison. Allura et Romelle, la voiture de Lance. Moi, je serai à l'intérieur avec lui. Dès qu'il ressortira, vous irez expliquer la situation à Shiro et Adam.

- Non, protesta Bandor. Je ne te quitte pas d'une semelle.

- Réfléchis un peu, que diable ! J'ignore combien de temps je serais parti.

- Tant que nous ne saurons pas jusqu'où cette histoire va nous entraîner, je te colle au train.

Keith poussa un long soupir mais n'insista pas.

- Si le traqueur est déjà là, continua-t-il, nous ne nous arrêtons pas.

- Nous serons là-bas avant lui, intervint Allura.

Keith parut accepter ce pronostic. En dépit de sa dispute avec sa sœur, il ne doutait plus d'elle.

- Que ferons-nous de cette Jeep ? enchaina Romelle.

- Tu retourneras à la maison avec.

- Il n'en est pas question, assena-t-elle tranquillement.

Ce qui nous valut une nouvelle litanie de jurons entre Romelle et Keith, cette fois-ci.

- Nous ne tiendrons pas tous dans ma voiture, chuchotai-je.

Keith ne semblait pas m'avoir entendu.

- Je crois que je devrais partir seul, ajoutai-je encore plus doucement.

Cela, en revanche, ne lui échappa pas.

- Je t'en prie, Lance, obéis-moi sans discuter pour une fois, grommela-t-il entre ses dents.

- Veronica n'est pas idiote, objectai-je. Si tu n'es pas en ville demain, elle va avoir des soupçons.

- Argument irrecevable. Nous nous assurerons de sa sécurité, il n'y a que ça qui compte.

- Et Dudley ? Il a bien compris tout à l'heure. Il devinera que tu es avec moi, où que tu ailles.

Encore une fois, Romelle me dévisagea avec une stupeur des plus insultantes.

- Là, il n'a pas tort, à mon avis.

- C'est vrai, renchérit Allura.

- Je reste avec lui, décréta Keith, glacial.

- Bandor ne devrait pas venir non plus, continuai-je. Je ne sais pas ce que c'était tout à l'heure, mais j'ai bien remarqué les regards que vous vous êtes lancés sur le champ. Tu lui en as mis plein les yeux.

Romelle se raidit à côté de moi

- Comment ? s'étonna l'intéressé.

Il cachait quelque chose, mais je n'insistai guère.

- Vous être un trio imbattable, avec Bandor et Lotor, ajouta Allura. Tu le liquideras plus facilement ici.

Elle s'adressai à Keith.

- Tu veux vraiment que j'abandonne Lance à lui-même ? s'écria ce dernier.

- Bien sûr que non. Romelle et moi l'accompagnerons. Entre elle et sa connexion avec Bandor, et moi et mes visions, nous pourrons le protéger tout en prévoyant les déplacements de Dudley.

- Je reste avec Lance, répéta-t-il.

Mais avec des accents moins désespérés. La logique de mon raisonnement commençait à lui apparaitre.

- Une semaine, tentai-je de le persuader. Quelques jours, tempérai-je après avoir vu la grimace peu amène qu'il m'adressa dans le rétro. Histoire de permettre à Ver de se rendre compte que tu ne m'as pas enlevé et d'entraîner Dudley sur une fausse piste. Assure-toi qu'il a complètement perdu ma trace, puis viens me rejoindre. Par un chemin détourné, bien sûr. Après, Romelle et Allura pourront rentrez chez vous.

- Et où nous retrouverions-nous ?

- En Floride, près de Miami, bien sûr.

- Non. Il devinera que tu es là-bas.

- Tu n'auras qu'à t'arranger pour qu'il pense que c'est une ruse. Il saura que nous savons qu'il nous écoute. Il ne croira jamais que je compte aller là où je le prétends.

- Il est diabolique, s'esclaffa Romelle. Je l'aime de plus en plus.

- Et si ça ne marche pas.

- Dans une aussi grande ville que Miami, il aura du mal à me trouver.

- Il n'est pas très difficile de trouver des informations personnelles avec internet.

- Je n'irais pas chez ma mère.

- Et où ça, alors ? cria-t-il.

- Je suis assez âgé et débrouillard pour me trouver un endroit où vivre.

- Nous serons avec lui, Keith, lui rappela Allura.

- Et que ferez-vous en Floride, hein ? protesta-t-il, acerbe.

- Nous ne bougerons pas.

- J'aime bien ce plan, affirma Bandor, sombrement ravi à la perspective de coincer Dudley.

Cette réaction me conforta dans l'idée que ce n'était pas la première fois qu'il le rencontrait.

- La ferme, toi ! l'enguirlanda Keith.

Lui aussi savait la connexion entre celui qui me chassait et son frère. Impossible qu'il en fût autrement, étant donné son don pour lire dans l'esprit des autres.

- Écoute, si nous essayons d'abattre le traqueur quand Lance est encore dans les parages, il y a toutes les chances pour que quelqu'un soit blessé. Ton copain, ou toi en essayant de le protéger. Par contre, si nous parvenons à l'isoler…

Il s'interrompit avec une expression confiante et déterminée, qui me confirma que je ne m'étais pas trompé.

La Jeep se trainait, maintenant que nous étions en ville. En dépit de mes fanfaronnades, je sentis les poils de mes bras se hérisser. Je pensai à Veronica, seule à la maison. Un courage inébranlable pris possession de moi. Je devais la protéger en priorité.

- Lance, me dit Keith d'une voix très douce (ses frères et sœurs regardèrent par la fenêtre), si jamais il t'arrive quoi que ce soit, je te tiendrais pour personnellement responsable. Compris ?

- Oui.

Ma voix était grave. Ma décision était prise, et je ne reculerai pas.

- Romelle, tu sauras te tenir ?

- Pour qui tu me prends ? s'offusqua-t-elle. Je me comporte plutôt bien pour l'instant.

Comme pour prouver ses propos, elle passa un bras autour de mes épaules. J'étais raide comme un piquet.

- Et toi, Allura ? persista-t-il.

Ce à quoi la charmante jeune fille répondit en retroussant ses lèvres avec un rictus horrible tout en émettant un grognement guttural qui m'amena à me tapir sur mon siège.

- Garde tes opinions pour toi, marmonna Keith en souriant à sa sœur.

Nous ne tardâmes pas à arriver devant chez moi. Veronica m'attendait – toutes les lumières étaient allumées. J'avais beau me creuser la cervelle pour trouver un argument susceptible de la convaincre de m'autoriser à partir, mon esprit était aux abonnés absents. Une seule issue s'offrait à moi, et ça n'allait pas être une conversation agréable.

Keith se gara en douceur, en prenant soin de rester loin derrière ma voiture. Mes quatre compagnons étaient sur leurs gardes, tendus, l'oreille aux aguets du moindre bruit émanant des bois, les yeux scrutant chaque ombre, les narines flairant les odeurs, à l'affût de tout signe suspect. Le moteur se tut. Je ne bougeai pas, attendant qu'ils aient terminé leur inspection.

- Il n'est pas là, finit par dire Keith d'une voix tendue. Allons-y.

Romelle m'aida à me débarrasser du harnais.

- Ne t'inquiète pas, Lance, me chuchota-t-elle joyeusement, nous allons régler ça en un rien de temps.

Mon cœur se serra, je la connaissais à peine et, pourtant, ignorer quand je la reverrais me semblait intolérable. J'étais conscient que cela n'était qu'un faible avant-gout des adieux que j'allais devoir faire dans l'heure à venir. Je fus submergé par les émotions : peur, colère, tristesse. C'en était trop, mes yeux s'humidifièrent.

- Allura, Romelle, Bandor !

C'était un ordre. Tous trois se glissèrent sans bruit dans l'obscurité et disparurent aussitôt. Keith me tint la portière et attrapa ma main. M'attirant dans le cercle protecteur de ses bras, il m'entraîna rapidement vers la maison en balayant la nuit des yeux. Je me refusais de pleurer. Je rejetais en bloc la tristesse. Si je la laissai me dominer maintenant, je ne tiendrais pas pour la suite. Comme j'avais l'habitude de le faire, je la remplaçai par la colère. La rage envers moi-même et ma faiblesse, envers le malheur que je provoquais autour de moi. Le mal que ma simple existence faisait à Keith dans un tel moment.

- Quinze minutes, me rappela-t-il dans un souffle.

- J'y arriverai, ma convainquis-je la voix dure.

L'élan de fureur qui commençait à gronder en moi venait de me donner une idée. Avant qu'elle ne me domine totalement, je m'arrêtai sur le perron et prit le visage de Keith entre mes paumes. Je plongeai férocement mon regard dans le sien.

- Je t'aime, murmurai-je avec ardeur. Quoiqu'il arrive, je t'aimerais toujours.

- Tout se passera bien, Lance, répondit-il sur un ton aussi intense.

- Respecte le plan, d'accord ? Veille à la sécurité de Veronica pour moi. Elle va me détester, d'ici cinq minutes, et je tiens à garder une chance de m'excuser plus tard.

- Vas-y, Lance. Nous n'avons pas beaucoup de temps.

- Une dernière chose. N'écoute plus un seul des mots que je vais prononcer ce soir.

Il était penché vers moi, et je n'eus qu'à légèrement redresser le visage pour embrasser ses lèvres glacées et surprises. Puis, je le repoussai avec toute la force dont j'étais capable, l'envoyant presque valdinguer à deux mètres, tellement il en fut interloqué.

- Dégage et ne m'adresse plus jamais la parole ! hurlai-je à un Keith ahuri.

Je me précipitai à l'intérieur en prenant soin de claquer le battant sous son nez. Il était temps de laisser libre court à toute la fureur que j'avais pu accumuler.

- Lance ?

Veronica, qui tournait en rond dans le salon, se rua vers moi.

- Toi, fous-moi la paix ! criai-je avec un maximum de méchanceté dans la voix.

- Qu'est-ce qu'il se passe, Lance ?

Elle me coupa le passage menant aux escaliers, réellement inquiète. À regret, je la dégageai d'un coup d'épaule, et me précipitai vers ma chambre. Elle tenta de me retenir en m'attrapant le poignet, mais je l'envoyai valser.

- Oh ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? cria-t-il affolé, bientôt, elle aussi, énervée.

- Je t'ai dit de me foutre la paix, merde !

Elle réussit à me rattraper, m'empêchant de fuir son regard perdu. Merde, c'était plus compliqué que je ne l'aurais cru.

- Non ! Dis-moi, il t'a fait du mal ?

- Mais pas du tout !

Je l'esquivai et réussi à atteindre ma chambre. J'en claquai si violement la porte que l'un des cadres accrochés sur le mur d'à côté s'écroula pour se briser au sol. Je pensai à tout de même m'enfermer à clef. Veronica tambourina contre le bois.

- Lancelot McClain, ouvre immédiatement cette porte !

- ¡Cállate! (La ferme) braillai-je en espagnol.

Bouillonnant de colère, et submergé par la culpabilité, j'abattis mon poing contre mon punchingball à en faire craquer mes jointures. La douleur me permis de reprendre pieds.

- ¡Si crees que te saldrás con la tuya! (Si tu crois pouvoir t'en sortir comme ça !) continua Veronica, également dans la langue natale de notre mère.

Je ne répondis rien. Rapidement, je récupérai un vieux sac de sport qui trainait et l'expédia sur mon lit, avant de me tourner vers mon armoire. Keith était déjà là à attendre que je lui tende des vêtements à ranger dans mon bagage. Je lui balançai au hasard t-shirt, caleçon, et pantalon, sans même faire attention à ce que je prenais.

- Lance… commença-t-elle à me supplier.

Mon cœur se serra. Je ressorti de ma chambre, direction la salle de bain. Ver me colla au basque.

- Il a rompu avec toi ?

- Non.

J'étais essoufflé, ma voix commençait à faiblir. Je devais être plus exécrable.

- C'est moi qui ais rompu, mentis-je avec des accents moqueurs. Tu me connais. Je suis incapable de m'attacher à quiconque. Tu avais raison, il est comme toutes ces filles inutiles avec qui j'ai pu sortir. C'était juste pour le cul, et c'était décevant. Alors j'ai mis fin à notre relation.

Mes propos me dégoutèrent moi-même. Elle dû le voir, car elle ne sembla pas croire un seul de mes mots.

- Dis-moi la vérité, est-ce que… (elle remarqua que je rangeai mes affaires de toilette) Qu'est-ce que tu fais ?

- Ça ne se voit pas ? Je rentre à la maison.

- Tu es déjà à la maison.

- Non. Ce n'est pas chez moi ici.

Je la dépassai, n'oubliant pas de la bousculer, pour me réfugier une seconde fois dans ma chambre.

- Ça ne l'a jamais été ! criai-je avant de refermer la porte.

Je m'écroulai presque une fois certain qu'elle ne pouvait me voir. Keith me rattrapa à temps. Il avait fini de fourrer un maximum de vêtements dans mon sac. Je me relevai et y rangeai ma trousse de toilette.

- Qu'est-ce que tu racontes, Lance ?

Sa voix commença à se briser.

- Laisse-moi tranquille ! hurlai-je en me débattant avec la fermeture éclair de mon bagage.

Plus habile que moi, Keith s'en chargea avant de passer soigneusement la sangle du sac par-dessus mon épaule.

- Je t'attends dans ta voiture, souffla-t-il. Fonce !

Et il sauta par la fenêtre. Je déverrouillai la serrure, repoussai brutalement Veronica et dévalai les marches, gêné par mon fardeau.

- Lance, arrête de mentir. J'ai bien vu que c'était différent. Ce garçon, tu l'apprécies vraiment. Alors dis-moi la vérité.

Dans l'entrée, elle m'attrapa par le coude. Plus forte que je ne le croyais, elle m'obligea à lui faire face, et je vis qu'elle n'avait pas l'intention de laisser partir comme ça. Son visage emplit de peine ne fit qu'amoindrir un peu plus mon courage. Je me haïssais à la perspective du mal que j'allais lui faire. J'étais au courant de la manière dont son ex fiancé l'avait quitté, et de la solitude avec laquelle elle avait dû vivre toutes ces années. Malgré tout, elle était restée à Volthrone, parce qu'elle aimait cette ville et ses habitants. Et j'avais bien vu que, depuis que j'avais emménagé ici, la joie de ne plus être seule avait peu à peu fait revenir le bonheur dans sa vie. Mais je me devais de le faire. Pour sa propre sécurité.

- Tu es étouffante, Veronica. Tu l'as toujours été. Tout comme cette ville de merde qui suinte l'ennui ! J'en ai marre de vivre ici ! Je déteste cet endroit, et je n'y resterai pas une seconde de plus. Je refuse de pourrir ici, comme toi !

Sa main retomba comme si je l'avais électrocuté. Me détournant de son visage choqué et peiné, je filai vers le porche.

- Lance, tu ne vas pas t'en aller maintenant, croassa-t-elle, il fait nuit.

- Je dormirai dans la voiture si je me sens fatiguer, ripostai-je sans la regarder.

- Reste au moins ce soir, la nuit porte conseil…

- Non.

- Au moins une petite semaine, me supplia-t-elle, maman avait prévu de passer !

- Quoi ? m'écriai-je, complètement pris au dépourvu.

- Elle a téléphoné pendant ton absence ! Ils voulaient te faire une surprise avec Bob. S'il te plait, reste. On peut encore arranger les choses. Dis-moi ce qui ne va pas, et je…

- Non, Veronica, l'interrompis-je. Ma décision est prise.

Je me détournai de son regard commençant à se perler de larme. Chaque seconde perdue la mettait en danger, c'était le plus important. Je commençai à descendre le perron, mais elle me rattrapa encore une fois, posant sa main sur mon épaule.

- Lance…

Je cru un instant céder. Mais il ne fallait pas. Je dégageai sa main dans un claquement sec, et la regardai avec mon expression la plus cruelle.

- Suéltame (Lâche-moi), Veronica, lâchai-je sur un ton acerbe. Ça n'a pas marché, point. Tu aurais dû t'y attendre, non ? J'ai toujours détesté Volthrone. Et rien n'a changé.

Ma cruauté eu le résultat escompté. Interdite, elle se figea sur le perron, et je m'enfuis dans la nuit.

- Je m'en vais, lâchai-je tout simplement.

Je montai dans ma voiture. Les clefs étaient sur le contact, et je fis rugir le moteur. Je fis l'erreur de jeter un dernier coup d'œil à ma sœur. Elle était déboussolée. Je crus que l'on m'arrachait le cœur, mais je résistai, et quittai l'allée, sans pouvoir retenir plus longtemps mes larmes.


Inutile de vous dire qu'en relisant et recorrigeant ce chapitre (il doit quand même y avoir des fautes, désolée d'avance), j'ai eu très mal à mon petit coeur.
L'action commence...

J'ai changé ma manière de faire pour les traductions en espagnol (je me suis dit que j'allais essayé de mettre directement à côté les traductions parce que ça devait être enquiquinant d'attendre la fin, ou de devoir descendre tout le chapitre d'un coup, ou encore de traduire de vous mêmes, pour comprendre)

Sinon, qu'avez-vous pensez de l'histoire de Coran et de son affection pour sa famille ? Et aussi de son personnage en général ?

Pour nos quatre nouveaux antagonistes, j'ai pris des personnages qui apparaissent dans d'autres versions de Voltron (que je n'ai pas regardé, je précise ahah). Qu'en dites vous également ? Convaincus ?

J'espère en tout cas que tout cela vous a plu.
On redémarre sur les chapeaux de roues en tout cas !

Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée/journée, et je vous dit à la prochaine.
(même si je ne fais aucune promesse, je vais essayer de publier au plus vite)