Chapitre 9 - Des excuses
Narcissa fit semblant de ne pas entendre sa colocataire quand celle-ci revint à leur chambre, quelques heures plus tard. La blonde n'arrivait pas à fermer l'œil de la nuit, ses pensées tournoyant dans sa tête. Elle n'était plus ivre depuis un moment et ressassait la soirée en boucle. Elle avait été totalement stupide et finalement, c'était tout ce qu'elle retenait. Stupide d'avoir pensé s'intégrer à ce groupe de personnes qui ne lui avaient jamais montrée le moindre intérêt sauf si c'était pour parler de sa sœur. Et stupide d'avoir pensé que Molly était son amie.
Les jours qui suivirent furent tendus entre les deux colocataires. Narcissa esquivait la rousse dès que celle-ci tentait de lui parler. Pourquoi l'écouterait-elle si ce n'était que pour l'entendre défendre ses amies ? Alors, elle partait très tôt le matin et ne revenait que tard le soir pour aller se coucher. La Bibliothèque était devenue son nouveau refuge. Certes, elle y allait régulièrement les semaines précédentes mais désormais, elle y passait tout son temps libre.
Sa situation sociale s'était toutefois légèrement améliorée depuis la soirée. La plupart des gens continuaient à l'ignorer comme si elle n'existait pas et ne lui adressait pas la parole. De toute façon, Narcissa avait toujours ce regard hautain et froid qui empêchait toute personne de s'approcher d'elle. Néanmoins, elle n'entendait plus de rires à son passage, ni même de chuchotements. Les étudiants semblaient s'être lassé du sujet « Black » et la laissaient enfin tranquille. Elle se demanda ce qui avait bien pu entraîner ce changement d'attitude mais finalement, ce n'était pas pour lui déplaire. Elle pouvait désormais étudier sérieusement.
Deux semaines après la soirée, alors qu'elle feuilletait un livre sur l'histoire sumérienne pour un devoir à rendre au professeur Binns, la chaise à sa droite fut tirée vers l'arrière. Elle releva la tête pour voir qui venait la déranger et s'assombrit quand elle reconnut Molly. Elles ne se parlaient plus depuis des jours, Narcissa l'évitant toujours.
« Salut ! » lui lança la jeune femme.
Narcissa ne lui répondit pas, lui montrant ainsi son irritation d'avoir été dérangée. Elle était presque tentée de changer de place pour fuir sa colocataire mais ç'aurait été trop puéril. Elle entendit sa voisine soupirer et un silence angoissant les envahit soudain. Narcissa faisait semblant de lire un passage de son livre mais n'arrivait plus à se concentrer tant la présence de Molly la stressait. Que voulait-elle ?
Ce matin encore, elle était passée au bureau qui s'occupait des transferts d'hébergement. Malheureusement pour elle, elle était toujours sur liste d'attente car aucune chambre ne se libérait. Mais ce qu'ils ne comprenaient pas dans ce bureau, c'était que plus elle restait avec Molly, plus la cohabitation devenait insupportable. C'était une urgence !
« Est-ce qu'on pourrait se parler ? lui demanda-t-elle enfin, au bout de quelques minutes.
— A quoi cela servirait-il ? » s'exclama Narcissa d'une voix particulièrement glaciale.
Molly soupira à nouveau.
« S'il te plait, Cissy ! » la supplia-t-elle.
Narcissa releva la tête subitement et lui lança un regard mauvais. Elle n'avait plus le droit de l'appeler ainsi. La rousse comprit immédiatement et se reprit immédiatement.
« Narcissa... J'aimerais qu'on s'explique sur ce qui s'est passé à la soirée...
— Pour que tu me dises que j'ai tort ! » dit la blonde en haussant subitement la voix.
Des têtes se tournèrent vers elle mais Madame Pince qui devait certainement se trouver à l'autre bout de la Bibliothèque n'accourut pas pour leur demander de se taire.
« C'est pas ça... Donne-moi cinq minutes, s'il te plait ! »
Narcissa la regarda pendant quelques instants puis, ferma subitement son livre et commença à ranger ses affaires. Elle se leva et lança :
« On va où ? »
Molly fut soulagée et lui proposa de marcher jusqu'au Grand Lac. Le temps était encore clément en ce début de novembre. Il n'y avait aucun vent, ni de pluie et le ciel était ensoleillé. Narcissa suivit Molly en silence. Les arbres de l'immense forêt qui entourait Poudlard avaient commencé à prendre des teintes orangées. Les feuilles n'étaient pas encore tombées et la vue était splendide.
Les deux jeunes filles arrivèrent enfin devant le Grand Lac. Plusieurs bateaux d'aviron bougeaient en cadence sur le rythme, crié par les sportifs. Elles s'assirent sur une grande pierre qui faisait office de banc naturel et restèrent encore silencieuse pendant quelques instants. Une légère brise vint souffler sur les cheveux flamboyants de Molly. Narcissa ne put s'empêcher de l'admirer discrètement. Malgré sa rancœur, elle continuait à la trouver jolie. La nitescence reflétait sur ses mèches, lui donnant des couleurs blondes, orangées ou même, rouges électriques. Des couleurs qui représentaient bien le tempérament de feu de Molly.
Celle-ci prit enfin la parole et se tourna vers elle. Le cœur de Narcissa se mit à battre un peu plus fort dans sa poitrine. Elle aurait vraiment du mal à ne plus l'aimer.
« Je voudrais m'excuser pour la soirée. »
La blonde se redressa et la regarda, les yeux étonnés.
« Je ne t'ai pas cru alors que tu avais raison.
— Co... Comment ?
— Quand tu es partie, je suis retournée à la salle de jeux pour discuter avec Emmeline et Annabelle. Je voulais comprendre ce qui s'était réellement passé. Elles ont maintenu leur version, elles ont répété que tu étais juste bourrée. Même les autres joueurs sont allés dans leur sens. Tu vois... Emmeline et Annabelle, je les connais depuis que je suis à Poudlard. Ce sont mes amies, je leur fais confiance. Alors, je me suis dit que tu avais peut-être mal compris ce qu'elles t'avaient dit et j'ai mis de côté mes doutes pour tenter de m'amuser. C'est à ce moment-là qu'Arthur est arrivé.
— Arthur ? Tu veux dire Arthur Weasley ?
— Oui, tu sais... mon ex...
— Oui, je vois qui c'est.
— Devant tout le monde, il a affirmé que les joueurs avaient lancé des questions sur ta sœur... et qu'ils n'ont pas arrêté de se moquer de toi. Il voulait intervenir quand il est arrivé dans la pièce mais tu es partie presque à ce moment-là.
— Ah...
— Bien sûr, Emmeline et Annabelle ont tenté de réfuter ses paroles mais d'autres témoins, des personnes qui ne jouaient pas, ont commencé à confirmer les paroles d'Arthur. Finalement, au bout de longues minutes de discussions, j'ai su qu'elles t'avaient malmenée pendant le jeu. J'étais en colère, tu ne peux pas savoir ! Je suis vraiment désolée pour leur attitude. Je sais que parler de ta sœur est un sujet délicat et surtout, malvenu. Elles n'auraient pas dû se moquer de toi ainsi. Je voudrais aussi que tu m'excuses, pour ne pas t'avoir crue ! »
Elle regarda intensément Narcissa, les yeux inquiets, se demandant si la blonde allait pouvoir lui pardonner.
« Tu n'as pas à t'excuser, Molly, lui dit enfin cette dernière. C'est normal que tu aies cru tes amies, plutôt que moi. Je ne suis que ta colocataire alors...
— Arrête de dire ça !
— Quoi ?
— Arrête de répéter qu'on est juste des colocataires !
— Mais c'est ce qu'on est, non ?
— Oui, mais pas que... »
Molly soupira doucement et releva la tête vers elle, l'air soucieux.
« On est plus, toutes les deux, non ?
— Hein ? »
Narcissa lui lança un regard désemparé. Que voulait-elle dire par-là ? Elle sentit son cœur palpiter plus fort dans sa poitrine. Est-ce que Molly... ?
« On est amies, non ? la coupa-t-elle dans ses pensées.
— Ah... euh... vraiment ? balbutia Narcissa, prise par surprise. Elle se sentit subitement ridicule d'avoir pu penser que peut-être, Molly pouvait s'intéresser à elle... C'était juste impossible.
— Bien sûr ! »
Et la rousse lui lança un grand sourire qui fit palpiter le cœur de Narcissa.
