41.
"L'eau éteint le feu" dit-il.
Elle haussa les épaules. "Et le feu fait s'évaporer l'eau jusqu'à ce qu'elle disparaisse."
42.
Il ne la tua pas.
Il ne dit rien d'important pendant qu'ils marchaient vers le lac. Il ne posa aucune véritable question. Il étudiait son corps dissimulé par le pull rugueux qu'elle portait presque toujours, celui avec un grand H tricoté, et il se demandait à quoi elle pouvait ressembler dans de plus beaux vêtements.
Il marcha avec elle.
Elle parla mais ses mots étaient vides. Il comprit intuitivement qu'elle n'était pas seulement en train de débiter des banalités pour faire la conversation pendant qu'elle l'observait. Elle était sur le point de prendre une décision.
Il se demanda si elle avait choisi le feu pour le blesser parce qu'il l'échauffait tout autant qu'elle était infernale avec lui.
Finalement, quand ils furent au bord de l'eau, il s'accroupit et posa la main qu'elle avait brûlée à la surface de l'eau, brisant ainsi la tension et perturbant un insecte aquatique qui glissa au loin, effrayé par eux deux.
Elle posa son sac et s'accroupit près de lui. A côté de lui. Quand elle posa sa main près de la sienne, il observa la façon dont l'eau commençait à siffler et bouillir. "Veux-tu savoir comment on fait ? demanda-t-elle. Je suspecte que cela ne sera pas facile pour toi. Je ne pense pas que tu sois de feu."
"Que suis-je ?" demanda-t-il tandis qu'il observait les volutes de vapeur s'élever dans les airs.
"L'eau, probablement. Je pourrais me noyer en toi."
43.
"Arrête de me fixer ainsi."
Tom Riddle leva les yeux vers la sang-de-bourbe – il avait commencé à penser à elle en tant que sa sang-de-bourbe – et maîtrisa les traits de son visage pour leur donner un air d'interrogation polie. "Je te demande pardon ?" Elle était venue jusqu'à la table de Serpentard à la fin du déjeuner, avec ses horribles cheveux tirés en une natte raide, probablement la coiffure la moins flatteuse qu'il l'avait vue arborer jusque-là. Elle tenait son sac sur une épaule et elle portait ces chaussures pratiques, confortables et peu séduisantes que les autres filles abandonnaient dès les prémisses de la puberté.
"Tu me fixes, répondit-elle. Tout le temps. En classe. Dans les couloirs. Pendant les repas. Arrête."
Ses amis – ses laquets – la fixaient maintenant avec une sorte de fascination morbide.
"Je ne voudrais pas être impoli, Hermione, répliqua-t-il, c'est bien Hermione, n'est-ce pas ? Mais comment comptes-tu me faire arrêter ? Je te regarderai autant qu'il me plaira."
Il s'attendait à ce qu'elle monte sur ses grands chevaux mais au lieu de ça, elle pencha la tête sur le côté, comme si c'était la première fois qu'elle le prenait en considération. "Tu es un vrai casse-pied. Mais tu es plus intéressant que ce à quoi je m'attendais. Accompagne-moi jusqu'au lac."
Thoros Nott faillit s'étrangler avec son repas qu'il n'avait pas fini de manger. Tom, cependant, se contenta de se lever et offrit son bras à la sang-de-bourbe sans tenir compte de la grimace pleine de dégoût de Malfoy. Elle hésita suffisamment longtemps pour qu'il finisse par aborder un sourire narquois, amusé qu'elle ne veuille pas le toucher. Elle n'était peut-être pas effrayée, en tout cas pas de la façon dont le reste de ces étudiants stupides l'étaient, mais elle était méfiante.
Ce n'était pas l'idéal, la méfiance, mais il ferait avec.
Elle vit son sourire narquois et posa immédiatement la main sur son bras. Voilà donc sa faiblesse, pensa-t-il. Elle détestait être considérée comme quelqu'un de lâche. C'était ce qui permettait de la manipuler. Il ne pouvait peut-être pas l'intimider mais, oh, il pouvait toujours l'amener là où il voulait.
Tandis qu'il la conduisait hors de la grande salle en usant de bonnes manières qu'il avait dû apprendre dans des livres, il entendit Abraxas dire dans son dos : "Est-ce que vous pensez qu'il va la tuer ?"
44.
Il avait fait en sorte qu'Abraxas Malfoy récupère un livre de magie noire de la bibliothèque familiale. Les incantations de l'immortalité. Il le lui donna dans le hall d'entrée.
"Vu ce que tu lis, je pense qu'il devrait te plaire" dit-il.
Elle lut le titre et rit au point qu'il pensa qu'elle était peut-être malade.
45.
Il l'observait. Il l'observait toute la maudite journée. Il voulait savoir comment elle avait fait ça. Comment elle l'avait fait brûler.
Comment elle le faisait brûler.
Elle mangeait en silence, un livre posé devant elle. Elle écrivait des rédactions dans lesquelles, s'il se basait sur celle qu'il avait nonchalamment volée dans le bureau de Slughorn, elle se débrouillait pour dire le moins de choses avec le plus de mots possible. Elle avait un faible pour les propositions subordonnées imbriquées et il réalisa avec dégoût qu'il trouvait cela amusant. Elle se jouait des professeurs en utilisant les structures grammaticales les plus alambiquées pour faire du remplissage.
Le fait de jouer avec les gens était un art qu'il appréciait.
"La salvation, lui dit-il dans la grande salle. Je conçois cela comme une eau qui s'écoulerait sur les âmes des damnés ou quelque chose du genre."
"Mal à la main ?" demanda-t-elle. Il plissa les yeux. "J'espère bien" ajouta-t-elle.
"Garce" murmura-t-il, en colère et amusé et curieux malgré lui.
"La salvation, répondit-elle d'un ton moqueur. "Puisque tu poses la question. C'est être libéré de la perversion. Autrefois un homme a cru que je pourrais te libérer de ta propre perversion, de ta propre destruction." Elle hissa son sac sur son épaule.
"Dumbledore" dit-il.
"C'est un imbécile" renchérit-elle et, pour une fois, Tom Riddle était d'accord avec elle.
"Comment ça, ma destruction ?" demanda-t-il mais elle s'était déjà éloignée de lui.
Elle faisait toujours ça. Elle était toujours en train de s'éloigner de lui.
Il était toujours en train de brûler, de l'observer.
