.

Je déteste la réaction de mon corps face à lui, comment son odeur, son contact, me font rapidement perdre le fil de mes pensées mais heureusement ça ne dure pas longtemps. Malgré tout j'arrive à rester sur ce qui est important et avec Jacob dans ma tête je prends quelques profondes inspirations pour arriver à refréner mes émotions.

"Ne me menace pas Edward," dis-je, quand je suis sûre que ma voix ne va pas me trahir. "Si nous pouvions arrêter de penser à nous pour une minute. C'est Jacob la priorité ici."

"Et c'est pour ça que je suis venu," dit-il à travers ses dents serrées. "Je veux le voir."

Sa colère s'est légèrement dissipée. Sa mâchoire est toujours rigide et à en juger par la blancheur de ses articulations alors qu'il serre toujours le volant, il essaie simplement de gérer sa mauvaise humeur.

Je veux juste m'éloigner de lui et de ma réaction à sa présence. Je n'étais pas préparée à ça, pas préparée à lui. Même si j'y avais un peu pensé pendant ces derniers jours, je n'étais pas prête à discuter avec lui.

"Il commence l'école ici, après-demain," je lui explique calmement. "Je pense que ce serait mieux si nous le laissons tranquilles pendant deux jours et ensuite nous pourrons nous voir ce week-end."

Ses lèvres se serrent. C'est très clair qu'il n'aime pas cette idée. Il bouge sur son siège et se tourne pour me regarder en face. Il n'y a pas beaucoup d'espace entre nous et je peux sentir la chaleur irradier de son corps. J'aimerai ne pas réagir à cela et essayer de m'accrocher à ce petit bout de sang-froid qu'il me reste.

"Pourquoi devrais-je te faire confiance ? Comment puis-je être certain que tu seras là ce week-end alors que tu as déjà disparu avec lui ? Pourquoi devrais-je croire ce que tu me dis ?" Ses paroles sont mesurées et dégoulinantes d'acide.

"Eh bien si tu veux voir Jacob, il faudra que tu en passes par là," je lui fais remarquer.

"Comment oses-tu me dire ce que je dois faire ou pas pour voir mon fils ?" rétorque-t-il d'un ton acerbe.

Les cauchemars que j'aie faits cette semaine ne sont rien comparés à ça. On dirait que j'ai été projetée dans une réalité alternative. Je ne m'étais pas attendue à ce qu'il soit le même mais je ne m'attendais pas à ce qu'il ait autant changé. Il n'y a pas de gentillesse dans ses yeux, rien d'aimant, d'attentionné ni de compatissant de l'homme auquel j'avais trouvé si facile de donner mon cœur.

Je n'ai aucune idée de quel type de voiture il s'agit… elle ne ressemble certainement à aucune autre que j'aie déjà vue mais elle crie le symbole de son statut. Ce n'était pas le style d'Edward. Il conduisait une Volvo argentée, nom d'un chien !

Ses vêtements aussi montrent sa richesse. Il porte un costume impeccablement coupé sous un épais pardessus et je suppose que ses chaussures sont faites sur mesure en cuir italien. On dirait qu'il vient de sortir d'une couverture de magazine de mode.

Je me demande pourquoi il n'est pas habillé de façon plus décontractée puisque je suppose qu'il est arrivé de Seattle en voiture. Ce n'est pas l'Edward que j'ai connu et aimé - celui qui ressemblait plus à un étudiant en médecine froissé et geek plutôt qu'à l'homme d'affaires froid et élégant qui se trouve en face de moi.

Mes yeux atteignent son visage et je grince un peu en réalisant qu'il m'a vue faire.

Son regard intense me met à l'aise et je détourne les yeux pour scruter la maison.

Si je veux avoir une chance de lui faire retrouver la raison, il faut que je me reprenne. Céder à cette tentation et me disputer avec lui ne mènera à rien.

"Je ne te menace pas Edward," j'insiste en baissant ma voix. "Mais je sais ce qui est le mieux pour Jacob et passer en force comme ça n'est certainement pas une bonne idée. Nous pouvons faire de la façon facile ou tu peux le faire à la dure."

Tournant la tête vers moi, il me regarde un long moment comme s'il luttait avec sa propre conscience.

"De toute façon est-ce qu'il sait pour moi?" me demande-t-il, sa voix est rauque tellement il se retient, il a un côté craintif comme s'il pensait que je ne lui avais parlé de lui qu'en mal.

"Oui, nous avons parlé de toi."

"Enfer Bella," crie-t-il et je serre les dents pour ne pas crier plus fort que lui. "Tu lui as parlé de moi ? Je ne suis pas un gars au hasard, je suis son putain de père !"

Il passe ses doigts dans ses cheveux et ferme les yeux avant d'inspirer plusieurs fois. Je ne peux m'empêcher d'étudier son profil quand il ne regarde pas. C'est vraiment incroyable comme ils se ressemblent avec Jacob. Ils ont le même nez droit qui semble petit et bien dessiné mais légèrement plat de profil. Les yeux fermés, je vois la longue courbe de ses cils épais, autre attribut transmis à Jacob.

Les cheveux de Jacob sont épais et indomptables aussi mais ils sont plus foncés et n'ont qu'un léger reflet de ses tons rougeâtres profonds.

Penser à Jacob me ramène directement à mes problèmes actuels. "Il faut que tu te calmes, Edward. Est-ce que tu croyais vraiment que tu allais arriver dans cet état et demander à le voir ? Sans parler de la situation entre toi et moi et tout ce qui va avec, il faut que tu te souviennes que c'est un garçon qui n'a que neuf ans. Tu veux qu'il nous voit nous disputer ?"

Apparemment plus calme il recommence à parler.

"Jasper m'a dit que je ne devais pas venir encore. Crois-le ou non ce n'était pas mon intention de vous approcher aujourd'hui." Ses yeux se tournent brièvement vers les miens. "Je voulais juste m'en rendre compte par moi-même - voir que c'était bien réel."

"Eh bien la prochaine fois que tu veux espionner, tu devras penser à le faire avec une voiture moins visible."

Son rire amer m'agace. "Crois-moi Bella si j'avais eu l'intention de t'espionner je n'aurais pas eu besoin de le faire en personne."

"Pourquoi tout ce qui sort de ta bouche, ressemble-t-il à une menace ?"

Il ne répond pas à cela et bien que l'atmosphère soit toujours tendue, elle a incontestablement changé.

"J'essaie de voir ça de ton point de vue Bella," dit-il avec un calme forcé. "Quand Jasper m'a dit que tu… que j'avais un fils,... ça m'a terrassé." Ses yeux s'ouvrent et leur intensité m'étourdit.

"Je sais que j'ai tout géré de travers avec Irina et je ne te blâme pas d'avoir dit la vérité à notre sujet au conseil." Il secoue la tête comme s'il voulait se débarrasser de ces souvenirs. "Tu étais jeune, c'était un jeu pour toi. Mais je…"

"Un jeu ?!" je crie. "C'est ce que tu penses ?" Je le regarde, incrédule. "C'est moi qui suis restée sur le carreau quand tu as décidé de t'amuser !" je m'écrie. "Tu n'essaies pas de voir les choses de mon point de vue, du tout. Tu les vois de ton côté et tu essaies de justifier pourquoi toi et toute ta famille avez déversé le blâme sur moi."

L'air autour de nous crépite d'électricité et nous sommes tous les deux remontés de nouveau.

"J'ai commis des erreurs," admet-il. "Des erreurs que je regrette maintenant plus que jamais mais je ne mérite pas ça." Ses mains se serrent en poings. "Chaque fois que je pense à ce que j'ai raté, je deviens très en colère, Bella. Est-ce que tu as jamais pensé, juste une fois que j'aurais voulu faire partie de sa vie, que j'aurai voulu une chance d'être son père ?"

"Tu m'as abandonnée Edward, tu es parti sans un mot," je lui rappelle. "Qu'est-ce que j'étais censée faire ? Pour autant que je sache, Irina, ton bébé et toi formiez la parfaite petite famille. C'était moi qui avais été rejetée. Personne n'était là pour moi."

"Même si ma petite fille avait vécu…" il s'arrête et soupire durement. "J'aurai toujours voulu être là pour mon autre enfant." Ses yeux brûlent dans les miens et j'attends vraiment qu'il développe tout cela mais il ne le fait pas. Il se détourne simplement comme s'il ne pouvait plus me regarder.

"J'ai un fils dont je ne sais rien... Je ne sais pas ce qu'il aime faire, quel est son plat préféré, à quoi il ressemble. Je ne sais pas quand est son anniversaire. Bon sang je ne sais pas ce que je faisais au moment où je suis devenu père." Il me regarde d'un air accusateur. "Pense à toutes ces choses que tu as apprises avec lui Bella… c'est ça dont tu m'as privé."

La colère sur son visage est en train de se transformer en tristesse comme s'il faisait mentalement la liste de ce qu'il avait raté et ça plus la façon dont il a dit ma petite fille... ça me fend le cœur. Je compatis vraiment. Quoi qu'il en soit je ne peux pas m'étendre là-dessus parce qu'en ce moment il est toujours l'homme qui pourrait me prendre mon fils.

"Je ne comprends pas pourquoi tu ne me l'as pas dit. Je veux dire même si ça avait pris un an tu aurais dû me le faire savoir."

"Je voulais plus pour Jacob."

"Je lui aurais donné le meilleur départ dans la vie."

Et à ces mots mon sang se met à bouillir - comment peut-il penser qu'il aurait fait beaucoup mieux que moi.

"Je ne parle pas d'argent Edward !" Je hurle. "Je voulais plus pour lui qu'être l'autre enfant. Après la façon dont ta famille et toi m'avez traitée, je ne pouvais plus croire que vous traiteriez mieux Jacob."

"Alors tu as juste pensé que tu pouvais simplement le priver de père…?" ricane-t-il.

Je grogne de frustration. "Maintenant tu exagères? Souviens-toi juste que je n'avais que très peu d'options Edward."

"Il ne s'agit pas de toi ! Il s'agit de ce dont tu nous as privés…"

"Tu as raison il ne s'agit pas de moi ni de toi non plus. Il s'agit de Jacob et comment tout ça va l'affecter," dis-je, l'interrompant. "C'est un enfant. Je sais que tu as tout cet argent et ce pouvoir mais veux-tu nous entraîner devant les tribunaux et l'éloigner de tout ce qu'il connaît et comprend ? Quel genre de relation veux-tu avoir avec lui dans ce cas ?"

En fronçant les sourcils il se détourne et regarde par le pare-brise. Sa mâchoire se contracte et il semblerait qu'il réfléchisse à ce que je viens juste de lui dire.

Il ne répond pas. Au lieu de ça, il se tourne et me regarde avec des yeux qui flamboient.

"Sors !" ordonne-t-il.

Je cligne des yeux perdue.

"Je suis dans tous mes états," dit-il en serrant les dents. "Je suis trop… tu devrais y aller," marmonne-t-il, sans me regarder. "Mais je reviendrai. Il est clair que nous devons parler avant que je ne le rencontre."

Ma main glisse sur les courbes du doux cuir pour aller vers la poignée. Je vois ses yeux suivre le mouvement puis se relever vers mon visage.

"Demain je ne peux pas," lui dis-je en ouvrant la portière et passant un pied dehors. "Il faut que j'accompagne Charlie à l'hôpital."

Ses yeux se plissent et j'ai l'impression qu'il essaie de décider si je lui dis la vérité.

"On se verra jeudi," dis-je rapidement, ne voulant pas rester plus longtemps et prendre le risque d'être coincée dans une autre discussion. "Jacob sera à l'école."

"Je viendrai te chercher à dix heures," aboie-t-il en démarrant.

Je sors de la voiture et claque la portière. La vitre se baisse immédiatement et il se penche par-dessus le siège avant pour me voir.

"Maintenant je t'avertis Bella... si tu fais quoi que ce soit pour m'empêcher de le voir, je m'opposerais à toi..." Il s'arrête avant d'ajouter, "... devant les tribunaux si on doit en arriver là."

Il accélère et il me semble que je vais m'évanouir sur le goudron.

Charlie ouvre la porte aussitôt que j'ai fait un pas dans la cour.

"Ça va," je le rassure alors que je lui passe devant pour rentrer.

"Jacob est toujours dans la salle de bain ?" Il acquiesce alors je continue. "Il est d'accord pour attendre jusqu'au week-end pour le voir."

Je sens de nouveau l'odeur de poisson sur mes vêtements, j'enlève ma veste et aussi mon pull, dans l'intention de les mettre directement au lave-linge.

"Enfer qu'est-ce que c'est que ça ?" hurle Charlie, en attrapant mon bras.

Je regarde et mes yeux s'écarquillent en voyant l'empreinte de ses doigts sous forme de bleus au-dessous de ma manche.

"Quel fils de pute !" s'écrie Charlie, très en colère. "Que t'a-t-il fait ?"

"Papa ce n'est rien, c'est moins mauvais qu'il n'y paraît. Tu sais que je marque facilement."

Il me regarde totalement incrédule. "Bella s'il te plait ne me dis pas que tu es en train de le défendre !"

"Non… non… je suis juste…" il prend mon bras, "c'était juste dans le feu de l'action, c'est tout," j'insiste baissant ma voix et je lance un regard d'avertissement à Charlie pour qu'il fasse de même.

"S'il lève même un seul doigt sur toi de nouveau, je l'emmènerais au poste si vite qu'il ne comprendra pas ce qui lui arrive !" avertit Charlie, en chuchotant.

"Je ne laisserai pas cela arriver de nouveau, crois-moi."

Je rentre dans la maison suivie de près par Charlie qui ferme la porte derrière nous.

"Alors, qu'a-t-il dit ? Est-ce qu'il t'a menacé ? S'il vient ici, je vais..."

"Papa !" Je le gronde.

Sa bouche se ferme.

Je n'avais pas l'intention de lui dire que j'étais disposée à rencontrer Edward jeudi mais vu son état agité, je change d'avis.

"Il ne va pas venir ici et voler Jacob. Je le rencontrerai jeudi, pour parler."

Son soupir est rempli d'exaspération. En se frottant la nuque, il s'assoit lourdement. Ses yeux sont lourds et son visage tiré, je peux virtuellement voir l'énergie qui s'écoule de lui. Il pose sa main tremblante sur son estomac.

"As-tu pris tes médicaments ?" Je demande, en me rapprochant.

"Oublie ça, il faut qu'on en parle." Il me regarde d'un air renfrogné.

"Non, tu dois aller te coucher, papa, tu as l'air épuisé."

Il essaie de discuter avec moi mais je m'agenouille devant lui. "Papa, tu dois commencer à penser à toi. Je m'en occupe. Tu dois juste te reposer pour demain."

Il se plaint de la mise en place du stent mais je finis par le convaincre d'aller s'allonger..

Il me serre dans ses bras avant de monter et m'assure que je ne suis pas seule. Je l'entends et même si je sais qu'il a raison - je me sens seule.

Jacob descend, toujours excité, en racontant la partie de pêche. Je l'écoute pendant quelques minutes puis le laisse regarder la télé pendant que je vais prendre une douche. Je secoue la tête avec tristesse lorsque j'entre dans la dans la salle de bain pour trouver des vêtements de Jacobs éparpillés sur le sol et une serviette mouillée posée sur le lavabo.

Normalement, je l'aurais appelé ici pour ranger le désordre mais je n'ai pas l'énergie de le faire.

Après ma douche, je m'habille en survêtement et en T-shirt et je décide de commander une pizza pour Jacob et moi. Je doute fort que Charlie refasse surface ce soir, je n'aurai donc pas à lui faire la cuisine. Je me blottis sur le canapé à côté de Jacob et pour une fois il ne se plaint pas quand je lui passe le bras sur l'épaule.

Je pose mes lèvres vers sa tempe alors qu'il se penche en moi. "Tu as passé une bonne journée, mon chéri ?" Je murmure.

Il hoche la tête, un peu distrait par le dessin animé qu'il regarde. "Ouais, c'était cool."

Je souris. "Tu veux de la pizza pour le dîner ?"

Son hochement de tête est plus fort cette fois. Je me penche sur lui et je prends le téléphone sur la table et je passe la commande.

Nous nous mettons à nouveau à l'aise lorsque le téléphone sonne et que Jacob se raidit à côté de moi, ce qui me surprend. Je le regarde avec curiosité en répondant à l'appel. Il se détend à nouveau quand je lui dis que c'est Nana et un large sourire s'étend sur son visage.

Je lui passe immédiatement le téléphone, en l'écoutant bavarder avec enthousiasme de sa journée. Son exubérance diminue lorsqu'il commence à répondre à ses questions et je me rends vite compte qu'elle lui parle de l'école.

Il n'y a pas d'enthousiasme dans sa voix lorsqu'il répond et je repense à sa réaction lorsque le téléphone a sonné. Je me dis qu'il a pu penser que c'était Edward et maintenant qu'il sait que je lui ai parlé, je me demande s'il n'avait pas peur que cela soit son père au téléphone.

Il est toujours au téléphone quand la pizza arrive et je l'appelle, lui disant de dire à Renée que je rappellerai plus tard.

"Peut-on le manger directement dans la boîte devant la télé, maman ?" demande-t-il.

Je souris et lui ébouriffe les cheveux. "Bien sûr mon cœur, laisse-moi juste prendre des serviettes."

Jacob porte la pizza, tandis que j'apporte les serviettes et le lait. Il mange la pizza, ses yeux ne quittent jamais l'écran de télévision et je le regarde, jaugeant son humeur. Je voulais attendre la fin de son premier jour à l'école avant de lui dire qu'il rencontrerait Edward ce week-end mais après avoir été témoin de sa réaction lorsque le téléphone a sonné, je sais maintenant que je ne peux pas attendre.

"Chéri ?" Je commence, en essayant d'attirer son attention.

"Euh… hum," répond-il distraitement, toujours absorbé par la télé.

Avec la télécommande, je l'éteins et sa tête se tourne vers moi. "Pourquoi as-tu fait ça ?" se plaint-il.

"Il faut que je te parle."

Il me considère un instant. Sa bouche se ferme et il déglutit. "C'est à propos de mon père ?"

Je hoche la tête. "Oui."

Je me rapproche de lui mais cette fois il ne se rapproche pas de moi. Il recule la tête et ses yeux errent sur mon visage, à la recherche d'indices sur ce que je vais lui dire.

"Je lui ai parlé aujourd'hui," lui dis-je.

Ses yeux s'écarquillent comme des soucoupes. "Où est-il ? Qu'est-ce qu'il a dit ? Est-ce qu'il vient…"

"Waouh, du calme ! " Je m'exclame. "Je sais que tu es anxieux, mon chéri. Mais calme-toi, d'accord ?" Je fixe les yeux sur les siens et il hoche lentement la tête. Quand je pense qu'il s'est suffisamment calmé, je recommence.

"Je lui ai parlé aujourd'hui et il a hâte de te rencontrer," je commence, en forçant un petit sourire pour le rassurer.

"Mais je lui ai demandé d'attendre jusqu'au week-end."

"Pourquoi ?" me demande-t-il, en fronçant les sourcils.

"Eh bien, demain, on doit emmener grand-père à l'hôpital et puis tu as école jeudi et vendredi."

Il y réfléchit un instant. Son petit visage se crispe à plusieurs reprises pendant qu'il réfléchit, je peux dire qu'il est pris entre le désir de voir Edward et la peur de le rencontrer. Je prends ses mains dans les miennes et je frotte mon pouce sur sa paume, en me souvenant qu'il adorait ça quand il était petit. Cela le calmait toujours et l'aidait à s'endormir.

Il ne m'a pas laissé faire depuis longtemps.

"A quoi tu penses, mon chéri ?" Je demande.

Il regarde mon pouce faire des cercles sur sa paume. "Était-il en colère ?"

"Un peu, mais seulement avec cette situation, pas contre toi," je l'assure. "Et c'est bon. Il est naturel qu'il soit malheureux de ne pas avoir pu faire ta connaissance avant maintenant."

Ses yeux vacillent devant moi. "Je ne veux pas qu'il soit en colère contre toi, maman."

Je le rapproche. "Jacob, ne t'inquiète pas pour moi. Je sais qu'il va t'aimer. Tu sais comment je le sais ?" je demande, en inclinant le menton vers le haut pour qu'il me regarde. "Parce que, tu es un garçon merveilleux et je suis si fière de toi." Je déglutis. "Et je sais qu'il le sera aussi. Une fois que vous deux aurez appris à vous connaître, tout ira bien."

"Quand le verrai-je ?" L'appréhension est gravée sur son visage.

"Ce week-end, et je serai là avec toi. On le fera ensemble, d'accord ?"

"Ok," il est d'accord. Alors que son anxiété semble passer, son expression retombe. "Maman ?"

"Qu'est-ce qu'il y a, mon chéri ?" Je lui demande et il blêmit un peu. "Pourrais-tu... euh... arrêter de m'appeler chéri ?" Il fronce les sourcils et hausse les épaules, l'air un peu hésitant. "Je pense que je suis un peu vieux pour ça maintenant."

"Oh !" dis-je, surprise, bien que je sois aussi consciente que cela est dû à son désir d'être pris au sérieux par Edward. Je décide qu'il serait peut-être préférable de prendre cela à la légère.

"Je suppose que je vais devoir prendre l'habitude de t'appeler tout simplement le vieux Jacob."

Nous en rions tous les deux et cela brise la tension.


Charlie est nerveux, alors que nous sommes assis dans la salle d'attente. Il a soupiré un million de fois et ses genoux rebondissent furieusement.

"Pourquoi nous font-ils attendre si longtemps ?" grommelle-t-il.

"Nous sommes ici depuis vingt minutes..." je lui fais remarquer et il fait claquer sa langue d'agacement.

"Je ne peux pas gérer ça !" annonce-t-il, se levant.

Je me lève rapidement et je touche son bras. "Ça va aller," je le rassure. "Ils viendront te chercher bientôt et tu seras de retour chez toi avant même de t'en rendre compte. Il faut que tu fasses ça."

En fronçant les sourcils, il secoue la tête et ses épaules s'affaissent. "Mon Dieu, j'agis comme un grand gamin, n'est-ce pas ?"

Je regarde Jacob, qui est assis tranquillement dans le coin et qui joue avec sa console.

"Juste un peu," dis-je en souriant.

Il est à mi-chemin de son siège lorsque la porte s'ouvre et une infirmière entre. Elle appelle le nom de Charlie et il me regarde avec résignation avant de se diriger vers elle.

Je demande à l'infirmière à quelle heure je dois revenir le chercher et elle me dit d'appeler après 14 heures pour savoir plus. Je regarde Charlie se traîner derrière elle comme un condamné.

Jacob et moi rentrons à la maison et il joue dans le jardin pendant que je m'enterre dans les tâches ménagères. Alors que je mets la table pour le déjeuner, on frappe à la porte. Comme je n'attends personne, mon cœur commence à battre plus vite alors je me dépêche, en priant pour que ce ne soit pas Edward revenant sur sa parole.

"Oh ! Dieu merci, c'est toi !"

"Waouh ! " Mike rit. "Joli accueil."

J'ai failli m'affaisser contre le mur en signe de soulagement. "J'ai pensé que ça pouvait être Edward."

"Oui, je me doutais qu'il était de retour."

"Comment ça ?" Je demande, en le conduisant dans la cuisine.

"Eh bien, tu as dit l'autre jour qu'il était en route, et... corrige-moi si je me trompe, mais je ne connais personne à Forks qui conduise une Aston Martin Vanquish".

"Donc c'était ça ce truc."

"Tu l'as vu ? " Il a l'air surpris.

"Brièvement," dis-je, en sortant le plat de sous le grill et en inspectant le fromage fumant.

"Alors, tu vas m'en parler ou tu veux que je te supplie ?″

Je ris. "Non, pas de suppliques," j'insiste, alors que je pose les sandwiches dans les assiettes. "Mais on ne peut pas parler maintenant. Je dois appeler Jacob pour le déjeuner". Je lui donne deux assiettes et il les regarde la confusion. " Tu restes, n'est-ce pas ? "

Il hausse les épaules. "Bien sûr."

Jacob entre et regarde Mike avec méfiance, pendant que je mets plus de pain et de fromage sous le grill.

"Hé, Jacob !" dit Mike, en mordant un énorme morceau de son fromage grillé.

"Salut," dit Jacob en s'asseyant en face de lui.

Mike fixe Jacob pendant un moment et apparemment, reprenant son humeur, il devient un peu plus sérieux. "Ça ne te dérange pas qu'on vienne te chercher pour l'école demain ?" demande-t-il, me jetant un coup d'œil.

Jacob hausse les épaules. "Je suppose que non.″

"Jacob !" Je le gronde. "Ne sois pas grossier."

"C'est bon," insiste Mike en écartant mes protestations. Il se retourne vers Jacob. "J'ai déménagé à Forks quand j'étais un peu plus jeune que toi..." commence-t-il, en me faisant une petite grimace comme s'il n'était pas sûr que Jacob s'identifie à ses mots. "J'avais déjà commencé l'école à Port Angeles, donc je n'étais pas très heureux quand maman m'a dit que je devais changer."

Jacob me regarde d'un air accusateur. "Oui, je ne suis pas très heureux non plus."

Mike étouffe un sourire et se frotte le menton. "Mais tu sais quoi ? Ce n'était pas si mal. Je me suis fait beaucoup d'amis à l'école élémentaire de Forks. Certains d'entre eux sont encore mes amis aujourd'hui..."

"Mais je ne vais pas rester ici pour toujours."

Mike y réfléchit. "Peut-être mais ces jours-ci tu peux facilement rester en contact avec les e-mails et Faceb°°k…"

"Je n'ai pas droit à Faceb°°k…" Et il me lance un autre regard accusateur.

"Amy et Louise non plus," admet Mike. "Je voulais dire quand tu seras plus âgé bien sûr."

Jacob reprend son sandwich et en prend une bouchée.

"Tu ne t'ennuies pas quand tu ne vas pas à l'école ?" demande Mike.

Jacob roule des yeux mais avant que je puisse le faire taire Mike rigole.

"Ouais c'est une question vraiment idiote pas vrai ?"

Jacob sourit mais je hausse les sourcils en signe d'avertissement, l'arrêtant immédiatement avant qu'il ne dise quelque chose de déplacé.

Après le repas j'entraîne Mike sur la terrasse couverte pendant que Jacob débarrasse. Je ferme la porte derrière moi et me dirige vers la balustrade, Mike fait de même.

"Je suis désolé si Jacob semble un peu grossier, il est…"

"Non il n'a pas été mal élevé," m'assure-t-il. "Il a neuf ans… et en même temps, il a beaucoup de choses à gérer." J'acquiesce. "En parlant de ça," continue-t-il. "Comment ça s'est passé avec Cullen ?"

Je lâche la rambarde et me tourne vers lui. "Il était très en colère comme tu t'y attendais. Mais il a été d'accord pour qu'on se voit demain après que nous ayons laissé Jacob à l'école."

"Et tu l'as dit à Jacob ?"

"Non mais je lui ai dit qu'Edward est ici et qu'il le verra pendant le week end mais je ne lui ai pas dit que je le voyais demain."

Il frotte son visage avant de secouer la tête. "Bella," soupire-t-il. "Je souhaiterai pouvoir faire quelque chose. Toi aussi tu as beaucoup de choses à gérer…"

"Mike tu fais déjà beaucoup en nous apportant ton soutien. Tu peux voir cela des deux côtés plus que personne ne peut le faire et tu es toujours là pour m'encourager." Je pose ma main sur son bras. "Je suis très contente que tu sois là pour moi Mike, ça représente beaucoup pour moi et tu m'aides plus que tu ne le crois."

Il pose sa main sur la mienne, semblant un peu gêné par mes mots.

"Même avec toutes ces choses en cours, je suis aussi là pour toi. Si tu as besoin que je garde tes filles ou si tu veux un peu de compagnie d'adultes, tu peux compter sur moi," lui dis-je, voulant qu'il sache que c'est réciproque.

Il me remercie avec un sourire puis il s'en va après m'avoir rappelé à quelle heure il viendra nous chercher demain.

Je récupère Charlie très groggy à l'hôpital en fin d'après-midi. L'infirmière me dit que son intervention s'est bien déroulée mais il est toujours fatigué et un peu patraque à cause des suites de l'anesthésie. Il s'endort dans le siège passager avant que je sois sortie du parking.

Une fois qu'il est au lit je lui amène tous ses médicaments. Il tapote le bord du lit à côté de lui et quand je m'assieds, il radote un peu disant qu'il veut venir avec moi pour rencontrer Edward. A en juger à quel point il a l'air épuisé maintenant il me semble qu'il ne sera pas en état de supporter ce qui sera sûrement une confrontation hautement émotionnelle entre Edward et moi. Son manque d'énergie me donne un sursis alors qu'il dérive vers le sommeil au milieu de notre conversation.

Je passe le reste de la soirée à le surveiller et à préparer Jacob pour l'école, reconnaissante de ne pas avoir le temps de réfléchir à ce qu'il va se passer demain.

Quand la maison est calme et que Charlie et Jacob dorment, je commence à penser à Edward qui est là maintenant. Cependant comme Charlie est coincé dans les temps anciens ici il n'y a pas d'accès Internet donc je ne peux même pas le rechercher sur G°°gle, comme Mike l'a suggéré.


Le visage de Jacob est tout un film. Il fronce les sourcils comme quand il avait deux ans et il ne manque que la lèvre inférieure boudeuse. Même la présence de Sue et Leah ne suffit pas à égayer son humeur.

Sue est venue rendre visite à Charlie pendant que je suis absente et Leah me dit qu'elle voulait simplement offrir un soutien moral à Jacob.

"Tu verras quand tu y seras, tu apprécieras," le rassure Leah.

Jacob secoue la tête. "Je ne veux pas aller dans cette stupide école," grogne-t-il. "J'aurais aimé rentrer dans mon école."

"Jacob on en a parlé. Tu as déjà raté quelques semaines d'école, tu ne peux plus en rater ou tu vas prendre du retard. Laisse-lui une chance, tu ne l'apprécieras jamais si tu y vas avec cette attitude."

"J'attendrai sur la terrasse ?" Il souffle avant de sortir en trombe.

Je le laisse partir sans corriger son comportement avant de me tourner vers Leah avec une grimace. "Il vaut mieux le laisser se calmer quand il est comme ça."

Elle hoche la tête et sourit. "Je parie qu'il va adorer."

"J'espère que tu as raison."

"Ecoute que dirais-tu que nous allions à Port Angeles quand tu reviendras. Nous pourrions aller faire les magasins puis déjeuner. Cela t'évitera de te morfondre ici en t'inquiétant pour lui."

Cela ne manque jamais de me surprendre à quel point Leah est attentionnée. Il est difficile d'imaginer que je la connais depuis si peu de temps. Elle est tellement généreuse et positive tout le temps et j'aimerais vraiment ne pas avoir ce rendez-vous avec Edward aujourd'hui et pouvoir accepter son offre.

"J'adorerai faire ça mais je ne peux pas," déploré-je. "J'ai un arrangement pour voir Edward aujourd'hui pour régler les détails de ce week-end."

"Charlie m'a dit que vous vous êtes vus l'autre jour," dit Sue. "Penses-tu qu'il soit sage d'y aller seule ? Peut-être que Leah pourrait t'accompagner ?"

"Non, j'apprécie cette offre mais il faut que je le fasse seule." Je les regarde toutes les deux avec regret. "Je ne veux pas être impolie, vous avez déjà tellement fait pour moi et c'est vraiment très difficile. Il y a des choses dont nous devons discuter…" j'enlève mes cheveux de devant mon visage et je soupire. "C'est juste…"

Posant sa main sur mon épaule, Leah m'arrête. "C'est bon je comprends. Mais fais attention, s'il exagère une seule fois, pars. Ne tolère aucune connerie."

"Je n'ai pas l'intention de le faire," j'agrée sinistrement.

Entendant la voix de Mike à l'extérieur j'ouvre la porte pour constater qu'il dit exactement la même chose à Jacob que nous lui avons déjà dite avec Leah. Il semble sur le point d'éclater mais il se détend un peu quand Mike suggère qu'il devrait monter à l'avant avec lui pendant que je m'installe à l'arrière avec les filles.

Ensuite tout le monde se dit au revoir et souhaite bonne chance et nous allons vers la voiture de Mike. Louise sourit à Jacob mais ensuite elle fait une grimace quand il s'installe devant et se glisse sur le siège devant elle.

Quand nous arrivons à l'école Jacob essaie de me convaincre de rester dans la voiture. Il faut que je lui explique que je dois l'accompagner au bureau puisque c'est son premier jour. Il part un kilomètre devant moi alors que nous traversons la cour et quand nous arrivons au bureau il a de nouveau cette expression orageuse sur le visage.

Détestant le laisser là, j'essaie d'embrasser le dessus de sa tête mais il esquive et je n'ai pas d'autre choix que de lui dire un simple bonne chance. Mike attend à la voiture et je ravale un sanglot en rentrant dans la voiture.

"Ça va bien se passer !" dit-il, inquiet de ma réaction mais aussi un peu amusé.

"Je sais." Je renifle. "Je déteste juste qu'il ait tout ça à traverser."

"Tu regrettes d'être revenue à présent ?" demande-t-il gentiment.

"D'une certaine façon oui," je l'admets. "Mais il faut que je m'accroche à l'espoir qu'au final ce sera bien pour lui. Tu aurais dû les voir tous les deux avec Charlie l'autre jour, ils se sont bien amusés. Je veux qu'il chérisse tous ces souvenirs…" Je m'arrête un peu. "Et au fond de lui, je sais qu'il veut vraiment construire une relation avec Edward."

"Je suppose que tu y verras plus clair après aujourd'hui." Il regarde l'heure. "Tu es sûre que tu veux faire ça ? Nous pourrions récupérer les enfants et jouer à Thelma et Louise ?" Il fait un grand sourire. "Mais bon je ne ferais ça que si c'est moi qui porte le foulard."

Je tape sur sa main et je ris à sa tentative d'humour. "Conduis donc Thelma !"

Bien qu'il ne soit que neuf heures et demie, la voiture d'Edward est déjà garée dans la rue quand nous arrivons. Mike me lance un regard inquiet. "Je sais que ce ne sont aucunement mes affaires Bella mais ça ne me plait pas. Où allez-vous pour parler ? Peut-être que tu devrais le faire entrer ainsi tu serais sur en territoire connu."

"Je ne peux pas, Charlie a passé une mauvaise nuit. Si je fais venir Edward il va descendre et s'en mêler et je ne pense vraiment pas qu'il soit apte à le faire. Nous irons probablement au snack ou quelque chose dans ce genre."

"Quoi ? Tu vas parler de toutes ces choses au milieu d'un snack ?" Son scepticisme ne me surprend pas vraiment. Je me sens pareil. Quoi qu'il en soit je préfère faire ça dans un snack plutôt qu'aller dans un endroit privé avec Edward.

"Je t'appelle plus tard, d'accord ?"

Avec un sourire crispé il me fait oui de la tête alors que je descends de sa voiture. D'abord il ne fait aucun mouvement pour partir mais ensuite il démarre et s'éloigne. Je traverse la rue pour aller vers où Edward attend.

Il démarre avant que j'ai atteint la voiture et pour une raison quelconque ça m'irrite. J'ouvre la portière mais je ne rentre pas de suite.

Je me penche pour le regarder. "Tu t'es calmé ?" je lui demande, "Parce que je ne viens pas avec toi si c'est pour recommencer comme l'autre jour."

Il me regarde et ça me semble durer une éternité. "Je suis tout à fait calme," dit-il, mais compte tenu de tout ça je ne suis pas convaincue.

"Et il n'y aura plus de menaces ?"

"Je n'ai aucune raison de te menacer tant que tu me laisses faire partie de sa vie," me lance-t-il. "Je ne suis pas là pour le voir qu'une seule fois et ensuite partir."

Je le savais déjà. "Jacob veut te rencontrer. Alors je fais cela pour lui mais il n'a que neuf ans, Edward. Il n'a pas besoin de te voir comme tu étais mardi. Il faut que tu le comprennes. Nos émotions doivent rester en dehors de tout cela."

"Je suis calme," insiste-t-il sa voix est basse et ses mots sortent lentement et de façon mesurée. "Je veux juste le connaître un peu avant de le rencontrer. Je suis désolé d'avoir perdu le contrôle l'autre jour. Ça n'arrivera plus."

J'essaie d'apprécier ça pendant qu'il attend, ne le quittant jamais des yeux.

"Je le pense vraiment Bella. Je suis sérieux quand je dis que je veux faire partie de sa vie et je ne ferai rien pour mettre ça en péril."

Finalement je cède et monte dans la voiture.

"Je veux aller quelque part dans un lieu public," lui dis-je, alors qu'il s'éloigne du trottoir. "Je pense que le snack serait bien."

Ses sourcils se lèvent mais il reste concentré sur la route devant lui. "J'avais l'intention d'aller dans un endroit un peu plus privé mais si c'est ce que tu veux, très bien. Je t'offre le petit- déjeuner", dit-il.

"Je peux me payer mon propre petit-déjeuner."

"Peu importe." Il soupire.

Nous roulons en silence pendant un moment avant qu'il ne parle à nouveau. "Je suppose que c'est avec Newton que tu étais ?"

De toute évidence, il a discuté avec Alice en détail. Je le regarde avec méfiance. "Oui. Nous avons juste… déposé Jacob et ses filles à l'école, non pas que je te doive des explications".

Il me regarde avec un sourcil arqué. " Pardonne-moi d'être un peu jaloux que Mike Newton amène mon fils à son premier jour d'école et pas moi". Puis il ajoute rapidement : "Comment était-il ?"

"Nerveux et énervé de devoir commencer dans une nouvelle école," admets-je. "Mais il ira bien quand il aura pris l'habitude."

Edward semble tendu mais ne dit rien d'autre pour le reste de notre trajet, heureusement court.

Le restaurant est vide, à l'exception de deux vieux qui sirotent leur café. La femme derrière le comptoir lève les yeux quand nous entrons. Je ne la reconnais pas et aucune reconnaissance ne s'inscrit dans son expression en nous demandant si nous voulons du café.

Edward dit oui en même temps que je hoche la tête, et elle prend deux tasses, la cafetière et vient vers nous. En versant le café avec un sourire, elle montre le tableau du menu au-dessus du comptoir en nous demandant ce que nous aimerions.

"Veux-tu commander de la nourriture ?" demande Edward, sans même regarder le menu.

"Je n'ai pas faim, le café fera l'affaire."

"Juste le café. Merci," dit Edward à la serveuse, avec un sourire.

Elle lui sourit à nouveau, avant de se retirer. En sirotant mon café, je regarde pendant qu'Edward la regarde par-dessus son épaule, attendant apparemment qu'elle soit hors de portée.

"Tu sais, je préfère de loin faire ça dans un endroit un peu plus privé," dit-il, en se retournant vers moi.

"Ici, c'est bien," j'insiste.

J'ai délibérément porté un haut sans manches aujourd'hui, alors en enlevant ma veste, il repère les bleus qu'il fait sur mes bras, instantanément.

"Mon Dieu ! " s'exclame-t-il, en étudiant les petites contusions. Il me regarde et ses yeux sont remplis de véritable remords. "Putain ! Je n'ai pas fait exprès." Il expire fortement et se réinstalle sur la chaise, ses yeux ne quittant jamais mon bras. "Je suppose que maintenant je vois pourquoi tu ne veux pas être seule avec moi. Je savais que je serrais trop fort mais je ne voulais pas te faire de mal. Je suis sincèrement désolé."

"Je comprends que tu étais en colère mais ne me touche plus jamais," le préviens-je.

Les mots traînent dans l'air entre nous et ses yeux s'assombrissent un peu avant qu'il ne promette. "Je ne le ferai pas, je te donne ma parole."

"Tu ne peux pas te mettre en colère comme ça devant Jacob. Je ne te laisserai plus t'approcher de lui si tu le fais et alors tu n'auras aucune chance de construire une relation avec lui".

"Je veux rendre cela aussi facile que possible pour Jacob." Il se penche à nouveau vers l'avant. "Je ne veux pas transformer ça en guerre. Je tiendrai ma parole tant que tu me donneras la tienne."

"Ma parole sur quoi ?"

"Que tu ne m'excluras plus de sa vie."

La tentation est forte de lui rappeler qu'il m'a exclu de la sienne mais aujourd'hui, il s'agit de Jacob, donc je lui donne ma parole.

"Tant que Jacob te voudra dans sa vie, je ne m'y opposerais pas."

Nous sommes assis en silence, soudainement perdus pour parler. Nous avons l'impression d'être dans une impasse, chacun se demandant s'il doit faire confiance à l'autre. Finalement, il se détend visiblement. Pour l'instant, il semble que nous allons essayer de faire ceci la manière la plus simple.

"As-tu une photo de lui ? "

"Je n'en ai qu'une dans mon sac", dis-je en fouillant dedans. "Je n'en ai ramené aucune de la maison."

Je lui donne la photo. Elle a été prise lors d'un des matchs de Phil et il porte un grand maillot de base-ball tout en souriant largement et en brandissant une batte.

Edward l'étudie longuement sans rien dire. Je bois mon café en me demandant ce qu'il se passe dans sa tête.

Il lève les yeux de la photo et sa voix est grave quand il parle. "C'est un beau garçon."

Il ne fait aucun commentaire sur le fait que Jacob lui ressemble beaucoup mais peut-être qu'il ne le voit pas aussi clairement que le reste d'entre nous.

"Alors il aime le base-ball ?" demande-t-il, avec un soupçon de sourire.

"Le mari de ma mère joue, Jacob aime aller le voir."

"Est-ce qu'il joue lui-même ?" demande-t-il, avec impatience.

"Il essaie mais ce n'est pas l'enfant le plus coordonné."

Son attention se porte à nouveau sur la photo. En la fixant, un doux sourire joue sur ses lèvres, et quand il regarde ses yeux ont l'air humide. "Je peux garder ça ?"

"Oui."

Ce n'est pas la conversation la plus facile. En fait, c'est bizarre, presque au point d'être surréaliste. Je n'aurais jamais pensé que ce serait comme ça. Je m'attendais à plus d'amertume et de récriminations.

Je commence à penser que peut-être, juste peut-être, nous pouvons faire cela pour le bien de Jacob.

"Alors, je viendrai à la maison samedi ?" demande-t-il, en mettant la photo dans sa poche.

En pensant à Charlie, je secoue la tête. Je ne veux pas qu'il y ait de tension la première fois que Jacob et Edward vont se rencontrer.

"Je pensais que nous pourrions te rencontrer dans un endroit - un endroit neutre," je précise.

"D'accord", dit-il. "Où ?"

"Je lui ai promis de l'emmener à Adventureland. Peut-être pourrions-nous y aller, au moins il y aura quelques distractions pour lui et ce ne sera peut-être pas trop intense."

"Si tu crois que c'est mieux, alors ça me va. On dit midi ?" Il met la main dans sa poche et me remet une carte. "C'est mon numéro si tu dois me contacter avant."

"Midi, c'est parfait," dis-je, en refusant la carte. Il me semble que notre conversation est devenue très aseptisée.

Il fait quand même glisser la carte vers moi. "Prends-la. Juste au cas où quelque chose arriverait entre-temps."

En soulevant la carte, je la glisse dans mon sac sans la regarder. "Il faut que je rentre," dis-je, en me levant.

Il sort son portefeuille et laisse tomber quelques billets sur la table, me lançant un regard irrité lorsque je fais mine de prendre de l'argent dans mon sac à main. "Ce n'est qu'une tasse de café."

Il coupe le moteur quand on arrive chez moi. "Tu sais qu'on va devoir en parler un jour..." dit-il en se tournant vers moi.

"De quoi ?"

"Du passé."

Cela m'agace qu'il pense qu'il soit normal de parler de notre passé maintenant, surtout compte tenu de sa propre réticence à aborder le sujet mardi.

"Tu as dit l'autre jour que tu te foutais de ça ?" Je le lui rappelle.

Son ton se durcit un peu. "Ça a été dit dans le feu de l'action."

C'est comme si un barrage avait éclaté, mon ressentiment se déchaîne et je suis prête à le défier. "Bon alors. Tu veux parler ? Parlons de la façon dont tu m'as menti sur tout. Comment tu as baisé ta femme et ton sale petit secret en même temps. Comment tu n'as pas été assez homme pour me dire que tu ne voulais plus de moi. Comment tu es parti sans un mot. Dois-je continuer ?"

"Je ne t'ai jamais menti," insiste-t-il, avec une retenue évidente.

"Alors comment Irina est-elle tombée enceinte puisque tu as dit que tu ne couchais plus avec elle ?"

Penché en arrière, il se frotte le menton avant de pincer sa lèvre inférieure entre son pouce et son index. Je le regarde, en attendant sa réponse. Il ferme les yeux.

"Elle ne me l'a pas dit dès qu'elle l'a su, elle l'a gardé pour elle pendant quelques mois. Je ne l'ai découvert que quand je lui ai parlé de nous."

Je trouve cela difficile à croire.

"Attends, donc tu t'attends à ce que je croie que tu ne savais pas…" dis-je, sur un ton de reproche. " Tu devais le savoir, tu es un docteur pour l'amour du ciel ! "

Il rit cyniquement. "Était docteur."

Il y a une pause bien chargée avant qu'il ne continue. "Elle me le cachait. Apparemment, elle voulait me faire une surprise pour notre anniversaire de mariage.". Sa voix se fait de plus en plus dure, au fur et à mesure. "Je ne savais pas, Bella, parce que je ne voyais pas ce qui était juste devant moi. Tout ce à quoi je pouvais penser à cette époque c'était toi."

L'amertume dans sa voix semble être dirigée contre lui-même et je commence à penser qu'il pourrait dire la vérité.

"Tu te souviens du mariage de Tanya ?" demande-t-il, et je peux dire par l'étincelle malveillante dans son regard qu'il ne s'en souvient que trop clairement. "C'est la nuit où j'ai mis Irina enceinte." Il continue, amèrement. "C'était la première fois que je la touchais depuis des mois et c'était la dernière fois que je l'ai fait," déclare-t-il.

Les souvenirs de cette nuit me reviennent et je peux encore ressentir la culpabilité que j'ai ressentie à l'époque. Alice m'avait invité au mariage de la sœur d'Irina, un mois environ avant qu'Edward et moi ayons couché ensemble la première fois.

Je ne peux pas supporter d'y penser maintenant qu'il m'a dit que c'était la nuit où il a mis Irina enceinte, parce que ça rend ce que nous lui avons fait bien pire.

Le bruit de son mouvement dans son siège me fait sortir de ma rêverie. Je me retourne pour le trouver en train de me contempler.

"Il y a tant de choses que j'aurais dû faire différemment," admet-il froidement. "En essayant de blesser personne, j'ai fini par faire du mal à tout le monde. Comme tu l'as dit à Alice, j'étais faible et pathétique." Il me fixe au fond des yeux. "Mais plus maintenant."