Je crois que c'est l'un des deux chapitres que vous attendez avec impatience... Bonne lecture !
.
.
.
Chapitre 16 : Enterrement
.
Samedi 25 décembre 1943,
.
« Allez-y, Dorea, nous ne savons pas si Cygnus se remettra, vibra la voix profonde de son oncle Sirius. Son état se détériore de jours en jours. Eh bien, Dorea, qu'attendez-vous ? insista-t-il d'une voix inquiète. »
La voix de son père l'étouffait presque totalement lorsqu'elle réussit enfin à parler.
« Je ne veux pas le voir. »
Le court silence qui suivit sa déclaration lui dénoua lentement la gorge. Une goutte de sueur froide glissa le long de son dos lorsqu'elle se crispa un peu plus sur la poignée. Le sentiment angoissant qui figeait le moindre de ses muscles était toujours présent, mais il ne s'amplifiait pas non plus.
« Je vous demande pardon ? Comment cela, vous ne voulez pas voir votre père, Dorea ? fit la voix étonnée de son oncle dans son dos.
-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle en essayant de desserrer ses doigts de la poignée.
-Je ne sais ce que Mr Parkinson vous a dit, mais l'état de santé de Cygnus est vraiment inquiétant. On ne craint plus seulement des séquelles de la maladie qui le ronge, mais bel et bien une issue sans retour.
-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle sans pouvoir détacher son regard de la poignée.
-Dorea, enfin, mon enfant, que vous prend-il ? Votre père est à l'agonie et vous refusez de le voir ? Dépêchez-vous d'entrer, nom de nom !
-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle. »
Elle ne voulait pas entendre à nouveau la voix doucereuse de son père qui la faisait trembler de la tête aux pieds. Elle ne voulait pas que ses yeux gris glacé fouillent à nouveau ses souvenirs pour les critiquer avec virulence. Elle ne voulait pas que…
« Pollux vous a envoyé lettre sur lettre depuis trois jours, votre père vous a demandé des dizaines de fois hier soir lorsque je l'ai veillé avec Arcturus, vous êtes enfin venue, et vous ne voulez plus entrer ? Mr Potter, dites-lui d'entrer, par Merlin ! exigea son oncle en haussant la voix. »
Dorea déglutit difficilement. Elle ne voulait pas voir son père, pas maintenant. Elle comprenait enfin ce qu'était le mariage – avec Charlus – et elle ne voulait pas que son père s'en mêle et lui fasse part de ses commentaires. S'il avait réussi à la manipuler pendant des semaines, il réussirait encore mieux à présent qu'il était à l'agonie et qu'elle n'arriverait pas à lui refuser quoi que ce soit. Alors, non, non elle ne voulait pas prendre le risque de sentir à nouveau sa respiration se bloquer dans sa gorge et une boule d'angoisse se nicher derrière son sternum à chaque fois qu'elle devait parler en public ou parler à Charlus. Elle ne voulait plus craindre le regard des autres : elle voulait que l'impertinence de Charlus l'accompagne désormais.
« Dorea, que se passe-t-il ? lui demanda Charlus à voix basse en venant près d'elle. Tu as peur de voir ton père ?
-Oui, acquiesça-t-elle en le laissant dérouler chacun de ses doigts crispés sur la poignée.
-Tu as peur de voir son état de santé et de garder cette image de lui à l'avenir ? continua-t-il en l'enveloppant de son bras libre pour la rapprocher de lui.
-Non, reconnut-elle dans un souffle.
-Tu veux que je vienne avec toi, peut-être ?
-Non, je ne veux pas le voir, je ne veux pas y aller, répéta-t-elle en cherchant son regard. »
Ses sourcils noirs étaient froncés, et dans le couloir sombre de la Maison des Black ses yeux bruns n'avaient plus leur jolie couleur chocolat. Il s'humidifia les lèvres plusieurs fois avant de reprendre la parole.
« Tu es sûre que tu ne veux pas le voir ? C'est peut-être ta dernière occasion de le voir vivant, ma Dorea, insista Charlus.
-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle avec soulagement en comprenant que Charlus ne semblait pas disposé à l'y obliger.
-Eh bien, n'y va pas, conclut-il en l'éloignant de la porte.
-Mr Potter ! Mais enfin, que vous prend-il ? s'exclama son oncle Sirius avec stupeur. Mon frère va mourir et il demande à voir sa fille une dernière fois ! Dites-lui d'entrer dans la chambre ! asséna son oncle.
-Dorea ne veut pas voir son père, Mr Black. Elle a sûrement ses raisons, avança calmement Charlus.
-Mais enfin, on ne refuse pas les dernières volontés d'un homme en train de mourir !
-Si c'est au détriment de ceux qui lui survivront, je le ferai, renchérit Charlus.
-Mr Potter, dites à ma nièce d'aller faire ses adieux à son père immédiatement ! s'écria Sirius Black.
-Mr Black, ne vous énervez pas inutilement, je n'en ferai rien, dit fermement Charlus et Dorea sentit la dernière pointe d'angoisse logée dans sa poitrine s'envoler. Tu veux laisser un mot à ton père, Dorea ? Tu voulais discuter avec ta mère avant de partir ? »
Dorea secoua vivement la tête.
« Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui, souffla-t-elle en s'agrippant au bras de Charlus. Pouvons-nous… pouvons-nous partir, s'il te plaît, Charlus ? s'entendit-elle supplier.
-Mais enfin, Dorea, que vous prend-il ? Mr Potter, retenez-la ! s'échauffa Mr Black.
-S'il…s'il vous plaît, mon oncle, bafouilla Dorea en sentant la colère faire trembler les bras de Charlus. Je… Je… Demain.
-Demain il sera peut-être trop tard, Dorea, insista son oncle.
-Demain, répéta-t-elle avec un peu plus d'assurance.
-Eh bien à demain, capitula son oncle en tournant les talons. »
Dorea regarda son oncle descendre lourdement les escaliers. La voix de Charlus finit par briser le silence.
« Dorea, il y a un problème avec ton père ? avança-t-il prudemment.
-Pouvons-nous partir, s'il te plaît ? demanda-t-elle simplement.
-Bien sûr. »
Elle laissa Charlus la guider jusqu'à la cheminée. Il la fit passer devant lui, et sans le faire exprès, elle donna l'adresse de la maison de Charlus, de leur maison, au lieu de la Maison des Potter. Elle retrouva le salon chaleureux qu'elle avait quitté la veille, et s'assit d'emblée sur l'un des fauteuils avant que ses jambes cotonneuses ne la perdent.
Son père n'était pas là. Son père ne lui parlerait plus jamais. Demain… Demain, elle n'irait pas non plus. Elle se ferait porter pâle. Elle ne voulait pas prendre le risque de détruire tout ce qu'elle avait réussi à construire avec Charlus en quelques jours. Elle ne voulait pas risquer son mariage et sa complicité avec Charlus pour quelqu'un qui lui avait menti et à cause de qui elle avait versé des torrents de larmes d'humiliation, d'angoisse, de peur et de tristesse. Plus jamais. Plus personne ne la ferait pleurer à l'avenir. Juste après… juste après. Une dernière crise de larmes, et puis plus jamais.
« Dorea, qu'est-ce qui se passe avec ton père ? »
La voix de Charlus et ses bras qui entourèrent ses épaules calmèrent légèrement sa respiration. Elle inspira et expira à fond pour tenter de reprendre le contrôle de ses émotions. La panique lui tordait le ventre, et en même temps elle réalisait enfin qu'elle était libre, totalement libre, de la houlette de son père. Enfin.
« Est-ce que tu me laisseras lire ce que je veux ? »
C'était la dernière chose dont elle avait besoin pour être tout à fait rassurée. Elle releva les yeux vers lui. Son visage lui parut aussi trouble que le jour de son mariage, lorsqu'elle l'avait deviné derrière la dentelle de son voile.
« Dorea, qu'est-ce que ton père t'a fait ? lui demanda-t-il plutôt. »
Elle repensa à son courrier brûlé, à son pendentif explosé en mille éclats dorés, au son de la gifle sur sa joue plus qu'à la douleur qu'elle avait ressentie. Elle pensa aux trois lettres de Donkor qui l'attendaient au fond de sa malle. Elle se souvint de la douceur des lèvres de Charlus sur sa peau et de la chaleur de son corps contre le sien. Elle vit les yeux noirs de fureur de son père ce jour où quelque chose s'était brisé dans sa poitrine et dans sa tête, où son père avait brisé ses souvenirs et les sentiments qui bourdonnaient dans son corps.
« Est-ce que… Est-ce que pour toi, entretenir une relation amicale et intellectuelle avec quelqu'un à travers des lettres est suspect ? demanda-t-elle en réponse. »
L'image de Charlus se fit un peu plus nette lorsqu'elle passa son mouchoir sur ses yeux. Et pourtant, ce qu'elle vit fut loin de la rassurer. Il avait à nouveau ce visage impassible et presque froid, comme ce matin lorsqu'elle lui avait demandé de ne plus l'embrasser en public.
« Suspect ? »
Elle se sentit trembler à nouveau, baissa les yeux pour regarder anxieusement ses mains et ouvrit enfin la bouche.
« J'ai… J'ai un ami, de longue date, commença-t-elle en tremblant de plus en plus. Il s'appelle Donkor Dahak. C'est le fils unique d'un ami égyptien de mon père. Je… Je l'ai rencontré il y a cinq ans. Lorsque je suis sortie de Poudlard, mon père nous a emmenées, ma mère et moi à Alexandrie et nous avons séjourné tous les trois chez Djoser Dahak, l'ami de mon père. Et… Je me suis relativement bien entendue avec Donkor. Il… Il est Briseur de Sort spécialisé en magie antique égyptienne et grecque. Il… Il m'a fait visiter d'anciens sites sorciers du Maghreb, et il m'a appris énormément de choses sur la Magie antique. Et… Et nous nous sommes beaucoup écrit : il me parlait de ses recherches et de ses découvertes, et je lui envoyais mes remarques sur son travail et mes réflexions sur les sortilèges impardonnables et d'autres sortilèges de Défense. C'était une correspondance toute intellectuelle ! Je n'ai revu Donkor en chair et en os que deux fois par la suite : une fois l'année suivante quand il est venu à Londres lors d'un séminaire sur la Magie Antique dans lequel il parlait de la Magie égyptienne antique, et une autre fois, il y a deux ans lorsque Djoser Dahak est venu rendre visite à mon père. C'est tout ! Je te le jure, Charlus ! Toute notre correspondance était intellectuelle ! Mais… Mais quand mon père a appris l'existence de cette correspondance, il y a trois mois, le jour de nos fiançailles, il… il est devenu fou et… »
Elle se leva brusquement et monta les marches quatre à quatre jusqu'à la chambre pour en redescendre la boîte en bois qui contenait les fragments de sa correspondance et les trois dernières lettres de Donkor. Elle les mit dans les mains de Charlus, qui était toujours figé devant le fauteuil.
« Mon père a… Il a trouvé mon attitude impertinente et indécente. Il n'a vu que le fait que Donkor était un homme et moi une femme, reprit-elle. »
Même si elle tremblait de plus en plus, son cœur lui paraissait bien plus léger à présent.
« Il a brûlé ma correspondance, il a détruit d'un coup de baguette le pendentif que j'avais acheté avec Donkor sur le port sorcier, et… Et il m'a dit des choses horribles sur toi. Sur le fait que tu avais accepté de m'épouser pour une dot dérisoire pour que mon père te protège toi et ta famille contre Grindelwald. Comme si… Comme si tu avais rendu un service à mon père en le débarrassant de moi, et qu'il t'en rendait un en se portant garant pour toi auprès de Grindelwald. Et il m'a dit que si je n'agissais pas exactement comme il le fallait avec toi, si je reparlais de magie antique ou de Défense au lieu de t'écouter me parler de Quidditch, il t'apprendrait l'existence de cette correspondance, et que tu serais si en colère contre moi, que… que tu m'accuserais d'être infidèle et que… »
Elle plaqua sa main sur sa bouche pour se mordre les doigts et tenter de maîtriser la nouvelle vague de pleurs qui voulait déferler. Et elle attendit. Elle attendit comme une sentence la réponse de Charlus à ses confessions. Elle gardait la tête baissée, entendant vaguement Charlus ouvrir la boîte en bois qui ne contenait plus que des confettis à moitié en cendres de ses lettres.
« Dorea, je… Je ne comprends pas, dit finalement Charlus et elle releva aussitôt la tête. D'abord, j'espère que tu as compris que tout ce que ton père t'a dit sur moi est faux, d'accord ?
-Je sais, tu… tu me l'as dit le soir même. Et puis… et puis six jours de mariage avec toi ont suffi à me rassurer entièrement, dit-elle précipitamment.
-Bien. Bon, ensuite, cette histoire de lettres avec ton ami Donkor Daba…
-Dahak, Donkor Dahak, le corrigea spontanément Dorea.
-C'est ça, Donkor Dahak, répéta-t-il. Je ne comprends pas bien. Je veux dire, tu m'en parles comme si tu avais quelque chose à te reprocher, et en même temps, j'ai l'impression qu'il n'y a rien… d'inconvenant dans ce que tu me dis. Tu as juste écrit des lettres à un ami, c'est ça ? »
Elle osa relever les yeux vers lui. Il avait tellement simplifié la situation ! C'est vrai, cela, elle avait juste écrit des lettres à un ami, des lettres amicales, c'était tout ! Pourquoi, pourtant, son visage demeurait-il si froid et figé, si glacé, sans aucune trace d'humour ou d'impertinence ? Pourquoi semblait-il en colère ?
« Intellectuelles, des lettres intellectuelles ! précisa-t-elle. Comme… Comme des devoirs, des analyses sur la magie et…
-Donc Dahak est plus un genre de… précepteur ou de professeur pour toi ? insista-t-il en fronçant les sourcils. »
C'était le premier signe de vie sur son visage depuis qu'elle avait éclaté en sanglots. Elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même, sur le fauteuil où elle était assise pendant que Charlus restait debout devant elle à la regarder de ce regard brun impénétrable.
« Donkor est… Nous prenions tout de même de nos nouvelles, nous parlions un peu de nos vies, concéda-t-elle. Il… Il m'a parlé de son ancienne fiancée.
-Son ancienne fiancée ? insista Charlus.
-Il… Il a passé les deux dernières années en Syrie sur un grand chantier de fouilles, raconta-t-elle en se tordant les mains. Et… et il s'est fiancé avec la sœur d'un archéomage syrien. Mais… Mais elle était… Elle n'était pas beaucoup intéressée par les fouilles, ni par la magie antique alors que c'est toute la vie de Donkor. Elle ne l'écoutait jamais parler de ses recherches, elle critiquait son manque d'ambition politique et elle était très jalouse. Une fois, il a reçu une de mes lettres alors qu'il était avec elle, et comme c'était écrit en anglais et qu'elle ne lit pas l'anglais, elle lui a fait une scène en l'accusant de tous les maux. Il a refusé de cesser sa correspondance et il a rompu ses fiançailles.
-Il a rompu ses fiançailles pour toi ? dit Charlus. »
La voix de Charlus avait perdu toute chaleur. Pire, elle était alourdie par les reproches.
« Non, il a rompu ses fiançailles pour lui et à cause d'elle, contra-t-elle en essayant de contenir ses tremblements inquiets. Il… Il a 32 ans, tout le monde le charrie parce qu'il n'est pas encore marié, son père et ses amis s'en sont mêlés et il a accepté de… de fréquenter la sœur de son ami. Mais là-bas les fiançailles… Ce n'est pas vraiment comme chez nous. Tu te fiances avant de vraiment te fréquenter. Et toute la période de fiançailles permet d'apprendre à connaître l'autre et de voir si on poursuit jusqu'au mariage. Alors que chez nous, c'est rare de rompre des fiançailles. Chez nous, on se déclare et on se fiance quand on est déjà décidé à épouser l'autre. Tu comprends ?
-Et alors ? »
La voix de plus en plus sèche et froide la fit frissonner de désespoir.
« C'est symbolique, tu vois ? Se fiancer c'est dire qu'on est intéressé pour apprendre à mieux connaître l'autre.
-C'est bon, j'ai compris, je ne suis pas stupide, répliqua-t-il pendant qu'elle prenait sur elle pour ne pas sangloter à nouveau.
-Durant ses fiançailles, il a compris qu'elle était infernale, jalouse et stupide. L'histoire de la lettre lui a donné l'occasion et le courage d'arrêter tout cela.
-Donc rien à voir avec toi ?
-Avec moi ? s'étonna-t-elle en relevant la tête.
-Il n'y a… il n'y a jamais rien eu entre vous ? insista-t-il les lèvres si pincées qu'elle blanchirent.
-Plaît-il ? bafouilla-t-elle sous le coup de la stupéfaction. Mais… Mais Donkor est mon frère de cœur ! fit-elle en sentant ses joues rougir de gêne.
-L'un empêche pas l'autre, reprit Charlus, imperturbable. Alors, est-ce qu'il t'a déjà touchée ?
-Pardon ? s'horrifia-t-elle. Pourquoi m'aurait-il frappée ? Il sait que je sais me défendre avec ma baguette, il a fini par terre lorsque nous nous sommes rencontrés et…
-Pas toucher dans ce sens là, s'agaça Charlus en la coupant avec impatience. Oh et puis zut, est-ce qu'il y a déjà eu quelque chose de physique entre vous ?
-De physique ? s'étonna-t-elle sans comprendre.
-Baisers, caresses ou même carrément plus ? fit-il lourdement.
-Mais ça va pas ! s'étrangla-t-elle en sautant sur ses pieds. J'étais… J'étais… vierge pour notre mariage, bafouilla-t-elle avec malaise. Et tu le sais très bien ! ajouta-t-elle très vite pour ne pas laisser ses derniers mots entre eux. »
Elle fit quelques pas pour s'éloigner de lui et lui tourner le dos, au comble du désespoir. Comment… Comment pouvait-il oublier ce détail ? Elle s'était gardée intacte pour son mariage, faire autrement ne lui avait jamais paru envisageable. Et maintenant…
« Je ne veux pas être un second choix ou un choix par défaut, lui souffla Charlus en passant ses bras autour de sa taille. »
Il resserra ses bras autour d'elle, et elle put entendre le son des battements désordonnés de son cœur dans son dos. Elle fronça les sourcils en se souvenant du visage déformé par la rage de son cousin Theophilius Beurk, trois mois plus tôt.
« Ce n'est pas parce que je préférais épouser n'importe qui plutôt que Theophilius Beurk…
-Qu'à avoir Beurk là-dedans ? la coupa Charlus.
-…que tu es un choix par défaut. Avant même de l'avoir en face de moi, je comptais te dire oui. Je me suis peut-être un peu hâtée, c'est tout, reconnut-elle. »
Elle n'osait pas bouger, en l'attente d'une réponse. Son souffle lourd sifflait contre son oreille droite, à côté de laquelle il avait posé son menton. Ses bras enroulés autour de sa taille lui donnaient l'espoir que toute cette histoire était presque derrière eux, surtout lorsqu'elle sentit ses pouces tracer de petits cercles sur le tissu de sa robe. Puis il baissa la tête pour déposer un baiser sur son épaule et elle soupira discrètement de soulagement.
« Est-ce que… Est-ce que tu as déjà… Est-ce que tu éprouves quelque chose de plus qu'amical pour Dahak ? lui demanda-t-il en la lâchant. »
Elle se retourna aussitôt vers lui en clignant des yeux pour se réhabituer à la luminosité de la pièce. Elle venait de lui qu'il n'y avait jamais rien eu de plus que de l'amitié entre Donkor et elle et…! Oh. Il voulait parler de sentiments. Il ne s'intéressait plus à ce qui avait eu lieu, mais à ce qu'elle ressentait… et ce qu'elle aurait pu vouloir qu'il se passe. Elle ouvrit la bouche pour tout nier puis la referma avec perplexité. Qu'est-ce qu'elle en savait ? Sa mère lui avait toujours dit que l'amour l'existait pas, que ce n'était qu'une illusion que les fous prenaient pour réelle. Mais… Mais si c'était son père qui avait mis cette idée dans la tête de sa mère comme il avait voulu le faire avec elle, peut-être que c'était pour cela que tout le monde lui parlait d'amour. Pourquoi… Pourquoi, sinon, tout le monde en parlerait avec des étoiles dans les yeux, et surtout, pourquoi Sylvestra lui en aurait décrit les effets ? Pourquoi Ambuela se serait donné à Aristote Parkinson alors qu'ils n'étaient pas mariés et même pas fiancés ? Pourquoi Charlus serait-il… jaloux ? Etait-ce bien de la jalousie à cause de ce sentiment ou à cause de sa fierté ? Oui mais s'il voulait être rassuré, ce n'était pas qu'une question de fierté, n'est-ce pas ? Mais pourquoi se posait-elle cette question, d'abord ? Pourquoi son ventre explosait-il en un essaim de papillons à cette idée qu'il puisse… l'aimer ? Pourquoi son sourire crispé lui semblait familier, bien plus familier que le sourire de Mrs Potter qu'elle connaissait depuis presque aussi longtemps, trois mois et quelques jours ? Pourquoi, instinctivement, elle levait la main pour la glisser contre sa joue ? Pourquoi se réfrénait-elle brusquement ?
Pourquoi ne ressentait-elle ce léger vertige si surprenant qu'en la présence de Charlus, et ce, depuis qu'elle l'avait vu dans le bureau de son père au 12, Square Grimmaurd ? Pourquoi aimait-elle ce looping dans son estomac plus que tout autre ? Personne d'autre n'avait jamais réussi à lui faire perdre ses moyens en deux secondes, personne n'avait jamais éveillé son intérêt comme il le faisait. Surtout pas Donkor. Quand elle pensait à Donkor, elle pensait avec sa tête. Quand elle pensait à Charlus, elle pensait avec… avec son cœur martelant la cadence d'une vie à vive allure.
Est-ce que c'était ça, l'amour ?
Mais l'amour – s'il existait – n'apparaissait pas en six jours ! Ni en trois mois sous une surveillance draconienne où pas un mot ne peut-être échangé !
Et pourtant, ce sentiment lui paraissait si familier en présence de Charlus, si…
Elle déglutit pour rafraichir sa gorge soudainement sèche et parler. Mais pour dire quoi ? Elle ne savait pas elle-même ce qu'il se passait dans son corps. Elle sentait juste une boule de chaleur dans son ventre, entre ses côtes, derrière son sternum, comme Sylvestra la lui avait décrite lorsqu'elle parlait de Gawain Harper à Poudlard. Depuis quand l'avait-elle ?
« Dorea, ne m'oblige pas à le répéter, s'il te plaît. »
La voix cassée de Charlus la sortit de ses pensées. Elle reposa ses yeux sur lui, perplexe et presque apeurée. Mais elle pouvait lui répondre. Et elle était certaine de la réponse à sa question.
« Je n'ai jamais éprouvé un quelconque sentiment amoureux pour Donkor, dit-elle avec le plus d'assurance qu'elle trouva en elle. Tu l'as bien vu dans les lettres, non ? »
Il tenait toujours sa boîte en bois dans une main, et les lettres dans l'autre. Lettres qu'il n'avait pas ouvertes, d'ailleurs. Elle fronça les sourcils pour lui montrer son incompréhension. Il lui tendit les trois carrés de papyrus pliés en quatre.
« Je veux te faire confiance, articula difficilement Charlus de toute évidence. Je… Je ne veux pas me conduire comme ton père. »
Elle prit les lettres machinalement sans quitter les yeux malheureux de Charlus du regard. Lui faire confiance. Merlin, qui lui faisait confiance aussi aveuglément ? Quel homme lui avait déjà fait confiance ?
Elle regarda le papyrus dans ses mains puis retourna se jeter dans le chocolat intense des yeux de Charlus. Elle n'avait pas forcément envie de lire les lettres, mais plus pour les mêmes raisons que la veille. Hier, elle avait peur que Charlus ait la même réaction que son père. A présent, elle s'en fichait. Seule la volonté de redonner son sourire provocateur et ses yeux chocolat pétillant à Charlus la tenaillait.
Elle baissa la main qui tenait les lettres pour lever l'autre et la poser sur la joue de Charlus. Son pouce caressa sa pommette avec tendresse, avant que ses doigts se glissent dans ses cheveux. La bulle de chaleur derrière son sternum finit par la picoter agréablement lorsque Charlus ferma les yeux avec apaisement sous ce geste. Elle lâcha les lettres pour frôler son nez décidé du bout de ses doigts, lui arrachant des frissons. La peau de son cou eut la même chair de poule lorsque ses doigts y arrivèrent après avoir glissé sur son autre joue. Sa mâchoire carrée et volontaire tressaillit lorsqu'elle y remonta son doigt. Elle passa son index sous son œil et ses yeux chocolat s'ouvrirent brusquement.
Elle y plongea, souvenirs devant elle. C'était la première fois qu'elle montrait volontairement quelque chose par Legilimancie, et même la première fois tout simplement qu'elle s'en servait avec Charlus. Elle parlait avec son père par la pensée, mais elle ne lui avait jamais rien montré volontairement. Là, elle laissa les petites phrases qu'elle avait dites à sa mère – des larmes dans la voix – sur Charlus quelques secondes après la remise de sa bague de fiançailles revenir dans sa bouche : « Mr Potter m'impressionne. Il… Il est si… Tu vois, Maman, je bafouille dès qu'il est question de lui ! », « Il a l'air si… Si exubérant, si à l'aise avec les gens ! ». Puis elle lui montra ce qu'elle avait dit de lui à Lucretia : « Il est d'une impertinence ! Je n'ai jamais vu ça ! », « Le pire, c'est que j'aime ça. J'ai cru mourir de peur dans le bureau de mon père, mais en même temps je n'attends qu'une chose : qu'il recommence ! ». Et enfin, elle lui rappela le premier baiser qu'ils avaient échangé et la gifle qu'elle lui avait mise. Elle arrêta à cet instant à cause de son rire nerveux et gêné.
« Il n'y a que toi qui m'impressionnes de cette manière, souffla-t-elle sans se reconnaître.
-Ah oui ? demanda-t-il en riant nerveusement à son tour.
-Et c'est pour ça que j'ai accepté de t'épouser aussi vite, continua-t-elle.
-Aussi vite ? releva-t-il en haussant un sourcil interloqué.
-C'est ça, approuva-t-elle en lui souriant d'une manière mutine comme elle ne l'avait jamais fait. Et je suis une personne de parole. Je t'ai épousé, je te suivrai jusqu'au bout.
-Vraiment ? »
Le pétillement du brun de ses yeux était revenu, enfin. Dorea se sentit sourire un peu plus.
« Est-ce un défi ? dit-elle en reprenant ses mots de quelques jours plus tôt.
-Peut-être bien, la provoqua-t-il un peu plus.
-Je le relève, alors, souffla-t-elle en posant sa bouche sur la sienne. »
Elle voulut se reculer presque aussitôt, mais Charlus lui bloqua toute reddition, comme pour lui rappeler la promesse qu'elle venait de faire. Il lui dévora littéralement la bouche. Ses lèvres et sa langue ne se contentaient pas d'investir sa bouche de caresses : ses dents étaient de la partie, tantôt mordillant sa lèvre supérieure, tantôt cognant contre celles maladroites de Dorea, surprise par ce véritable assaut de sensations. C'était la première fois que son corps bourdonnait et réclamait toujours plus le contact de Charlus. Elle n'était pas seulement bien, comme les autres fois, mais elle était comblée de bonheur, la bulle de chaleur avait explosé pour se répandre dans le moindre petit morceau de son corps afin de le faire danser de joie.
Lorsque Charlus voulut s'éloigner, elle s'agrippa à ses cheveux noirs en pétard pour le maintenir contre elle, même si leurs bouches se séparaient. Ils restèrent comme ça longtemps, la respiration saccadée. Est-ce qu'elle pouvait espérer que cette sensation d'allégresse dure longtemps ? Est-ce que le regard de Charlus serait si pétillant sur elle pour le reste de sa vie ? Pouvait-elle prendre le risque de croire que cette sensation était de l'amour et que l'espèce de jalousie qu'elle avait cru voir dans les yeux de Charlus était aussi due à l'amour ? Est-ce qu'elle pouvait… croire en l'amour ? Est-ce qu'elle pouvait lui faire confiance, comme Charlus lui faisait confiance ?
« Merci, souffla-t-elle. Merci de me croire.
-Je crois en toi, Dorea mon amour, c'est un peu différent, nuança-t-il.
-Ah oui ?
-C'est toi que je veux pour la vie. »
Elle essaya tant bien que mal de maîtriser l'embrasement de ses joues et l'emballement de son cœur. C'était vain, surtout lorsqu'il posa ses lèvres à la frontière entre sa peau et le col de sa robe. Ah ça, il ne perdait pas le Nord.
« C'est pas vrai, grogna la voix d'Aristote Parkinson après un crac de transplanage. Tu es vraiment sans gêne, Potter. Tu n'as rien à faire de ton beau-père. Tu voulais juste ta femme pour toi tout seul. »
Pendant ce temps-là, Dorea s'était reculée de quelques pas et regardait le bout de ses chaussures.
« Parkinson, tu as peut-être oublié ce que tu m'as raconté hier soir sur toi et Ambuela, mais moi, je me souviens de tout, se moqua allègrement Charlus. »
Dorea eut le plaisir de voir Aristote Parkinson rougir et Charlus rire aux éclats lorsqu'elle releva la tête.
« Strangulot, ce n'était pas un cauchemar, marmonna Parkinson. »
.
Quelques secondes plus tard, ils prirent la poudre de Cheminette pour retourner chez les Potter. Charlus détourna habilement le sujet de la conversation, et personne ne lui demanda de parler de sa visite chez son père. Elle fut même étonnement tranquille, put rêvasser tout à son aise et analyser minutieusement toutes les sensations qui la traversaient lorsqu'elle regardait Charlus s'amuser avec ses petits-cousins.
Elle se sentait différente, à présent qu'elle s'était posé cette question qui tournait en boucle dans sa tête. Est-ce que c'est de l'amour ? Tant que Charlus ne lui dirait rien, elle ne dirait rien. Ils ne s'étaient rien promis avant de se fiancer, ni avant de se marier. Ce n'était pas maintenant qu'ils étaient mari et femme qu'elle devait lui demander des comptes. Mais tant que tout restait comme ça, tout était bien.
.
Le lendemain matin, 26 décembre, elle avait demandé à Charlus d'envoyer un parchemin à son oncle Sirius pour lui dire qu'elle était nauséeuse et qu'elle devait garder le lit. Il n'avait pas posé de questions supplémentaires, et ils avaient passé la journée en tête à tête. Le surlendemain, le 27, aussi. Il en avait profité pour lui montrer sa collection de balais et les entretenir devant elle avec tant d'amour, qu'elle s'était sentie un instant jalouse… Avant de s'imaginer à la place du balai qu'il caressait depuis plusieurs minutes avec de la cire. Elle avait rougi comme jamais avant de lui proposer une partie d'échecs. Le 28, elle avait offert la même excuse à son oncle, qui n'avait même pas pris la peine de lui répondre cette fois. Sa Tante Hesper, qui avait été Guérisseuse, était venue frapper à la porte. Dorea avait juste eu le temps de transplaner dans son lit, et de geindre comme une enfant. Charlus avait tout simplement était parfait en se montrant très inquiet – alors qu'il n'en était rien. Elle avait bredouillé à sa tante qu'elle était indisposée, qu'elle n'osait pas le dire à Charlus et qu'elle n'avait trouvé que cette excuse pour le tenir éloigné d'elle pendant quelques jours. Sa tante avait explosé de rire. Et Dorea s'était sentie un brin honteuse de mentir. Elle avait affirmé que ses règles étaient très douloureuses, mais que dans quelques jours, sa mauvaise passe serait terminée.
Elle n'avait pas eu besoin d'un autre mensonge.
Son père avait rendu l'âme le soir même, et elle avait reçu l'information par un courrier succinct de son frère qui la remerciait d'être venue trois jours plus tôt. Elle avait compris que son oncle Sirius n'avait dit à personne qu'elle n'était jamais entrée dans la chambre de son père. Elle en ressentit un immense soulagement qui se tinta lentement en sentiment d'amertume et d'incompréhension. Personne ne saurait jamais que son père lui avait fait du mal, tout le monde trouvait son attitude paternelle normale et personne ne la rassurerait jamais sur les positions qu'elle avait choisies, mis à part Charlus. Mais n'était-ce pas la seule opinion qui l'intéressait ?
Elle resta longtemps la lettre entre les mains, la fixant sans se décider sur la réaction à adopter, sans même comprendre vraiment les émotions qui tournoyaient dans son corps. Elle revêtit machinalement sa robe noire de deuil et elle suivit Charlus au 12, Square Grimmaurd sans protester. Le silence qui régnait là-bas ne fit que faire écho à ce qui se passa ensuite dans son cœur : rien. Plus aucune émotion ne la traversa lorsqu'elle vit sa mère en panique suite au choc de l'évènement et lorsqu'elle vit le corps de son père qu'on voulait enterrer dès le lendemain pour éviter une quelconque contagion avec une maladie qu'on n'avait pas réussi à identifier. Elle ne réussit même pas à pleurer comme elle aurait dû le faire en tant que fille du défunt. Rien. Aucune émotion. A part une pointe d'impatience. Elle voulait que l'enterrement ait lieu pour ne plus y penser.
Même le regard torve de Théophilius Beurk, qui vint faire son petit discours le jour de l'enterrement ne lui décrocha pas un mouvement de recul dû au dégoût. Aucune émotion. Rien. Elle avait déjà trop donné à son père. Elle ne voulait plus rien donner.
.
.
Lorsque au matin du 29 décembre 1943 Théophilius reçut une lettre fermée par le sceau de la Maison des Black, il se demanda ce que la vie lui réservait encore comme mauvaise surprise.
Il était dans la misère sociale depuis le mois de septembre où sa pimbêche de cousine l'avait envoyé paître pour cet imbécile de Charlus Potter. Ses amis s'étaient royalement moqués de lui, son père l'avait traité de bon à rien, son frère avait éclaté de rire – or Caractacus Beurk n'éclatait jamais de rire, il ne riait même jamais – et sa mère avait envoyé une Beuglante à son frère Cygnus, qui avait débarqué la minute suivante pour ravager le magasin à coup de sortilèges et rouler Belvina Black Beurk dans la poussière. Merci bien. Sa sœur Maleficia lui en avait assez voulu, et il avait reçu à son tour une Beuglante venue tout droit de Poudlard, pour le plus grand déplaisir de ses oreilles. Pire, sa mère avait pleurniché tout le mois d'octobre, et son père lui avait donné des corvées impensables comme laver le linge de toute la maison. Laver le linge de maison ? Sérieusement ? Mais on ne lavait le linge de maison qu'au printemps ! Et puis c'était un travail de fille ! Sans compter que lorsqu'il était allé au lavoir de l'allée des embrumes, il avait failli en perdre les doigts ! L'eau glacée les avait gelés ! Ses voisins s'étaient moqués de lui car tout le monde avait su le pourquoi du comment il s'était retrouvé à faire ça et sa misère sociale avait commencé.
Tout le monde riait de lui, même cette bonne vieille Sylvestra. Il avait rongé son frein, attendant patiemment le moment où Potter commettrait une impertinence de trop et où il pourrait reprendre sa place auprès de Dorea, mais rien. Pire, son parrain était devenu frappa-dingue avec ce mariage. Oncle Cygnus avait toujours été un peu paranoïaque sur les bords. Ceci avait pris des proportions conséquentes lorsqu'il avait atteint le cercle fermé de Grindelwald. Mais le mariage de sa benjamine l'avait clairement fait dérailler. Plus personne d'extérieur à la Maison des Black ne pouvait parler à Dorea s'il n'était pas là. Il avait d'ailleurs dû faire quelque chose à Dorea pour qu'elle perde le peu de couleur qu'elle avait. Elle était glaciale, cette pimbêche de Dorea. Quelque chose de froid et austère qui avait toujours fasciné Theophilius. Allez lui arracher un sourire, c'était impossible. Enfin, Potter avait réussi l'exploit. Mais Potter les embobinait toutes aussi !
Bref. Le peu de vie qu'on pouvait voir sur le visage de Dorea était mort le jour de ses fiançailles. Alors finalement, ce n'était peut-être pas plus mal qu'il reste loin d'elle et son parrain. Cygnus comme parrain, d'accord. Mais Cygnus comme beau-père semblait plus compliqué à gérer.
Mais bon sang, pourquoi Dorea lui avait préféré Potter ? C'était presque sûr que Potter avait séduit sa cousine juste pour l'emmerder lui, Théophilius ! C'était un vrai gamin qui se croyait encore à Poudlard ! Et dire que cette pimbêche de Dorea s'était fait avoir !
Rrr.
Il en rageait, sérieusement.
Le jour de leur mariage, il s'était tenu loin des mariés. Il avait râlé toute la soirée dans sa barbe, même quand sa traînée de petite sœur avait voulu qu'il l'invite à danser. La tarte qu'elle s'était prise à force d'insister l'avait fait décamper sec. Puis son père lui en avait foutu une en représailles. Ben voyons. Maléficia était la préférée de toute façon.
Et six jours plus tard, il apprenait que Cygnus était mort ? Ben tiens, et tout le monde croyait à une coïncidence ? Mais Dorea était forcément derrière tout ça. Ou mieux : Potter avait manigancé quelque chose, c'était sûr. Dorea avait dû lui raconter des histoires sur Cygnus pour qu'il l'en débarrasse. Il y avait toujours eu de l'eau dans le gaz entre Cygnus et cette mégère de Violetta. A tous les coups, Tante Violetta avait monté sa propre fille contre Cygnus pour une histoire de chiffon. Puis Dorea avait fait tourner Potter en bourrique pour qu'il se charge de l'affaire. C'était peut-être le seul truc réjouissant dans l'histoire. Que Dorea mène Potter par le bout du nez.
C'était tellement évident ! Depuis le début ! Potter était aux petits soins avec elle alors qu'elle l'avait toujours soigneusement évité. Déjà à Poudlard elle l'envoyait paître encore plus froidement que les autres. Et puis…
Les voilà. Dorea, froide, austère et impassible, entrait dans la pièce où le cercueil de Cygnus Black attendait, au bras de cet imbécile de Potter. Bien sûr qu'elle ne pleurait pas, puisqu'elle était l'auteur de la mort de Cygnus ! Pimbêche va. Et Potter n'en avait rien à faire de la tristesse ambiante, tout focalisé qu'il était sur princesse Dorea. Pfff. Pitoyable.
Pitoyables, ouais, songea-t-il avec un sourire carnassier en s'avançant vers eux. Il s'arrêta à quelques pas de là pour écouter les suppliques de Potter. Oh ma Dorea tu es sûre que tu vas bien ? Et bla bla bla. Et bla bla bla. Et Dorea qui… mais oui, Merlin !
Son Sortilège d'Altération de mémoire marchait du feu de Dieu ! Il força un peu plus les défenses mentales de Dorea à coup d'un discret Legilimens pour avoir le fond de sa pensée et il ne fut pas déçu, au contraire !
Elle ne se souvenait pas du tout de la cour ridicule que lui avait servie Potter avant leurs fiançailles ! Mieux encore : elle avait tout à fait dissocié le Charlus Potter d'avant ses fiançailles de celui d'après ses fiançailles ! Dardus Chotter VS Charlus Potter ! Oh, qu'il était fort ! Il avait tout à fait pourri le mariage de ce Veracrasse de Potter ! Il s'était enfin vengé de toutes ces années, de toutes ces humiliations ! Son mariage avec sa pimbêche de cousine lui était passé sous le nez à quelques minutes près, mais il n'en avait plus rien à faire ! Le sortilège avait dû être fixé lorsqu'elle avait pris une Potion contre la douleur ou une potion de Sommeil-Sans-Rêve pour atténuer ses maux de tête, et jamais, à l'avenir, elle ne pourrait se souvenir que Charlus Potter et Dardus Chotter étaient une seule et même personne ! qu'elle avait rendu fou cet imbécile de Potter avec son indifférence à toute épreuve ! Ah ! Ah, tout vient à point qui sait attendre, comme disait sa mère ! Et puis, Potter aussi ne pouvait rien dire sur ce qu'il s'était passé avant leurs fiançailles. Il était bien trop tétanisé à l'idée de la revoir aussi renfermée que pendant leurs fiançailles ! Merci Oncle Cygnus, nom de nom ! Un vrai don pour aider les âmes charitables pleines de projets !
Tiens, tiens, du haut de cette estrade en bois où il était sur le point de faire son discours, il avait une vue plongeante sur sa petite-cousine Lucretia. Lucretia… La fille aînée, du fils aîné d'Oncle Sirius, le patriarche de la Noble et très Ancienne Maison des Black… Sa dot devait être bien plus importante que celle de Dorea. Et puis, Lucretia était bien plus docile que Dorea. Lucretia… Lucretia Beurk, c'était pas mal aussi, non ?
.
.
.
(... Quelqu'un avait pensé à Beurk ?... Vous étiez nombreuses à avoir soupçonné un Oubliette comme cause principale de la bizarrerie de la situation mais Cygnus n'en n'est pas l'auteur ! Et ouai, enfin, Cygnus est mort et enterré... Dorea ne veut plus le voir et comme tout harceleur, il n'existe plus sans sa victime... Enfin, d'une certaine manière (je pense pas que vous m'en voudrez bcp de l'avoir tué aha) ^^
J'attends toutes vos réactions avec impatience ! Et n'hésitez pas à me dire si quelque chose ne vous paraît pas cohérent ou autre !
Et enfin, au prochain chapitre qui arrive ?... LE POINT DE VUE DE CHARLUS !)
