Hello !

Désolée ce chapitre a mis du temps à arriver, le mois de septembre a été chargé... Mais là j'ai profité des deux derniers week-end pour vous écrire la conclusion ! Et je pensais pas du tout obtenir un chapitre aussi long ! J'espère que ça vous plaira ! Merci d'avoir suivi cette histoire ça me fait très plaisir. Enjoy !


CHAPITRE DIX : Rentrée, embuscade et jour de pluie

Kagami ne restait pas.

Bien sûr, c'était prévu au programme. La rentrée, c'était le lendemain, il fallait bien que le rouge rentre chez lui.

Ils n'avaient rien fait la nuit précédente, comme s'ils avaient peur d'abîmer leurs sentiments naissants. Ils s'étaient juste endormis, apparemment aussi épuisé l'un que l'autre par une conversation à cœur ouvert du genre dont ils n'étaient guère coutumiers. Le lendemain, le matin lui parut plus froid, le soleil un peu plus faible, comme si l'automne arrivait en avance.

Après le petit-déjeuner, Kagami avait rassemblé ses affaires. Ils étaient restés un moment dans le vestibule, hésitants, et Aomine avait de nouveau éprouvé ce sentiment étrange, le même que juste avant de monter dans le train pour quitter l'onsen : comme si tout allait changer quand Kagami franchirait cette porte. Dans les jours qui allaient suivre, il découvrirait si cette histoire devait continuer. Mais à l'idée qu'elle s'achève déjà, ses tripes se nouaient douloureusement. Ce n'était pas ce qu'il voulait, et pourtant... Il était indécis, incertain, effrayé. Planté là dans ce vestibule, il ne savait pas quoi dire au rouge, et c'était apparemment réciproque.

Alors que Kagami se détournait et tendait la main vers la poignée, il se saisit impulsivement de son poignet. Le rouge se figea net, puis tourna la tête vers lui, son regard assombri par l'incertitude et le doute. Aomine fit un pas vers lui, puis pressa ses lèvres contre les siennes.

« I won't forget about you... About us... murmura-t-il, un peu essoufflé.

— I won't either », affirma Kagami d'une voix plus ferme. Puis, son visage s'adoucit alors qu'il ajoutait avec un sourire : « Give me a call, ok ? »

Aomine hocha la tête. Puis, il relâcha son poignet. Quand Kagami referma la porte derrière lui, le silence lui parut assourdissant. Il resta un moment à contempler stupidement cette porte, et quand elle s'ouvrit de nouveau, il manqua la crise cardiaque.

« Bonjour Daiki ! Tu as passé de bonnes vacances ? »

Il regarda sa mère comme si elle s'était soudain mise à parler russe.

« On a croisé Taiga-kun ! Toujours aussi charmant ! » poursuivit-elle en le poussant pour qu'il s'écarte du passage.

Il entendit très bien ce commentaire-là, et une bouffée de chaleur lui enflamma les joues.

« L'Europe, c'est génial ! s'extasia son père sans remarquer sa confusion. Tu as préféré quoi chérie ? L'Angleterre ? La France ? L'Italie ?

— Oh non me demande pas ça ! C'est impossible de choisir ! Les paysages sont superbes... et qu'est-ce qu'on a bien mangé ! Enfin un peu moins en Angleterre, mais...

— Par contre ils savent tenir l'alcool là-bas ! Je me demande si c'est parce qu'il pleut tout le temps ?! »

Aomine dévisagea ses parents, confus. Il avait totalement oublié que c'était aujourd'hui qu'ils rentraient. Tout changeait... Les vacances étaient finies. La routine du lycée allait reprendre, Kagami et lui ne dormiraient plus ensemble... Il se sentit soudain complètement déprimé et le bavardage incessait de ses parents n'arrangeait rien.

« Content que le voyage se soit bien passé... » marmonna-t-il avant de battre en retraite dans sa chambre.

Les parents laissés seuls dans le vestibule échangèrent un regard :

« J'espère qu'il ne s'est pas disputé avec Taiga-kun !

— Mais non, mais non. C'est juste la rentrée qui arrive... Tu sais bien qu'il a horreur du lycée...

— Hm... Tu n'as pas tort ! »

Aomine les entendit à travers la porte se remettre à parler de leurs fabuleuses vacances, tandis qu'il se laissait tomber sur son lit, fixant le plafond. Après quelques instants, il mit de la musique et se laissa sombrer dans une rêverie mélancolique.

De fabuleuses vacances... Lui aussi il en avait eu. Et maintenant... Il ne savait pas trop comment la magie pourrait perdurer. En plus, il n'était pas vraiment doué pour être en couple. Parce qu'il avait besoin de sa solitude, de ses réflexions, parce que ça lui demandait trop d'efforts de toujours être là, disponible. Et cependant, ce qu'il avait promis à Kagami demeurait vrai. Il savait qu'il ne pourrait pas oublier.


Le lendemain, au lycée

Il mordillait le bout de son stylo, le regard fixé sur la cour. Impossible de se concentrer sur les cours. Non qu'il essaie vraiment d'habitude, mais aujourd'hui... Il était sacrément mal luné. Toutes les petites choses l'atteignaient comme une agression. Une remarque insignifiante, des devoirs en plus à faire le soir, le bruit de la sonnerie qui lui paraissait strident, la simple présence massive des élèves papotant dans les couloirs... La normalité de la journée l'exaspérait, quand dans son cœur rien n'était normal, à l'endroit, un tant soit peu apaisé.

Et puis il y avait Satsu. Qui visiblement depuis le début de la journée fournissait des efforts considérables pour ne pas dire quelque chose. Vu que Kagami lui avait tout raconté, il se doutait de quoi il s'agissait : elle voulait savoir s'ils étaient en couple. Et au fil de la journée, il s'aperçut qu'elle n'était pas la seule.

Seijuro – 08h13

Alors, ce séjour à l'onsen ?

Ryota – 11h05

La pêche a été bonne ? ^^

Tetsu – 12h23

Kagami-kun ne veut rien dire. Mais je sais que toi tu vas parler.

Shintaro – 14h02

Je dois m'avouer curieux. Comment ont été les vacances ?...

Atsushi – 16h16

J'ai faim...

Bon, ce dernier message était visiblement sans rapport. Mais tout le monde lui écrivait... sauf Kagami. Il en conçut une nervosité croissante jusqu'à la fin des cours. Et en dépit des regards suppliants de Satsu, il se mura dans le silence. Quand la journée se termina enfin, il marcha avec elle jusqu'au portail du lycée, le cœur dans les chaussettes. Alors qu'ils franchissaient les grilles, quelque chose d'inhabituel attira son attention et il releva la tête pour apercevoir Kagami qui attendait, l'air nerveux, un peu à l'écart. Son cœur s'emballa dans sa poitrine.

Il n'était quand même pas venu jusqu'ici pour lui ?!

Il déglutit. Il se sentait stupide. Il ne savait pas où se mettre.

Kagami lui adressa un sourire nerveux. Aomine tourna la tête vers Satsu, qui lui fit un clin d'œil complice, et s'éloigna avec la foule des lycéens pour rentrer chez elle. Et lui resta campé là comme la veille dans le vestibule, incertain et légèrement terrifié.

Kagami fit un pas vers lui et se racla la gorge.

« Je... hm... Ça te dit de passer chez moi ? »

Il fit de son mieux pour se calmer. C'était ce qu'il voulait, non ? Il avait eu peur qu'il ne reste plus rien de l'intimité qu'ils avaient partagée pendant les vacances, mais Kagami lui donnait une chance de la retrouver. Il suffisait de le suivre chez lui.

Il acquiesça.

« Ouais, bien sûr. Allons-y. »

Toute cette histoire avait été une suite de petites acceptations. On fait un basket ? On va manger au Maji Burger ? On passe la soirée ensemble ? Jusqu'à ce que les soirées se transforment en week-end, et les week-ends en vacances. Et maintenant il avait un double 'problème' : il se retrouvait en couple, et avec un gaçon de surcroît.

Alors même s'il croyait... s'il pensait... s'il avait l'impression d'être amoureux de lui, ça ne résolvait pas vraiment son double problème, ça semblait plutôt le complexifier. Et penser à toutes les manœuvres qu'avait essayées Kagami pour parvenir à leur situation actuelle ne faisait rien pour alléger la pression.

Mais pour l'heure, il décida de mettre ça de côté. La fin de journée était plus clémente que son début. Il faisait tiède à nouveau. Un souvenir de l'été qui finissait s'attardait dans l'air, un bourdonnement d'insecte, le ciel bleu qui prenait déjà une teinte plus froide. Il jeta un coup d'œil au rouge :

« Je pensais pas que tu viendrais... »

Kagami se renfrogna un peu.

« T'aurais préféré que non ?

— Mais nan... mais tu... tu m'avais pas écrit... »

Il eut sérieusement envie de se claquer en s'entendant parler ainsi.

« Tu m'as pas écrit non plus... fit justement remarquer Kagami.

— Désolé... » fut tout ce qu'il trouva à répondre.

C'était bien ce qu'il avait craint. Les choses étaient beaucoup plus compliquées maintenant qu'ils avaient repris le lycée. Maintenant qu'ils n'étaient plus simplement amis.

Ils regagnèrent l'appartement de Kagami au terme d'un assez long trajet en métro. Son portable vibra plusieurs fois, normal, il n'avait répondu à personne. Mais la vibration incessante finit par l'agacer et il sortit son téléphone pour regarder tous les messages qu'il avait reçus :

Seijuro – 17h01

Je n'apprécie pas qu'on m'ignore. Je te le demande une nouvelle fois : comment était l'onsen ?

Ryota – 17h02

T'as rien pêché ? :'(

Tetsu – 17h03

J'ai les moyens de te faire parler.

Shintaro – 17h04

Ton horoscope est favorable. J'imagine que tout se passe bien ?

Atsushi – 17h05

Je peux venir manger chez toi ?

Il ignora tous les messages qui accentuèrent passablement sa nervosité, sauf le dernier :

Aomine – 17h06

Sorry je vais chez Taiga ce soir.

Atsushi – 17h07

Y aura sûrement à manger...

Aomine – 17h08

Tu sais que tu peux trouver à manger à peu près n'importe où ?! Mais y a rien pour toi chez Taiga !

Atsushi – 17h08

Ok. Passe le bonjour à Kagamachin.

Ça le fit sourire. En ne demandant rien, Atsushi avait été le seul à obtenir un élément de réponse. Après ça, il éteignit son portable. Ils arrivaient déjà.

Cette fois, c'était différent d'aller dans l'appartement de Taiga. C'était son petit ami maintenant... Tout paraissait plus intime. Il enleva ses chaussures dans le couloir d'entrée et s'avança dans le salon en regardant autour de lui comme s'il redécouvrait l'endroit. Merde, pourquoi il était aussi nerveux ?

Et Kagami n'avait pas l'air beaucoup mieux. Il papillonnait dans son appartement à ranger des trucs, à ouvrir et refermer la porte de son son frigo... Ça finit par l'exaspérer et il vint vers lui et posa les mains sur ses bras.

« Stop it. What's going on ?

— I-... I... I'm sorry.

— Baka ! » Aomine accompagna sa légère insulte d'une petite tape derrière le crâne. « C'est pas toi qui disais d'arrêter de flipper ? Quand t'es nerveux moi aussi je perds mes moyens !

— Mais je...

— Pourquoi tu m'as pas appelé ?! »

Les yeux de Kagami envoyèrent des éclairs.

« Je t'ai dit 'give me a call', remember ?!

— Euh... » Il se frotta le crâne, embarrassé, et ajouta : « Tu sais, l'anglais et moi...

— AHO ! »

Au lieu de le vexer, cette invective le fit rire. Et c'était ça. Il avait besoin de rire. Quand il vit Kagami se détendre et commencer à se marrer, il comprit que lui aussi.

Ils se prirent un soda et s'installèrent sur le canapé devant la console. Kagami lança un jeu au hasard et il prit sa manette en bavardant à propos de sa journée, et soudain il s'aperçut que tout compte fait, les choses n'avaient pas changé tant que ça. Ils étaient toujours amis. Cette idée le rassura et alors qu'il râlait à propos de ses médiocres performances sur le jeu, il se lança comme à son habitude dans un véritable concours de mauvaise foi contre lui-même, un concours où il battait son propre record à chaque fois. Et ça faisait rire Kagami, alors il ne se privait pas. Il aimait le rire de Taiga. L'entendre le rendait toujours heureux. Il se détendit et le temps se mit à filer. Il se faisait tard, et...

« Je devrais peut-être rentrer », déclara-t-il, pas très convaincu.

Il jeta un coup d'œil au rouge. Celui-ci lâcha sa manette et se rapprocha de lui. Puis, il posa une main sur sa joue et se pencha. Ses lèvres effleurèrent les siennes, et Aomine se figea. Ces baisers lui semblaient appartenir à un univers alternatif, ou à un drôle de rêve qu'il aurait fait cet été. Ici dans son quotidien morose de lycéen, ces sensations lui paraissaient étranges, décalées. Mais comme pendant les vacances, son corps réagit avant que ses pensées ne s'organisent et se rationalisent. Il glissa une main sur la nuque du tigre et lui rendit son baiser. Le temps qui avait filé si vite ces dernières heures se suspendit. Ils étaient toujours amis, oui. Ils jouaient à la console et se marraient comme des idiots comme avant. La nouveauté, c'étaient ces baisers. Ces baisers qui lui procuraient plus de joie et de plaisir que ceux qu'il avait échangé auparavant. Et ce n'était pas le sexe de la personne qui faisait la différence... mais clairement, la qualité de la relation.

« Juste pour être sûr... commença Aomine quand leurs lèvres se séparèrent. On est genre... en couple maintenant ?

— Tu veux être mon sex friend ?

— Quoi ?! Nan ! Pourquoi ?! »

Kagami rigola.

« Moi aussi je voulais juste être sûr. »

Aomine grogna.

« De toute façon si t'as besoin de faire autant d'efforts juste pour trouver un sex friend, c'est un peu inquiétant.

— Clairement.

— Hm... »

Aomine leva vers lui un regard soupçonneux :

« Ça veut dire que t'en trouves facilement ?!

— Quoi, déjà jaloux ?

— Tch ! C'est pas la question ! »

Le tigre haussa les épaules.

« C'est pas comme si j'en avais cherché activement. Puisque... » Il rougit et ajouta en baissant les yeux : « C'était avec toi que je voulais être... »

Aomine sourit. C'était bon d'entendre ces mots.

« Ok, mais dans ce cas... Si on est en couple... Ne changeons pas grand-chose, d'accord ? J'aime notre relation telle qu'elle est...

— De toute façon Momoi a raison, on ressemblait déjà à un couple avant...

— Elle a dit ça ?! »

Il se rembrunit et réfléchit. Puis, son son visage s'éclaira d'un sourire :

« En fait, je m'étais dit la même chose... »

Le reste de la soirée s'écoula tranquillement. Ils s'embrassèrent encore. Beaucoup. Souvent. Et il oublia qu'il était censé partir. Quand sa mère appela, il marmonna qu'il était chez Taiga. Elle reçut l'information avec enthousiasme :

« Avec ton père on avait peur que vous vous soyez disputés ! »

Il la rassura, puis raccrocha rapidement.

« Merde, mes parents t'adorent, c'est vraiment énervant, soupira-t-il Mais comment ils vont réagir si je leur dis que t'es mon petit ami ?

— T'as pas obligé de le leur dire...

— Mais ils vont sûrement finir par remarquer un truc...

— Alors, laisse-les remarquer... »

Et Taiga fit taire ses autres arguments en l'embrassant encore.


Le lendemain soir, dans un nettement meilleur état d'esprit, Aomine s'apprêtait à quitter son lycée. Cette fois, c'était lui qui irait chercher Taiga à la sortie du sien. Il était impatient de le voir et se sentait beaucoup trop léger et joyeux pour un jour de lycée. Ce Bakagami allait réussir à le mettre de bonne humeur en pleine semaine, un exploit... Cependant, alors qu'il passait le portail d'un pas pressé, il se retrouva soudain face à un mur de cinq personnes le dévisageant en mode western. Il se figea, puis fit prudemment un pas en arrière.

« Notre contribution évidente dans les événements de cet été nous donne le droit de savoir », exposa Seijuro en le fixant.

Il recula d'un autre pas.

« Allez, sois sympa ! geignit Ryota. Le suspense est insoutenable !

— Je te l'ai dit, enchaîna Tetsu, si Kagami-kun ne parle pas, toi, tu vas te mettre à table.

— Tes histoires perturbent ma concentration. J'ai horreur de ne pas savoir, lui fit remarquer Shintaro d'un ton désapprobateur.

— Je sais pas pourquoi je suis là... » conclut Atsushi avec fatalisme.

Aomine examina ses amis un par un, puis son environnement, à la recherche d'une solution de fuite.

« Je t'ai déjà expliqué pourquoi ! » gronda Seijuro en regardant le géant. Celui-ci l'ignora et se tourna vers Aomine :

« Tu vas chez Kagamichin comme hier ?

— Il est allé chez Kagamicchi hier ?! Pourquoi t'as rien diiit ?! »

L'attention se concentrait sur le pauvre Atsushi. C'était son moment.

Comme au basket, il esquiva la défense adverse en démarrant en trombe et prit ses jambes à son cou en direction du métro. Il courait plus vite que Seijuro et Tetsu, Shintaro refuserait de se donner en spectacle ainsi, Atsushi aurait la flemme. Ce qui laissait...

« Daikichhiiiii ! Attends-moiiii ! »

Il courut encore plus vite, mais Ryota parvint à se glisser entre les portes de la rame avant qu'elles ne se referment. Le blond lui adressa un grand sourire :

« Pourquoi tu te sauves ?! T'es pressé ? »

Et ensuite, il oublia qu'il voulait savoir quelque chose puisqu'il l'assoma de bavardages jusqu'à ce qu'ils arrivent.

« On va où, au fait ?! »

Aomine répondit par un grognement et remonta les escaliers les mains dans les poches, sourcils froncés.

« Oh ! Je reconnais le quartier. Tu vas à Seirin ? Tu vas chercher ton mec ? Trop kawai ! »

Aomine leva les yeux au ciel et accéléra le pas.

Quand ils arrivèrent devant le lycée, Kagami eut l'air étonné de les voir. Tant mieux, car devait être une surprise, mais il n'avait pas vraiment prévu Ryota au programme...

« Kagamicchi ! » fit le blond en saluant le tigre.

Celui-ci regarda Ryota en clignant des yeux.

« Il m'a suivi... marmonna Aomine en guise d'explications.

— Suivi ?!

— Oh ! Voilà c'est ça... j'avais déjà oublié, se marra bêtement le blond. Je suis en mission !

— En... mission ? répéta Kagami.

— Je dois savoir certaines choses ! Bon, on rentre ?

— Rentrer ?! »

Ryota fit la moue.

« Hm... Kurokocchi a raison, parfois c'est difficile de discuter avec toi...

— Hein ?! »

Plongé dans sa perplexité, Kagami ne voyait pas les signes que lui faisaient Aomine de ne pas l'écouter et de se débarrasser de ce boulet au plus vite. Le blond, lui, remarqua quelque chose :

« Pourquoi tu t'agites comme ça Daikicchi ? »

Mais sans attendre la réponse, Ryota passa un bras autour des épaules des deux fauves et les entraîna en direction de l'appartement de Kagami en reprenant son bavardage là où il l'avait laissé, sans se soucier de faire un peu de contexte pour le rouge qui n'était pas là dans le métro.

Et quand ils arrivèrent, il fit comme chez lui avec un sans-gêne pouvant aisément rivaliser avec celui d'Aomine. Il prépara des pop-corn, puis se cala dans le canapé dans le petit espace entre deux fauves dépités.

« On est bien chez toi Kagamicchi ! Ça se voit bien que y a pas eu de dégâts des eaux ! Tout est nickel ici ! »

Pas du tout découragé par le silence des deux autres, il poursuivit :

« Quand même Daikicchi des fois t'es étonnamment naïf. Quoique, hm... peut-être que je me serais fait avoir moi aussi quand j'y pense... Ouais parce que tu me traites d'idiot mais t'es pas beaucoup mieux j'te signale ! M'enfin c'était pour la bonne cause... Enfin je crois... » Il fit la moue, plongé dans ses réflexions, puis s'illumina en se rappelant quelque chose :

« Ah oui, c'est ça ! » s'exclama-t-il avant de regarder les fauves tour à tour et de demander : « Vous êtes ensemble alors ?

— Je vois pas en quoi ça te regarde ! explosa Aomine qui bouillait depuis tout à l'heure. Quoi que raconte Seijuro, on vous doit rien du tout ! »

Ryota se recroquevilla du côté de Taiga :

« Kagamicchi ! Daikicchi est méchant ! C'est ton mec c'est toi qui gères ! » Il se dévissa le cou pour le regarder et ajouta avec un sourire : « Parce que c'est bien ton mec, hein ?

— Ouais... lâcha finalement Kagami.

— Je le savais ! » Là-dessus, le blond sortit son portable et, toujours collé à Kagami dans une vaine tentative pour mettre de la distance entre Aomine et lui, il déclara à voix basse au téléphone, d'un air de conspirateur : « L'onsen s'est bien passé. Je répète : l'onsen s'est bien passé.

— Mais tu crois que c'est un code secret efficace ça, t'es sérieux ?! »

Aomine lui arracha son portable et hurla dedans :

« MERCI POUR L'ONSEN ! À PLUS ! »

Puis, il fourra le portable dans la main de Ryota, le tira par le poignet jusqu'à l'entrée de l'appartement. Il ouvrit la porte et balança les chaussures du blond dehors, et poussa sans ménagement ledit blond pour qu'il rejoigne ses chaussures exilées.

« BONNE SOIRÉE ! »

Il referma ensuite la porte sans autre forme de procès. Il se retourna en marmonnant et vit Kagami qui lui souriait de l'autre côté du vestibule.

« Tu sais que t'es étrangement adorable quand tu te fous en boule ?!

— ...Hein ?!

J'ai entendu ça ! » prévint Ryota à travers la porte.

Avant qu'il ne s'énerve de nouveau, Kagami poussa le verrou, puis entraîna le brun avec lui dans sa chambre, et le fit basculer sur le lit.

« Adorable à ce point ?! s'affola Aomine.

— Yes », sourit Kagami d'un air féroce un peu inquiétant.

Et là-dessus, le rouge retira carrément son haut et s'allonga près de lui pour l'embrasser avidement. Puis, il lâcha ses lèvres, haletant, et posa un regard brûlant sur lui avant de souffler :

« Tu te rappelles ce que tu m'avais demandé cette nuit-là, quand t'as dormi dans mon lit ? »

Aomine déglutit, entre excitation et appréhension. Pas un mauvais stress, plutôt un sentiment similaire à celui qu'il éprouvait quand il s'apprêtait à jouer un match difficile.

« Ouais... » murmura-t-il finalement.

Kagami mordilla son cou d'une manière qui le fit gémir.

« J'ai envie de le faire maintenant... dit le tigre d'une voix chaude.

— Ok... » s'entendit-il dire avant de s'être vraiment donné l'occasion d'y réfléchir.

Réfléchir à quoi, après tout ? Il en avait envie, il le savait... et ça faisait des jours qu'il y pensait.


Kagami pensait que c'était la faute du destin. Après tout, Ryota était bien trop ingénu pour être vrai ! Par deux fois, le blond s'était mis en travers de son chemin, et lui avait donné juste une pichenette dans la bonne direction. Pour Kagami, le blond était donc l'émissaire du destin. Il s'était attendu à ce que ce rôle revienne à quelqu'un de plus... solennel. Mais enfin, ce n'était pas à lui de tenter de percer les mystères présidant aux aléas de la fortune. Et merde... voilà qu'il se mettait à penser comme Midorima, maintenant. Remarque, peut-être que ce type si sérieux et appliqué n'avait pas tort sur toute la ligne. Parce que ok, il s'était donné beaucoup de mal pour faire évoluer sa relation avec Aomine, mais il avait tout de même l'impression que les astres y étaient pour quelque chose : il était presque certain de ne pas avoir un karma formidable au point de se retrouver en couple avec le mec de ses rêves, à plus forte raison quand ce dernier avait toujours le nez dans des magazines pornos hétéros.

Certes, il lui avait fallu rassembler une bonne dose de courage pour venir la veille au lycée d'Aomine. Leur relation était à la fois claire et embrumée dans la confusion des débuts. Ils s'étaient mutuellement avoués leur sentiments, mais c'était encore jeune et fragile. Ils étaient timides et maladroits. Quand il avait attendu en vain un appel de la panthère, il avait cru devenir fou. La journée de lycée avait été un enfer, d'autant qu'il avait dû repousser les questions inquisitrices de Kuroko. Il avait regardé son portable pendant des heures, en plein dilemme shakespearien à la Aomine : envoyer ou ne pas envoyer de message, telle était la question. Alors il avait décidé de supprimer la question en zappant l'étape SMS. Et, n'écoutant que son instinct, il avait couru au lycée de son brun préféré. Et il avait bien fait. Aujourd'hui, il n'avait pas su quoi penser... Là encore, ils ne s'étaient pas envoyé de message pendant la journée. Allaient-ils se voir ? Devaient-ils rentrer chacun de leur côté ? Cette fois, Aomine avait résolu la question pour lui... Tout en se pointant avec un invité surprise.

Mais quand Aomine s'était énervé contre Ryota, soudain ses incertitudes avaient volé en éclats et il avait oublié tout malaise. Il voyait ce brun fascinant, ses yeux tempétueux plein de colère, et en même temps... Quand il engueulait Ryota, il avait l'air d'un grand frère exaspéré par son cadet. Et c'était juste adorable. Vraiment trop adorable. Comme souvent, c'était en le faisant rire qu'Aomine avait simplement résolu tous ses problèmes. Et une fois l'importun – émissaire du destin ou pas – dehors, il avait su exactement ce qu'il devait et voulait faire.

Il lança un regard interrogateur à la panthère noire tandis que ses mains se glissaient sous ses vêtements, remontant sur son ventre, puis son torse. Le brun frémit, la tempête étaient retournée dans ses yeux, mais elle attisait les braises du désir plutôt que le flamboiement de la colère. Cette expression lui plut, et il revint goûter à ses lèvres délicieuses qu'il fit rougir en les mordillant. Il se recula et s'employa à lui ôter le reste de ses vêtements. Il avait envie de voir son corps nu encore, d'y poser des baisers mouillés, de le faire frémir, d'entendre ses gémissements s'arracher à sa gorge offerte. Et surtout, depuis cette nuit-là... Il y pensait tous les soirs. Lui faire l'amour, être en lui, se glisser dans la chaleur torrride de ses entrailles... L'idée l'hypnotisait, et s'était très vite transformée en obsession. Une obsession qui durait depuis un bon mois.

Sans compter qu'il avait senti comme une insécurité de la part de son petit ami au passé hétérosexuel. Même si c'était un peu idiot, Kagami avait envie de lui prouver comme ça pouvait être bon entre hommes. Et aussi... Il avait juste envie d'arriver à ce point de leur relation. À raison ou pas, il avait l'impression que ça scellerait quelque chose, que ça clarifierait la situation, même. Peut-être que c'était stupide de vouloir mettre tant de symbolique derrière une simple relation sexuelle, mais il avait obscurément l'impression qu'Aomine attendait ça aussi comme une espèce de preuve. Qu'ils étaient vraiment ensemble... et que ça pouvait coller entre eux.

Cela dit...

Kagami interrompit ses baisers, pris d'un nouveau doute.

« Dai... J'ai un peu l'impression de m'imposer, là. C'est pas comme si... On en avait vraiment discuté avant. C'est juste que tu m'avais dit...

— C'est toujours ce que je veux, l'interrompit le brun. Juste... hm... fais gaffe tu veux bien ? » Il se mordilla l'intérieur de la joue et ajouta en détournant le regard : « Tu sais, puceau, tout ça... »

Ça le fit sourire. Il revint embrasser ses lèvres et caressa ses cheveux.

« Don't worry. Je suis pas pressé à ce point. J'veux que tu prennes du plaisir. »

Et là-dessus, il défit délicatement sa ceinture et son pantalon, et fit descendre le tout, libérant une superbe érection. Il se mordit la lèvre d'envie en la voyant. Et tandis que sa main droite tâtonnait pour chercher le lubrifiant dans la table de nuit, il s'agenouilla pour lécher cette queue appétissante sur toute la longueur. Satisfait d'entendre un râle de plaisir de la panthère, il titilla le gland du bout de la langue, puis l'enveloppa d'une étreinte chaude avant de descendre lentement pour tout avaler. Et discrètement, il glissa ses doigts enduits de lubrifiant entre ses fesses, et vint caresser son anus en douceur, sans se montrer intrusif.


Des semaines qu'Aomine y pensait. En fantasmant, en appréhendant. Il avait juste tellement envie de tester comme ça. Aucune de ses petites amies n'avait été assez déjantée pour qu'il ose proposer un truc pareil. Là dessus, il fallait bien l'admettre, c'était plus facile avec un homme. Facile... pour la théorie en tout cas. L'émotion l'étreignit en regardant Taiga achever de se déshabiller, puis se tendit involontairement en sentant ses doigts pousser sur son intimité, et, le lubrifiant aidant, le pénétrer. Son cœur s'emballa dans sa poitrine. La sensation de vulnérabilité se conjugua avec un désir profond, qui surpassait le malaise et l'inconfort. Il avait envie d'aller au bout. Il ne savait pas s'il allait pouvoir, mais comme promis, Taiga ne précipitait pas les choses. Il s'accorda quelques instants pour juste ressentir sans préjugé, sans penser. Ce n'était pas douloureux. Au début, ce fut ça, sa seule impression Ça passait. Mais personne n'a envie d'une relation sexuelle où « ça passe » simplement. Et pendant quelques secondes, il pensa que s'arrêterait là. Puis, les doigts de Taiga se firent plus inquisiteurs, s'écartant doucement pour détendre l'anneau de chair et le stimuler en même temps. Un soupir lui échappa, suivi d'un autre, alors que son cœur s'emballait sous l'effet de l'excitation. C'était bon... c'était vraiment bon. Il agrippa les cheveux de son homme, sa colonne vertébrale s'arqua, sa peau nue parcourue de doux frissons. Il se figea soudain quand une nouvelle sensation étrangère naquit en lui. Son intensité le surprit, la rendant presque douloureuse. Mais la pression presque inconfortable céda la place à une vague de volupté qui lui arracha un gémissement étranglé.

« Fuck... That's so fucking good... »

Ses nerfs lui paraissaient vibrer sous sa peau qui se couvrait d'une fine pellicule de sueur. Il ne voulait surtout pas que ça s'arrête, et pourtant son corps demandait une forme de délivrance. Est-ce que Taiga pouvait le faire jouir ainsi ? Probablement... Il chercha son regard et le tigre esquissa un sourire avant de se pencher pour l'embrasser avec une tendresse qui fit pulser son cœur douloureusement. Il lui rendit son baiser avec une fièvre passionnée, et son désir qu'il lui fasse l'amour devint impérieux. Il lâcha ses lèvres à regret et murmura :

« Taiga... J'pense que j'suis prêt... »

Comme s'il n'avait attendu que ces mots, le rouge retira doucement ses doigts et enfila un préservatif qu'il lubrifia aussi. Aomine le regarda faire le cœur battant. L'anticipation, le désir mêlé d'appréhension, de bonheur et d'amour, accélérait son souffle à part égale avec une émotion profonde, quelque chose qui lui nouait la gorge sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi.

« Je t'aime », dit-il doucement, car seuls ces mots semblaient pouvoir traduire ces sentiments confus qui s'agitaient dans sa poitrine.

Le tigre pressa l'extrémité de sa verge contre son intimité et glissa doucement en lui. Ce fut douloureux cette fois.

« I love you too... » chuchota le rouge en caressant ses flancs avec douceur. Il ne bougea pas davantage, lui laissant le temps de s'habituer à sa présence. Il se détendit peu à peu, se concentrant sur sa respiration et les baisers de son homme. Et avant qu'il n'ait le temps de le réaliser, Taiga faisait le reste du chemin et se trouvait entièrement en lui. Il ferma les yeux, laissant la douleur s'estomper, puis les rouvrit et glissa une main le long du dos de Taiga, redessinant ses aspérités du bout des doigts.

« Are you ok ? » demanda doucement Taiga.

Il déglutit et hocha la tête.

« I'm good... »

Il se sentait bien, oui... Malgré toutes ces émotions confuses, malgré la douleur de la première fois, il n'avait pas de doute sur ce qu'il était en train de faire. Il était amoureux, que ça lui plaise ou non, et il avait besoin de le prouver de cette manière à Taiga.

Le rouge commença à bouger en lui, et il oublia la douleur. Il oublia la peur et l'appréhension. Il ferma les yeux et poussa un profond soupir de satisfaction, plaisir, et presque de soulagement... Il s'agrippa à son homme, il pouvait sentir son souffle brûlant s'égarer sur ses lèvres, la chaleur de son corps surplombant le sien. Son bassin se mit à osciller en se calquant au rythme des coups de reins de Taiga. Il ferma les yeux de nouveau, plongé dans le bain chaud de ses sensations qui l'isolait du reste du monde, du reste de sa vie, du cours normal de l'existence. Le lit pourrait tout aussi bien dériver au fond d'un océan ténébreux et tumulteux, très loin de la surface. Il n'avait pour tout repère que le corps de Taiga arrimé au sien, et ça lui plaisait ainsi, il aimait s'égarer avec lui dans les profondeurs de leur désir. Et toujours le plaisir grandissait, roulant au fond de son ventre, grondant comme une vague qui ne cesse de déferler.

« Taiga... »

Sa voix lui parut étrange, lointaine. Elle se rompit sur la deuxième syllabe alors la vague finissait enfin de déferler dans un fracas violent qu'il put pratiquement entendre alors qu'un flash blanc crépitait sous ses paupières. Il sentit son sperme chaud se répandre sur son ventre et perçut comme provenant de loin la voix de Taiga alors qu'il étouffait un gémissement en lui mordant l'épaule. Il serra ses mains sur ses fesses et sentit son bassin bouger de manière saccadée et finalement s'immobiliser dans un long frémissement. Il resta immobile, étourdi, ses membres parcourus de frissons chauds. Doucement, il remonta ses mains sur le dos de son homme, lui prodiguant de légères caresses jusqu'à sa nuque qu'il pressa légèrement. Taiga se redressa et l'embrassa, un baiser chaud, passionné, mais apaisé. Son cœur reprit lentement son rythme normal, et il se laissa envahir par une merveilleuse sensation de plénitude.


Quelques jours plus tard

Kagami attendait devant la porte des Aomine, des courses sous le bras. Il pleuvait, et bien sûr il avait oublié son parapluie. Il était dépité comme un tigre détrempé, parce que depuis plusieurs minutes cette maudite sonnette résonnait dans le vide. Et pourtant Daiki lui avait dit qu'il serait là... Il posa ses courses à l'abri sur le seuil et vérifia son portable. Rien. Il se mordilla la lèvre, hésitant. Il y avait toujours au fond de lui cette peur sourde que la panthère change d'avis une fois sa curiosité satisfaite.

Et pourtant les choses allaient bien... Très bien, même. Depuis cette première nuit de sexe débridé, où ils avaient fait l'amour plusieurs fois avant l'aube, et une fois à l'aube aussi, la gêne des débuts s'était estompée. Ils avaient retrouvé cette complicité qu'ils avaient bâtie au fil des mois, et elle avait même gagné en profondeur. Ils étaient heureux et les choses se déroulaient avec aisance et naturel entre eux. Alors, en dépit de la curiosité quelque peu envahissante des anciens coéquipiers de Daiki et des soupçons croissants de ses parents – qui n'avaient rien dit jusque là – ils avançaient tous les deux sereinement.

Alors pourquoi est-ce que Daiki avait disparu ce soir ? Où était-il ? De plus en plus inquiet, il s'apprêtait à appeler le brun quand son portable se mit à vibrer dans sa main. Il manqua de le faire tomber sous le coup de la surprise, puis se ressaisit et décrocha.

« Oi, mais t'es où ?! fit la voix de Daiki.

— Ben devant chez toi ! La question c'est plutôt où toi, tu es !

— Bah... devant chez toi.

— ...

— On avait dit chez toi ! protesta la panthère avec véhémence.

— Faux, on avait dit chez moi ! Bon, b- ... Dai ?... T'es là.. ? Fuck ! »

Il jeta un regard furieux à son portable : plus de batterie... Après un instant d'hésitation, il ramassa ses courses et partit en trombe en direction du métro, espérant devancer Daiki s'il avait l'idée stupide de faire comme lui et le rejoindre ici. Dans la rame, il resta près de la porte à danser nerveusement d'un pied sur l'autre comme si arriver avant que Daiki ne parte était devenu la chose la plus importante de la Terre entière. Comme si le risque de le manquer signifiait des conséquences désastreuses voire cataclysmiques. Il devait le voir, maintenant. Ils ne pouvaient pas se croiser, se louper, passer l'un à côté de l'autre sans pouvoir se saisir. Ils étaient heureux, ils étaient bien, mais tout pouvait encore dérailler... non, ça pourrait toujours dérailler. Mais pas ce soir ! Ce soir il voulait juste le retrouver et le serrer dans ses bras comme si demain n'existait pas. Il ne comprenait pas ses propres sentiments, pourquoi il avait ainsi la peur au ventre et ce sentiment d'urgence vissé dans le cœur, mais peu importait pourquoi, la seule chose qui compait, c'était de trouver Daiki. Et comme si cette fois le destin voulait se moquer de lui, il y eut un retard sur la ligne. Une panne, qui fut rapidement réparée, mais qui le laissa dans les affres du doute et de l'incertitude pendant d'interminables minutes.

Aussitôt que les portes s'ouvrir à sa station, il se rua dehors comme s'il avait la génération des miracles au complet à ses trousses. Il courut dans la rue vers son immeuble sans regarder autour de lui et s'immobilisa soudain en entendant héler son prénom derrière lui. Il se retourna. Daiki lui souriait, tout aussi trempé que lui.

« J'allais prendre le métro pour aller chez moi pour te rejoindre... » expliqua le brun en s'approchant.

Taiga ne répondit rien et l'enlaça de son bras libre, plaquant ses lèvres contre les siennes. Il sentit Daiki se figer sous ce baiser surprise, mais doucement se détendre et poser une main mouillée sur sa nuque. Il s'écarta et le regarda, essoufflé.

« J'avais peur que tu sois déjà parti... » expliqua-t-il confusément, conscient d'avoir une réaction excessive. Il s'attendant à moitié à ce que Daiki lui rie au nez, mais le brun posa son front contre le sien et murmura :

« Je sais... j'avais peur aussi. »

Ils échangèrent encore un baiser au goût de pluie, indifférents aux passants.

« J'ai parlé à mes parents aujourd'hui... reprit Daiki. Ils savent, pour nous. C'est ok... Ils ont compris. »

Un poids dont il n'avait pas conscience se libéra de sa poitrine.

« Really ?!

— Yes... confirma Daiki avec un léger sourire.

— Alors... tout va bien. Tu m'as pas échappé... » ajouta-t-il sans réfléchir.

Le brun rigola.

« Pour ça, faudrait déjà que je le veuille ! Mais pour l'instant j'essaie surtout d'échapper à Ryota...

— Oh... Il te suit encore ?

— Ouais. Il veut TOUT savoir. »

Kagami jeta un regard soupçonneux autour de lui, comme si le blond était planqué quelque part dans le voisinage. Il ne vit rien, et se rassura.

« Et si on rentrait ? J'ai acheté de quoi faire des super ramen...

— Génial. Allons-y. »

Daiki glissa sa main dans la sienne et ils se dirigèrent vers l'immeuble pour se mettre enfin au sec.


Ni l'un ni l'autre ne remarqua le parapluie jaune vif qui les dépassa, et qui abritait deux jeunes hommes.

« Il fallait que je le voie pour le croire, déclara Akashi.

— Ah bon ?! Mais si t'y croyais pas, pourquoi t'as aidé Kagamicchi ?! s'exclama Kise.

— Je suis comme Shintaro. Je déteste ne pas savoir quelque chose.

— Mouaiiis ! Ça c'est ce que tu dis ! Je sais que tu lui as organisé un rendez-vous, à Midocchi ! En vrai, t'es un grand romantique ! »

Un silence glacial lui répondit. Enfin, c'était un silence glacial pour qui ne connaissait pas bien Akashi. Kise, lui, savait que dans ce cas précis, il s'agissait d'un silence gêné. Il ajouta avec un léger sourire, les yeux fixés devant lui sur la rue brouillée de pluie :

« Moi, ça me plaît. »

Et dans l'interstice de ce nouveau silence qui se présentait, et qui se teintait d'une nuance plus chaleureuse, Kise prit sa main dans la sienne. Les lumières des néons et des phares dansaient dans les flaques. Qui a dit que la pluie était triste ? Pour lui, aujourd'hui elle illuminait la ville de mille reflets carmins. Parce que ces temps-ci, Daiki n'était pas le seul à voir la vie en rouge...