*BASTION DU CAP AVEUGLE*

LA CREVASSE

BORDECIEL

« Que faisons-nous ici ? »

Tala roula des yeux à la question presque incrédule de Sérana.

« Il y a quelqu'un ici à qui j'ai besoin de parler. »

Icando grogna alors qu'une dague atteignit la gorge d'un membre de la tribu vêtu de fourrure.

« Ils ne semblent pas être d'humeur bavarde, ma reine. »

Tala rit tandis qu'elle bloquait une flèche avec son épée et chargeait une boule de feu à l'archer en retour, qui chuta en arrière, laissant tomber son arme dans des cris d'agonies faisant écho dans le couloir de la ruine.

« Ils ne sont pas ceux à qui je veux parler, mon ami, » répondit-elle. Elle pointa avec son arme la cage en fer dans le coin. « Elle l'est. »

La forme blottie dans le coin de la cage bougea et se tint, tremblante, sur ses pieds. Les autres prisonniers se mirent sur le côté pour lui permettre de passer.

« Et qu'est-ce que voudrait une beauté comme toi à la vieille Melka ? » coassa une voix frêle.

« Ta sœur, Petra, » rétorqua Tala. « Elle a trahi les Anciens et s'est emparée de cette tour. »

« Traitresse, » siffla la harfreuse. « Elle doit mourir. »

« Je vais la tuer pour toi, » continua Tala. « Mais j'ai besoin de quelque chose de toi en retour. »

« Nomme-le, jolie viande, et ça sera à toi ! » s'exalta l'ancienne chamane.

« Jure-le, » insista-t-elle.

Une longue serre trancha la chair, du sang noir s'écoula sur le sol.

« Tue Petra et rends cette tour aux Vrais Parjures, la vieille Melka te récompensera avec ce que son pouvoir peut t'offrir. Ainsi jure Melka, Mère gardienne de mes enfants. »

Les Parjures emprisonnés serrèrent un poing qu'ils frappèrent contre leurs torses, murmurant « nous sommes témoins » à l'unisson.

« Ouvrez les cages, » ordonna Tala, puis se tourna vers les prisonniers. « Armez-vous, pour ceux qui en sont capables, ou suivez-nous et ramassez les armes de ceux qui sont tombés. »

La porte s'ouvrit, les Parjures libérés se précipitèrent à leur ancienne armurerie et s'emparèrent d'épées, de haches, de dagues et d'arcs.

« Cette salope sans plume sera dans le Sanctuaire au sommet de la tour, » siffla Melka. « Tors-lui son cou, arrache-lui les yeux ! »

« Alors c'est là que nous irons, » acquiesça Tala. « Suis-moi, vieille mère et nous neutraliserons la traitresse ensemble. »

Il y eut un rire de la part de l'assemblée de vampires et de Parjures alors qu'ils montaient les escaliers sinueux jusqu'à une porte en acier.

« Il y a un levier caché pour l'ouvrir, » expliqua Melka, tandis que deux Parjures tentaient de pousser l'entrée de leurs épaules larges et musclées.

« Mettez-vous sur le côté ! » cria Tala. Elle visa la serrure centrale et mit un coup de pied dedans. Le métal se déforma puis se brisa, les deux portes s'ouvrirent. Il y eut un murmure d'admiration de la part de la tribu.

« Suivez-moi »

L'escalier montait et montait, jusqu'à la porte finale en acier se tenant entre eux et la Grande Salle du Bastion du Cap Aveugle. Un autre coup et les portes lourdes s'ouvrirent brusquement. Tala/Potéma et les autres s'y immiscèrent.

« PETRA, sale traitresse ! » hurla Melka. « Il est temps de MOURIR ! »

Un cri rauque répondit et une autre harfreuse se leva de l'ancien autel se trouvant à l'opposé de la pièce. Des flammes flambaient dans la paume de sa main vide et une énorme boule de feu se dirigea contre la femme à la tête des envahisseurs. Juste avant qu'elle ne la frappe, l'attaque magique se dissipa totalement, sans bouclier ou mur d'énergie. Les yeux de la femme virèrent au bleu clair et un rire perçant rempli la pièce. Un genre de flou traversa l'air et la traitresse harfreuse se fit expulser en arrière puis clouer au mur par l'épée courte. Les partisans de Petra gémirent et se jetèrent contre eux, déterminés à mourir avec leur Gardienne.

Ils y étaient obligés. Icando jeta ses dagues, trouvant leurs cibles et Sérana se précipita sur le cadavre, du sang coulant de son cou. Melka s'avança vers le corps encore frémissant de sa sœur et le déchira de ses serres et de ses dents. Des plumes, de l'hémoglobine et des os virevoltèrent alors que le corps tombait sur le sol. Tala marcha jusque vers elle et retira son épée de la poutre en bois à laquelle elle était fixée.

« Melka se rappelle de son serment, » souffla l'harfreuse. « Que veux-tu de moi, ma jolie ? »

« Invite le reste des harfreuses ici, » dit Tala sans hésitation. « Ou je les rencontrerais à l'endroit qu'elles souhaiteront. »

« Dans quel but ? » demanda l'un des Parjures.

Potéma se tourna vers celui-ci et sourit.

« J'aimerais les mener à la guerre. Revendiquer la Crevasse de ceux qui la leurs ont volé. »

Il y eut un murmure de dissidence parmi les membres de la tribu armés dans la salle. Melka ria tandis qu'elle aiguisait ses serres l'une contre l'autre.

« Les Parjures ne se soumettront jamais à la loi d'une Nordique, même aussi connue que la Reine-Louve. »

« SALOPE, est-ce que J'AI L'AIR d'une Nordique ? »

Les yeux bleus s'en allèrent, l'éclat émeraude dans les yeux de Tala brûlait vivement.

« La Reine-Louve est une ARME, comme les griffes sur tes mains ou les dagues à ma ceinture. Les Nordiques la craignent et par procuration ils nous craindrons nous, et ils me craindront MOI. Je l'ai LIEE à MOI. Son pouvoir est MIENS. »

Melka pencha la tête dans un angle étrange, observant la jeune fille de haut en bas.

« Tu n'es pas Rougegarde, tu n'es pas Brétonne, tu n'es pas Nordique. Qui es-tu, ma fille ? Regarde droit dans les yeux de la vieille Melka, si tu l'oses. Regarde et je te cernerai. »

NON. Ne le fais pas !

J'en ai absolument rien à foutre de ses pouvoirs de sorcière.

Potéma grinça des dents alors que Tala rencontrait le regard de la Harfreuse. Ses yeux étaient noirs, insondables et semblaient absorber la lumière des torches à proximité. Icando se mouvait inconfortablement. Même les vaillants guerriers devinrent comme fous à la lueur de ses prunelles. Toutefois, il y eut un scintillement de peur et d'incrédulité dans les yeux de l'aïeule.

« NON ! » hurla-t-elle. « Ce n'est pas possible. TU NE PEUX PAS ETRE ICI ! »

Les yeux verts souriaient et le rictus de Tala devint froid et dure, sans moquerie.

« Et pourtant… JE SUIS LA. »

Melka recula de deux pas, trébuchant sur le bras de ce qui était Petra. Elle tomba sur le sol et tenta de rester à distance de la femme épéiste.

« Détourne le regard, Homme des Bois ! » demanda la voix effrayée. « Détourne le regard, je t'en supplie ! »

Certains des Parjures qui assistaient à la scène entre leur Gardienne et Tala dégainèrent leurs armes, mais hésitèrent toutefois à interférer contre quiconque avait mis leur Mère à genoux.

Finalement, Tala cligna des yeux, rompant le contact visuel avec la Mère Corbeau. La Harfreuse se jeta en avant et se prosterna au sol, le reste des Parjures suivant son exemple. Tala observa tout autour de la pièce et revint aux silhouettes inclinées.

« Envoie tes messagers, Melka. »

Melka se releva et acquiesça. Plusieurs des personnages vêtus de fourrure quittèrent la pièce, à destination de divers camps et cachettes Parjures.

« Ma dame, » murmura Icando en approchant sa reine. « Le jour approche. Si nous ne souhaitons pas le passer ici, nous devons partir rapidement afin de rejoindre Movarth et Nestor. »

« Ne vous inquiétez pas, général » répondit Potéma qui plaça une main rassurante sur l'épaule du Dunmer. « Ils doivent avoir sécurisé leur objectif désormais. »


*MINE DE SANUARACH*

FOLPERTUIS

LA CREVASSE

BORDECIEL

Sérana se tenait contre le mur alors que les portes de bois étaient barrées de l'intérieur, empêchant la lumière naissante de l'aube au-dessus des montagnes lointaines de s'y infiltrer. Elle observait les divers vampires qui remplissaient l'espace sous-terrain, se reposant. Nombre d'entre eux se nourrissaient encore des mercenaires Sang-d'Argent qui avaient pour mission la défense du village.

« Des vampires et des loups-garous… » s'émerveilla-t-elle en secouant la tête à cette ironie. « …se cachant dans une mine d'argent. »

Skoberth Chant-Noir apparut près d'elle et lui tendit un verre de sang.

« C'est bien le dernier endroit où ils penseront à chercher, » dit l'ancien barde.

« Alors, pourquoi la Reine a permis aux mineurs de s'en aller ? » demanda Sérana. « Ils le rapporteront au roi local… »

« Au Jarl. » corrigea Skoberth.

« …qui enverra des soldats sur nous, » continua la vampire, qui hocha toutefois la tête à la correction. Le grand Nordique lui avait donné de nombreux tomes intitulés « Brève histoire de l'Empire », qu'elle avait parcourus durant son temps libre. Ce n'était pas grand-chose, mais cela l'a aidée à avoir une meilleure vue d'ensemble sur les politiques de ce monde.

« Les mineurs ont été relâchés parce qu'on leur a dit de dire au Jarl que les Parjures avait attaqué Folpertuis, » expliqua Skoberth, « et le Jarl et les autres vont aisément le croire. Oui, des soldats seront envoyés, mais juste assez pour mettre en déroute un groupe de raide Parjure. Entre ceux d'entre nous qui sont rassemblés ici et ceux dans la Mine du Ravin de Fenn en chemin, ils seront en infériorité numérique. Notre petite armée s'agrandira rapidement. »

« Ou sera nourrie rapidement au moins, » haussa Sérana des épaules en regardant la scène autour d'elle.

« Notre reine est sage, » acquiesça Skoberth. « Dans tous les cas, nous en tirerons profit. »

« De quelle reine parlez-vous ? » demanda habilement la vampire. « Tala ou Potéma ? »

« Oui, » répondit en souriant le barde Nordique, sans engagement.

« Skoberth ! Dame Sérana ! » appela Elfridda au détour d'un tunnel. « Oh, vous voilà. »

« Quelles sont les nouvelles ? » questionna l'homme en se levant.

« La Reine demande votre présence. Son Conseil se rassemble en dessous. »

Sérana soupira, mais suivit les deux autres jusqu'à la table près du fond de la mine, à laquelle se tenaient Tala et les meneurs des covens de vampires : Movarth, Icando Rune-Damnée et Nestor Constantius. Le chef de l'armée de loups-garous, Helmmir Raed-Guerre, était aussi présent. Le Nordique géant portait uniquement un pagne.

Probablement plus simple lorsqu'on se transforme et dé-transforme, pensa Sérana. Le coven de son père invoquait des Chiens de la Mort pour les aider. Elle avait eu de petit contact avec des loups-garous avant son long sommeil. Helmmir était en train de pointer des lieux sur la carte.

« Mes loups ont trouvé une autre Pierre Dressée, ma Dame » rapporta-t-il. « La Pierre de l'Amant est ici, à l'est de Markarth et au nord de la Mine de Kolskeggr. »

« Ça pourrait vous être utile, ma reine, » intervint Icando. « Selon les anciens textes, il est connu qu'elle confère la sagesse aux voyageurs qui revendiquent ses faveurs. »

« Après avoir vu ce que vous avez fait à la Pierre du Seigneur, ma reine, » dit Movarth en secouant la tête. « Qui sait ce que pourraient être ses effets sur vous ? »

« Je le dit sans peur ni flatterie, il s'agissait de mes sorts les plus puissants, votre Majesté, » déclara Nestor en se penchant légèrement. « Ils se sont réverbérés sans même que vous y pensiez. Je n'ai jamais rien vu de tel. »

« Pas même l'Enfant de dragon a un pareil effet sur les Pierres Dressées, » ajouta Skoberth alors qu'ils approchaient de la table.

Tala leva sa main et ses yeux virèrent de l'émeraude au bleu glacial. « Nous l'examinerons en temps voulu, mais ce n'est pas la raison pour laquelle je vous ai fait venir. Cependant, nous vous remercions pour votre diligence, mon Seigneur Loup. »

Helmmir s'inclina.

« Vous deux ! Vous pouvez approcher. »

Les deux vampires, un homme et une femme, se levèrent du banc sur lequel ils étaient assis, puis, ils s'avancèrent et s'agenouillèrent. Ils n'étaient pas vêtus comme leurs semblables des covens qui les avaient rejoints, ils n'étaient même pas armés, de ce que pouvait en voir Sérana.

« Vos noms ? » demanda Potéma, en faisait un pas en avant.

« Ma dame, » commença l'homme, relevant légèrement la tête. « Je suis Hern de la scierie Mi-lune d'Épervine. Voici ma femme, Hert. »

La femme imita le mouvement de son mari.

« Vous êtes tous les deux des vampires de Volkihar, à en juger par votre apparence, » observa la Reine-Louve.

Sérana arqua ses sourcils. Maintenant qu'elle les avait mieux analysés, elle remarqua en effet la peau grisâtre des vampires du coven de son père, ainsi que leurs yeux rouges pures. Mais elle n'en avait reconnu aucun des deux. Pas qu'elle l'aurait fait : elle doutait qu'un des anciens covens ne soit encore en vie, étant donné la rapidité des retournements politiques inter-coven, même à son époque

« Oui, ma dame, » reconnu Hern. « Mon créateur était Orthjolf du coven de Volkihar, mais je… les ai quittés, il y a longtemps. »

« Ils l'ont trahi et laissé pour mort ! » gronda Hert, son mari lui lança un regard qui l'a fit taire.

« Et pourquoi êtes-vous venus à moi, Hert et Hern de Mi-lune ? » questionna Potéma.

« Nous apportons des nouvelles du Jarl Vighar, » l'informa l'homme, « du Coven du Trône Sanglant. »

Les yeux de la Reine-Louve s'élargirent et ses sourcils s'arquèrent.

« Vighar était l'un de mes généraux lors de la Guerre du Diamant Rouge, » dit-elle. « Je suis heureuse au-delà des mots d'apprendre qu'il est encore en vie ! »

« Il est notre maître et nous portons son message, ma reine, » répondit gracieusement Hert.

« Quel message ? » intervint Icando, impatient.

« Il désire savoir où et quand vous ferez mander son épée, comme vous l'avez fait autrefois, » répliqua Hern. « Il peut emmener vingt lames, même de l'Outre-monde, si besoin. »

Les autres vampires murmurèrent de surprise. Skoberth se pencha vers Sérana.

« Vighar n'a pas bougé de son coven en presque trois siècles, » expliqua-t-il. « Il n'a répondu à personne, pas même à votre père. »

« Et pourtant, il est venu avant même l'appel de sa maîtresse, » songea la fille de Havreglace. « Intriguant. »

Tel était le charisme et le pouvoir de la Reine-Louve. Plus que cela, Sérana était curieuse à propos de la jeune femme à laquelle elle était liée. Qui était cette Tala, qui avait fait s'incliner à ses pieds de terreur les antiques harfreuses ? Elle avait dit qu'elle n'était ni Rougegarde, Brétonne, Impériale ou Nordique.

Alors, d'où vient-elle ?


Voilà pour le chapitre 9 !

Merci d'avoir lu, j'espère qu'il vous aura plus. Un peu de développement du côté de Tala/Potéma et de son armée.

N'hésitez pas à laisser une review ici pour Tusken1602 et à vous abonner pour ne pas louper les prochaines sorties !

A la semaine prochaine !

Nephariel