Chapitre VIII - Dragon de l'Eau & Esprit du Feu
J'ai de plus en plus de mal à rester stable sur la plateforme recouverte de pierres. Une couche d'eau la recouvre après avoir essuyé maintes attaques répétées de la dragonne. Elle est encore plus rapide qu'avant, quand moi, je suis encore plus lente. Il semble que chaque Esprit confère une ou plusieurs aptitudes, et Azura est apparemment capable d'accroitre la vitesse déjà impressionnante de Corrin. D'ailleurs, après les avoir entendu brièvement discuter, j'ai également cru comprendre que la bleue était capable de maitriser l'eau, et évidemment, c'est l'élément qu'utilise le dragon.
J'ai encore du mal à comprendre la méthode à utiliser pour faire apparaitre mes armes. Je dis mes, car je suis certaines que Aymr est de nouveau apparue entre mes doigts lorsque j'ai tenté de bloquer un tir aqueux de la semi-humaine un peu plus tôt. Ancienne mercenaire, j'ai travaillé ma rapidité pendant bien des années, car pour combler un effort de force, c'est bien cela et la stratégie qu'il faut employer, et c'est plutôt déroutant de me voir perdre en vitesse et en agilité depuis ma dite fusion avec Edelgard. A côté, cependant, il semble qu'une puissance que je n'ai pas d'habitude de posséder me soit octroyée. J'ai l'impression de pouvoir briser n'importe quoi d'un seul claquement de doigts, et la sensation n'est pas désagréable. Je suis ainsi moins rapide, mais plus forte, et pendant une seconde, je souris à l'idée de ressembler un peu plus à mon père.
Les compétences et autres capacités n'ont pas l'air d'être les seules choses que les Esprits nous accordent, car je sens mon cœur plus lourd depuis que l'impératrice et moi ne faisons qu'une. C'est comme si ses sentiments et les miens se livraient bataille dans un seul cœur, essayant de fusionner mais sans pour autant réussir à le faire. Je ressens le poids de ma culpabilité se mêler à sa peine. Celle-ci me flagelle. Je sais que la douleur que je ressens n'est pas du fait d'Edelgard, qui, ne partage jamais ses sentiments de ce genre là, et m'aurait évité de souffrir avec elle. La souveraine est bien trop fière pour avouer être blessée, d'ailleurs, mais maintenant que son Esprit et le mien s'effleurent pour tenter de s'unir, je le ressens parfaitement, et elle ne peut plus me le cacher. Je me demande si elle aussi, est capable de ressentir mes émotions, ou si là encore, c'est une chose réservée aux combattants. Quoiqu'il en soit, nul doute qu'il me faut m'entretenir avec mon petit aiglon. Il m'est impensable d'imaginer la laisser ressentir cela davantage.
—Concentrez-vous, Professeure !
Je ne sais comment réagir face à cette situation plus que cocasse alors que même son Esprit se permet maintenant de me donner des conseils, ou bien des ordres. Je l'entends dans ma tête, enfin, je ne suis pas la seule à en croire l'expression qu'affiche la petite dragonne qui s'élance vers moi.
—Facile à dire, ce n'est pas vous qui êtes en train de vous battre, je rétorque en me parlant à moi-même.
—Je ressens les coups que vous n'êtes pas capables d'esquiver comme si j'étais moi-même sur le terrain d'entraînement, alors cessez de n'en faire qu'à votre tête !
N'y a t-il donc que des mauvais côtés à fusionner avec un Esprit ? Je ressens les maux de son cœur, et elle ceux de mon corps, quelle utilité ici ? Je me demande s'il en est de même avec les autres Esprits, et ne peux empêcher ma réflexion de s'égarer lorsque j'imagine Edelgard s'unir avec la Gardienne de l'Univers. D'après cette dernière, n'importe quel combattant peut d'ailleurs réclamer la présence d'un Esprit... Comment vais-je réagir si l'un des soixante-quatorze autres désire se battre avec ma souveraine... Impensable ! L'impératrice n'appartient qu'à moi et je ne tolèrerai que quelqu'un d'autre pose ne serait-ce qu'un doigts sur elle.
Le bras de Corrin s'allonge pour tenter de me frapper et je profite de la couche liquide qui s'infiltre entre les pierres pour glisser sur le côté et éviter un coup qui me serait bien douloureux, et pas seulement à moi. Heureusement, je sais tirer avantage de mes faiblesse, et des spécificités d'un champs de bataille. Nombreuses furent les fois où j'ai du combler la lenteur causée par le sable lors des missions confiées par Rhea. Lorsque des ailes écailleuses apparaissent dans le dos de mon adversaire, l'épée du Créateur s'allonge entre mes doigts et j'envoie le fouet formé par les os des enfants de la Déesse à la rencontre du reptile volant. Celui-ci s'enroule autour du petit pied nu de la jeune fille et je me propulse vers elle pour envoyer directement mes talons dans son abdomen.
Je vois la fille d'argent s'écraser au sol et rouler en arrière pour se relever aussitôt et en profite pour reprendre mon souffle. Enfin, j'en profite moins d'une seconde qu'elle se rue déjà sur moi et mes yeux peinent à la suivre. Je suis de nouveau éjectée plusieurs mètres en arrière. Le temps de pousser sur mes jambes, la lame du Créateur rencontre déjà l'épée dorée recouverte d'une lueur rosée de mon adversaire. Elle recule de quelque pas, et s'élance, la pointe de son arme en avant dans une sorte de vrille que je me prend de plein fouet. La douleur n'a d'égale que l'expérience qu'elle semble avoir accumulée au fils du temps. Nul doute que Corrin est une combattante très expérimentée, et qu'elle a du livrer bien des combats dans son royaume.
—Tout va bien, Edelgard ? je demande en pressant ma main contre mes côtes.
—J'ai connu bien d'importantes blessures à côté desquelles cette attaque n'est que caresse, elle m'assure.
Quelle oiseau fier, je me souffle silencieusement. Je suis assez aguerrie pour reconnaitre la puissance d'une attaque, et je sais que la souveraine aussi est impressionnée par celle de nos deux adversaires fusionnées.
—Cependant, Professeure, il resterait préférable pour vous et moi que vous évitiez d'encaisser une seconde attaque de la sorte. D'autant plus qu'il me semble que vous n'avez jamais très apprécié servir de cible mobile, ou me tromperais-je ? Vous seriez-vous relâchée lors de ces dernières semaines ?
Quelle jeune femme effrontée, mais cela a au moins le don de faire fleurir un sourire sur mes lèvres alors que je retrouve bien là le caractère de l'impératrice qui a unifié Fódlan. Son impertinence et son égo me donnent envie de me dépasser encore plus.
Il est temps pour moi de contre-attaquer et de montrer de quel bois je me chauffe, pour le plus grand plaisir de mon adversaire qui à l'air d'autant plus ravie. Je fais fi de ma vitesse réduite et fonce en avant armée de hargne et de détermination, et par les quatre Saints, je ne rêve pas, et c'est bien cette fois Areadbhar, la relique du Roi Dimitri, que la dragonne esquive ! Je ne sais toujours pas comment cela est possible, surtout que la relique des héros a déjà disparue pour permettre à l'épée du Créateur de retrouver mes mains, mais elle était bel-et-bien là. J'arrive aussi à ressentir la surprise d'Edelgard et sa consternation alors qu'elle ne fait qu'un avec moi. Mais l'heure n'est pas aux questions et à la réflexion, j'ai un duel à gagné, et s'en suit un échange intense de coups de poings, de pieds, et de fracas de métal entre la princesse et moi.
J'ignore combien de temps je serai capable de tenir le rythme et l'intensité de ce combat, et comme si les lieux eux-mêmes m'avaient entendus, je vois l'horizon féérique disparaitre pour s'abandonner aux murs blanc du sous-sol du manoir. Je commence à comprendre que nos combats ne durent en fait qu'un temps délimité par je ne sais quelle instance, divine ou technologique.
J'ai l'impression d'être soudain libérée d'un poids alors que je me sens bien plus légère, et je suis envahie d'un profond soulagement quand mes yeux trouvent de nouveau les longueur neigeuses de l'impératrice, apparue à mes côtés dans une lueur de nouveau aveuglante. Ses joues sont rougies par les efforts qu'il me semble moi-même avoir fournis, mais visiblement, elle aussi, en garde les conséquences. En face de nous, à l'opposé du terrain tracé au sol, Azura a également reprit forme, et je me surprend à admirer les regards que les deux femmes s'échangent, tendres, emplis de compassion. La bleue semble ressentir les effet du combat bien plus que sa camarade alors que sa peau laiteuse est elle aussi, légèrement teintée. Quant à la dragonne, et bien... je ne prends aucun risque à affirmer qu'elle pourrait continuer ainsi pendant des heures. Son endurance n'a pas l'air de trouver de limites.
—Et bien, Byleth, vous êtes un redoutable adversaire, rugit le dragon en m'approchant tout sourire aux lèvres.
—Je vous retourne le compliment, je répond en toute sincérité.
—J'espère que nous nous affronterons lors du tournoi, il me tarde de savoir laquelle de nous deux remportera la victoire en réelles conditions.
Parce qu'elle retenait ses coups ? Moi pas, et c'est à la fois très excitant mais aussi effrayant. Je n'ose imaginer la puissance dont elle est capable, et je sais que j'ai encore beaucoup à apprendre. Je crois d'ailleurs que je vais finir par lire le manuel de l'utilisateur qui se trouve quelque part sous mon lit.
Nous décidons de quitter la pièce, d'autres challenger vont surement eux aussi vouloir s'entraîner et nous ne pouvons accaparer ce très mystérieux endroit plus longtemps. Edelgard n'a pas décroché un mot depuis qu'elle a retrouvé son corps, et maintenant qu'elle n'est plus dans ma tête, ses pensées m'échappent à nouveau. Enfin, ce n'est que peu surprenant après les découvertes que nous venons de faire. De toute façon, il faut que je m'entretienne avec elle très rapidement.
Les portes s'ouvrent, et mon regard s'abaisse sur deux individus de petites tailles et aux couleurs criardes. Je crois ne jamais avoir vu pareilles moustaches de toute ma vie.
—Tiens, bonjour Mario, Luigi, salue la dragonne sans avoir rien perdue de son enthousiasme et de sa jovialité naturelle.
— Oh yeah !
Je ne comprends pas ce que répond le petit homme joufflu à la salopette rouge, mais j'ai déjà entendue le prénom des deux dans la bouche d'Harmonie lorsqu'elle parlait de Peach.
—Oh, sont-ce donc là les deux garçons de joie de la Princesse du Royaume Champignon ? je demande sans réfléchir.
Les deux petits nabots ainsi que mes récents adversaires me dévisagent d'une manière un peu trop oppressante. Encore une fois, je ne peux m'empêcher de me demander ce que j'ai fais de travers.
Mais il est certain que le regard des homme me condamne à brûler en Enfer.
