Merci à tous mes revieweurs et lecteurs ! Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance pour vos petits mots d'amour ! Même si bon, vous semblez plutôt me détester et vouloir m'agonir, moi je vous aime xD Et puis je vous promets que je ne suis pas si méchante ! D'ailleurs, ce chapitre est là pour le prouver, vos attentes devraient normalement être comblées et vos petits coeurs fragiles battre de joie ! (Bon, tant que vous faites abstraction de la fin, quoi. Mais restez impavide pour aller jusqu'à la fin, pour Noël !)

Happy Birthday, ma Clélia, mon Alpha. Je t'aime.

Bonne lecture !

Sherlock - 17 ans - juin 1997

Sherlock traversait le campus comme s'il lui appartenait. John le regardait faire avec amusement. Au fond, il ne devait même pas avoir entièrement tort. John n'avait jamais cherché la popularité, mais il avait toujours su se faire des amis facilement, et rapidement, même si aucun n'avait été capable d'égaler la puissance de sa relation avec Sherlock.

Pour le jeune génie, ça avait été tout l'inverse : il était incapable de se lier, de se faire des amis. L'arrivée à la fac avait tout changé. L'enfant qui se faisait tabasser par des camarades plus grands, plus forts, et qui n'appréciaient pas sa langue assassine avait été oublié au profit d'une manipulation psychologique et extrêmement subtile que Sherlock avait exercé sur tout le campus.

L'année dernière, il avait brillamment réussi ses A-levels et GCSE, respectivement examens de fin de lycée et fin de collège, et il avait refusé toutes les propositions des facs prestigieuses qui s'intéressaient à son profil atypique. Il les avait toute balayées de la main, ne souhaitant qu'une seule chose. Rejoindre son meilleur ami à Londres, à l'Imperial.

– Sherlock, tu as conscience que tu ne peux pas établir toute ta vie en fonction de John Watson ? avait grincé Mycroft, dans une tentative désespérée de le faire changer d'avis.

– Occupe-toi de l'Angleterre, Mycroft, avait répliqué son frère. Et arrange-toi pour me donner une chambre individuelle sur mon futur campus.

Son frère aîné avait cédé. Sherlock aurait nettement préféré partager sa chambre avec John, mais il avait déjà un coloc, et ne semblait pas vouloir en changer, mais ce n'était pas grave. Dès l'instant où Sherlock était arrivé, il avait récupéré sa place au centre de l'univers de John. Bien sûr, ils suivaient chacun leur cursus, John était submergé par ses études de médecine, révisait énormément, y compris avec ses camarades et amis. Sherlock s'occupait comme il le voulait, traînant dans Londres, qu'il avait mis moins de trois mois à apprendre par cœur, en même temps qu'il conquérait le campus. Mais ils se voyaient régulièrement, passaient des heures ensemble, Sherlock aidait John à réviser, et ils étaient heureux. Sherlock aurait voulu que toute sa vie reste ici, dans cette perfection de leur petit monde.

Ici, personne ne semblait savoir qu'il était encore mineur, qu'il avait été un enfant petit et faible, méprisé par ses camarades. Ici, il pouvait acheter des cigarettes en présentant sa carte d'étudiant de l'Imperial, et tout le monde le croyait majeur, il dominait les échanges intellectuels avec tous ses camarades et nombre de ses professeurs, et il avait gagné pouvoir et respect en humiliant verbalement et physiquement deux ou trois membres influents du campus. De plus, son cursus atypique, qui engrangeait des tas de matières diverses et variées sans aucune autre cohérence que celle que Sherlock décrétait, séduisait ses camarades, qui le respectaient pour ça.

Et puis, il avait John, tous les jours de sa vie, à ses côtés. Cela lui rappelait un sentiment indescriptible de bonheur et d'innocence, ce qui n'avait pas de sens. Les seuls moments qu'il avait passé avec John en continu, c'était leurs vacances ensemble. Là, c'était au-delà, et ça ne s'arrêtait pas.

– On peut aller chez toi pour réviser, Génie ? demanda John. Mike reçoit sa copine, ce soir. Ma chambre est inaccessible.

Ça arrivait fréquemment. John avait expliqué à un Sherlock relativement ahuri ce qu'une cravate nouée sur une poignée de porte signifiait. Mike Stamford, son coloc et étudiant en médecine comme lui était extrêmement brillant, pouvait régulièrement s'exonérer des heures de révisions acharnées de John, et il aimait la gente féminine, qui le lui rendait bien. Il changeait de copine comme de chemises, et quand John était mis à la porte de sa propre chambre, il squattait celle de Sherlock. Ce n'était pas comme si dormir ensemble les dérangeait. Ils avaient fait ça toute leur vie, y compris durant une période dont Sherlock ne se rappelait rien.

Sherlock ne s'en plaignait jamais. Il n'était jamais rassasié de la présence de John à ses côtés. L'étudiant en médecine lui avait présenté ses amis, garçons et filles, étudiants en médecine ou non, et Sherlock avait fait de son mieux pour les apprécier, mais au fond de lui, il les détestait. Il détestait l'idée que John ait d'autres relations que lui.

Sherlock n'avait jamais réellement pensé à sa relation avec John avant qu'il ne lui explique, sans se moquer de lui — John ne se moquait jamais de lui et de son incompréhension parfois totale de certaines interactions sociales — ce que faisait Mike dans leur chambre avec toutes ces filles. Il avait brutalement réalisé que n'importe quelle fille pourrait tenter de lui ravir John, et construire avec lui une relation potentiellement plus importante, et ça lui avait été insupportable. Il ne savait pas que c'était de la jalousie. Il ne savait même pas ce qu'était la jalousie, au fond. Il était juste possessif. Alors il faisait de son mieux pour devenir indispensable. Et il réussissait. De ce qu'il en savait, John n'avait jamais fréquenté quiconque depuis qu'il était là, et il passait souvent voir Sherlock, voire restait des nuits entières dans sa chambre.

– Bien sûr, accepta-t-il.

Quoi qu'il ait prévu, il pouvait l'annuler sur le champ quand John proposait de passer du temps avec lui. C'était bientôt la fin de l'année, et donc la période des examens. John bachotait activement. Sherlock comptait sur son talent. Ça lui réussissait plutôt bien, jusque-là. Et ensuite, il y aurait l'été, et Sherlock appréhendait la période. Ils allaient quitter la fac, leurs chambres universitaires, rentrer chez leurs parents respectifs. Loin l'un de l'autre. Avant, l'été était la période qu'il préférait, parce que c'était celle où il voyait le plus John. Maintenant, c'était tout l'inverse.


Sherlock se prélassait sur son lit, semblant somnoler d'un point de vue extérieur, réfléchissant activement pour quiconque le connaissait un peu (à savoir donc, John uniquement). L'étudiant en médecine était installé au bureau de son ami, ayant poussé sans ménagement tout le bazar qui s'y trouvait, pour ouvrir ses bouquins d'anatomie et révisait activement. Le silence entre eux était doux et confortable.

– John, qu'est-ce que tu fais pour les vacances ?

L'interpellé releva la tête de ses cahiers, et mit une bonne minute avant de répondre à la question, le temps que son cerveau se sorte de ses révisions et intègre la question.

– Ben... je rentre chez mes parents, et je vais bosser comme caissier, comme l'année dernière.

– Tu ne veux pas venir à la maison ?

– Quand ça ?

– Pendant les vacances.

– Oui mais quand ?

– Toutes les vacances.

John fronça les sourcils.

– Je ne peux pas passer deux mois chez tes parents comme ça. Sans même voir les miens.

– Je ne vois pas pourquoi. Mes parents t'adorent.

– Ce n'est pas la question, Sherlock. Je dois voir mes parents.

– Pourquoi ? répliqua Sherlock, rhétorique. Tu sais parfaitement que c'est absurde. Ta mère ne sera jamais là, et elle dormira d'épuisement le peu de temps qu'elle passe chez toi. Ton père sera bourré dans un coin, soit en train de cuver, vomir, ou te hurler dessus. Ta sœur ne sera pas là, parce qu'elle n'est plus jamais là depuis des années.

John se hérissa, et se détourna, revenant à ses révisions.

– Je rentre chez moi, Sherlock. Point.

Il en retourna à ses révisions, et Sherlock à ses réflexions. Il ne s'attendait pas à ce que John lui réponde favorablement, loin de là. Il voulait juste tester sa réaction, et il n'était pas déçu. John n'était jamais aussi froid et péremptoire, d'ordinaire. Il n'abandonnait pas la conversation comme ça. Sherlock le trouvait bizarre, depuis un moment.

– Pardon, John. Je ne voulais pas te blesser. Je veux juste ne pas être séparé de toi pendant si longtemps.

John laissa tomber son stylo, soudain tendu, et en revint à Sherlock de nouveau. Se levant cette fois de sa chaise pour venir le rejoindre sur le lit, s'asseyant en poussant le corps alangui.

– Sherlock, ce ne sera pas si long, voyons. Tu n'as juste plus l'habitude, mais ça va aller.

Par réflexe, il posa la main sur l'épaule de Sherlock, la serra. Geste amical que John avait tant de mal de maîtriser. Depuis un an, son self-control était mis à rude épreuve en permanence. Sherlock était demandeur de câlins, d'affection. Il haïssait le contact humain, et il y avait eu deux ou trois incidents avec d'autres imprudents, mais il était excessivement tactile avec John. Il dormait blotti dans ses bras, comme lorsqu'il avait cinq ans. Il ne s'en souvenait même plus, de cette époque. Pour John, c'était différent, terriblement différent. Il devait contrôler ses envies, ses hormones, son corps dès que Sherlock le touchait. Ce n'était plus un enfant, il serait majeur dans six mois. Mais John avait peur de ce que ses actions potentielles pourraient faire, et briser entre eux. Sherlock était trop innocent, trop inconscient.

– Je ne veux pas, décréta Sherlock d'une voix claire. Je ne suis pas d'accord. Tes parents sont une mauvaise excuse, et tu le sais.

Il était insupportable, arrogant, il se plaçait au centre de tout, dédaignait les envies de John. Parfois, ce dernier se disait que tout était de sa faute. Il avait passé trop de temps à considérer Sherlock comme un génie et l'encenser, ça avait fatalement fini par avoir une influence déplorable sur son égo surdimensionné.

– Ok, mes parents sont peut-être une mauvaise excuse, mais moi j'ai quand même envie de rentrer chez moi. Ça me fera du bien.

– Qu'on soit séparés ? demanda Sherlock avec humeur, de son ton acide si parfaitement maîtrisé.

– Oui ! répliqua John, sans réaliser qu'il criait presque.

Il le regretta aussitôt, quand il vit les yeux de son ami s'écarquiller de surprise et se voiler de peur. Sherlock ne supportait pas l'abandon. Il le savait, bien sûr. Il savait tout de Sherlock.

– Pourquoi ? exigea-t-il de savoir.

John détourna le regard. Il ne pouvait pas répondre à cette question.

– POURQUOI ?

Mais Sherlock n'abandonnerait pas la bataille. Il était plus têtu qu'une mule, et si John ne lui répondait pas, il chercherait à comprendre à sa manière.

– Parce qu'on ne veut pas les mêmes choses, Sherlock, murmura-t-il entre ses dents, sans le regarder, presque dos à lui, assis au bord du matelas alors que Sherlock était toujours couché dessus.

Il sentit Sherlock se redresser en position assise.

– Je ne comprends pas. De quoi tu parles ?

John eut le cœur brisé. Une infime parcelle de lui avait continué d'espérer, toutes ces années. Que Sherlock veuille la même chose que lui, au fond. Qu'il attende juste un signe, une avancée, une tentative. Qu'il comprendrait, qu'il y répondrait. Il avait passé beaucoup de temps à se convaincre que Sherlock ne pouvait pas aimer, pas comme lui l'aimait, qu'il ferait mieux d'enterrer ses désirs inavouables, il restait encore un atome de son corps qui avait espéré le contraire. Et cet atome venait d'exploser à la manière d'une bombe nucléaire, et de tout détruire sur son passage.

Ce n'était pas faute d'avoir fait des efforts pour l'oublier, pourtant. John était sorti avec des femmes, avait même couché avec elles. Il y avait trouvé une grande satisfaction, du plaisir aussi. Il aimait leurs courbes, leurs formes, leurs caractéristiques. Mais ça ne lui avait pas permis de se sortir Sherlock de la tête, et les demoiselles le sentaient bien, et n'avaient pas de temps à perdre avec un indécis. Il avait essayé de regarder les hommes, voire de s'y intéresser, maladroitement, mais ça n'avait jamais déclenché une once de désir en lui. Et rien ne le ravageait autant que de voir son meilleur ami, sa peau pâle et ses grands yeux bleus.

– John, explique-moi ! ordonna Sherlock.

John ferma les yeux, un instant, pensant que ce serait plus simple de ne pas le voir, mais son imagination était trop vivace. Il rouvrit les yeux, puis se retourna pour faire face à son ami. Il ne savait pas quoi dire, quels mots prononcer que Sherlock comprendrait. Il était d'une rare ambivalence parfois, parfaitement capable de déterminer toute la psyché d'un humain en un clignement de cils, mais avant que John ne le lui explique d'après le cas de Mike, il n'avait aucune idée de ce qu'était que « coucher ensemble ». Le sexe était une activité théorique, dans un but procréateur, rien de plus. Il avait les connaissances de ses lectures, ses manuels de science, rien de plus.

Depuis, il semblait s'être fortement documenté sur le sujet, parce que ça l'amusait de détecter les relations sexuelles des gens.

Pour autant, il semblait totalement incapable d'appliquer ces signaux à sa propre personne.

– Je ne veux pas la même chose que toi, Sherlock, répéta-t-il. Mes désirs ne sont pas les tiens, et je ne souhaite pas te les imposer, et c'est mieux pour moi si je m'éloigne un peu, quelques temps.

Dans les yeux bleus qui lui faisaient face, il y avait une telle douleur que John eut le souffle coupé. Il n'avait pas vu Sherlock pleurer depuis l'enfance. Il ne pouvait pas endurer cette vision.

– Mais quels désirs ? redemanda-t-il. Je ne comprends pas.

John tendit doucement la main. Une larme traîtresse venait de déborder des cils démesurés, assombrissant le bleu des pupilles, et il ne put s'empêcher de venir la cueillir du bout des doigts, souhaitant de tout son cœur effacer le chagrin qu'il faisait naître chez son ami. Mais son propre geste le trahit, et de la pulpe de ses doigts, il caressa la joue, retraça l'angle la pommette, glissa le long de la mâchoire, atteignit le menton, effleura les lèvres.

Lèvres ouvertes, offertes, tendues en avant. Sherlock le regardait avec des yeux écarquillés de surprise, mais il n'avait de toute évidence ni peur ni dégoût dans ses prunelles. Au contraire. John semblait y lire l'envie, et son ami se penchait en avant, inconsciemment.

Son pouce caressa les lèvres, les dessina, et Sherlock y répondit en pointant sa langue, timidement, effleurant le pouce. John n'avait plus aucun contrôle sur son corps. Il ne pouvait plus bouger de là. Il ne pouvait pas arrêter de toucher Sherlock. Il se refusait à toucher Sherlock. Il était figé.

Il n'eut pas besoin de faire quoi que ce soit. Sherlock recula, rompant le contact avec sa main et sa bouche. Pour, l'instant d'après, mieux avancer, et écraser leurs bouches ensemble.

John aurait pu jurer que son cœur entier avait explosé sa cage thoracique en cet instant précis. Sherlock embrassait comme il vivait : arrogant, exigeant, impétueux. Et c'était parfait. Il ouvrit la bouche, força presque sa langue dans celle de John, si celui-ci n'avait pas été aussi désespéré de l'embrasser ainsi depuis si longtemps.

Il réalisa que ses mains avaient bougé sans son consentement quand il réalisa que Sherlock était serré contre lui, plaqué contre le mur, qu'il le tenait par les hanches, et qu'il le caressait un peu trop activement par-dessus sa chemise, tandis qu'il effleurait de sa langue le lobe de son oreille.

Il fallait qu'il ralentisse le rythme. Qu'ils discutent.

Sherlock ne semblait absolument pas d'accord avec le programme, et il l'embrassa de nouveau, et John oublia tout ce qui n'était pas sa bouche contre la sienne, son corps contre le sien.


Sherlock dormait. Nu sous les draps, son visage apaisé, les lèvres rougies de baisers. Il n'avait jamais paru aussi jeune et beau qu'en cet instant. John le regardait dormir, caressant aléatoirement ses cheveux en désordre. Ils n'avaient pas réellement fait l'amour, mais bien assez de trucs comme ça tous les deux, jusqu'à finir nus sous les draps, pour considérer qu'il y avait quelque chose de sérieux.

Et ça amenait trop de questions pour que John puisse dormir. Il pensa à sa chambre, au papier sur son bureau. À ce formulaire qu'il avait fini de remplir, qu'il devait juste poster. Ce formulaire qui le ferait partir pour l'armée à la fin de l'année prochaine, à la fin de sa licence. Il avait obtenu une bourse pour la fac, qui payait ses études et une partie de son logement, ce qui était heureux car ni lui ni ses parents n'avaient plusieurs dizaines de milliers de livres à dépenser par an. Mais la bourse ne faisait pas tout. Il devait se nourrir, payer le solde de son loyer, ses livres de cours, ses affaires de cours. Il avait mis de l'argent de côté depuis longtemps, et travaillait les étés, donnait aussi quelques cours particuliers le soir, mais il était bientôt à cours. Tenir encore une année allait relever du miracle, et faire trois années de médecine ne servait à rien. Il fallait aller au bout des huit ans, puis de la spécialisation. Il n'avait pas les moyens. L'armée résolvait tous ses problèmes.

Sauf le nouveau que John venait de se créer, et qui dormait à côté de lui, souriant comme un bienheureux dans son sommeil. Jamais Sherlock ne supporterait de le voir partir pour l'armée, pour plusieurs années.

– Mon Dieu, Sherlock... Qu'est-ce qu'on a fait ? murmura-t-il au silence de la chambre.


Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - avril 1998