Chapitre 8
S'aventurer dans les rues de Konoha en pleine nuit d'hiver avec pour seuls vêtements : une chemise accouplée d'un pull et d'un pantalon près du corps, n'était pas la meilleure des idées. Et pour cause, il s'en rendit bien compte lorsque son corps se mit à grelotter et que son seul moyen de garder ne serait-ce qu'un semblant de chaleur était de bouger.
Alors, malgré la fraîcheur et la fatigue, il continua à courir et traverser ces rues désertes en un clin d'œil. Il ne savait pas où il se rendait car ses pieds le guidaient à travers la pénombre tandis que ses pensées étaient fixement portées sur ses problèmes.
— Fais chier. —
Il avait quitté son quartier et s'engageait maintenant dans un autre espace qu'il ne connaissait pas. Et bien que ce qu'il faisait n'était ni intelligent, ni sûr pour sa santé, il continua à parsemer la neige de ses pas et à laisser les effluves de son parfum partout où il allait. Tout cela pour la simple et bonne raison qu'il en avait besoin.
— Fais chier. —
Il avait besoin de se retrouver seul et épuiser ses forces en courant à en perdre haleine. Il avait besoin de ne plus avoir à afficher ce sourire ridicule sur ses lèvres pour rassurer son entourage. Oui, il avait besoin...
«FAIS CHIER ! »
... d'être lui-même le temps d'un instant.
Ses pas s'arrêtèrent enfin et essoufflé, il regarda autour de lui. Il n'en était pas sûr car il faisait terriblement noir mais il pensait ne pas être familier avec les lieux. Ses pupilles bleutées passèrent d'un bâtiment à un autre sans qu'aucune idée ne lui vienne en tête.
«Je suis perdu. »
Comme s'il avait besoin de ça...
Un soupir lasse alla s'exprimer en vidant ses poumons de l'air frais qui y était agglutiné avant qu'il ne soit brutalement recracher par-delà ses lèvres entre-ouvertes.
«Fais chier... »
Il ferma les yeux un instant et leva la tête vers le ciel. Ses paupières étaient lourdes et il dut faire un effort monstre pour les virer et dégager sa vue. Évidemment, lorsque ses pupilles contemplèrent la voûte céleste, il ne vit rien d'autre qu'une faible lumière, signe que l'astre de la nuit était présente.
Cependant, après avoir pris une bouffée et au moment où il voulut abaisser la tête, il vit au loin des grillages semblables à ceux qui entourent les terrains de basket dans les parcs.
«Un parc... »
Il était fatigué, seul, dans un lieu qu'il ne connaissait pas et dans la pénombre... Poser ses fesses sur un banc dans un parc ne pouvait lui faire de mal, pensa-t-il en s'avançant à pas lent jusqu'au dit lieu.
Arrivée dans le square, il comprit assez vite que si la sécurité était au plus bas c'était parce que le quartier n'était pas bien famé. D'ailleurs, il eut sa confirmation quand il repéra deux trois toxicomanes en pleine séance de piqûre.
Un frisson de dégoût le saisit en imaginant les seringues non désinfectées qu'ils devaient avoir et alors il détourna vivement la tête pour se rendre dans le côté opposé du parc. Là seulement, il posa son fessier sur l'un des nombreux bancs recouverts de neige. Son corps le remercia aussitôt de le laisser se reposer après sa course effrénée et se fut au tour de sa tête de s'activer.
«Pourquoi il a fallu que ça arrive à moi ? » Se demanda-t-il d'une voix posée et teintée de mélancolie.
Il n'eut aucune réponse à sa question et cela l'énerva encore plus. Pris par un début de colère, il s'arma de son portable et le déverrouilla aussitôt. Il ne se préoccupa ni des appels manqués, ni du fait que sa batterie était faible. La seule chose qui comptait était ces messages qu'il avait déjà ouverts mais dont la puissance des mots écrits le firent serrer des dents.
«Salut Naruto, comment est-ce que tu vas ? »
Il se retint dejeter son téléphone pour montrer son état d'âme actuel. À la place, il serra sa main de libre jusqu'à ce que ses ongles aillent s'enfoncer dans la paume de sa main.
«Ça fait un petit moment que tu travailles pour moi déjà. Deux ans que je t'ai sous mon aile et que je suis heureuse de te voir. »
Cette fois, c'est sa lèvre inférieure qui dût subir sa mauvaise humeur !
« Enfin... C'est vrai que je suis contente quand je te vois car tu as cette bonne humeur qui est contagieuse mais... J'aurais aimé ne jamais te rencontrer car comme ça, tu n'aurais jamais eu à bosser pour moi. Tu mérites mieux et tu le sais. »
C'en était trop. Il verrouilla le téléphone et le saisit de ses deux mains. Il savait quelle était la suite du message et la lire était beaucoup trop dure.
— Pourquoi m'avoir fait ça... ? —
Il en avait des choses à dire. Que ce soit de bonnes ou de mauvaises, il avait assez de salive pour pouvoir hurler sa peine. Néanmoins, le Citrine se contenta de se poser cette simple et unique question.
«Pourquoi m'avoir abandonné ? »
Ce travail qu'il n'aimait pas tant que ça était toute sa vie. C'était son seul moyen de vivre, de se débrouiller financièrement parlant et surtout, son moyen de payer ses études.
Des jobs, il y en avait à la pelle. Mais des personnes qui avaient décidées de l'embaucher quand il n'avait ni parents, ni revenus et presque pas de toit, il y en avait qu'une. Une seule et unique personne et cette dernière venait de l'abandonner.
Que pouvait-il faire ? Se relever et chercher un nouveau travail ? Oui, c'était une option. Il était presque sûr que c'était l'option pour laquelle il opterait demain quand il retrouvera ses esprits.
Mais là, à cet instant précis, il était plutôt en train de se demander comment le salopard qui détruisait sa vie, avait fait pour savoir dans quel domaine il travaillait et surtout, pour quelle raison il s'acharnait autant sur lui.
Oui, ce gars qui ne lui laissait aucun répit était forcément derrière tout ça !
Le 26 Novembre, plus de trois ans auparavant, un jeune à la chevelure blonde se retrouva pétrifié dans une ruelle en fin d'après-midi. Devant lui se tenait un homme plus âgé que lui dont rien de bon ne semblait vouloir émaner de lui.
« Eh, Kakuzu ! »
Il aurait dû se réjouir que l'homme se détourne de lui à cet appel mais il ne put car la seconde voix qu'il entendit le rendit plus inquiet encore.
— Qu'est-ce qu'il fait là... ? —
« D-Désolé »
Balbutia le blond en essayant de contourner l'armure à glace qui lui barrait la route avant que le nouveau passant n'arrive à leur hauteur. Pas qu'il avait peur de ce dernier mais contrairement au mur face à lui, il savait que l'autre le reconnaitrait rapidement.
— S'il est là c'est que l'Akatsuki au complet l'est...—
Il était partagé entre la joie et la peur en pensant à cela. Mais la peur prit tellement d'ampleur quand Kakuzu le saisit par le bras pour le retenir qu'il regretta sa venue dans ce quartier.
« Eh, où est-ce que tu comptes aller, Gamin ? »
Oui, il allait avoir du mal à s'en aller. Et alors qu'il continuait à s'excuser tout en gardant la tête basse, l'autre homme s'approchait dangereusement d'eux.
— Fais chier...—
« Qu'est-ce que tu veux Dei ?
– C'est juste que Pain et Itachi ont changé d'avis pour leur commande. Il prit une pause dans son énonciationet une fois arriver devant Kakuzu et Naruto, il reprit. On m'a envoyé t'aider.» Et alors il posa son regard sur le blondinet tremblant qui priait intérieurement pour pouvoir rentrer chez lui. Il eut un silence durant lequel les prunelles vertes de Deidara passèrent de Naruto à Kakuzu avant qu'unsourire beaucoup trop malveillant n'étirent ses lèvres.
« Où est-ce que tu as trouvé le rejeté ?
– Le rejeté ? Les yeux de l'armure à glace se plissèrent d'incompréhension avant qu'il n'attrape brutalement le menton du blond pour l'obliger à lui faire face. Mais on dirait que le rejeté s'est perdu dans notre quartier.
– Y en a un à qui ça va plaire. Je vais le chercher ! »
Les billes bleues restèrent fixement posées sur le ciel et les milliers de larmes qui s'en échappaient. À présent, il comprenait pourquoi ce dernier pleurait... Aujourd'hui représentait son dernier instant dans ce monde.
Presque à reculons, il suivait silencieusement les deux hommes qui se chargeaient de l'excorter jusqu'à son bourreau. Celui de droite lui murmurait à l'oreille toutes les atrocités qu'il allait subir d'ici quelques minutes tandis que celui de gauche approuvait calmement ce que l'autre disait. Il lui arrivait même d'en rire en imaginant la scène.
De son côté, le Citrine n'écoutait ni l'un ni l'autre. Il savait pertinemment que rien de ce qu'on pouvait lui dire ne pouvait s'approcher de la vérité qui l'attendait...
« Le rejeté ! » S'exclama joyeusement le bourreau les bras croisés dans une ruelle.
... et de celui qui la créerait.
« Kankuro ! » Rétorqua Naruto sur le même ton que le premier dans une envie de le provoquer.
Mauvaise idée.
— Mauvaise idée...—
Le blond venait tout juste de finir sa phrase qu'il sentit qu'on l'attrapa fermement par les bras et avant même qu'il n'ait pu réagir à cela, l'homme lui faisant précédemment face fondit sur lui à toute vitesse pour abattre son pied sur son crâne. Au même moment on lui lâcha les bras et il s'effondra aussitôt au sol dans la boue.
« Il me semble t'avoir déjà dit de ne pas m'appeler par mon prénom. Il fit une pause durant laquelle il posa son pied sur la tête de l'homme au sol et il exerça une forte pression comme s'il voulait la lui écraser. T'as seulement le droit de m'appeler "Maître", sale raclure. »
— Qu'est... Pour... Je... Mais... Je... Que... ? —
La force du premier coup avait était tel que le garçon ne pouvait même pas aligner deux mots et encore moins penser correctement. Pour que vous compreniez bien, Naruto était debout et avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, Deidara et Kakuzu l'on maintenu par les bras pour qu'il ne puisse s'enfuir. Ensuite, au moment où Kankuru à abattu son pied sur lui, on l'a libéré et il a fait une chute jusqu'au sol là où sa tête a heurté brutalement.
Alors que leur confrontation venait tout juste de commencer, Naruto avait perdu en ayant seulement prononcé trois syllabes.
« Kankuro, t'a aimé le p'tit cadeau qu'on t'a fait ? Prends ça pour un remercie pour ton travail fait avec l'Akatsuki !– Je vous en remercie Deidara, Kakuzu !– Hum. Dei, on a des achats à faire. »
Et c'est ainsi que Deidara et Kakuzu s'en allèrent l'air de rien en laissant Naruto au sol à moitié conscient. Celui là même qui haïssait un peu plus l'Akatsuki.
"L'Akatsuki" était très certainement le mot le plus connu et également le moins prononcé du lycée Chidori à Konoha. Un peu dans la même logique que "Voldemort". Il est connu de tous mais personne n'ose dire son nom à voix haute. Eh bien, pour que vous compreniez que l'Akatsuki était aussi dangereux, il est necessaire que vous sachiez d'abord ce que sont les lycées Chidori, Rasengan et Hakke. Car en effet, ce ne sont pas de simples lycées mais les plus grands, prestigieux et chers du pays. Et va savoir pourquoi mais ils se trouvent tous dans la même ville, dans trois quartiers différents.
Konoha, Iwa et Suna.
Ainsi nous pouvons revenir à la signification d'Akatsuki. Ce dernier n'est autre que le nom donné au groupe de garçons qui régnaient dans ces trois lycées. Zetsu, Yahiko, Nagato et Konan à Hakke. Hidan, Kakuzu et Kisame à Rasengan. Et pour finir, Deidara, Obito, Itachi et Sasori à Chidori. C'était un mélange de sadiques, de populaires, de pouffes, de premiers de la classe et de brutes. Oui, tout ce joli monde était regroupé en une seule et unique bande : Akatsuki.Ils étaient l'avenir du pays.
Cependant, le nombre de membre était beaucoup, beaucoup plus important. En effet, il y avait une sorte de tradition avec ce groupe. Lorsque les membres se trouvaient en dernière année de lycée, ils devaient consacrer l'année à chercher leur nouveau représentant parmi les secondes. Ainsi, dés l'année suivante, les nouveaux représentants se chargeraient de l'école comme l'avaient fait leurs prédécesseurs.
Kankuro avait été choisi par Deidara.
Se rappeler de ce jour et de cette altercation n'avait rien de bon en soit. Pour quelle raison s'entêtait-il à vouloir se souvenir de ce qu'il s'est passé ? Il ne le savait pas. Ou alors, c'était tout l'inverse, il le savait que trop bien.
En effet, quelque chose lui échappait. Ce jour là, à ce moment précis, il était à la merci de Kankuro. Il n'y avait personne dans les alentours et il était certain que le garçon voulait sa peau. Peut-être que ce dernier n'aurait pas osé l'abattre mais il aurait eu aucun mal à le torturer ou le battre. Cependant...
— ...rien de tout ça n'avait été fait. —
Il se rappelait avoir finalement perdu conscience et s'être réveillé des heures plus tard. Son téléphone ne cessait de vibrer tellement sa mère avait composé son numéro par inquiétude. Oui, il se souvint qu'en rouvrant les yeux, il faisait une nuit noire dehors, un peu comme celle d'aujourd'hui.
Mais il se souvint également qu'à part un énorme mal de tête, et des blessures au crâne, il n'y avait rien de changer chez lui. Il n'avait ni été déshabillé, ni tabassé, ni brûlé à certains endroits, autre forme de torture dont qu'aimait Kankuro.
Pourtant, en prenant son téléphone, mis de côté le fait que sa mère lui avait envoyé une trentaine de messages, il en avait également reçu un de la part d'un numéro inconnu.
« "Je te jure que je me vengerai, rejeté !" »
Furent les mots qu'il put lire sur son écran. Au départ, il était certain qu'il s'agissait de Kankuro, il n'y avait personne d'autres qui le haïssait autant que lui. Mais Kankuro n'était pas du genre à mettre en garde ses victimes ! Non, il était du genre à les frapper avant pour ensuite les avertir de ne plus jamais recommencer.
Et en prime, pour quelle raison l'avait-il mis en garde ? Lui qui était à moitié conscient, qu'aurait-il pu faire pour enpêcher le garçon de s'en prendre à lui ? Rien ! C'était la seule et l'unque réponse plausible ! Alors...
— Alors... —
« Alors... Pourquoi m'a-t-il envoyé un message après trois ans de silence... ? »
Il se sentait naïf et bête. Pendant ces trois dernières années, Kankuro n'avait pas agi et il avait finalement pensé que le message qu'il avait reçu était une blague. Rien de plus.
Mais aujourd'hui, alors qu'il venait de perdre la seule chose qu'il lui restait, il comprit pourquoi son pire ennemi n'avait rien fait jusqu'à présent.
« Cet enfoiré cherchait le meilleur moyen de me détruire ! »
Et il avait réussi.
Sans son travail, il se retrouverait à la rue d'ici peu et il pouvait dire à dieu à son école qui lui permettait de se rapprocher un peu plus de son rêve de devenir un jour un...
« Eh ! »
Le coeur du blond bondit dans sa poitrine et il crut un instant qu'il allait en mourir. Alors qu'il allait craquer et fondre en larme à en crier toute sa haine, voilà qu'on venait de le retrouver.
— Comment... ? Ils m'ont déjà retrouvé ? —
Pour la énième fois de cette soirée, il arbora à nouveau son masque et tenta de cacher toute la peine et la misère qu'il ressentait derrière cette coquille. Il pouvait le faire. Prétendre que tout va bien quand tout va au plus mal était presque devenu sa spécialité tant il avait usé de ce stratagème.
— Aller, tu peux le faire... —
Il se leva doucement de ce banc dont il avait pris possession cette dernière demi-heure.
— Aller, tu peux le faire... —
Il s'avança d'un pas en serrant des mains, prêt à jouer la comédie.
— Aller, tu peux le faire... —
Il força ses lèvres à sourire mais au moment même où ses pupilles bleutées rencontrèrent les deux perles de son vis-à-vis...
— Qu-Qu'est-ce que... ? —
... il comprit que cette fois-ci, il ne pourrait rien faire. Que cette fois pour la prmière fois de la soirée, il ne pourrait garder son masque car devant cette personne...
« Salut. »
... son visage se déforma doucement dans une expression effrayante et il garda le silence.
— Abandonne pour une fois... —
À suivre...
