Bonjour/Bonsoir à tous

Bonne année !

Oui, ça fait longtemps. J'avoue. Mais cela ne veut pas dire que rien n'a été fait durant ce laps de temps ! Déjà, avec une partie du Forum de tous les Périls, j'ai fait le Nano ! Ce qui m'a fait prendre de l'avance pour LIES mais qui est aussi la raison de l'absence de publication en novembre et décembre. Et oui, le premier mois je ne faisais qu'écrire (et la fabuleuse Miss M aussi) et le mois suivant il fallait tout corriger (et se reposer).

Bref deux-trois petites infos à vous passer si ça vous intéresse de connaître l'évolution de cette histoire. Je vous en dit plus après ce chapitre.

Disclaimer: En vrai ... Franchement je vais arrêter. Tout le monde sait qui est Oda par ici

Rating: Toujours M. Rien de spécial si ce n'est qu'on est toujours dans un monde ultra-violent.

Bêta-reader: La douce, l'incomparable, l'adorable, la plus fondante des pâtes Miss Macaronii ! Franchement, envoyez lui pleins d'amour elle le mérite.

Bonne lecture


« Shinsekō. Cela te plait gamine ? »

Pas de réponse. Pas de réponse. En recevoir une aurait été surprenant. Comme il le faisait depuis que l'illusionniste était placée sous sa garde, Joseph discutait avec elle. Les premières fois, elle lui avait servi d'excuse pour se dire qu'il ne parlait pas tout seul, mais ensuite il s'était vraiment mis à s'adresser à elle.

Les stimuli extérieurs étaient une partie importante des prescriptions qu'il lui avait fait. Sauf qu'au début, il laissait ça aux infirmières, ou à Compote qui était la seule à encore venir la voir après la visite de Mama.

C'était il y a trois jours exactement, le moment où en lui donnant un nom elle avait officiellement intégré l'illusionniste à l'équipage. La voir avait très vite fait redescendre l'excitation joyeuse de la Capitaine. Au-delà de son apparence bien plus digne, la gamine n'était plus qu'une poupée. Le genre de jouet dont on se lasse vite quand il est cassé. Evidemment en voyant la déception dans l'expression de Linlin, Joseph s'était empressé de faire une démonstration de la réactivité de la jeune fille aux ordres. Cela lui avait plu. Tellement qu'elle avait depuis laissé tranquille l'illusionniste.

Durand la traversée, une routine assez calme s'était installée pour le médecin et sa patiente. Le matin, il prenait le temps de boire son café pendant qu'elle mangeait le petit déjeuner qu'il lui avait ordonné de prendre, puis il lui faisait un petit check-up. Après il lui ordonnait de s'asseoir dans un coin et vaquait à ses occupations jusqu'au midi. Là, il lui donnait à manger, l'accompagnant tout en tentant de la faire réagir. L'après-midi, c'était le moment des visites, les infirmières réalisaient ses prises de sang et l'emmenaient faire des tests de ci et de ça, toujours sous l'œil vigilant de Joseph.

Compote venait, pas très longtemps, mais elle essayait de rester au moins cinq minutes avec la gamine pour lui parler. De quoi ? Le médecin l'ignorait. Il leur laissait leur intimité. Pour aussi peu de temps, il pouvait bien leur offrir ça. Même s'il était intrigué sur les obligations qui subitement occupaient tant la fille de Linlin.

Puis il avait entendu des bribes de messes basses des infirmières. De sales histoires sur ce que subissait les hommes ayant dû s'occuper de l'illusionniste. Ceux qui avaient eu la couardise de s'en prendre à elle quand elle était enchainée et la stupidité de la laisser s'enfuir. Tous sur le navire savaient qu'ils allaient être punis pour leur manque de jugeote. Dommage pour eux que la fille aînée de Mama s'occupe des salles de torture. Fille aînée qui avait pris l'illusionniste sous son aile protectrice.

Là, Joseph n'avait plus voulu réfléchir sur le sujet. Il ne voulait pour rien au monde souiller l'image de la petite fille en robe bouffante qui courait après tous les chats qu'elle voyait en riant. Il s'attelait, avec de grandes difficultés, à effacer de sa mémoire les petites taches de sang sur les vêtements de la jeune femme aux cheveux verts et ses rictus cruellement satisfait qu'il apercevait. Maudit soit son esprit de déduction.

Le soir, une des infirmières venait laver Shinsekō. Puis le médecin lui donnait à manger et la faisait se coucher dans un lit isolé des autres patients. Il était incapable de dire si elle dormait réellement ou pas.

Tout cela lui avait semblé bénéfique pour la gamine. Bien qu'elle ne présente aucune amélioration psychologique, physiquement c'était tout l'opposé. Elle avait repris des couleurs et semblait moins faible jours après jours. Visuellement en tout cas, elle leur avait largement prouvé sa force avant de se mettre en veille.

A présent la suite était incertaine, car aujourd'hui, il débarquait sur le territoire des pirates de Big Mom ; l'Archipel des Eclats, renommé Totto Land après sa conquête par la capitaine en l'honneur de son rêve, qu'elle comptait bien accomplir ici. La première île avait été aperçue par la vigie une heure auparavant, ce n'était plus qu'une question de minute avant qu'il n'accoste.

Là-bas beaucoup de chose serait différente. Il avait bien plus de responsabilité à gérer sur terre. Allait-il seulement pouvoir continuer de son suivie médicale ?

Un tremblement traversa tout le navire. Il venait d'accoster. Un grand brouhaha suivit. C'était toute la fourmilière qui se mettait en marche d'un même pas. Le signe qu'eux aussi devaient bouger.

Le plus agaçant dans le fait de revenir sur terre, pour Joseph, ce n'était pas de quitter le confort tout relatif de sa cabine. Mais de devoir traverser la foule de marin incapable de regarder plus loin que le bout de leur nez. D'habitude il ne se gênait pas pour marcher sur les pieds de ces idiots avant qu'ils ne le bousculent. Aujourd'hui, la gamine allait le forcer à devoir faire réellement attention.

Après avoir pris la dernière bouffé de sa cigarette, il saisit sa sacoche rempli d'indispensable et ouvrit la porte de son bureau.

« Lève-toi Shinsekō. » Sans surprise elle lui obéit, le regard toujours aussi vide.

« Approche-toi de moi. » Il lui attrapa ensuite le poignet. « Suis-moi. Ne t'éloigne pas à plus de trois pas de moi. » Elle n'acquiesça pas mais au moins elle marcha à son rythme quand il sortit.

Comme il l'avait prédit les marins se mouvaient dans tous les sens dans une chorégraphie calculée dont il ne faisait pas partie. Heureusement, avoir la gamine qui dominait tous les hommes de deux bonnes têtes permis à Joseph de leur frayer un chemin plus facilement que prévue. Ces ignares avaient au moins le réflexe de se décaler face à l'illusionniste.

La terre ferme. Enfin ! Qu'importe les années passées sur un navire, il était un homme amoureux de ce bon vieux plancher des vaches. Sur les quais, la même agitation fourmillante était présente. Tel un prophète venu d'un autre temps, il fendit la foule qui caquetait à tout va à la vue de la gamine suivant le médecin. Rejoindre le bastion de l'équipage signifiait plus de pirates idiots qu'il devrait éduquer au sujet de la nouvelle recrue. Cela le fatiguait d'avance.

Au-delà des quais, l'île était constituée d'une ville centrée autour d'un grand manoir, et à ses abords des dizaines de baraquements pour accueillir les nombreux pirates qui allaient et venaient au gré des volontés de Mama.

Son cabinet à lui se trouvait dans la ville. Une cité bâtie par le royaume auquel appartenait auparavant l'archipel. Il devait très certainement être le seul membre de l'équipage qui était accepté par les locaux. A ses yeux, il n'avait rien fait de spécial pour cela. S'il avait été objectif, il aurait reconnu que les soins qu'il leur offrait et son air de papi bougon qui grogne mais ne mord pas avait dû plus qu'aider. L'objectivité n'était pas une vertu que Joseph cultivait.

Quand il passa les portes de la ville, les habitants qu'il croisait le saluèrent. Avant de crier de surprise à la vue de sa patiente. Ça, il ne pouvait pas leur en vouloir. Ce n'étaient que des civils.

Il eut un sourire satisfait en voyant enfin apparaitre le vieux bâtiment en pierre qui abritait son office et son logement. Le cabinet de Joseph, vu de l'extérieur, n'était pas bien différent des autres maisons de pierre. Mais à l'intérieur, c'était son univers, son monde arrangé en bordel organisé. Rien n'était à sa place logique mais tout était à la place parfaite, selon le médecin. Son petit paradis. Faire jouer la clef dans la serrure avait les accords d'une douce berceuse à ses oreilles.

« Je suis rentré » clama-t-il, le seuil franchi.

Cette annonce fut suivie par le bruit de pas précipités qui descendaient les escaliers.

« Papi ! » cria une voix enfantine.

Joseph ouvrit grand ses bras pour réceptionner le petit boulet de canon qui lui fonçait dessus.

« Bonjour ma grande. Je t'ai pas trop manqué ? »

« Presque pas ! » s'exclama la petite fille avec satisfaction. Joseph retint une grimace, elle savait toucher là où ça faisait mal. Un trait de famille. « Custard et Angel ont fait peur à nounou et on a pu trop s'amuser ! »

« Elles sont venues ces petites pestes, je leur avais pourtant interdit. »

« Mais c'est si drôle de jouer avec elles, Papi. »

« Et bien trop dangereux pour toi, je n'ai pas oublié que la dernière fois elles ont trouvé très amusant de faire exploser les canalisations du quartier avec leur frère. »

« Oui ! Ça faisait de la pluie ! » rit la petite. Puis elle regarda par-dessus l'épaule de son grand-père. « C'est qui, Papi ? »

Joseph ne la corrigea pas sur l'impolitesse de sa question. Vu à qui elle s'adressait, il y avait peu de chance que cela vexe l'intéressée.

« Célia, voici Shinsekō. C'est la nouvelle membre de l'équipage. »

La fillette s'agita pour être reposée au sol. Puis elle trottina jusqu'à la nouvelle venue.

« Bonjour Shin' ! Moi c'est Célia. »

A sa grande frustration, la grande dame ne répondit pas.

« Pourquoi tu parles pas ? Tu es trop haute pour m'entendre ? »

Derrière elle, le médecin ricana.

« Non ma grande, Shinsekō n'est juste pas très bien en ce moment. Je dois l'aider à guérir. » lui expliqua-t-il le plus simplement possible. Elle était trop jeune pour avoir à comprendre ce qu'avait affronté l'illusionniste.

« Elle est malade ? »

« Oui, d'une certaine façon. » acquiesça-t-il.

« Oh pardon » dit-elle à la grande fille. « C'est vraiment nul d'être malade. » Puis après deux secondes de silence. « Tu veux voir mes jouets ? Viens, suis-moi ! »

Et sur ce changement de sujet radical, Célia agrippa les doigts de l'illusionniste qu'elle atteignait à peine et inconsciente d'avoir dit exactement ce qu'il fallait, les deux demoiselles s'enfoncèrent dans l'escalier menant aux quartiers résidentiels. Joseph laissa sa petite fille faire, elle ne risquait pas grand-chose avec Shinsekō dans cette état. Il en avait été le premier témoin ces derniers jours.

Il fallait qu'il réfléchisse à ce qu'il allait faire d'elle. Il ne pouvait tout de même pas la loger ici ? Bien que possédant sa propre maison avec tout le confort nécessaire, il n'avait pas une place extensible. L'illusionniste remplissait bien trop l'espace par sa simple présence, elle avait besoin d'être dans un lieu adapté à elle. En listant toutes les options qui se présentaient, il sortait ses affaires de voyage et remettait en ordre son cabinet. Après la longue traversée à bord du Queen Mama Chanter, il allait pouvoir profiter de deux longs mois sur terre avec sa petite fille.

On toqua à la porte. Avant qu'il puisse se diriger dans l'entrée, Célia fonça comme une gazelle en criant qu'elle voulait aller ouvrir. Cette enfant était une boule d'énergie infinie. Il finit de sortir son sac, entendant les voix ténues à l'entrée. Puis à nouveau les petits pas de course caractéristiques.

« Papi ! Papi ! »

« Je suis juste là ma grande. Reprends ton souffle. »

Dans la main de la petite, un bâton de sucette qui n'avait rien à faire là. Il grogna en devinant déjà ce qu'elle allait lui annoncer.

« Papi ! Y'a le gentil monsieur qui donne des sucettes qui te demande. »

« J'y vais Célia. Remonte et reste avec Shinsekō. »

Elle enfourna la sucrerie et repartit aussi vite qu'elle était venue. Lui rassembla la patience qui lui faisait tant défaut. Sur le seuil de la porte, comme il s'y attendait, Perospero.

« Cela faisait si longtemps, Perospero-kun. Que me vaut ce plaisir ? » salua-t-il sèchement.

« Toujours un plaisir de goûter à votre ironie, Joseph. » lui répondit le jeune homme sur le même ton. « Votre petite fille a bien grandi depuis la dernière fois. »

« Est-ce que vous êtes venu juste pour parler torchon ? » asséna Joseph.

Le jeune homme eut un sourire sans joie. Le médecin pouvait sentir son agacement pointer. Il n'y pouvait pas grand-chose, plus les années passaient, plus l'aîné Charlotte devenait un homme orgueilleux. Et plus Mama lui confiait de responsabilités, plus ce trait de caractère se renforçait. Il était loin, à présent, le petit garçon toujours inquiet pour ses petits frères et sœurs qui posait toujours trop de questions, pensa tristement Joseph. Linlin avait le don de faire ressortir le pire chez son entourage, même sur lui, il en avait conscience.

« Je venais juste vous porter quelques informations qui devraient vous intéresser puisqu'elles concernent notre nouvelle résidente. »

« C'est-à-dire ? »

« Nous lui avons attribué des quartiers, dans les baraquements Est. »

« Quoi ?! Avec les autres crétins ? Dans son état ? »

« Il faut bien la mettre quelque part. »

« C'est ça que veut faire Linlin, après tout le foutu mal qu'elle s'est donnée pour avoir Shinsekō ?! Où est-elle ? Je vais aller lui parler. »

« Cela risque d'être compliqué, voir même impossible, Joseph. Mama ne va pas rester très longtemps ici. A vrai dire, elle repart demain. »

« Déjà… Elle a oublié la gamine ou quoi ? » demanda Joseph

« Et bien… Tant qu'elle est comme cela, elle nous est totalement inutile. Continuez de la garder, si son sort vous importe tant. Vous l'avez si bien fait jusqu'à présent. »

« J'ai du travail, je vous rappelle ! Je ne peux pas garder un œil constant sur elle ! »

« Alors vous pouvez l'abandonner dans un coin. Elle en a même un attribué. Sachez seulement que personne ne s'en occupera. »

« Même pas Compote ? »

« Elle repart avec Mama ainsi que Katakuri, Oven et Daifuku. »

« Et je peux toujours me brosser pour compter sur vous, Persopero-kun »

« Vous avez parfaitement compris, grandiose ! Maintenant que nous sommes d'accord je vous laisse vaquer à vos occupations. J'ai un pays en construction à gérer. »

Sur ces mots, le jeune homme repartit avec toute l'arrogance qui le drapait, laissant un médecin plus que furieux derrière lui. Le claquement brutal fut toutefois le seul signe distinctif de sa colère. Il avait besoin de prendre en compte les derniers paramètres de la situation. Il monta les escaliers, pensif. En haut, il entendait les exclamations enjouées de Célia. La petite montrait avec grand enthousiasme ses poupées de chiffon et ses petits soldats de bois à la grande gamine.

Posé contre le chambranle de la porte, Joseph la regardait faire. Son regard se porta sur sa patiente, assise en tailleur sur le sol, dos à lui.

« Que vais-je bien pouvoir faire de toi, Shinsekō… » lui demanda-t-il, en vain.

Cela attira l'attention de Célia sur lui.

« Papi, il voulait quoi le monsieur des sucettes ? »

Le médecin eut un petit soupir avant de rejoindre sur le sol les deux filles.

« Juste donner des nouvelles ma grande. » répondit-il en lui ébouriffant les cheveux, provoquant chez la petite un cri de protestation. « Est-ce que Shinsekō est de bonne compagnie ? »

« Oui ! Elle parle pas mais elle écoute tout ce que je lui dis ! »

« Tant mieux ma grande. Il se trouve que Shin va rester un peu plus longtemps que prévu avec nous. »

« C'est vrai ? Trop bien ! »

« Calme-toi Célia. Elle est ici pour guérir. »

Sa petite fille acquiesça.

« Tu sais Papi, elle parle peut-être pas mais elle est gentille Shin, ça se voit. J'espère qu'elle va vite guérir ! »

« Qu'est ce qui te fait … »

Joseph se tut, il venait de lever les yeux sur l'illusionniste. Dans la main de cette dernière, une des poupées de chiffon de Célia, qu'elle fixait. Les yeux de la gamine étaient toujours aussi vides mais elle souriait.


Une chose importante à savoir sur Joseph était qu'il portait le titre de médecin en chef de l'équipage de Big Mom. Ce qui impliquait qu'il gérait absolument tous les pôles médicaux nécessaires aux pirates. Autant dire qu'avec Linlin et ses enfants, il devait jongler dans des domaines variés, allant de la pédiatrie à la chirurgie réparatrice en passant par la gynécologie et la psychiatrie.

Comme le docteur arrivait-il à gérer autant de connaissances spécifiques ? Franchement même lui l'ignorait. Il avait juste cette passion brûlante pour son métier et une curiosité dévorante pour tout. C'étaient deux aspects chez lui que même ceux qui le détestaient ne pouvaient nier. Et dieu seul savait qu'ils étaient nombreux.

Que vous en faisiez partie ou non, (d'ailleurs si vous appartenez à cette dernière catégorie, félicitations) aller voir Joseph, c'était être certain de s'en sortir quand on était au plus mal. S'il ne vous envoyait pas bouler, mais alors c'était certainement que vous n'étiez pas assez mal. Et aussi que vous n'étiez qu'une personne lambda.

Il y avait deux catégories de personne que le médecin ne refusait jamais de traiter. Les patients gravement atteints, pour des raisons évidentes. Et la famille Charlotte, tout simplement parce que pour rappel, la cheffe de famille était son employeur.

Voilà pourquoi il n'émettait oralement aucune plainte alors que son cabinet était envahi par trente-quatre gamins bruyants allant de quelques mois à dix-sept ans. Parce que ces enfants étaient tous ceux que Linlin n'exploitait pas encore pour son business. Quoique pas tous. Il avait parlé un peu trop vite, il ne voyait pas au milieu de ce troupeau les triplés Cracker, Custard et Angel, ni Brûlée. Tant mieux pour les trois premiers, ils avaient encore la jugeote de ne pas lui faire face si tôt (il n'avait toujours pas digéré le coup de la plomberie du quartier explosée). Pour la dernière, c'était encore un autre soucis qu'il lui faudra régler. Cela faisait bien trop de « encore » dans sa liste de tâche.

Menant cette troupe bruyante dans son office, qui avait le luxe d'être assez large pour tous les accueillir et garder de l'espace pour circuler, les quadruplées serpentins. Ce fut à elles que Joseph s'adressa.

« Dites-moi les filles, ne vous avais-je pas dit de me prévenir au minimum vingt-quatre heures à l'avance quand vous venez tous pour le contrôle de routine ? »

« On vous avait dit qu'on viendrait juste après votre retour de mer. On est vingt-quatre heures après. » lui répondit Amande d'une voix atone, la « tête » du quatuor de sœurs.

Franchement, il ne savait qui ces enfants prenaient comme modèle pour leur répartie mais il lui tordrait bien le cou, là. Juste pour se détendre.

« Laissez tomber. » soupira-t-il « Les gosses ! Calme ! Maintenant ! » cria-t-il au troupeau bruyant.

Aussitôt le brouhaha cessa. On ne pouvait pas non plus nier l'autorité naturelle du médecin.

« En rang et en silence, les mioches. Si vous êtes calmes je vous donne une sucette. »

Il ne fallait pas en dire plus pour que les petits obéissent, l'appât de la sucette pris très au sérieux. Parce que si vous n'étiez pas calme, il ne vous la donnait réellement pas ! Ceux plus proches de l'adolescence et ceux bien engagés dedans suivirent le mouvement plus par habitude que par gourmandise. Même s'ils n'allaient pas cracher dessus à la fin de leur examen. Dans leurs bras, les ainées présentes tenaient les petits encore trop jeunes pour saisir l'importance de la récompense qui les attendait. Autant dire que le praticien n'était pas peu fier d'arriver à gérer ces gamins.

« Joseph ! » l'interpella Broyé. La fillette avait encore les rondeurs caractéristiques de l'enfance alors qu'elle approchait de ses treize ans.

« Quoi ? » bougonna-t-il.

« C'est qui ? » demanda-t-elle en pointant le coin de la pièce.

Là, aussi silencieuse qu'une statue, Shinsekō attendait debout, le regard éteint. Elle s'était remise ici simplement parce qu'elle suivait encore son dernier ordre : « reste près de moi mais s'il y a de l'agitation mets-toi à l'écart ». Une amélioration pour l'illusionniste puisqu'elle pouvait suivre des ordres plus complexes. « Enfin, faible amélioration. » pensa amèrement Joseph. Le déclencheur avait été ce sourire venu naturellement. Le médecin n'était pas sûr de la raison, mais dans son état il prenait tous les éléments positifs aussi petits qu'ils soient.

« C'est Shinsekō. » annonça-t-il succinctement aux enfants qui étaient tous devenus très curieux sur cet étrange personnage.

Cette réponse succincte ne parut pas les satisfaire car un enchaînement bruyant de questions suivit.

« Mais c'est qui ? »

« Elle est de quelle espèce ? »

« C'est une fille ? »

Et à partir de cet instant, cela monta graduellement jusqu'à ce que la situation devienne incontrôlable sous l'excitation d'une trentaine de marmots. Joseph eut une pensée pour son précieux calme parti trop tôt avant d'aboyer après les enfants pour retrouver un peu d'ordre. Mais l'agitation avait effrayé les deux nourrissons qui pleuraient à chaudes larmes, entrainant celles de leurs aînés.

Le cabinet ne fut plus qu'un grand brouhaha sans queue ni tête. A vouloir se faire entendre, les plus grands criaient. Leur vociférations angoissaient les jeunes qui s'agitaient encore plus. Leur agitation faisait craquer petit à petit les nerfs du médecin qui faisait peur à tous, renforçant le capharnaüm. Dans son petit coin, Shinsekō n'avait pas bougé d'un centimètre.

Agités comme jamais, ils couraient dans tous les sens. Autant dire que beaucoup des mômes avaient oublié la raison principale de ce capharnaüm. Il y avait de l'animation et des cris, c'était tout ce qu'il suffisait pour les amuser, qu'importent les remontrances sans conviction de leurs aînés. Mais cette agitation ne plaisait pas à tous les petits. L'un d'entre eux, plus calme, s'était reculé contre un des murs pour ne pas être pris dans la folie excitée de ses frères et sœurs. C'était bien dommage que les jeux d'enfants soient aussi violents. Sans vergogne, une de ses sœurs le poussa au sol, sans aucune autre raison que l'amusement.

Surpris, il ne pouvait se rattraper correctement. Il ferma les yeux, prêt à encaisser le choc du carrelage contre son petit crâne. Choc qui ne vint jamais. A la place, il sentit deux mains larges et solides le retenant. Il souleva les paupières, pour les refermer, puis les rouvrir, trop surpris pour croire ce que ses yeux lui montraient.

L'illusionniste le retenait fermement, son visage plissé dans une expression d'inquiétude.

« Shinsekō ! » s'exclama Joseph.

Toute la pièce redevint silencieuse à part l'un des bébés inconsolables. Le centre de l'attention, aveugle aux regards des autres, redressa le jeune garçon, se mit à genoux devant lui et posa une main réconfortante sur sa joue. Elle ne parlait pas, mais elle n'en avait pas besoin, son regard communiquait pour elle. Subtilement, elle lui demandait s'il allait bien. Il acquiesça, muet aussi, trop impressionné par la stature gigantesque de l'illusionniste. Impressionné mais pas effrayé. Il y avait quelque chose dans ce qu'elle dégageait qui était rassurant. Ce fut pour ça qu'il se laissa faire quand elle le prit dans ses bras.

Shinsekō fit face au reste de la fratrie. Ils l'étudiaient, la décortiquaient, ne sachant que penser d'elle. A leurs yeux, elle était semblable à un animal sauvage. Pourtant ils la laissèrent s'approcher d'eux. L'une des ainées, Haché, récupéra le jeune garçon, Mont-d'or, que lui tendit l'illusionniste. Amande eut un petit mouvement de recul quand cette dernière avança ses mains pour lui prendre des bras l'une des plus jeunes de leurs sœurs, Galette. Mais le bébé, qui ne cessait de geindre et gigoter depuis le début de l'agitation, commençait à peser lourd dans ses bras. La jeune serpentin lui lança un regard noir pour qu'elle recule, mais l'expression de Shin n'était que douceur et calme. Sans comprendre elle sentait qu'elle pouvait lui faire confiance pour ça. Alors elle lui confia Galette.

La grande gamine avait l'habitude des nourrissons, elle la porta tout de suite correctement dans le creux de ses longs bras fins. Le bébé cessa quasi instantanément de pleurer, admirant de ses grands yeux la personne qui la réconfortait.

« Les petits, restez calme. »

La voix était rocailleuse et faible tel un instrument resté trop longtemps dans la poussière. Ça ne l'empêcha pas de ressentir la chaleur dans ces mots. Il n'y avait rien d'autre à dire, Shinsekō était apaisante.

Joseph en resta comme deux ronds de flan. La bouche ouverte sous la surprise, il regarda sa patiente se rassoir sur sa chaise, le bébé toujours bien installé contre sa poitrine, et ses yeux perdre cette lueur qu'ils avaient retrouvé un instant.

Les enfants étaient tous calmes autour de lui. Ironiquement, le médecin s'en moquait bien à présent. L'illusionniste venait de sortir de son mutisme.

Shinsekō allait guérir.


Bouh

J'espère que la lecture a été bonne. Hésitez pas à me faire part de vos avis, ça m'intéresse.

Sinon pour les infos:

1) J'arrête officiellement de dire que je vais avoir une publication régulière. Pas de surprise pour vous si vous suivez cette histoire. La vie réelle est ce qu'elle est. Je peux pas travailler H24 sur cette histoire et l'adorable Miss M a aussi sa vie à gérer. Donc voilà à présent les chapitres arriveront quand ils le devront.

MAIS

2) Vous pouvez vous tenir au courant des prochaines sortit et de l'avancer de l'histoire ! Et oui! J'ai maintenant un compte Twitter dédié à mes écris. Dessus, je commente mes avancés, je partage quand je publie, etc. Donc si vous avez Twitter n'hésitez pas à me suivre. Je partage aussi des anecdotes sur l'histoire, des dessins des personnages et je parle de ma passion pour les chats et la famille Charlotte. Rien de bien dangereux. Vous trouverez le lien sur mon profil sinon chercher juste une LittleYumeshiro. Si vous voyez du violet c'est que vous êtes au bon endroit.

3) Je vous souhaite le meilleure pour cette nouvelle année !

A la prochaine. Tchuss !