Thème du jour : Lune
Contexte : AU où les Lannister suivent la tradition des Targaryen de se marier entre frères et sœurs.
Cersei n'a ici qu'un an de plus que Tyrion.
Cersei avait toujours vécu dans la certitude qu'elle épouserait Jaime.
Elle ne s'était jamais demandé si c'était bien ou mal ou si elle en avait véritablement envie (c'était de toute façon le cas) : elle allait épouser son frère jumeau, devenir sa femme, porter ses enfants et gouverner les Terres de l'Ouest à ses côtés.
Le monde s'effondra donc sous ses pieds le matin où, alors qu'elle avait dix-neuf ans et comptait les jours qui la séparaient de son mariage, son père la convoqua dans son bureau et réduisit ses rêves de petite fille à néant.
« J'ai une dette envers Selwyn Torth, » grimaça t-il, comme si l'idée de devoir quelque chose à quelqu'un lui était insupportable.
« Nous avons de l'or, » répondit Cersei en haussant les épaules.
« Ce n'est pas de l'or qu'il veut. C'est un mari pour sa fille. »
Cersei comprit alors ce qui était sur le point de se passer.
« Non ! »
« Un Lannister paye toujours ses dettes. Jaime part pour Torth dès demain. »
« Mais... nous devions nous marier... » tenta t-elle de protester.
« Ne t'en fais pas pour ça. Le mariage aura bien lieu. »
« Mais avec qui... oh. »
Et Cersei réalisa qu'elle allait bien épouser son frère.
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Cersei n'en revenait toujours pas.
Tout s'était déroulé si vite. Jaime était parti sans qu'elle n'ait eu le temps de lui faire ses adieux et à peine quelques semaines plus tard, on lui enfilait sa robe de mariée et on lui coiffait ses cheveux dorés en prévision de ce qui aurait dû être le plus beau jour de sa vie.
Quel cauchemar.
Tyrion n'avait pas eu non plus son mot à dire dans cette histoire mais semblait s'être fait à l'idée de se marier avec elle, ou en tout cas, ce fut l'impression qu'il donna à Cersei quand elle le rejoignit à l'intérieur du Septuaire. Elle ignora le timide sourire qu'il lui offrit et ne consentit à s'agenouiller pour qu'il enroule la cape autour de ses épaules qu'après un rappel à l'ordre de son père.
Comment cela avait-il pu arriver ? Elle s'était rêvée l'épouse de Jaime et se retrouvait enchaînée à Tyrion pour l'éternité.
Cersei ne pleura pas mais intérieurement, elle hurlait de rage.
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Elle ne parvint pas à profiter de son banquet de mariage et resta assise, les bras croisés sur sa poitrine, refusant obstinément toutes les danses qu'on lui proposait. Tyrion ne s'y risqua même pas et tous deux passèrent la soirée à boire sous le regard contrarié de leur père.
« Ça suffit, » siffla t-il en venant se planter devant eux. « C'est l'heure de la cérémonie du coucher. »
Cersei manqua de s'étrangler avec son verre.
Ah.
Elle avait oublié ce petit détail.
« Est-ce vraiment nécessaire, Père ? » soupira Tyrion d'un air ennuyé.
Il ne se donna même pas la peine de répondre.
Cersei savait très bien qu'il voulait s'assurer que Tyrion plante un héritier dans son ventre et cette pensée lui donna la nausée.
Elle n'avait pas envie de le laisser la toucher, et encore moins devant tout le monde.
Alors qu'elle se dirigeait vers sa chambre comme une condamnée à mort, elle pesta une nouvelle fois contre l'injustice de sa situation.
Tout ce qu'elle voulait était un mari beau, attentionné et digne d'elle (Jaime, en somme), elle ne demandait pas la lune quand même ! Pourquoi le destin lui avait-il collé Tyrion dans les pattes ?
Lorsqu'elle s'allongea sur le lit, elle eut envie de mourir en regardant tous ces seigneurs tourner leurs regards vers elle.
(Elle ne se déshabillerait pas. Non mais, elle n'allait pas en plus leur permettre de se rincer l'oeil !)
Cersei fut prise au dépourvu quand Tyrion, au lieu de s'introduire en elle sans délicatesse aucune, commença à l'embrasser tendrement. Agréablement surprise, elle répondit à ses baisers, qui se firent de plus en plus langoureux. Elle gémit quand il l'embrassa dans le cou.
Autour d'eux, les seigneurs commençaient visiblement à trouver le temps long, leur père en tête. Tyrion sourit et continua de l'embrasser, encouragé par ses réactions. Lorsqu'il posa une main sur l'intérieur de sa cuisse, il lui jeta un regard interrogateur.
Il lui demandait la permission d'aller plus loin. Touchée par autant d'attention, elle la lui donna d'un léger signe de tête.
Ses yeux s'écarquillèrent et elle fut incapable de retenir un long gémissement. Tywin était tout simplement scandalisé.
« A quoi rime tout ceci, Tyrion ? »
Il se tourna vers lui et haussa un sourcil.
« Je fais l'amour à ma femme, ça ne se voit pas ? »
« Ceci n'est pas censé se passer comme... »
« Ceci se passera comme je le souhaite, » rétorqua t-il sèchement.
Sa main se remit à bouger entre les cuisses de Cersei. Celle-ci songea qu'après tout, elle ne devrait pas être surprise : c'était bien le genre de Tyrion de faire totalement fi des convenances. Et il était certain que cette cérémonie du coucher n'était pas convenable.
Elle se réjouissait de voir les seigneurs aussi mal à l'aise face aux gémissements qu'elle ne cherchait même pas à retenir. Après avoir échangé un regard gêné, ils finirent par débarrasser le plancher, Tywin le premier.
Tyrion se redressa et éclata de rire, et Cersei ne tarda pas à l'imiter.
« La tête qu'ils faisaient ! » pouffa t-il.
Il vint alors s'allonger près d'elle. Cersei fronça les sourcils.
« Un problème ? » demanda t-il.
« Eh bien... c'est tout ? »
Il se gratta l'arrière de la tête, gêné.
« J'ai vu à quel point ce mariage te déplaisait alors j'ai pensé que tu ne voudrais pas que je... enfin, tu vois. »
Elle l'observa longuement. Tyrion était gentil et attentionné, c'était évident. Si elle cherchait vraiment, elle supposait qu'elle pouvait lui trouver un certain charme.
Elle prit rapidement sa décision.
« J'ai changé d'avis. »
Sans lui laisser le temps de faire quoi que ce soit, elle lui grimpa dessus et écrasa ses lèvres contre les siennes.
Cersei songea qu'il fallait qu'elle donne une chance à son mari.
Peut-être qu'elle ne demandait pas la lune mais qu'elle avait obtenu le soleil...
