Pdv : Minami
Le ballon rebondit deux fois avant de se figer au sol. Je ne savais pas vraiment comment j'en étais arrivé là, mais je me suis fait la promesse de ne plus jamais le refaire. Ce n'était pas une chose que je pouvais faire sans trahir tout ce que mon père m'avait appris sur le foot. Et tout ce en quoi je croyais. Mais je n'avais pas le temps pour ces états d'âme.
Je relevais la tête vers Bêta qui me fixait comme si le ciel lui tombait sur la tête. Phase 1 du plan en état de marche !
- Oh, bienvenue dans le club des adversaires que Raimon surprend. Vous êtes le 103e membre référencé à ce jour. Pour les explications veuillez parler à notre entraîneur. Pour les réclamations veuillez vous adresser à la conseillère de notre club.
- Je... Qui t'as permis de
- Ne t'inquiètes pas, je me permets toute seule. J'ai toujours trouvé ça plus simple.
Son regard me donnait juste envie de continuer sur ma lancée, mais je savais que je ne pouvais pas. Pas quand nous étions en plein match et que Raimon était sur le terrain. Si je ne perdais pas de vue l'objectif, ce n'était pas le cas de tout le monde. Plus nous perdions de temps avec mes remarques moins le Protocole Oméga pourrait être violent avec nous, et nous éviterions l'interdiction de jouer. Parce que Raimon dans leur passion du football, et je pouvais parfaitement le comprendre, l'avait oublié et jouait pour gagner le match.
- Tu n'as pas le droit ! Le Protocole Oméga est une équipe gouvernementale !
Je ne sais pas qui t'es petit joueur d'Oméga, mais tu vas mettre particulièrement utile...
- Minami ! Tu vas jouer oui ou non ?
Je me retournais vers Arion qui venait de détruire tous les efforts que j'avais faits pour détourner l'attention des voyageurs du temps du match. Pourquoi personne ne pouvait comprendre ce que je faisais ? Ou au moins me laisser le faire ? Mais il avait beau m'agacer, ce n'est pas pour autant que je devais les laisser avoir encore plus de problèmes que d'habitude. Raison pour laquelle je m'étais immédiatement retournée quand je remarquais le mouvement dans ma vision périphérique.
Bêta avait un temps d'adaptabilité assez rapide. Ce qui allait compliquer le plan A. On allait passer au plan B, plus sûr, mais je pouvais tout de même garder des éléments du premier plan. Tout en modifiant mes idées dans ma tête, je m'acharnais à empêcher le plus longtemps possible le passage de Bêta. Je savais qu'elle allait passer seulement je croyais qu'avec un peu de chance la mi-temps arriverait peut-être avant.
Mais la chance n'était pas de mon côté. La capitaine d'Oméga avait visiblement décidé que je l'ennuyais, parce qu'elle prit un soin méticuleux à m'envoyer de toutes ses forces le ballon dans l'estomac. J'avais eu le réflexe de me mettre de côté pour minimiser l'impact. Mais si j'avais été habitué à la douleur grâce à mon passage au Sanctuaire, ça ne voulait pas dire qu'elle disparaissait. Le temps de la repousser dans un coin de mon esprit, Bêta avait tiré. La balle filait droit, ne laissant aucun doute sur sa trajectoire. Samguk utilisa tout ce qu'il avait à disposition pour l'arrêter. Il ne se releva pas.
Les coups de sifflet de l'arbitre mirent fin à la première partie du match. Mais quand je nous regardais, je ne savais pas comment nous allions nous en sortir si nous continuons sur cette lancée. En même temps que je constatais l'état de l'équipe, je me rendis auprès de Michael. Quelque part au long de cette fin d'année, et peut-être à cause de ses réactions quand j'étais encore Sentinelle, il en était venu à être légèrement surprotecteur quitte à me faire des scènes dès qu'il pensait que j'allais trop loin. Ce qui arrivait plus souvent qu'on pourrait le penser. Mais le résultat était que je l'aimais bien, et que si je pouvais l'aider, je le ferais.
Pour une fois, un simple regard échangé avec Riccardo nous suffit pour nous organiser. On ramena lentement notre attaquant sur la touche où nous attendaient les filles et les trousses de secours. Chaque pas lui tirait un gémissement qu'il essayait tant bien que mal de nous cacher. Connaissant mes limites, je me contentais d'utiliser légèrement mes capacités pour diminuer sa douleur. Ça n'aurait peut-être pas énormément d'effet, mais ça serait déjà ça.
- Tu ne pourras pas jouer la suite du match. Ne me mens pas, ça me mettrait en colère.
Il se renfrogna un instant, cherchant visiblement un moyen de me contredire. Mais je savais ce que je disais. Et, je n'avais pas le temps de lui en laisser pour négocier.
- Ne l'es-tu pas déjà ?
Je me retournais un instant pour l'observer. Malgré la douleur qu'il ressentait, il me défiait presque de ne pas lui répondre. Je pouvais deviner l'attention de Riccardo, mais le reste de l'équipe ne nous écouter pas. Je savais que je ne devais pas répondre, que je ne voulais pas répondre.
- Non. Je ne suis pas en colère.
- Hé Minami, tu as une nouvelle super-technique ?
Ah tiens, Arion. Tu m'arranges, je devais te parler justement.
- Première chose, non. Je ne pourrais pas le refaire. Deuxième chose, si tu pouvais éviter de faire échouer chaque plan que je mets en place pour nous sortir de ces problèmes, tu nous arrangerais. Troisièmement, va voir ailleurs si j'y suis, tu me ferais plaisir.
Je ne lui laissais pas le temps de répondre, j'avais besoin de trouver le panneau électrique général du stade. Parce que si le monde ne pouvait pas voir le carnage du match, il y avait moins de chance pour que le football ne soit pas arrêté. Je longeais l'un des couloirs dans l'espoir de voir une carte des lieux. Je dus attendre une dizaine de mètres, mais je finis par en repérer une. Je le pris rapidement en photo avec mon portable. Bien il ressemblait assez au stade frontier, je pouvais m'y retrouver.
Je continuais à avancer tout en alternant entre regarder où j'allais et où je devais aller. Mais mon entraînement au Sanctuaire m'avait appris à être consciente de mon environnement. Et j'étais particulièrement consciente des pas qui résonnaient derrière moi. La seule chose qui me retenait de regarder qui c'était, c'est que je n'entendais qu'une seule personne, et que je n'avais pas vraiment de temps à perdre.
Malheureusement, ma curiosité m'avait toujours fait défaut. Je marchais encore quelques mètres avant de me retourner. Il me faisait face, une dizaine de pas plus loin. Calme, serein. Il savait que je ne ferais rien. Il avait raison bien sûr.
- De quoi as-tu peur ?
J'aurais pu le démentir. J'aurais pu lui dire de me laisser. J'aurais pu le repousser. J'aurais pu. Mais je ne l'ai pas fait. Certaines choses ne s'expliquent pas. Certaines choses se ressentent.
- Connais-tu la peur ? La véritable peur ? Celle qui fait trembler tes mains, celle qui te ronge de l'intérieur ? Celle qui s'infiltre dans ton esprit pour que jamais tu ne l'oublies ? Celle qui se propage plus rapidement que ta pensée, et te fige plus vite que ton esprit ?
- Non.
Je ne pus retenir le sourire.
- Moi non plus. Et pourtant certains diraient que je devrais. Peux-tu comprendre, toi, que ça ne me fasse pas peur ? Je suppose que non. Mais tout le monde s'affole pour changer une fin déjà écrite.
Il ne comprenait pas. Ce n'était pas une surprise.
- Maintenant Victor ; retourne sur le terrain. L'équipe va avoir besoin de toi.
Sans lui laisser le temps de répondre, je repris mon chemin au travers le stade. Parce que mon plan était simple. Si le monde ne voyait pas la violence du match, il ne pourrait pas la condamner. Et pour ne pas le voir, il suffisait qu'il n'y ait plus d'électricité. Bien sûr, il y avait un groupe de secours qui serait sûrement allumé, mais avec un peu de chance la deuxième mi-temps serait déjà bien entamée.
Arriver devant le local électrique, qui étonnamment n'était pas fermé, je ne savais pas vraiment quoi faire. Bien sûr, je savais théoriquement qu'il fallait que je débranche tout ce qui me tombait sous la main pour que ça dure le plus longtemps possible.
Mais la théorie ne faisait pas la pratique. Et je ne voulais pas me faire électrocuter. Je tirais le plus délicatement possible sur le premier fil que je trouvais, mais il n'y eut aucune conséquence visible. Prenant ce manque de réaction pour un premier succès, je pris moins de temps pour les prises suivantes.
Après une dizaine de fils débranchaient, je me penchais sur le cas des fusibles. Prenant le temps de lire chacune des étiquettes, je baissais tout ce que je pensais pouvoir servir mon plan. Une fois mettre occuper de ce petit problème, je refermais la porte. Hésitant un instant à faire en sorte d'empêcher toutes personnes d'entrée en cherchant un moyen de coincer la poignée, le manque d'idée et de temps en plus de ma réticence à le faire me fit renoncer et je me remis en route vers le terrain.
