Yo !
Un petit OS pour la Nuit du FoF sur le thème Ami.
Bonne lecture !
De très bonnes amies
Caline referme le livre entre ses mains, le pose sur la table du salon. Elle inspire profondément avant d'expirer. Elle retire ses lunettes, et sourit en sentant les yeux d'Anarka suivre le mouvement. Elle étire son dos, change de position dans le fauteuil pour faire face à son invitée.
Avec n'importe qui d'autre, elle aurait trouvé impoli de lire. Mais pas avec elle. Ce n'est pas que le temps qu'elles passent ensemble n'est pas précieux, vraiment pas. Et Anarka le sait. Parfois, elle vient même avec son violon, et quand Caline veut lire elle l'accompagne d'un air doux qui ne lui ressemble pas vraiment, un vestige d'un temps ancien où ses parents choisissaient ce qu'elle jouait. En public, du moins. Mais pas ce soir.
Ce soir, Anarka est restée là en silence, et Caline ne sait pas ce qu'elle a pu penser, parce qu'il lui semble qu'elle a lu longtemps.
« Tu ne t'ennuies pas ? »
Anarka se lève, et sa démarche est droite jusqu'au fauteuil de Caline où elle se penche, aligne leurs visages juste pour la regarder.
« Jamais avec toi. Il est bien ? »
Caline jette par réflexe un regard au livre qu'elle vient d'abandonner. Un livre qu'Anarka lui a offert. Est-ce que c'est pour ça ? Elle sait qu'Anarka elle-même ne l'a pas lu.
« Très bien. Il a du répondant. Comme toi.
— Du répondant ? »
Anarka s'écarte brusquement, partie dans un rire franc, et Caline se redresse à son tour pour attraper sa tasse de thé et en prendre une gorgée. La boisson a refroidi, mais le goût de cerise qui traîne sur ses lèvres lui plaît encore. Elle regarde sa compagne. Elle revoit leurs premières rencontres. Elle la trouvait impressionnante, et aussi un peu malpolie.
Comme une vieille ado pleine de rage, qui en avait marre de dire S'il-vous-plaît pour trois grammes de respect de la part des adultes. Elle n'avait pas tout à fait tort. Mais plus elle avance, plus Anarka change sous ses yeux. Elle l'avait trouvée comme un roc, mais c'est autre chose, comme de la lave. Solide et brûlante, et elle semblait bouger si lentement que Caline n'a pas vraiment réalisé le moment où elle s'était retrouvée partout dans sa vie. Dans son collège, dans ses pensées, dans son salon, dans son lit, en rêve ou en chair.
« Je me demandais comment ce serait.
— Et quoi donc, chère amie ? »
Chère amie. Le surnom la fait presque rougir, et elle baisse les yeux en souriant. Elle rit doucement, secoue la tête, la relève pour trouver le regard d'Anarka. De sa chère amie, son amoureuse, sa pirate qui sourit.
« Tu es sûre que ce n'est pas un problème, pour Luka et Juleka ?
— Ils sont assez grands pour passer la nuits seuls.
— Moi aussi.
— Pas la nuit de ton anniversaire ! Et puis si tu veux mon avis, Juleka a dû inviter des copines du collège, peut-être que Luka aussi. »
La peau d'Anarka est un peu rêche, quand elle passe le dos de la main sur la joue de Caline, un peu incertaine. Caline sent son cœur fondre dans sa poitrine au geste, ferme les yeux pour en profiter. Petit à petit, ça devient naturel.
Caline a toujours été tactile dans ses affections. Un baiser sur la joue, rajuster une mèche de cheveux sur le front, reposer la tête sur le dos de l'autre et la prendre dans ses bras. Pour Anarka, c'était plus compliqué, au début. Elle avait plus l'habitude, elle avait dit, des grandes tapes dans le dos et des embrassades qui écrasent les os de sa partenaire. Et Caline avait acquiescé, accepté, mais Anarka avait dit qu'elle aimait bien, aussi. Les petits contacts. Les petites tendresses. Et depuis, elle s'y essayait. Curieuse en parfois gênée.
« Qu'est-ce que tu te demandais ? »
Caline plisse les yeux une seconde avant de souvenir de ce qu'elle disait.
« Ah, oui. Je me demandais comment ça aurait été, si on s'était rencontrées à une autre époque.
— Quelle époque, par exemple ?
— Au temps des pirates. »
Anarka part d'un nouveau rire, et Caline penche la tête sur le côté pour mieux regarder. Anarka tente :
« Je t'aurais enlevée. »
Et Caline rit à son tour.
« Ce ne serait pas très sain.
— C'est vrai. Mais quoi ? Tu m'aurais suivie ? Si j'étais une vieille pirate pleine de cicatrices, si je sentais l'alcool et que j'avais du sang sur les mains ? »
Caline hausse les épaules. C'est vrai. Ça aurait pu se passer comme ça.
« Peut-être. Mon mari m'aurait répudiée parce que je ne peux pas avoir d'enfant. Et tu aurais pillé son bateau de marchand de seconde zone, devant moi. »
Anarka s'agenouille immédiatement à côté d'elle. Elle sait que Caline a fait une fausse couche. Mais elle le mentionne rarement. Elle lui offre un sourire pour lui dire que tout va bien.
« Et je t'aurais demandé de m'emmener. En fait, je crois que c'est toi qui n'aurais pas voulu de moi. Je n'aurais rien su faire à part ce qu'on m'a appris.
— Et ce que tu aurais appris dans les livres.
— Et qu'est-ce que j'aurais appris dans les livres, selon toi ? »
Anarka roule des yeux, fixe son amante avec un sourire goguenard.
« Tu aurais appris à aimer. Et à parler d'amour. Et à faire gagner l'amour. Et tu m'aurais appris.
— J'aurais tenu un journal. A chaque pillage, j'aurais trouvé une cabine où voler de quoi écrire et j'aurais couché sur papier comme je t'aime et comme tu m'aimes, et j'aurais composé des sonnets et des poèmes. Et tu m'aurais trouvée très mièvre.
— Mais j'aurais fait de tes poèmes des chansons pour les marins, avec un violon et beaucoup de bière, que je continuerais de chanter à tue-tête quand tu aurais succombé à une maladie des poumons. »
Caline s'écarte d'un coup de la douceur du moment, ne pouvant retenir ni son sourire ni ses sourcils haussés.
« Je te demande pardon ? Pourquoi je mourrais d'abord ?
— Parce que je pourrais pas te laisser tomber. Mourir, et te laisser seule ? Ha ! Jamais. Et puis je ferai durer tes écrits. Je les ferai publier après ta mort en menaçant un éditeur. »
Caline rit doucement, s'approche pour poser doucement ses lèvres sur celles d'Anarka.
« On serait devenues célèbres. Et les historiens écriraient que nous étions de très bonnes amies. »
.
.
.
Est-ce qu'on peut appeler ce ship Anarkaline ?
Sur ce.
