Note : Ce texte a été écrit dans le cadre du défi « La pièce de Huit » sur le Forum de Tous les périls. Le principe était de rédiger en deux semaines un OS sur un thème commun à tous les participants, à savoir « Première neige » N'hésitez-pas à me contacter en MP pour plus de détails.


Let it snow

…Oh !

Debout, immobile, les sabots insensibles au sol gelé de ce pays, les bras ballants le long de mon corps, la bouche bée, je lève le nez en l'air. Mes yeux sont grands ouverts et ne peuvent se détacher du ciel. Mon nez se met petit à petit à goutter pour finalement couler copieusement. De minuscules larmes perlent aux coins de mes yeux et finissent par ruisseler abondamment sur mes joues, créant de petits sillons gelés par endroits sur mes poils. Une plainte gutturale s'échappe de ma bouche malgré moi.

J'étais là, il n'y a pas encore deux minutes, paré à prendre la route avec mes nouveaux compagnons, libre de poursuivre mon rêve aux quatre vents avec eux et me voilà désormais figé, complètement médusé, à l'exception de ces tremblements incontrôlables qui assaillent mon corps. Si les coups de canon en provenance du château ont stoppé net mon élan(*), ils ont finalement fait pleuvoir une toute autre sorte de projectiles qu'ils ne le font habituellement.

Je ne comprends pas vraiment ce qui m'arrive. Je ne sais pas pourquoi je pleure.

Oh, si bien sûr, j'en connais les raisons anatomiques. Je sais que je suis en train d'émettre en surabondance un liquide aqueux et salé produit par mes glandes lacrymales par l'intermédiaire de mon système limbique en réponse à une émotion qui m'assaille.

Et c'est bien cela mon problème, je suis traversé par tellement d'émotions contradictoires que je suis dans l'incapacité d'établir un diagnostic précis !

Je ne sais pas pourquoi je pleure !

J'ai la tête qui tourne et les épaules tremblantes. Je doute. De moi. De tout.

Finalement, peut-être que partir à l'aventure, voguer de découvertes en découvertes, devenir pirate et soigner toutes les maladies du monde, c'est un peu trop pour moi ? Je rêve peut-être trop grand ? L'idée de me voir brandir un drapeau à tête de mort, de prendre part à des combats, et qui sait, peut-être de donner la mort, moi qui suis censé l'empêcher, m'étourdit. Le vertige de l'agitation à prévoir tranche tellement avec la quiétude des habitudes de ces dernières années que j'en frissonne par avance.

Mon estomac est noué. J'ai peur.

J'appréhende de quitter ces interminables paysages enneigés. J'ai appris à aimer cet endroit. Il a été mon refuge. Un endroit où on ne m'a pas rejeté. Et si, on me jugeait de nouveau sur mon apparence, comme on l'a déjà fait par le passé ? J'ai toute confiance en Luffy et ses amis mais quand sera-t-il des autres personnes que nous rencontrerons ? Tout le monde n'a pas la même ouverture d'esprits qu'eux ! Ou que le Docteur et la Doctoresse. Les deux premiers à m'accepter tel que j'étais…

Mon cœur se serre tout à coup. J'ai mal.

C'est comme s'il était entouré d'un garrot qui l'étreignait sans ménagement. J'ai presque aussi mal que quand Hiluluk est mort à l'idée de quitter Kureha. C'est tellement dur d'être séparé des gens qui nous sont chers…

Penser à ces deux vieux fous me fait l'effet d'un électrochoc.

S'ils me voyaient ainsi, ils me traiteraient de pleurnichard.

Et ils auraient raison.

Je viens de décider de changer de vie, et je me comporte toujours comme avant !

Je dois arrêter de pleurer !

Aller, stop !

Arrête !

Aller !

…Bon, j'y arrive pas…

Hé hé ! J'imagine Kureha me réprimandant parce que je sanglote !

Ha ha ha ha ha !

Mes lèvres se retroussent. Je ris.

Je me remémore des milliers d'anecdotes amusantes en quelques secondes. Ces deux toubibs ont toujours été complètement loufoques et cela nous aura causé bien des péripéties. Autant de situations dangereuses, improbables ou clairement comiques qui sont désormais de précieux souvenirs. Cela se produisait le plus souvent durant les longues heures de cours qu'ils m'ont dispensé. Je prends conscience à cet instant de tout le temps précieux qu'ils m'ont consacré.

Je bombe le torse. Je me sens fier.

Je réalise que je suis privilégié d'avoir bénéficié de leurs connaissances. Si je parviens à faire aboutir mes recherches et que je soigne toutes les maladies, ce sera aussi grâce à eux. La preuve qu'un rêve complètement fou peut s'accomplir est en train de me tomber dessus. Le Docteur a eu raison de persévérer envers et contre tout. J'en ferai autant.

Dans un hoquet, un râle aigu m'échappe. Je suis secoué par les spasmes indomptables de mon diaphragme. Je lutte pour reprendre le dessus et j'essaie de contrôler les convulsions qui m'agitent. Je serre les poings très forts. Je sens la tension se transmettre à mes bras, puis à mes épaules et enfin à ma nuque.

Je relève la tête, je n'ai pas le droit de faillir.

Je suis un pirate, un fier défenseur du Jolly Roger et de la liberté !

Un pirate ça ne pleure pas !

Stop !

Aller, quoi !

Stop !?

… Je n'y arrive toujours pas.

Je n'arrive ni à arrêter de pleurer, ni à arrêter de regarder tomber ces flocons fuchsia.

La première neige rose de l'Histoire du Monde.

La première à recouvrir le sol de mon pays libéré.


(*) Pour un renne, c'est con XD (Elle mériterait d'être épinglée et de faire grimper ma prime :D )

CHRISTMAS BONUS :

« On l'appelait Chopper

Ah ! Comme il était mignon !

Le pti renne au nez bleu

Bleu et carrément trognon ! »

Voilà, voilà…

Joyeux Noël 3

Et Joyeux non Noël à ceux qui ne le fêtent pas 😉