2016

- Regardez ce que j'ai trouvé !

La porte s'est ouverte à la volée. Sam n'a pas réagi en voyant Natasha et Steve sur leurs deux pieds, le second brandissant fermement son bouclier.

- Putain, Sam, grogne Natasha. Qu'est ce qui te prend de débouler comme ça ?

Steve a relâché son bouclier, la respiration plus tranquille. Il faut dire qu'il vit sur le qui-vive. Sam balaie la remarque d'un geste de la main, de l'autre il brandit fièrement une bouteille.
Il a un sourire de gamin planté sur les lèvres, on dirait que c'est Noël.

- Allons Nat, me dis pas que ça ne te fait rien.

Il brandit l'alcool sous son nez d'un geste impérieux et si vite qu'il croit l'avoir rêvé, il voit ses yeux qui scintillent. Echo d'une vie passée qui s'allume.

- Je le savais.

Il pose la bouteille contre le comptoir et en sort trois verres.

- Vodka, vingt ans d'âge, énonce-t-il fièrement

- Où diable as-tu... Commence Steve. Non en fait je ne veux pas le savoir. Tu crois que c'est le bon moment pour ça ?

- Le gouvernement nous recherche, dit Sam d'un air grave. On dort dans des motels sordides, je ne sais pas pour combien de temps encore. On a bien mérité une soirée de répit, non ?

Steve tourne le visage vers Natasha qui hausse les épaules un sourire aux lèvres.

- Tu sais bien que ça ne me fera rien, soupire le Captain.

- Il faut bien un Sam, rétorque son ami, et dans ce cas-là, ce ne sera pas moi.

Il ouvre la bouche pour répliquer mais un regard de Natasha l'en dissuade, son anachronisme n'est pas toujours facile à porter. Sam remplit les trois verres.

- Au Gouvernement !

- A Tony, réplique Natasha ce qui a le don de faire grimacer Steve.

- A nous, souffle le Captain avec douceur.

Sam avale le contenu avec une grimace. Sacrément dosé. Quand il relève les yeux, ses deux amis leur tendent leur verre. Est-il le seul à qui cela fasse de l'effet ?

- Je suis russe, répond Natasha en haussant les épaules lui arrachant un sourire.

- Okay, fait-il en les réservant.

Dehors il a neigé. Le blanc s'infiltre partout, il a recouvert le pays, les rues sont pleines d'étoiles colorés, et la couleur explose les rétines. Noël approche, les enfants collent leurs joues contre les vitrines les auréolant de buée. Elle entend comme une rumeur en bas de la rue, elle a presque l'impression d'être à nouveau chez elle. Elle revoit la petite fille de cinq ans et le sapin de Noël. Moscou 1990. Quelques flocons s'accrochent à sa chevelure mais la neige est presque déjà fondue. Demain il restera que de la boue, collant dans les chaussures et les yeux émerveillés de voir la neige tomber seront tous trop fatigués.
Elle sent une veste se jeter sur ses épaules. Elle sourit doucement.

- Il fait froid, dit-il comme pour se justifier.

Le petit balcon du motel n'est pas vraiment grand. Ils y tiennent à peine tous les deux. Au-dessous d'eux la ville de Londres s'agite. Elle sent son souffle qui lui chatouille le cou, ça la fait frissonner étrangement. Elle se sent comme une enfant.

- Tu as couché, Sam ?

Il lève les yeux au ciel, un sourire rieur accroché aux lèvres. Bordel, elle aime ça ce sourire. L'avait-elle déjà remarqué, à quel point elle l'aimait ?

- Il ronfle comme un bébé. Ce garçon ne tient pas l'alcool.

- Ça ne te manque pas ? Elle dit doucement.

- Le mal de crâne, la voix pâteuse et la sensation que tout ce qui est là va remonter ? Pas vraiment.

Elle sourit, se tourne vers lui. Elle peut sentir ses lèvres juste au-dessus de son nez. Brusquement elle se sent enivrée.

- L'ivresse. La félicité.

Leur proximité la laisse brusquement étourdie, comme après un tour de manège. A moins que ce ne soit la vodka.

- Je peux les chercher ailleurs, dit-il d'une voix étrangement rauque qui la fait frissonner.

La veine dans son cou palpite très fort et un instant elle se sent hypnotisée. Vulnérable. Pour la première fois. Son cœur résonne contre ses tempes, elle n'est pas préparée au flot d'émotions qui la submerge comme un raz de marée, alors brusquement, aussi durement qu'elle est frappée elle attrape sa nuque et l'attire avec lui d'un geste empressé. Le goût de ses lèvres se repend dans sa bouche alors qu'il agrippe ses hanches, la rapprochant de lui avec urgence.
Elle colle son corps contre le sien, l'emprisonnant contre le mur. Contre eux, la neige s'est transformée en eau et elle grogne doucement en se réalisant qu'il sent délicieusement bon sous la pluie. D'un geste impérieux, elle s'attaque aux boutons de sa chemise qui glissent sous ses doigts mouillés, elle ravale un hoquet d'impatience.

- Nat... Murmure-t-il.

Elle ne l'écoute pas, tout ce qu'elle entend c'est le bruit de son cœur qui lui remplit la tête. Tout ce qu'elle pense c'est qu'elle en veut plus. Encore plus. Elle ne réfléchit plus et se laisse porter, c'est dangereusement délicieux de se laisser aller. Alors avec une douceur qui ne se marrie pas avec le geste ferme qu'il l'accompagne il répète, plus fort.

-Nat.

Ses yeux bleus sont assombris par le désir, ses lèvres l'appellent, là juste à quelques centimètres des siennes. Qu'a-t-il dit déjà ? Elle s'en contrefout, elle n'a qu'un besoin urgent, impatient et il faut le combler rapidement. Elle se rapproche doucement.

- Nat, souffle-t-il comme s'il essayait de lutter mais que le combat était déjà gagné. Tu as bu et... Ce n'est pas... Je ne pense pas...

- Rogers ? Grogne-t-elle.

- Quoi ?

Sa voix n'est plus qu'un filet. Elle sait qu'elle a déjà gagné, elle connaît ce jeu pour y avoir déjà joué. Seulement aujourd'hui elle est aussi le jouet. Dominant et dominée. Offerte, ouverte, totalement abandonnée.

- Ferme-la, s'il te plaît.

Et alors que la pluie s'abat maintenant violemment sur son visage, elle s'accroche à ses cheveux pour encore l'emprisonner. Il a rendu les armes, inconscient des émotions qui la secouent toute entière. Pas le temps pour les chimères, elle se posera des questions demain, là, maintenant elle veut juste agir. Et comme si elle ne pesait rien, il la soulève et tourne sur lui-même pour l'accoler au mur doucement. Elle s'émerveille de la tendresse et de l'urgence qui transpirent dans tous ces gestes. Ses lèvres quittent les siennes pour descendre contre sa clavicule, tracer des chemins le long de son cou, de sa mâchoire... Bordel. Le contrôle ne lui appartient plus. Elle s'est fait une raison. Elle ne cherche qu'une chose, la bouche de Steve, les doigts de Steve, l'épaule de Steve, la main de Steve. Partout. Partout sur elle. Encore. Et encore. Elle se demande comment elle peut s'en rassasier, comment il va arriver à combler ce désir impatient qui la consume violement. Elle n'a jamais, jamais voulu quelque chose autant. Ses gestes sont rapides fiévreux. Elle arrache presque sa chemise ne s'encombrant plus des détails. Demain Sam se demandera ce qu'il s'est passé pour la mettre dans cet état, mais elle est à des kilomètres de là. Le corps du Captain se presse un peu plus fort contre elle, sa bouche glisse derrière ses oreilles, ses jambes s'enroulent autour des siennes et il étouffe un grognement alors que d'une main il lui retire son vêtement. Le souffle court, presque totalement nus ils se regardent un instant. Steve a l'air de se demander s'il va vraiment lui faire l'amour ici, sur le petit balcon d'une chambre d'hôtel miteuse sous une pluie glacée, mais un mot d'elle achève de le déterminer.

- Fais-le. Maintenant.