Grieldan et les deux sorceleurs arrivèrent à Oxenfurt à la tombée de la nuit. La ville était extrêmement calme. Quelques mendiants discutaient dans une ruelle au coin d'un feu. Ils passèrent la nuit dans une auberge, et décidèrent de partir à la recherche de Jaskier dès le lendemain aux aurores. La nuit fut longue, tant les trois compagnons voulaient le retrouver le plus vite possible.

Les premiers rayons de soleil réveillèrent Ciri et Léo. Grieldan toqua à leur porte pour leur dire qu'il était prêt, et ils le rejoignirent en bas. L'elfe leur montra sa carte une seconde fois : Léo couvrirait seul le centre d'Oxenfurt, tandis que Ciri et Grieldan s'occuperait du nord et du faubourg à l'est, en dehors de la ville. L'Académie n'était pas accessible à n'importe qui, alors ils la laissèrent de côté Ils se séparèrent donc pour commencer à chercher.

Léo déambula longtemps dans le sud de la cité, observant les environs, les habitants, les bâtisses, à la recherche du moindre signe suspect, mais rien n'attira son attention. Son médaillon ne vibra pas non plus. Plusieurs odeurs se mélangeaient et titillaient les narines du sorceleur, qui éternua plusieurs fois.

Du côté de l'elfe et de la jeune femme aux cheveux cendrés, rien non plus. Ils se séparèrent, mais se rejoignirent plus tard, bredouilles. Ils avaient ratissé toute la ville, mais rien ne leur avait semblait intriguant. Alors que Léo était sur le point de faire marche arrière, un homme attira son attention. Il était peu visible, caché au coin de deux rues, mais le sorceleur reconnut la cape orange du culte du Lis. L'homme disparut et Léo le suivit discrètement. Ses pas le menèrent au bâtiment au sud du centre de la cité, près du pont reliant l'académie d'Oxenfurt au reste de la ville.

Le sorceleur vit l'homme pénétrer dans un grand édifice, dont la porte principale était protégée par deux gardes. S'occuper des deux hommes en même temps était impossible, surtout qu'il y avait beaucoup plus de patrouilles que d'habitude dans la ville. Il se mit à réfléchit il pouvait essayer de soudoyer les deux gardes, mais si l'un d'eux refusait, il irait immédiatement sonner l'alerte. Sortir sa lame était trop risqué : même après s'en être débarrassé, les autres gardes rappliqueraient et il serait encerclé. Il fallait donc trouver une autre issue.

Les trois compagnons se rejoignirent en fin de journée à l'auberge de la ville, où ils discutèrent d'un plan d'action : il fallait trouver le moyen de pénétrer dans le bâtiment sans se faire repérer. Ciri suggéra d'y aller de nuit, mais il y avait aussi des patrouilles, à cet endroit-là tout particulièrement. C'était donc un signe, il y avait bel et bien quelque chose là-bas. Grieldan suggéra de passer par les égouts. Léo approuva, mais refusa qu'il les accompagne.

- C'est trop risqué, fit Léo. Restez dehors, au cas où il m'arriverait quelque chose.

L'elfe acquiesça. Le sorceleur avait raison et puis, il n'était pas très doué pour le combat. Ciri quant à elle tapa du poing sur la table rester en dehors de ça était hors de question. Elle voulait sauver Jaskier aussi, et laisser partir Léo seul était bien trop dangereux. Intérieurement, elle craignait aussi qu'il reçoive de nouvelles blessures. Le jeune homme accepta donc à contre cœur de la laisser l'accompagner, voyant qu'il ne la ferait pas changer d'avis.

Le jeune homme aux cheveux albâtres donna tout de même par précaution à Grieldan sa dague, pour qu'il puisse se défendre contre un éventuel agresseur. Ils agiraient de nuit, le soir même. Ils sortirent avec sur leurs épaules des capes noires que l'aubergiste avait accepté de leur céder pour quelques couronnes, et se dirigèrent vers l'entrée des égouts. Furtivement, ils descendirent. Ils marchèrent jusqu'à trouver une sortie, qui selon Grieldan se trouvait pile à l'endroit où ils devaient se faufiler. Effectivement, en dégageant la plaque, ils eurent accès à la cour. Ciri et Léo sortirent, et l'elfe resta en bas, leur souhaitant bonne chance. Alors que les deux sorceleurs restaient sur leur garde, vulnérables, Grieldan refit le chemin inverse et sortit des égouts.

À peine Léo avait fait quelques pas, que deux hommes sortirent de la bâtisse. L'un sonna l'alerte, mais l'instant d'après, il gisait au sol : Ciri, grâce aux pouvoirs du sang ancien, s'était téléportée dans son dos et l'avait occis dans toute la longueur de la colonne vertébrale. Léo sauta sur le second, évita le coup de couteau qu'il tentait de lui asséner et lui trancha la gorge. Mais la cloche avait déjà sonné, et une dizaine d'hommes sortirent dehors et encerclèrent les sorceleurs. Dos à dos, Ciri et Léo parèrent aisément les premiers coups de leurs assaillants, mais ils étaient nombreux et le combat devint ardu.

Les deux s'écartèrent pour séparer le groupe des membres du culte en deux. Léo esquiva un carreau d'arbalète il lui effleura la joue. Les bandits tombaient un à un, mais d'autres venaient en renfort. Ciri évita in extremis un coup au dos, disparut un moment pour réapparaître sur la muraille de la bâtisse.

Elle perdit l'équilibre mais réussit à reprendre ses esprits pour ne pas perdre connaissance. Un instant plus tard, elle tranchait la tête des gardes encore présents dans la cour. Le massacre fini, elle rengaina et posa un genou au sol. Léo s'approcha d'elle pour savoir si tout allait bien, et, faisant un effort pour se lever, hocha de la tête.

Elle avait affreusement mal au bas-ventre, et luttait pour ne pas s'évanouir. Elle prit une grande inspiration et suivit son compagnon alors qu'il pénétrait par la porte d'où étaient sortis leurs assaillants. Un long corridor les mena dans une pièce où d'autres membres du culte du Lis, et Baddur les attendaient. Le nain leva son arme et se précipita sur Léo, alors que les bandits se ruaient sur la jeune femme.

Mais avant qu'ils aient pu tenter de la toucher, elle effectua une pirouette, frappa de son talon un des hommes qui tomba à la renverse, prit appui sur la table pour passer au-dessus des autres. Elle fit tournoyer son épée, qui émit un bruit strident. Les têtes roulèrent au sol, les corps inertes tombèrent. Ciri essuya le sang qui avait giclé sur son visage, et monta les escaliers, pendant que le sorceleur peinait à parer les coups du nain, fou de rage.

Il hurlait, faisait tournoyer sa hache, et assénait à Léo des coups si puissants qu'il chancela plusieurs fois. Il trébucha en arrière et manqua de recevoir un coup à la tête. Il traça rapidement le signe d'Aard pour éloigner Baddur un moment. Le nain s'écrasa au sol, mais robuste comme il était, se releva sans gêne. Mais avant qu'il ait pu riposter, Léo utilisa le pommeau de sa lame pour l'assommer. Il tomba raide sur le sol, et le sorceleur monta à l'étage.

Il entendit soudain un hurlement. Dans la pièce, il trouva Ciri à genoux, et Jaskier fermement attaché au mur avec des chaînes, inconscient et terriblement meurtris par de multiples blessures. C'est vraiment horrible, disait Ciri, qui a bien pu faire une chose pareille… ?! Elle pleurait. La jeune femme sécha ensuite ses larmes et détacha le poète, qui se réveilla en poussant un gémissement. Rassurée, elle le prit dans ses bras, et il grimaça de douleur, tout de même content de la voir. Ciri aida Jaskier à se relever, mais il insista pour marcher seul.

Léo sortit de la pièce, et remarqua quelque chose sur le mur. Il s'approcha de la chandelle, et à peine l'eut-il effleuré, qu'une porte secrète s'ouvrit. Il descendit l'escalier, et tomba nez à nez avec Tonegel. Bien que la pièce fût plongée dans la pénombre, le sorceleur, avec ses yeux de chat distingua aisément les traits bien distincts de son interlocuteur : il avait les cheveux bruns, mi-longs et plaqué derrière la tête, et il portait des lunettes rondes.

Tonegel porta son verre à ses lèvres, restant de marbre. Léo garda son calme il ne fallait pas craquer maintenant, mais il comptait bien se débarrasser de lui. Le Renard finit son verre, le posa sur le meuble, et poussa la table, laissant apercevoir la lame qu'il tenait dans les mains.

- Tue-moi sorceleur, si tu y parviens ! Clama-t-il, levant sa lame, et la faisant tournoyer au-dessus de sa tête.

Il attaqua Léo le premier, mais le sorceleur para le premier coup. Il régnait une telle animosité dans la pièce. Les deux hommes n'étaient là que pour tuer : un seul pourrait survivre. Le sorceleur fit un pas sur le côté, effectua un jeu de jambes qui lui permit de se retrouver derrière son ennemi rapidement, mais Tonegel avait prévu son mouvement, et lui asséna un coup avec son pommeau dans les côtes. Il se plia sous la douleur, et traça le signe de Quen pour se protéger de l'attaque suivante. Le coup résonna sur le bouclier invisible qui s'était formé autour de lui, et Tonegel chancela.

Le mutant reprit son équilibre, et fit tournoyer son épée. Tonegel para les deux premiers coups, mais le troisième le toucha au niveau de l'abdomen. Il tomba à la renverse, et Léo se jeta sur lui. Mais il ne comptait pas l'achever tout de suite.

- Pourquoi faîtes vous ça, demanda Léo, où est Jaskier ? Répondez !

- À l'heure qu'il est, la jeune femme qui est venue avec toi a dû le libérer… Mais il est trop….

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Léo lui trancha la gorge sans sourciller, et se releva. Il fouilla les poches du cadavre, et trouva une lettre. Il l'ouvrit. Elle venait de Melwe, le chef du culte du Lis, et lui était personnellement destinée. Tonegel n'était donc réellement qu'un pion, qui à présent ne servait plus. Il la lut attentivement.

Ciri sortit de la pièce, aidant son ami à marcher. Ils descendirent l'escalier et tombèrent sur Baddur, qui venait de reprendre ses esprits. Il se releva et regarda le poète.

- Alors comme ça, avec tout ce que je t'ai fait, tu es encore en vie… Il ricana avant de s'asseoir sur une chaise. Dommage, j'aurai bien voulu te torturer encore un peu, cependant… Je vais devoir filer…. Finit-il avant de récupérer sa hache.

Alors qu'il se dirigeait vers la porte, Ciri bloqua la sortie. Ses yeux bouillonnaient de rage, et elle n'avait qu'une seule envie : faire souffrir le nain. Mais elle voulait d'abord jouer alors, une seconde plus tard, avant que le nain puisse se mettre en garde, elle se retrouva derrière lui, et lui fit une entaille dans le dos. Il se retourna et essaya de porter un coup à la sorceleuse, qu'elle esquiva aisément puis, elle lui trancha la main. Baddur hurla de douleur, et se jeta sur elle. Il suffoqua quand il sentit la lame de la jeune femme s'enfoncer dans sa poitrine, juste à côté du cœur. Le coup n'était pas fatal, mais une guérison était inenvisageable. Elle retira sa lame, et le poussa pour qu'il tombe au sol.

Ça, c'est pour Jaskier… Fit-elle en récupérant la hache du nain. Et elle lui planta dans l'épaule. Il hurla de douleur. Il n'avait même plus la force de se recroqueviller. Il mourut lentement en se vidant de son sang. Ciri aida Jaskier, qui avait trébuché, à se relever, et ils sortirent dans la cour. La porte principale était ouverte et Grieldan les attendait. Alors que les deux avançaient, Ciri perdit soudain connaissance, entraînant le poète dans sa chute.

L'elfe se précipita vers eux et rattrapa le blessé, alors que Ciri, elle, avait disparue. Il ne comprit pas mais le poète, faiblement lui murmura que la jeune femme allait sûrement bien, et qu'elle s'était téléportée ailleurs. Quelques minutes plus tard, Léo rejoignit les deux hommes.

Le sorceleur demanda où était Ciri mais la priorité était de s'occuper de Jaskier il fallait à tout prix soigner ses blessures, car sa vie était en danger. Grieldan prit le poète sur ses épaules, et l'emmena à l'auberge. Léo chercha rapidement Ciri dans toute la bâtisse, et accourue vers elle quand il ressortit dans la cour. Elle était allongée au sol, inconsciente.

Il tenta de lui faire reprendre conscience, mais la jeune femme était pâle. Il la prit dans ses bras et courut à l'auberge, laissant derrière lui un amas de cadavres. À la taverne, Il déposa sa compagne sur le lit, juste à côté de celui où se trouvait Jaskier. Grieldan avait pris la peine de réserver une chambre munie de plusieurs couchages, au cas où ils resteraient plus longtemps que prévu à Oxenfurt.

Léo resta longuement au chevet de Ciri, jusqu'à ce que la sorceleuse se réveille. Elle reprit ses esprits et il l'aida à se relever. Elle avait encore des douleurs au niveau du bas ventre, et sa tête la faisait souffrir. La jeune femme assura tout de même à Léo que tout allait bien, et qu'elle avait juste besoin de repos. Il l'embrassa sur le front, et récupéra ses affaires. Elle était trop faible pour grommeler.

Ses deux compagnons lui demandèrent où il comptait se rendre il donna la lettre de Melwe à Grieldan, et sortit de la pièce, silencieusement. Il sella son cheval, et galopa le plus rapidement possible jusque Novigrad. Grieldan lut la lettre que lui avait donné le sorceleur à voix haute, puis ils restèrent silencieux. Voici ce qu'elle disait :

« Cher sorceleur,

Si tu as trouvé cette lettre, c'est que mon fidèle associé est mort néanmoins il n'était qu'un pion, certes précieux, qui m'aura permis d'arriver à mes fins. À l'heure qu'il est, ton ami est peut-être encore en vie, mais cela n'a pas plus d'importance pour moi. Cependant, si tu souhaites m'arrêter, rend toi à la prochaine pleine lune, à minuit, à la résidence du Petit Bâtard qui se trouve à Novigrad, enfin, seulement si tu y parviens à temps.

Melwe »

La prochaine pleine lune était prévue trois jours plus tard. Grieldan attendit que Jaskier et Ciri aient repris des forces pour repartir vers Novigrad. Léo arriva à la capitale le jour de la lune ronde, et se dirigea vers l'île du temple.