25 décembre, 11h18

I'll play along with the charade, there doesn't seem to be a reason to change. You know, I feel so dirty when they start talking cute, I wanna tell her that I love her, but the point is probably moot…

Appréciant la fraîcheur presque glaciale de la brise, Emma poursuit sa route, comme à l'ordinaire, après avoir fait le tour du cimetière. Enchaînant les foulées, elle décide de bifurquer dans une rue qu'elle n'emprunte que rarement, songeant que c'est peut-être une bonne manière pour se changer les idées. Contrairement à ses habitudes, elle court depuis plus d'une heure, espérant malgré elle que la dopamine libérée par son corps viendra à bout de sa morosité. Depuis la veille, elle ne peut penser à autre chose qu'à Regina et à la demande en mariage d'Alex. Si la journaliste ne paraissait pas très encline à de tels projets, il est évident qu'elle n'aura pas refusé si abruptement la demande de la sportive, surtout devant toute sa famille. Comme le dit si bien Elsa, le malaise produit par une telle annonce ne serait pas bienvenu dans un rassemblement familial aussi important. De plus, après avoir parlé pendant plus d'une heure avec la tatoueuse, Regina avait admis, quelques jours plus tôt, qu'elle se sentait infiniment redevable et attachée à la joueuse de hockey. Selon la brunette, Alex est la personne qui lui a permis de sortir de sa solitude, mais aussi de s'ouvrir à bien de nouvelles choses. Depuis qu'elles sont ensemble, Regina pense effectivement avoir une vision bien moins pessimiste de l'avenir, voire de nouvelles perspectives pour le futur. En un sens, il se peut même qu'elle ait accepté la demande de sa petite amie de bon coeur, reconsidérant peut-être son aversion pour le mariage ou de nouveaux engagements.

Cependant, il n'a pas fallu trop longtemps à Emma pour réaliser qu'elle ne s'inquiétait pas réellement pour l'éventuel refus de la brunette face à sa petite amie. La veille, elle a passé plusieurs heures allongée sur son divan, à ruminer ces dernières semaines pour faire face à sa propre réalité : ses sentiments. Ce matin, ce n'est pas tant d'inquiétude qu'elle s'est lancée à perdre haleine dans son footing matinal, mais plutôt de douleur. Elle a l'impression que l'idée que Regina soit plus officiellement engagée auprès d'Alex provoque en elle bien plus de chagrin que de joie. De toute évidence, elle s'est encore attachée à la mauvaise personne, au mauvais moment. Et elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même d'avoir ainsi laissé passer les semaines sans essayer de réfréner ce qu'elle ressentait. Son téléphone semble justement vouloir lui passer un message, puisqu'il poursuit avec une musique d'autant plus désolante. Can we pretend that airplanes in the night sky are shooting stars cause I could really use a wish right now... Sans attendre, la jeune femme appuie deux fois sur son écouteur pour passer à une autre musique, ne souhaitant pas plus songer à l'amitié qu'elle a développé avec Regina. Comme pour lui rendre service, la mélodie s'interrompt immédiatement, tandis qu'une sonnerie familière résonne dans les petits appareils. S'arrêtant après une autre intersection, la tatoueuse appuie de nouveau sur son écouteur pour répondre à la personne qui essaie de l'appeler.

« Allo ? » répond-elle en tentant de vite récupérer son souffle.

« Emma ? Tout va bien ? » interroge une voix plus aiguë à l'autre bout. « J'interromps quelque chose de torride ? » ricane alors Kelly, tandis qu'Emma distingue un autre rire derrière elle.

« Non, pas du tout, » pouffe la blonde. « J'étais en train de courir, en fait.

-Tu fais un footing le jour de Noël, toi ? Alors que tu pourrais rester au lit et ne pas te geler les pieds ?

-Apparemment, » souffle la tatoueuse, ne souhaitant pas vraiment expliquer pourquoi elle ressentait autant le besoin de se vider l'esprit ce matin.

« Ouais… bon en tout cas, dis à Roni qu'elle est en retard pour notre brunch et qu'elle doit se grouiller, » réplique la rouquine d'un ton autoritaire.

« Euh… Pourquoi moi ? Pourquoi elle serait avec moi ? » bredouille la tatoueuse, peu certaine de comprendre.

« Parce que ça serait le meilleur cadeau de Noël pour elle… et sûrement pour toi.

-Mais non… Elle a passé la soirée chez les parents d'Alex en fait…

-Ah bon ? C'est devenu sérieux à ce point ?

-Euhm… Je sais qu'Alex a déjà envisagé des projets entre elles justement alors… Enfin c'est peut-être pour ça que Regina est en retard… » bégaie la blonde, se maudissant déjà d'avoir trop parlé.

« Qu'est-ce que tu veux dire par projets entre elles ? » siffle Kelly, clairement agacée.

« Euhm… Écoute, je ne t'ai rien dit, mais Alex voulait la demander en mariage hier soir et…

-Pardon ?! » éructe la jeune femme au bout de la ligne. « Tu te fous de moi, n'est-ce pas ?

-Est-ce que j'en ai l'air ? » ne peut s'empêcher de rétorquer Emma, elle-même irritée par la situation.

« Cette fille est encore plus conne que je ne l'aurais pensé bon sang…. Put… Enfin, peu importe, » peste la rousse. « T'as des nouvelles de Regina, toi ?

-Pas depuis hier après-midi non, » admet la tatoueuse. « Elle m'a textée pour me souhaiter joyeux Noël et c'est à peu près tout.

-Ok…. Mais elle sait qu'on fait toujours notre brunch de Noël le 25 décembre à 10h30 et ça me fait chier de penser qu'elle est en retard à cause de l'autre...

-Peut-être qu'elle est encore à Richmond, si elles ont passé la nuit là-bas, » suggère Emma malgré elle.

« Je préfère ne pas y penser, et toi non plus certainement, » répond Kelly, toujours trop lucide. « Tu peux essayer d'appeler Regina alors ? Elle te répondra sûrement, à toi.

-Je ne vois pas pourquoi elle me répondrait si elle ne te répond pas.

-Alors va voir chez elle si elle y est ! » ordonne la rousse, comme elle le fait certainement avec ses employés. « Sérieusement, elle me gonfle…

-Pourquoi tu n'y vas pas, toi-même ? » argumente la blonde.

« Parce que t'habites à deux rues de chez elle, » contre Kelly, comme une évidence. « Tu peux y aller à pied. En courant même, en fait. Moi, j'habite à l'autre bout de la ville. »

À cet instant, Emma souhaiterait lui dire qu'elle refuse catégoriquement sa demande et qu'elle ne changera pas d'avis. Elle aurait envie de lui hurler qu'elle ne veut certainement pas aller chez Regina, ni même plus la voir, en fait. À ce moment, Emma rêve de pouvoir crier à la jeune femme que depuis qu'elle s'est réveillée, elle ne veut plus revoir la journaliste car elle sait qu'elle ne supportera pas d'entendre parler de cérémonie, de fleurs, d'invités, de réception, de DJ et de bagues, dans les prochaines semaines. Et elle ne supportera pas non plus d'aller chez Regina et de ne pas obtenir de réponse, signe que la brunette est bel et bien restée chez ses beaux-parents après la demande d'Alex. En plus, Emma sait pertinemment que la blessure ne sera que plus profonde si Regina vient effectivement lui ouvrir la porte, encore en robe de chambre, avec une Alex peu réveillée dans le cadre de porte, se demandant ce qu'Emma Swan peut bien vouloir à sa fiancée un 25 décembre.

« Je vais aller voir, » souffle néanmoins la blonde, sachant qu'elle risque de regretter amèrement sa décision. « Je te tiendrai au courant après. Mais si elle n'est pas là, c'est peut-être juste qu'elle est encore à Rich….

-Emma Swan, je ne fais pas confiance à cette ordure d'Alexandra Duvernay, » tranche Kelly d'une voix plus aiguë, dénotant de sa colère. « C'est clair, ça, pour toi ?

-Je t'appelle quand j'ai des nouvelles, » promet alors la tatoueuse avant de raccrocher.

Faisant volte-face dans la rue, elle prend le chemin inverse, ne sachant pas vraiment si elle souhaite désormais accélérer le pas ou carrément rentrer chez elle sans passer par l'appartement de la journaliste…

11h37

Emma donne trois nouveaux coups dans la porte, essayant de calmer comme elle le peut les battements trop rapides de son coeur. Depuis qu'elle est entrée dans le hall de l'immeuble, il lui semble avoir le souffle court, le coeur serré et les nerfs à vif. Quoi qu'il se passe, elle se doute qu'elle ne sortira pas indemne de cette visite chez Regina et elle aurait donné beaucoup pour ne pas le faire. Avant de monter dans l'ascenseur, elle s'est permis de rejoindre le stationnement pour voir si la voiture de la journaliste était présente. Contre toute attente, son Aston Martin sombre était bel et bien à sa place habituelle. Le seul bémol, aux yeux de la tatoueuse, est que la brunette s'est apparemment garée sur deux places au lieu d'une, comme si elle était trop pressée pour faire sa manœuvre correctement. Peut-être pressée de rejoindre son lit avec quelqu'un, songe malgré elle la blonde en essayant de percevoir des sons en provenance de l'appartement.

Après quelques minutes de silence, il lui semble justement entendre quelques pas lents, un grincement de chaise sur le plancher, ainsi qu'un tiroir qu'on refermerait. Elle frappe alors de nouveaux coups, espérant qu'enfin la personne à l'intérieur du logement ne daigne lui répondre. Cette fois, les pas se rapprochent de la porte, à mesure que le coeur d'Emma accélère son rythme dans sa poitrine. Quelle que soit la personne qui lui ouvrira, elle doit absolument trouver une excuse pour justifier sa présence ici, en dépit du fait que Kelly l'ait appelée. Car Alexandra n'acceptera certainement pas l'idée que les amies de Regina viennent l'espionner quand elle passe trop de temps avec la sportive. Toutefois, la porte ne s'ouvre pas, contrairement à ce qu'espérait la blonde. Les pas s'arrêtent simplement de l'autre côté de la paroi, avant qu'une voix s'élève enfin dans l'appartement.

« Tu peux dégager Alex, je ne te répondrai pas. C'est assez clair pour toi, ça ?! » éructe une voix plus rauque, très familière pour la tatoueuse. Instinctivement, Emma donne alors d'autres coups dans la porte en expliquant qu'il s'agit d'elle et non de la sportive. Malheureusement, le résultat n'est pas celui qu'elle aurait espéré.

« Toi, vas te faire foutre aussi, » siffle la journaliste d'un ton plutôt agacé.

Surprise, la blonde frappe de nouveau et répète son nom, comme pour s'assurer que la jeune femme l'a bien entendue. Cependant, elle n'obtient aucune réponse cette fois. Emma s'empresse alors de prendre son téléphone pour envoyer un message à Kelly afin de la prévenir que Regina est chez elle, vivante, et apparemment très énervée. Après quelques secondes, elle cogne encore à la porte de la journaliste, espérant être suffisamment insistante pour que la brunette ne lui ouvre enfin. Une minute s'écoute à peine avant qu'un bruit métallique n'indique à la blonde que la jeune femme est effectivement en train de déverrouiller sa porte.

Regina ouvre alors à la blonde, sa robe de chambre négligemment mise sur ses épaules et un verre de whisky à la main. Coiffée d'un simple chignon lâche, la brunette dévisage la tatoueuse d'un air mauvais, visiblement très agacée par sa présence. De son côté, Emma se sent aussi surprise qu'embarrassée par cette rencontre qui n'est apparemment pas la bienvenue.

« Qu'est-ce que tu fous ici, exactement ? » râle alors la brunette avant de la laisser entrer, plus par habitude que par conviction.

« Kelly et Vic n'ont pas de tes nouvelles alors elles m'ont demandé de venir voir si tu étais là, » bredouille une Emma assez troublée par l'image de la jeune femme, sans doute ivre et complètement folle de rage, qu'elle voit désormais.

« Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, non ? » ricane Regina en s'asseyant dans l'un des fauteuils de son salon. « Elles n'ont qu'à faire leur foutu brunch toutes les deux.

-Regina… » souffle la tatoueuse, mal à l'aise. « Tu devrais peut-être…

-Je devrais quoi, au juste ? » peste la journaliste. « TOI, tu aurais dû me parler. TOI, tu aurais dû me prévenir pour éviter que je passe pour la dernière des salopes devant 15 parfaits inconnus.

-De quoi tu parles ? » questionne la blonde, saisissant déjà pourquoi Regina est en colère après elle.

« Oh come on, ne me fais pas ça, » gronde son amie. « Tu sais très bien de quoi je parle. En fait, tu le savais depuis genre, deux semaines. Et je le sais parce que parmi les quinze messages vocaux qu'Alex m'a laissé cette nuit, l'un d'eux t'était entièrement destiné. Elle est persuadée que tu m'avais prévenue et que tout ça n'est qu'une mise en scène de ta part pour l'humilier et lui faire du mal, » explique la brune d'une voix enragée. « Mais elle ne réalise sans doute pas que si t'avais effectivement fait ta job d'amie et que tu m'avais prévenue, je ne serais pas allée me ridiculiser comme une conne ! »

De rage, elle pose son verre sur la table basse, manquant presque de le faire glisser sur le sol. Dans ses yeux, la blonde peut aisément lire toute la fureur qu'elle ressent contre elle-même, contre Alex, contre Emma, voire contre le monde entier. Pourtant, la tatoueuse n'est pas prête à se laisser faire, quand bien même la journaliste soit en colère contre elle.

« Ce qui s'est produit est entièrement de ta faute, et non de la mienne, » tranche alors Emma d'un ton autoritaire, sans baisser son regard à un seul instant.

« Je te demande pardon ?! » tonne la brunette en se levant de rage, se rapprochant pour la défier de ses prunelles sombres.

« C'est entièrement de ta faute si ta petite amie a suffisamment cru en votre relation pour vouloir t'épouser au bout de six mois, » poursuit la tatoueuse sans hésiter. « C'est entièrement de ta faute si tu as décidé de refaire confiance à une personne qui a clairement des problèmes avec les relations interpersonnelles et c'est entièrement de ta faute si tu as refusé sa demande. Si tu avais accepté et que je t'avais prévenue, tu serais en colère contre moi pour avoir gâché la surprise. Je ne t'ai rien dit parce que j'ai choisi de respecter son choix et ce qu'elle avait envie de faire. N'essaie pas de me mettre tes erreurs sur le dos, Regina.

-Et toi alors ?! » peste la brunette. « À aucun moment tu n'as pensé à faire un pas en avant au lieu de rester dans tes angoisses comme une conne ?!

-Je te demande pardon ?! » éructe cette fois la blonde, piquée par sa remarque.

« T'as beau jouer les justicières et les filles super confiantes, c'est toi la gamine qui est morte de peur dans sa chambre, Emma Swan, » siffle la journaliste. « Et tu sais autant que moi que les choses auraient pu être différentes.

-Ah oui ?! » peste la tatoueuse. « Tu veux dire, si tu n'étais pas retournée avec la fille qui représente littéralement un danger pour ta sécurité ?!

-Ne fais pas comme si ça avait été un enjeu quelconque, à aucun moment. T'avais toutes les cartes en main, » conteste Regina, sûre d'elle. « Et n'essaie pas d'argumenter. On sait toutes les deux que j'ai raison.

-Je les avais peut-être mais contrairement à d'autres, j'ai tendance à ne pas vouloir m'engager avec des personnes que je viens de rencontrer, » rétorque Emma sans hésiter, sachant très bien qu'elle a dépassé les limites. Cette fois, la journaliste recule d'un pas, levant les yeux au ciel d'agacement, comme pour signifier qu'elle ne lui répondra pas. Sous le coup de la colère, aucune des deux femmes n'a encore réalisé ce que leurs dernières paroles suggèrent. À demi-mot, leurs révélations n'en sont pas moins très significatives.

« En tout cas, tu devrais dire à Kelly d'aller se faire voir pour aujourd'hui, je n'irai pas à son brunch. Et toi, tu peux sortir de chez moi. Retournes à ta vie parfaite de fille qui n'a rien d'autre à faire le jour de Noël que d'aller courir alors qu'il fait -15 dehors.

-C'est toujours plus sain que de boire du whisky à onze heures du matin, » réplique la blonde, dont les mâchoires sont crispées de rage.

« Tu peux me juger autant que tu veux, mais à la fin de la journée t'es aussi seule que moi. Sauf que contrairement à toi, je suis trop ivre pour en avoir conscience. Toi, tu as tout le temps de broyer du noir et rester bien ancrée dans tes angoisses futiles, » se moque la brunette.

« C'est ça, ta défense ? » réplique une Emma qui se contient pour ne pas l'insulter. « Te dire qu'au final, tu n'es pas moins bien lotie que les autres ? Tu te dis que tu n'es pas la seule à te laisser submerger par tes problèmes et ça te console ? Ça te conforte dans l'idée que tu n'as pas besoin d'essayer de changer ta réalité bien morne ?

-Je te retourne la question, Emma Swan, » riposte la brune, un sourire presque carnassier au bout des lèvres.

« Ma vie n'est pas morne sous prétexte que je suis seule. Au moins, je reste à distance des personnes susceptibles de me faire du mal, contrairement à toi.

-Ou peut-être est-ce simplement que tu es trop effrayée pour tenter ta chance, » siffle Regina, trop furieuse pour accepter de baisser sa garde.

« La prudence et la peur sont deux choses différentes…

-Que tu confonds sans cesse, » la coupe la journaliste en finissant son verre. « Ce n'est pas par prudence que tu restes à distance des autres, mais plutôt parce que tu es morte de peur à l'idée de créer des liens. C'est pour ça que tu n'es jamais tactile, que tu n'essaies jamais d'entrer dans la bulle des autres et que tu gardes toujours une certaine distance, à peine palpable, entre toi et le reste du monde. Parce que tu sais, au fond de toi, que tout nouveau lien est possiblement faillible, destructible, et ça te terrifie à l'idée même de perdre quelqu'un. C'est la raison pour laquelle tu as constamment peur de te rapprocher des autres. Parce que tu es effrayée à l'idée même de souffrir de leur perte, de leur absence. T'as beau prétendre que tu es très bien toute seule, la pensée même de l'être vraiment t'angoisse et t'empêche de saisir les occasions qu'on te donne. Tu peux essayer de te convaincre que tu es courageuse, Emma Swan, mais tu n'es qu'une enfant apeurée qui a trop peur du noir pour rester dans sa chambre comme une grande. Et crois-moi, aucun adulte censé ne peut être attiré par une personne qui n'ose même pas faire un pas vers les autres quand on le lui propose, quitte à se priver d'un bonheur qui pourrait être particulièrement exceptionnel. »

Reposant son verre, Regina réalise peu à peu qu'elle a presque parlé d'un seul souffle, sans jamais hésiter sur ses paroles ou l'exactitude de ses mots. Mais quand son regard porte une plus grande attention aux pupilles émeraude de la tatoueuse, il lui semble que quelque chose se brise dans sa poitrine. Dans les yeux d'Emma, elle comprend que ses paroles un peu trop lucides, furieuses et teintées d'ivresse sont une sorte de point de non-retour. Justement, la tatoueuse détourne le regard, mordillant sans doute sa lèvre pour éviter de lui répondre par une simple insulte. Mais la jeune femme n'affiche désormais plus vraiment de colère, si ce n'est une profonde amertume envers la journaliste. Après ce qui parait une éternité à la brunette, Emma ajuste son bandeau de course sur son front et recule de quelques pas, faisant enfin volte-face vers sa porte. Avant de claquer celle-ci derrière elle, la tatoueuse adresse quelques mots à Regina, comme un véritable adieu pour la journaliste.

« Joyeux Noël, Regina, » affirme-t-elle en un souffle avant que sa présence si apaisante pour la portoricaine ne disparaisse dans la fraîcheur glacée de décembre. Fuck, fuck, fuck, songe la brunette tandis qu'elle sait d'office qu'elle ne pourra pas tenter de rattraper la blonde. Elle se laisse alors tomber machinalement sur son fauteuil, serrant son verre vide dans sa paume, espérant déjà que le prochain l'assommera au moins jusqu'au lendemain…

16h28

Assise en tailleur sur le lit de sa meilleure amie, Elsa observe d'un oeil attentif la tatoueuse, fouillant désespérément dans son armoire à la recherche d'une tenue adéquate. Comme à leur habitude, les deux femmes doivent rejoindre Tiana, Naveen et d'autres amis afin de passer Noël ensemble. Mais la mécanicienne n'a pas besoin de détailler Emma bien longtemps avant de comprendre que quelque chose ne va pas. Depuis qu'elle est arrivée, la blonde s'est montrée polie envers elle, enjouée, mais certainement pas aussi enthousiaste qu'à l'ordinaire. Depuis leur enfance, Elsa admire l'humeur constante de celle qu'elle considère comme sa soeur, et sa capacité à ne jamais se laisser troubler par ce qui l'entoure. Au début de sa vingtaine, la mécanicienne avait lu dans une revue scientifique que ce détachement émotionnel de la tatoueuse était certainement dû au fait qu'elle n'avait jamais réellement eu de parents aimants, capables de la rassurer et de constituer un véritable pilier pour elle. Mais si certains psychologues ont l'air de considérer ce syndrome d'évitement comme un problème, Emma Swan en a toujours fait sa force. Quelle que soit la situation, elle a toujours su rester calme, raisonnée, et suffisamment impartiale pour ne pas se laisser submerger par ses émotions. Cependant, Elsa devine qu'aujourd'hui, ce qui préoccupe la tatoueuse est peut-être trop fort pour qu'elle ne puisse adroitement le contenir, le dissimuler dans son éternelle arrogance et sa nonchalance habituelle. Bientôt, elle se tourne justement vers la mécanicienne pour lui demander son avis sur un vêtement.

« Le gris foncé, sans aucune hésitation, » répond la jeune femme aux cheveux argent, sans quitter des yeux sa meilleure amie. Hochant la tête, celle-ci se débarrasse du second vêtement qu'elle avait pris et se dirige en vitesse vers la salle de bain. Une fois de plus, elle reste silencieuse, comme perdue dans ses propres songes. Si Elsa meurt d'envie de questionner Emma sur ce qui la rend si affable, elle sait pertinemment qu'elle n'obtiendra pas de réponses. De manière générale, la tatoueuse préfère garder ce qu'elle ressent pour elle-même, se laissant quelques jours pour traverser ses propres obstacles en silence. Quelques jours plus tard, elle daigne enfin aborder avec sa meilleure amie le sujet qui la préoccupe, lui promettant qu'enfin, le pire est passé et qu'elle est sortie de l'orage. Mais ce 25 décembre, les pupilles émeraude de la blonde ne pétillent pas autant qu'à l'ordinaire et la mécanicienne devine que les prochaines semaines seront plus qu'éprouvantes pour Emma. De toute évidence, Elsa va se trouver une excuse pour rester chez la tatoueuse plus tard, venir chez elle plus souvent, au moins pour s'assurer qu'elle tient le coup, malgré son mutisme habituel. Elle ignore ce qui s'est produit dans les dernières vingt-quatre heures, mais elle sait désormais que personne n'est réellement fait de glace. Apparemment, il suffit d'une simple journaliste pour ébranler la façade indestructible d'Emma Swan...