8. Lune
-Fantastique, souffla Jack en regardant la fusée se poser lentement au sol au loin.
Le Docteur lui fit un clin d'œil depuis son propre scaphandre, avant de tapoter son bras.
-Vous voulez aller voir de plus près ?
Jack se tourna vers lui, surpris.
-C'est possible ? Et si on nous voit ?
-L'humanité n'a pas encore développé les capteurs nécessaires pour nous repérer à une telle distance, le rassura le Seigneur du temps. Nous ne sommes qu'en 1969, leurs connaissances sont rudimentaires.
-Et pourtant, ils sont allés sur la Lune..
-Et pourtant, ils sont allés sur la Lune, confirma en souriant le Docteur, avant de se diriger vers la future zone d'atterrissage, suivi immédiatement par un Jack enthousiaste.
-Ils nous en ont parlé des heures, à l'Agence, vous savez ! Le premier voyage sur la Lune de l'humanité ! Même parmi les autres peuples de l'univers, c'est toujours considéré comme un fait exceptionnel, à cause des manques technologiques de l'époque.
Ses yeux brillaient alors qu'il babillait, sa joie évidente. N'aurait-il pas porté de scaphandre, il aurait surement secoué les mains dans tous les sens pour illustrer ses propos.
Le sourire du Docteur augmenta, en même temps que le duo remontait l'immense Mer de la Tranquillité, à la rencontre d'Apollo 11.
Apollo 11.
Jack en avait entendu parler depuis son arrivée à l'Agence.
Le jeune agent qu'il était alors avait été fasciné par ce récit, en devenant obsédé au point de chercher toutes les informations possibles dans les immenses bases de données de l'Agence.
Dès l'instant où il avait obtenu sa validation d'exercice physique, il n'avait rêvé que d'une chose, pouvoir se rendre sur les lieux lui-même, en direct.
Mais l'exercice était jugé trop dangereux par ses supérieurs, la date étant considérée comme trop proche d'un potentiel point fixe dans le Temps.
Malgré son désespoir, le jeune homme avait dû renoncer.
Des années plus tard, au cours d'une conversation avec le Docteur, il avait mentionné cette frustration.
Le Seigneur du temps l'avait fixé avec l'ombre d'un sourire, avant de se lever et commencer à rentrer des coordonnées.
-Doc ?
-Nous aurons besoin de deux scaphandres, il faut que je retrouve la pièce, je me demande si le Tardis ne l'a pas changé de place..
-Doc ?
Jack le fixait, perdu.
Le Docteur lui lança un clin d'œil.
La mâchoire du jeune homme tomba au sol.
-Sérieusement ?
-Absolument, lui répliqua son mentor, son expression sévère se fissurant pour laisser passer un sourire orgueilleux.
Un 'squiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick' hystérique jaillit des lèvres du capitaine, avant qu'il ne saute sur ses pieds … pour mieux commencer à sauter partout dans la salle de contrôle.
-Je vous aime ! Doc ! Vous … Oh, je vous aime, rit-il avant de l'attraper par le cou pour mieux l'embrasser.
Pour une fois, le Seigneur du temps se laissa faire sans protester, clairement très satisfait de lui-même.
Le voyage avait nécessité une certaine préparation, que Jack avait vécue avec enthousiasme, au grand amusement du Docteur.
C'était comme revivre ses cours et recherches d'étudiant.
Il allait enfin le faire.
Il allait se rendre sur la Lune, le 24 juillet 1969, pour assister en direct aux premiers pas de l'Homme.
Le capitaine était hystérique.
-Il faut qu'on atterrisse suffisamment prêt pour pouvoir les voir, mais pas non plus trop car sinon, ce sera trop risqué.. Je me demande combien pèsent les scaphandres, je n'ai jamais eu besoin d'en porter jusqu'à présent, vous y croyez, Doc ? J'ai toujours réussi à échapper à ces trucs, apparemment, c'est vraiment une galère, mais les leurs devaient être pire, au moins les nôtres seront davantage confortables, apparemment les leurs étaient vraiment inconfortables...
Une pipelette.
Une fois lancé, Jack était impossible à faire taire.
Un vrai double du Seigneur du temps, tiens.
Celui-ci devait l'avouer, au moins dans son fort intérieur, voir Jack agir comme un fanboy de 12 ans était un vrai délice.
Le fait que le capitaine possédait également de réelles connaissances techniques et scientifiques sur le sujet n'était pas du tout désagréable, au contraire. C'était … fantastique.
Le Docteur avait toujours aimé partager son savoir, et Jack constituait un public de choix.
Finalement, après plusieurs heures de préparation intense et enthousiaste, l'équipage du Tardis fut fin prêt pour l'aventure.
L'heure était venue d'enfiler les scaphandres.
Le Docteur ne put contenir un sourire devant la joie enfantine de son compagnon.
-Prêt à devenir l'égal de vos héros d'enfance, capitaine ? Le taquina-t-il, s'attirant un sourire grivois.
-Avec vous à mes côtés ? Ils ne vont pas rester enfants longtemps, Doc !
L'intéressé grogna, avant de se diriger vers la console, ses pas alourdis par son scaphandre. Avec davantage d'aisance qu'il n'aurait dû en avoir, il appuya sur une série de boutons, puis tira un levier, les envoyant brutalement en avant.
Jack se rattrapa à la rambarde précipitamment, ses propres mouvements rendus maladroits par la gravité du Tardis.
Avec une expression hautaine, le Docteur se dirigea vers les portes du vaisseau, les ouvrant dans un geste magistral.
La mâchoire de Jack tomba au sol.
Face à lui, la Lune rayonnait de toute sa splendeur.
Au loin, la Terre, minuscule astre bleu, étincelait dans le noir de la nuit éternelle.
Jack sentit son ventre se contracter.
Derrière lui, le Docteur appuya sur des boutons, entamant leur descente lente mais certaine.
Le jeune homme inspira profondément, luttant contre la vague d'émotion le saisissant.
Damnit.
Ce n'était tellement pas le moment.
-Fantastique, n'est-ce pas ? Murmura le Seigneur du temps, derrière lui.
Son compagnon tourna vers lui des yeux humides.
-Je..
-Je sais.
-C'est …
-N'est-ce pas ?
-Combien de temps.. avant qu'on att.. alunisse ?
Le Docteur sourit.
-Dix minutes, quinze secondes et trente centièmes. Je suggère que vous les passiez depuis le pas de porte.
-Comme si je comptais bouger, marmonna l'humain, avant de tourner de nouveau les yeux vers le spectacle offert.
Objectif, Lune.
Jack était resté silencieux tout le temps de la descente, ses yeux rivés sur l'astre gris. Il n'avait pas davantage pipé mot lorsque l'heure était venue d'enfiler son casque, ses mains crispées d'excitation.
Le Docteur avait roulé des yeux, mais souri, avant d'enfiler son propre casque et le rejoindre.
Face à eux, l'immensité grise et blanche les fixait, fière et revêche.
-Vous comptez dormir ici ? Ou vous allez enfin avancer ?
Le capitaine se tourna vers lui, ses prunelles bleues brûlant d'émotion.
-Une danse. Au retour.
Le Docteur roula des yeux.
-Vraiment ?
-Une danse, insista Jack, un immense sourire apparaissant sur son visage. Vous et moi. Une danse. Sur la Lune.
-Andouille de crevard romantique, grommela le Seigneur du temps, avant que l'ombre d'un sourire n'apparaisse sur ses lèvres. Uniquement si vous passez le premier.
-Comme si je comptais vous laisser le privilège ! Un petit pas pour moi, un grand pas pour l'Humanité ! Rit le brun avant de se lancer en avant.
Le reste du voyage avait été somme toute très simple, et en même temps d'une folie totale aux yeux de Jack.
Le duo avait passé la première heure à explorer les lieux, le Docteur décrivant avec enthousiasme et forts détails capitaux leurs environs – roches, air, atmosphère, couleurs, sons, ciel.. Tout y était passé, mais Jack ne l'aurait jamais voulu autrement.
Et puis un son avait traversé les airs.
Jack avait levé les yeux, pour voir un minuscule point se rapprocher de la surface.
-Que.. Doc ! Ils arrivent !
-Pas avant plusieurs heures, corrigea amusé le Seigneur du temps. Tout le temps nécessaire pour les regarder faire, et profiter de la vue.
-Fantastique, souffla Jack en regardant la fusée se poser lentement au sol au loin.
C'est armés de paires de jumelles cosmiques du 47ème siècle plutonien que le duo d'enfer avait regardé les premiers humains alunir.
Cela n'avait pas été sans peine, mais même s'il savait que tout se finirait bien, Jack n'avait pu contenir en se rappelant de tous les problèmes de dernière minute survenus.
C'est donc avec un immense sourire qu'il avait regardé l'équipage descendre de la fusée.
Neil Amstrong d'abord – Jack était toujours amusé par les disputes internes que ce choix avait provoqué – puis Buzz Aldrin, Michael Collins, pilote du module de commande et de service restant en orbite lunaire.
Le capitaine ne pouvait s'imaginer faire tout ce chemin pour devoir rester dans la fusée. Quelle frustration cela avait dû être ! Lui avait la chance de pouvoir marcher sur la Lune, autant de fois qu'il le désirait, le Docteur le lui avait assuré – il suffirait simplement de choisir la date avec soin.
Il aurait pu rester sans problème 21h sur la surface de la Lune, comme les astronautes, mais leur oxygène avait ses propres limites, et c'est avec résignation qu'il se résolut à rentrer, 4h et 35 minutes plus tard.
-Haut les cœurs, garçon, le réconforta le Docteur. Le temps de retourner au Tardis, vous pourrez regarder leur départ en direct.
Jack sourit à cette pensée.
-Et on dansera..
-Intenable, grommela le Docteur. Je lui offre la sortie de sa vie et il veut se reproduire.
-Avec vous ? Toujours, rit le brun, son sourire se faisant un instant salace avant qu'il ne lui lance un clin d'œil. Mais je pensais vraiment à une danse cette fois. Et vous avez promis !
-Que n'ai-je dit, soupira le Seigneur du temps, résigné.
Cela n'aurait pas été un voyage avec le Docteur sans un imprévu, n'est-ce pas ?
Apparemment, ils n'étaient pas les seuls à avoir décidé de venir assister à l'évènement en direct.
Il semblait, que le terme de 'point fixe dans le Temps' n'était pas très clair pour certaines compagnies de voyage inter-temporel.
Se faire agresser sur le sol lunaire parce qu'on y voyageait sans passeport n'était pas exactement au menu du jour.
Le Docteur s'était fait un plaisir d'exploser les communicateurs des abrutis détruisant sa journée avec le capitaine, avant de faire vibrer la roche les entourant, faisant tomber malencontreusement quelques rochers sur le groupe d'andouilles.
Profitant du chaos provoqué, il s'était enfui avec un Jack mi-exaspéré, mi-hilare.
Ce n'est qu'une fois arrivé au Tardis que celui-ci retira son casque, rieur. Le Docteur haussa hautainement ses sourcils, avant de retirer le sien. D'un mouvement brusque, Jack saisit le haut de sa veste dépassant du scaphandre, avant de plaquer ses lèvres contre les siennes.
Le Docteur roula des yeux, avant de le pousser en arrière contre le chambranle de la porte, leurs scaphandres rendant la tâche ardue mais ô combien encore plus passionnante.
Ses prunelles bleues pétillant de plaisir, Jack souffla, ses lèvres à quelques millimètres de celles du Seigneur du temps :
-Un vrai romantique caché.
-Jack.
Celui-ci sourit, grivois, avant d'attraper son cou, l'immensité de la Lune étincelant en arrière-plan derrière eux pour former un tableau d'amour.
