Merci à Drou, Sarah, lunamoon16, Acide'nette, Lolita KALA, woody16, Cloudy Sun, Cams, Enola, AnxiousCams, Winnie-Bee, Dame Lylith, MrsYoflam, Julia, Vivi et audreyjn pour leurs reviews et encouragements :)
Un grand merci également à Cams et Cloudy Sun pour leurs reviews plus longues et tout à fait charmantes. Sans déconner, c'est pour ça que je fais ce métier (bénévolement!)
Enfin, un immense merci à Enola pour sa review absolument... Je ne sais même pas quel adjectif mettre. Lisez-la et imaginez-vous à ma place, et vous comprendrez. Tout est saisi à la perfection, et tourné sous l'angle du compliment, donc je ne sais pas, moi, j'ai eu des frissons en la lisant. Merci infiniment pour ce moment de bonheur.
Concernant le vocabulaire, je crois que j'ai lancé un grand débat dans les reviews mdr, donc bah... je suis très heureuse de savoir que vous aimez les mots chelous ou les mots rares : moi aussi (c'était là tout le propos). Il n'y a aussi aucun mal à avoir un style bien plus épuré, bien plus "les 10000 mots les plus utilisés des français", car genre... Parfois l'intrigue est servie par ce style et l'écriture (et les descriptions à rallonge) prend moins de place que le développement des persos, et l'avancement de l'intrigue. Je pense typiquement au style d'écriture fréquemment utilisé dans le thriller/policier/l'horreur qui a une efficacité redoutable. Certaines de mes histoires sont d'ailleurs rédigées bien plus dans ce style là. Mais pour des histoires dans le fandom HP, je sais pas, l'architecture, l'ambiance, les histoires, la période, tout me donne envie de partir dans certaines envolées et certaines complexités littéraires qui sont assez seyantes à la fanfic.
ANYWAY, allez let's shut up.
Petit clin d'œil à ma fanfiction My Dear Sadistic Highness dans ce chapitre. Les lecteurs de longue date sauront peut-être le repérer. Dîtes-moi en review !
TRIGGER WARNINGS PARTICULIEREMENT IMPORTANTS DANS CE CHAPITRE, MERCI DE VOUS RÉFÉRER EN PREMIÈRE PAGE SI BESOIN.
A long day alone, emptiness is so real.
Never having peace of mind, running from what I can't take.
And there is nowhere left to hide, turn and face these empty lies.
All alone, heart unturned, trying to find…
I try to find myself, I find the stranger trapped inside,
And I'll take one more step away from the face I used to recognize.
Familiar shadows closing in, suffocating fear descends.
You killed a life, uncovered eyes, trying to find...
Break me down, replace this fear inside.
Take this nothingness from me.
Break me down.
Break me!
Break me down – Red
Chapitre 7 – Sick Twisted Fuck
DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 1996 – Nuit du dimanche au lundi – Poudlard, Écosse
Drago était en pleine lecture de livres sur les poisons afin d'en trouver un qui serait instantanément mortel et indétectable, lorsqu'il avait entendu la porte de la bibliothèque s'entrouvrir.
C'est là qu'il l'avait vue, comme une apparition au milieu de la bibliothèque, dans son habit blanc spectral, tourner sur elle-même comme une figurine dans une boîte. Drago n'en avait pas cru ses yeux.
C'était comme un cadeau du ciel. Ou de l'enfer.
Que diable faisait-elle là ?
Venait-elle pour lire ? Elle n'en avait pas l'air, mais pourquoi d'autre serait-elle ici ?
Il s'agissait d'Hermione Granger et de la Bibliothèque, deux âmes sœurs si cette notion même existait. La Sang-de-Bourbe avait l'air sur ses gardes, ce qui était normal puisqu'elle bravait le règlement, mais... Son regard balayait l'endroit, creusant entre les livres et les rayonnages pour y trouver quelque chose. Ou quelqu'un.
Cherchait-elle quelqu'un ? Était-ce pour elle un endroit de rencontre avec quelqu'un d'autre ? Était-ce pour cela qu'elle trainait dans les couloirs la nuit ?
Mais si oui, qui ? Weasmoche ? Potter ?
Ils se tournaient tous les trois autour comme un trio d'emmanchés. Pathétique et dégueulasse.
Mais ils étaient de sa maison. Ils avaient d'autres endroits pour faire leurs saletés.
Quelqu'un d'autre ?
Ce mystère lui déplut quelque peu. Si elle rencontrait quelqu'un d'une autre maison à cette heure-ci, en habit de nuit, ce n'était sûrement pas pour faire un brin de causette. Une sensation de prédation lui fit serrer les dents dans un sourire carnassier. Cette petite garce touchait des cordes de son esprit, supposées immaculées sous l'effet de la potion.
La porte s'ouvrit à nouveau et immédiatement, Drago sut de qui il s'agissait. Ce satané de foutu matou. Mais il y avait moyen de rendre la situation agréable, et il ne s'en priva pas.
La chatte avait bondi sur une étagère, dans l'oubli complet de Granger, qui avait l'air aussi délirante que si elle avait été sous Confondus. La chatte fit un petit bruit de pattes, pourtant, et la Sang-de-Bourbe se détourna vivement. C'est là qu'il s'élança.
Merlin.
Son corps était vrai.
Soudainement, elle était une personne. Une personne minable et dispensable, mais une personne tout de même. L'idée qu'il se faisait d'une femme une poitrine et des hanches une bouche et un sexe un esprit à apprivoiser et à dompter. Drago inspira son odeur naturelle, mêlée de musc blanc, et sut aussitôt qu'il n'en oublierait rien. Il sentit son sang se réchauffer dans ses veines. Ce n'était pas normal, il avait repris une dose peu avant de se rendre étudier dans la bibliothèque.
Que faisait l'Obduro ? S'amenuisait-elle à nouveau ?
Contre lui, se débattant, la Sang-de-Bourbe ne pouvait rien. Sa main contre sa bouche, il la contrôlait comme un marionnettiste. S'il voulait lui faire dire oui, il le pouvait, s'amusait-il intérieurement. Mais le plan n'était pas celui-là. Le froid résiduel de la potion lui revint.
La menacer de lui faire perdre des points lui fit peur, il le sentit sans peine. Ridicule. Si elle avait su ce qu'il avait en tête quelques secondes encore auparavant, elle aurait prié pour quelques rubis en moins et sa vertu toujours en demeure. Si toutefois vertu elle possédait toujours, la trainée.
Et elle osait lui demander pourquoi il était là ? Oh, mais elle allait plutôt elle-même se charger de répondre à sa propre question. Que faisait-elle en-dehors de son lit à une heure pareille ? Hors du confort et de la sécurité de son précieux dortoir ? Ne craignait-elle donc rien ? N'avait-elle rien appris de toutes ses menaces ?
Ou avait-elle des plans secrets ? Prévoyait-elle de rejoindre quelqu'un pour fomenter quelque complot ? Avec qui allait-elle fricoter, et à quel point en avait-elle envie ?
Qu'y avait-il sous sa tenue ? Était-elle excitée ? Est-ce qu'elle détrempait sa petite culotte à briser les règles, et rencontrer des garçons dans sa bibliothèque de prédilection ?
Le train de pensées de Drago déraillait formidablement dans un amusement cruel et quelque peu licencieux, il avait beau essayer de le maintenir rationnel et pragmatique, la tâche se faisait difficile. La menace lui vint naturellement. Ses petites jambes flageolaient, s'en rendait-elle compte ? Facilement, il avait réussi à s'emparer de sa baguette. Et bientôt, il s'approchait de nouveau, et son odeur, qu'il se remémorait à la manière d'une clé dans une serrure, chaque cran et chaque engrenage, envahit son espace à nouveau.
Là, il la tenait, sous sa baguette, et c'était difficile de ne pas lui rire au nez tant sa moue dévoilait son effroi. Et puis soudain, elle s'excusait. Elle lui avouait ses observations, son constat quant à son comportement, qui d'après elle avait changé. Le cœur de Drago battait vite, cognant comme contre les murs d'une boite en métal, qui résonnait partout, jusque dans les petits cheveux de la naissance de sa nuque. Cette réaction n'était vraiment pas normale. Était-il déjà en manque ? Non, il sentait encore la glace. Le froid était toujours dans son cœur et dans sa tête. Alors comment ?
Quelle était cette nouvelle sensation de haine froide entremêlée du désir brûlant de lui faire peur et de la faire sienne ?
Innocente, elle lui parlait de la guerre, des complots, sans rien en connaître. Sa candeur était enchanteresse, et empoisonnée. Il ne voulait pas de sa foutue pitié, ni de sa putain d'inquiétude. Il voulait qu'elle souffre. Il voulait qu'ils souffrent tous, tous autant qu'ils étaient, à enfermer des membres de sa famille dans une prison dans laquelle on vous dévorait l'âme.
Il avait presque la nausée à l'entendre parler avec sa petite gentillesse de gamine abritée par la vie.
Sang-de-Bourbe de merde.
Puis elle lui demandait son avis, l'interrogeait, comme si elle s'intéressait. Il gardait pour lui ses soupirs, mais en lui, le sang sinuait comme un torrent glacial du Tartare.
— J'ai peur pour mes ennemis aussi. J'ai peur pour toi.
Billevesées. Quelle petite… Quelle sale petite menteuse.
Elle n'avait pas peur du tout pour lui, elle n'avait peur que pour les putains de singes qui lui servaient d'amis, et pour son propre postérieur de sainte-nitouche. Ou de salope, pour tout ce qu'il en savait.
Là, il craqua un peu, il devait l'admettre. Elle éveillait en lui des choses qu'il avait mises dans une boîte depuis juin dernier. Des choses qu'il ne voulait pas réveiller. Que la potion parvenait normalement aisément à taire. Et elle faisait mine de savoir, de comprendre ce qu'il vivait.
Elle ne comprenait, ni ne savait rien. Mais s'il avait son mot à dire, et ce serait le cas, elle apprendrait bientôt.
— J'ai une question pour toi. Une question que je veux te poser depuis longtemps.
Depuis longtemps, disait-elle ? Depuis longtemps pensait-elle à lui ?
Mais depuis quand ? De quelle façon ?
Quand elle avait mis son père en prison ? Quand elle avait jeté l'opprobre sur sa famille ? Quand elle lui avait mis une droite en troisième année ?
— Que faudrait-il que je fasse pour te plaire ?
Le contrôle sembla lui échapper, les rênes filer entre ses doigts. Oh, il avait bien quelques idées, si elle voulait lui faire plaisir.
— Mourir ?
Non, ça, c'était un cadeau. Une délivrance. Ce serait à la fin. Et pour clouer un clou de plus sur le cercueil qu'il lui menuisait dans la tête, il lui livra l'inverse.
Oui, qu'elle croie qu'il voulait qu'elle meure. Le plus vite serait le mieux.
Comment, demandait-elle ?
Soudain, un frisson lui parcourut l'échine. Savait-elle ? Savait-elle ce qu'il voyait quand il la regardait ? Connaissait-elle ses machinations ? Comment aurait-elle pu ? Et pourtant, pourquoi poser de telles questions ? Mais l'excitation du jeu l'emportait sur sa crainte d'être percé à jour.
Oh, il la tuerait, c'était une certitude. Quand, il ne savait pas vraiment, mais ce serait de sa main qu'elle crèverait. Devant Potter et Weasley, s'il pouvait l'arranger ainsi.
— Toi, par exemple ?
Il n'avait pu s'empêcher de lui sourire. Elle était perspicace. Intelligente. C'était presque navrant qu'une telle impureté circule dans ses veines. C'était une erreur de la nature. Une erreur qu'il allait lui plaire de rectifier dans tous les sens.
— Comment t'y prendrais-tu ?
C'est toi que je prendrais.
Je te prendrais partout, n'importe comment, par terre, par la bouche, par les cheveux.
Je vais t'occuper comme on assiège une putain de ville.
Pour la première fois depuis le début de sa prise de l'Obduro, il sentit la lave s'entremêler à la glace et pour créer une substance nouvelle, pleine de délicieuses et terribles promesses.
Mais la sensation, brève, disparut au profit d'une seule tiédeur. Il changea le sujet, l'espace d'un instant. Elle se laissa faire. Ce n'était pas comme si elle avait le choix. Mais lui aussi, le contrôle lui échappait de plus en plus. Chaudement, il sentait son esprit se délester de la potion, et la sensation, désagréable, l'emplit d'une angoisse familière. Son anxiété, son manque d'assurance, lui revenait par sourdes fréquences.
Merde. Il ne pouvait pas en manquer maintenant. Il ne pouvait pas commettre d'erreur. L'adrénaline manquait. Il planta ses ongles dans sa paume. La douleur devrait aider.
Pour sûr, elle le recentra.
La Sang-de-Bourbe s'était assise et lui faisait des petites confidences, sans imaginer une seule seconde à qui elle s'adressait et ce à quoi il pensait pendant qu'elle restait calme. Presque par réflexe, il lui asséna des vérités.
Quelle proie facile.
Peut-être une fille facile aussi, lui susurrait une voix ressemblant étrangement à celle de Potter.
— Admets que ce serait comique. Je te rendrais la vie impossible.
Drago s'esclaffa intérieurement.
Terrain glissant, Sang-de-Bourbe.
Sans rire, elle n'avait peur de rien, ou alors en savait trop. Quand elle mima ses mains attachées, il sentit la potion délester son esprit pour de bon, son sang s'enflammer, et une brûlure s'improviser dans son bas-ventre.
Il s'était assis, car il n'y avait rien d'autre à faire. Ses fausses supplications donnaient corps à des rêves oubliés, des fantasmes d'adolescent frustré, de règne sur l'indomptable. Des pensées qui étaient supposées être enfermées quelque part dans sa tête, et que la potion se devait de retenir loin des premières lignes de son esprit.
Incapable de s'en empêcher, il joua le jeu malgré tout et avança son pion.
— Admettons.
La peur dans ses yeux ne fit qu'ajouter au frisson du jeu. Il retint ses mains quand elle chercha à lui échapper.
— Tu es attachée. Tu es éreintée, affamée, assoiffée. Tu n'as pas vu le jour pendant des semaines, et on te tabasse quotidiennement avec des maléfices les plus douloureux les uns que les autres. Comment comptes-tu t'en sortir ?
Il s'y voyait presque. Il se voyait la menotter, l'alouvir, l'épuiser, lui asséner des maléfices. Mais l'habituelle intraitable et glaciale partie de son esprit sous Obduro ne contrebalançait plus le plaisir sincèrement sadique et purement charnel qui existait quelque part en lui, comme tous ses autres instincts et émotions, et que la potion parvenait normalement à taire.
Des sensations et sentiments qui n'auraient pas dû s'en-saisir de lui, l'envahirent, et bientôt, il sut qu'il lui fallait partir, car il aurait trop de difficulté à maintenir le masque, et s'y écharperaient, il ne savait comment, les restes de cruauté et de sadisme que la potion manquait désormais de garder sous contrôle.
C'est le moment que Rusard choisit pour se ramener, ce qui était un timing appréciable. Drago regardait Granger, et il voyait la pointe de ses seins sous le tissu épais de sa robe de nuit. Dans le secret du jardin interdit de son esprit, que la potion avait depuis juin noyé sous des flots d'indifférence et de placidité, une colère à l'idée que quelqu'un d'autre puisse voir un tel spectacle l'envahit soudainement.
Cette soirée ne se passait pas du tout comme prévu. La dose qu'il avait pris était importante et aurait largement dû suffire pour la nuit entière. Tout ce qui se passait était de sa foutue faute, et ce qui se produisait était le contraire de l'idéal.
Rusard parti, il usa de toute sa froideur pour conserver son masque, même si son humanité, comme réverbérée par son corps qui s'éveillait après l'assaut de la potion, se faisait plus bruyante encore que lorsqu'il n'avait jamais touché à cette putain de drogue. Le sevrage du breuvage était pour ainsi dire tumultueux.
Usant de méchanceté, de menace et de violence, il parvint à la convaincre d'accepter son plan.
Une fois arrivés devant l'entrée de la salle commune Serpentard, il la regarda docilement déposer la chatte sur les pierres glaciales des cachots. Incapable pourtant de nier qu'une partie naturelle de lui, que la potion ne faisait qu'encenser par les symptômes du manque, avait une folle envie de l'avoir sous son joug, il ne put s'empêcher de lui lier les mains et de lui glisser, avec une insinuation presque comique, sa propre baguette dans la bouche.
Elle était agréable à regarder comme ça, soumise et en colère.
Et quand il lui donna un ordre, elle s'exécuta.
Et sa course maladroite brisa la minuscule et fragile partie de son cœur où demeurait l'enfant naïf, qui depuis quelques années s'était transformé en homme cruel.
Deux choses étaient désormais sûres :
Premièrement, plus jamais il ne se retrouverait en compagnie de la Sang-de-Bourbe sans avoir fraichement pris une dose de cette putain de potion.
Et deuxièmement, s'il reprenait la Sang-de-Bourbe à danser dans la bibliothèque, il s'assurerait qu'elle ne puisse plus jamais recommencer… et se chargerait lui-même de faire danser le partenaire qu'elle osait essayer de rencontrer dans le secret de la nuit, un tout autre type de danse.
Une danse macabre.
LUNDI 16 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse
Hermione se réveilla, les membres endoloris. Encore une nuit passée à cauchemarder dans les tourbillons de la somnolence, mais cette fois plus qu'aucune autre, il n'était lui pas compliqué d'identifier les sources de ses idées noires. Elle jura dans un murmure, l'esprit préoccupé par les souvenirs de la veille.
Peu après avoir quitté Malefoy après leur escapade nocturne, elle était arrivée devant le portrait de la grosse dame. Devant la peinture, Hermione avait vulgairement craché sa baguette sur le sol, la bouche pleine de salive, lui ayant allègrement coulé sur le menton pendant tout le trajet, et avait furieusement chuchoté le mot de passe tandis que la prétendue cantatrice s'offusquait de son comportement avec une grande véhémence.
Hermione avait ensuite difficilement récupéré sa baguette en se contorsionnant dans tous les sens sur le sol, priant toutes les étoiles de ne pas être surprise à s'asticoter ainsi par Rusard ou un autre professeur. Quand elle y était enfin parvenue, elle avait pénétré dans la salle commune et pendant une quinzaine de minutes avait essayé de nombreux contre-sorts contre le liage de ses mains, s'apercevant qu'un simple Finite Incantatem n'en venait pas à bout.
Finalement, elle ne savait pas si elle avait réussi ou si le sort avait – à défaut d'un autre terme – expiré, mais toujours est-il que ses mains s'étaient libérées. Le corps pulsant d'adrénaline, elle avait récupéré dans son dortoir la carte cachée plus tôt sous son oreiller et l'avait remise à sa place dans la malle d'Harry. Quand elle s'était enfin allongée dans son lit, des frissons la parcouraient de bas en haut et ne l'avaient pas quittée pas jusqu'à ce que l'aube ne pointe le bout de son nez, d'où ses courbatures.
Après autant d'émotions, Hermione s'était décidée dans le silence de la nuit à obéir avec un certain zèle à l'ordre Malefoy de ne plus le surveiller. Elle ne savait pas encore si elle devait évoquer tout cela à ses deux camarades, notamment à Harry qui quotidiennement cherchait de nouvelles raisons d'inculper Malefoy en tant que Mangemort, et n'avait donc pas besoin d'elle pour se méfier de lui.
Cependant, si quelque chose d'une telle importance se produisait de leur côté, elle espérait qu'ils lui en fassent eux-mêmes la confidence. Mais une telle imprudence allait lui coûter cher… Elle savait qu'ils ne se priveraient pas de remontrances et de récriminations, criant à l'hypocrisie, et peut-être se serviraient de cette excuse pour la railler à chaque fois qu'elle les rappellerait à l'ordre sur le règlement de l'école ou au sujet du Manuel de Potions de la triche suprême.
Cela n'était pas souhaitable, mais pas plus que cette impression désagréable de culpabilité qui lui rongeait le ventre. Si elle ne leur faisait pas part de ce qu'elle savait, il s'agissait purement et simplement d'un mensonge par omission, d'une forme de trahison, et, pire encore, d'une forme de secret qu'elle partagerait avec Malefoy à leur détriment.
Une migraine affreuse l'empêchait de réfléchir convenablement au problème.
Seule de son dortoir à se lever, Lavande et Parvati n'ayant pas Étude des Runes, Hermione se prépara dans le mutisme pesant de la chambrée. Quand elle descendit dans la Grand-Salle, elle eut le déplaisir de sentir se ventre se retourner. Malefoy était à sa table, plongé dans un ouvrage, la joue écrasée contre sa paume. Hermione vérifia sa montre, trouvant étrange l'absence de Zabini et Nott. Malgré l'heure avancée, ils n'étaient pas en sa compagnie.
Se rappelant à l'ordre promptement, car s'étant promis de ne plus l'épier, elle détourna rapidement le regard. Hannah n'était pas à sa table, évidemment… et n'y serait plus, désormais. À sa place, pourtant, Susan Bones serrait ses mains autour d'une tasse fumante, l'air hagard et les cernes si prononcés qu'Hermione pouvait les voir à distance. Elle était toute seule.
Hermione hésita longuement avant de se rapprocher doucement de la table des Poufsouffles et, sans faire le moindre mouvement brusque, se présenta devant Susan et s'éclaircit très délicatement la gorge afin de signaler sa présence.
— Salut Susan, dit-elle d'une voix très douce.
La jeune-fille aux lourdes boucles acajou tourna le visage vers elle et sembla ne pas la reconnaître tout de suite. Ses yeux couleur sapin finirent par se fixer sur elle et elle la dévisagea, la mâchoire quelque peu décrochée, comme cherchant ses mots.
— Bonjour. Salut, Hermione, souffla-t-elle au bout d'un long moment inconfortable.
Sa voix n'était pas rauque, mais malgré tout éteinte, comme usée.
— Tu peux t'asseoir, si tu veux. Je t'attendais un peu, en fait, avoua platement Susan.
— Moi ? S'enquit Hermione avec surprise. Tu m'attendais, moi ?
Susan acquiesça sourdement avant de sortir un bout de parchemin de sa poche de robe. C'était une toute petite enveloppe fine.
— Ça vient d'Hannah. Elle ne peut pas communiquer autrement que par écrit, pour l'instant. Elle est dans un grand état de choc, confia la rousse.
Hermione regarda longuement Susan en se mordant nerveusement la muqueuse de la lèvre inférieure.
— Le professeur Flitwick nous a annoncé la nouvelle vendredi dernier, informa simplement la Gryffondor avec un certain désarroi ancré dans ses traits.
— Oui, c'est ce que m'ont dit les autres.
Hermione sut aussitôt, bien sûr, que par « les autres », Susan faisait allusion à ses comparses Poufsouffles ayant assisté au cours de Sortilèges.
Elle et la Poufsouffle ne se connaissaient que peu, notamment par le biais de l'Armée de Dumbledore, mais elle sentait à cette table et en cette matinée un étrange lien se créer entre elles. Leur relation avait habituellement été guindée, contrairement à celle avec Hannah, dont elle s'était toujours sentie plus proche, même si elles n'avaient jamais été amies avant cette année. Hannah était plus extravertie que Susan et parlait d'une voix plus forte, osant faire des blagues sans timidité. Susan était plus réservée.
Malgré tout, l'échange qu'elle avait à cet instant était curieusement beaucoup plus naturel que n'importe quel autre, malgré le caractère sinistre et malaisé du sujet de la conversation.
— Tu peux l'ouvrir, vas-y, encouragea Susan d'une voix un peu plus légère. Aussi, désolée, mais je l'ai lue. Je… manque de filtres… depuis quelques mois. Je préfère te prévenir.
Hermione esquissa un petit sourire compréhensif. Elle ne pouvait blâmer Susan pour sa curiosité, étant elle-même une curieuse de première. À sa place, elle supposait qu'elle aurait eu bien du mal à s'empêcher de lire la missive.
— Inutile de culpabiliser. Je suis sûre qu'il n'y a rien qu'Hannah puisse écrire là-dedans qu'elle ne te dirait. Vous êtes meilleures amies.
Susan approuva prosaïquement. C'était vrai.
— Oui, nous n'avons aucun secret l'une pour l'autre.
Hermione sentit son ventre se tortiller désagréablement. Elle, par contre, hésitait à se confier à ses deux meilleurs amis et envisageait des cachotteries. La culpabilité était une plaie.
Balayant cette idée de son esprit pour se concentrer sur la petite lettre, Hermione sortit le bout de parchemin de l'enveloppe et lut.
Hermione,
Merci beaucoup pour ces deux semaines à Poudlard.
Veille sur Susan et Neville pendant mon absence, s'il te plait.
Si vous reformez l'AD, fais-moi signe – Gallion. Je veux être au courant.
Dis à Potter que les Abbott seront toujours un refuge pour lui, si jamais il en a un jour besoin.
Hannah.
Quand Hermione reporta son regard sur Susan, elle vit que cette dernière rougissait quelque peu.
— Elle te dit de veiller sur moi, mais ne te sens pas obligée de me prendre en charge ou quoi que ce soit, brava-t-elle d'une voix maladroite.
— Ne t'inquiète pas pour ça, éluda Hermione.
— Je pense qu'elle est déchirée entre la douleur et la colère. Elle est rentrée chez elle – bien sûr car il y a les funérailles – et parce qu'elle a besoin de voir sa famille… Mais je pense que plus que jamais, elle veut se réengager dans la résistance. Elle avait déjà marqué son intérêt pour ça cet été, quand nous nous sommes vues.
Hermione n'était pas le moins du monde étonnée par les propos de Susan. Hannah était, à bien des égards, plus Gryffondor que certains de sa maison. À commencer par Cormac McLaggen, qui présentement dévalait l'allée centrale pompeusement et qui, quand il la remarqua, se dirigea vers elle.
Bon sang, que lui voulait-il ?! Ne remarquait-il pas la compagnie dans laquelle elle se trouvait présentement ? Cet imbécile !
Il s'assit sans même demander l'avis à Susan… Alors qu'il s'agissait de la table des Poufsouffles !
Hermione ne le salua pas, histoire de lui faire comprendre que sa présence n'était pas la bienvenue. Susan sembla complètement déconcertée par le comportement de ce garçon qu'elle ne connaissait pas, et qui se permettait de s'intrure dans leur conversation.
— Salut, Hermione ! S'époumona-t-il presque.
Sa voix résonna de manière ridiculement fière dans la Grand-Salle peu remplie, et elle vit des visages se tourner vers eux. Merlin, quel embarras, cet idiot.
— McLaggen, répondit-elle très froidement, le visage fermé. Nous sommes au milieu d'une conversation privée.
Le septième année les regarda tour-à-tour, dans l'expectative, presque comme s'il attendait la suite. Comme s'il attendait qu'Hermione lui dise justement, de quoi leur conversation était à propos. Soudainement, son visage s'éclaira d'une révélation. Hermione eut le feint espoir qu'il ait enfin compris que déguerpir était ici la seule issue pour lui. Que ne fut-elle pas déçue.
— Ah oui, j'imagine que vous parlez de Mrs. Abbott ? La nouvelle a fait tout le tour du château ce weekend.
Interdite, Hermione ouvrit bêtement la bouche. Elle était complètement sidérée qu'il s'engage ainsi dans la discussion, faisant ironiquement preuve de perspicacité sur le sujet de cette dernière sans pour autant mesurer un seul instant son colossal manque de tact.
L'expression de Susan se durcit significativement.
— Mais tu es qui, au juste ? S'enflamma-t-elle.
— Oh, Cormac. Cormac McLaggen, répondit-il avec grand plaisir, tendant sa main par-dessus la table pour serrer celle de Susan.
Hermione, dans tout le chamboulement de la situation, se demanda trivialement s'il se présentait toujours ainsi : prénom, pause, prénom nom. Se prenait-il pour une sorte d'invité d'honneur ? C'était l'impression qu'il donnait, dans tous les cas.
Susan le laissa tendre la paume dans le vide, la contemplant avec une sorte de stupéfaction mêlée de scandale.
— Ce n'est vraiment pas le moment, clarifia Hermione d'une voix exaspérée et désespérée à la fois.
— Oh, sembla finalement comprendre Cormac. Désolé, eut-il la décence de s'excuser, sans pour autant vraiment y mettre une once de sincérité. Je voulais juste savoir si tu te portais mieux, Hermione. Tu n'es pas venue samedi soir.
Fouillant dans son esprit pour savoir ce à quoi il faisait allusion, et s'empourprant violemment de honte à l'idée que Susan puisse suspecter qu'elle et cet abruti fini sortaient ensemble ou quelque chose de ce genre, Hermione fronça les sourcils.
— De quoi tu parles ?
— La fête du bon vieux Sluggy, pardi ! Proclama-t-il avec un rire dans la voix.
Elle aurait mis sa main à couper qu'il avait parlé plus fort afin d'être entendu par les autres élèves présents. Bon sang. Son égo pouvait largement rivaliser avec celui de Gilderoy Lockhart.
— Je vais mieux, maintenant va-t'en ! S'exclama Hermione, toute patience perdue.
Cormac se rembrunit quelque peu, mais cela ne l'empêcha pas de lui adresser un nauséeux clin d'œil en quittant la table.
Susan reporta ses yeux sur Hermione après l'avoir regardé partir, les yeux ronds.
— Nom d'un hibou, mais il lui manque des branches à son balai, à celui-là… S'indigna-t-elle.
Hermione ne dit rien, secouant la tête avec désolation. Elle n'avait même pas de mots.
LUNDI 16 SEPTEMBRE 1996 – Étude de Runes – Poudlard, Écosse
Les deux condisciples quittèrent bientôt la Grand-Salle pour se rendre en Étude de Runes. Accompagné par Blaise, Drago parcourait le couloir en silence, les yeux fixés devant lui.
Non loin, la Sang-de-Bourbe et Bones les devançaient, plongées dans une discussion. Visiblement, elles se côtoyaient déjà.
— Bones revient pile quand Abbott s'en va, remarqua Blaise avec détachement.
— C'est ce qu'on appelle l'ironie du sort, commenta indolemment Drago.
Ses yeux suivaient avec une certaine traîne le sillage des deux jeunes-filles, dévalant la silhouette informe de Granger vêtue comme eux d'une robe de sorcier qui, malheureusement, dissimulait les contours de sa personne. Le weekend, elle portait des vêtements aux couleurs tendres : des vêtements qui, sans la détacher de la foule de Poudlard, rehaussaient ses formes et suivaient ses courbes, sinuant le long de sa poitrine, de ses hanches, ses cuisses et son postérieur. Des matières cotonneuses, batistes et de linon, dont l'étoffe délassée et l'élasticité molle laissait deviner une piètre qualité et l'usure. Il se demandait si ses parents étaient riches. Il existait après tout des moldus riches, d'après ce qu'il savait.
Granger ne lui avait pas jeté le moindre regard jusqu'à présent, du moins aucun qu'il n'ait remarqué. Il le déplorait presque malgré l'ordre qu'il lui avait donné la veille.
Il fallait noter qu'elle semblait avoir été occupée pendant le petit-déjeuner : d'abord car elle lui faisait dos, assise à la tablée des Poufsouffle, et ensuite, car entre la compagnie déprimante de Bones et la crétinerie suprême de McLaggen – dont il n'avait pas perdu une seule miette des interventions, tant cet imbécile parlait fort – elle n'avait pas vraiment eu l'opportunité de s'enquérir de sa présence.
Dommage, se détesta-t-il de penser, se convainquant aussi sec qu'il ne cherchait là que de nouvelles excuses de la malmener, et se trouvait frustré qu'elle ne les lui serve pas sur un plateau.
Après avoir senti son corps contre lui la veille, son esprit ré-improvisait désormais à la surface de son derme les limbes du contact proscrit et ce, aux moments les plus inopportuns, comme celui-ci.
Il se souvenait de l'avoir tenue fermement, de sa main plantant la baguette dans sa gorge et son autre paume déterminée à la faire taire en se plaquant sur sa bouche. Il se souvenait de la sensation de chaleur, de tremblements et des halètements peureux. De l'humidité brûlante de son haleine.
Il n'avait pas pris la peine à ce moment de savourer pleinement l'étreinte, la proximité de sa croupe contre le haut de ses cuisses, la cambrure de ses reins contre son bas-ventre et ses abdominaux, son propre avant-bras enserrant sa poitrine comme pour en extraire le souffle. Mais les échos lancinants se rappelaient à lui, et il la sentait presque à nouveau accolée à son buste.
Drago expira lourdement, tendu.
— T'as l'air vraiment claqué, observa Blaise en se tournant vers lui.
— Ouais, confirma simplement Drago. J'ai fait des rêves pourris cette nuit, inventa-t-il.
— Du genre ?
— Que j'épousais Pansy, broda Drago sans même y réfléchir.
Blaise éclata d'un rire chaud et bas.
— Tu parles d'un cauchemar. Pour Théodore, cela relèverait davantage du rêve.
— Je la lui laisse bien volontiers, induisit Drago avec un rictus.
— Tu devrais peut-être lui dire, alors, suggéra Blaise. Parce que ton comportement envers elle démontre plutôt l'inverse, asserta-t-il sèchement.
— Depuis quand ça t'emmerde ?
— Depuis que vous avez repris vos coucheries, avoua le Serpentard au teint d'aile de corbeau. Dès que je suis seul, elle vient me poser dix-mille questions.
Drago ne put s'empêcher de ricaner. Le fait qu'il plaise ainsi à Pansy l'enorgueillissait.
— « Est-ce que Drago est sérieux ? » « Tu crois qu'il va me demander de l'épouser ? » « Est-ce que tu sais s'il voit d'autres filles ? », singea Blaise d'une voie aigue, nasillarde et déplaisante.
Drago éclata d'un rire aux nets accents de dérision.
Devant eux, les deux jeunes-filles se retournèrent, l'air suspicieux, comme si elles les suspectaient de les imiter et de se moquer d'elles à distance. Quand Granger s'aperçut de la présence de Drago, elle se retourna promptement, à la manière d'une petite timorée.
Salut, Sang-de-Bourbe. Lui dit-il bonjour en son for-intérieur avec un malin plaisir.
— Et alors, tu lui réponds quoi quand elle te demande tout ça ? S'enquit-il en reportant son regard sur son camarade.
— Que je n'en sais rien et que je m'en fous. Pour ce que ça la décourage… Se plaignit Blaise.
La discussion s'arrêta là, car ils arrivaient désormais devant la salle de classe.
Bientôt, tous les élèves étaient à l'intérieur et le cours était sur le point de commencer.
Bones et Granger chuchotaient, inaudibles, et Drago, sentant tournoyer une certaine curiosité dans son ventre, jeta un Audibilis informulé sur les deux sorcières.
— … -dore et le professeur Chourave m'ont proposée de prendre la relève d'Hannah en tant que préfète Poufsouffle tant qu'elle serait absente. J'ai accepté car je pense que ma tante aurait été très fière… Et puis ça va m'occuper l'esprit.
— Excellente idée.
— J'avoue que j'ai hâte de voir la salle de bain. Chourave m'a dit que je serais informée de tous les devoirs préfectoraux lors de la prochaine réunion, mais je me disais que tu pourrais m'en dire un peu plus avant ça.
— Oui, bien sûr ! Je peux t'y accompagner pour te montrer où c'est si tu veux, proposa la Sang-de-Bourbe avec un petit sourire.
Imaginer le corps nu de Granger, en train de se savonner les courbes et les creux dans la large baigne de la salle de bain des préfets échauffa l'esprit de Drago en un prompt instant. Révolté et dégouté contre ses propres idées, dont il nota le grand enchérissement à mesure que les jours passaient, il cessa aussitôt de les écouter, comme pour prouver à une audience imaginaire et à lui-même que Drago Malefoy n'en avait véritablement rien à faire d'étudier le corps d'une Sang-de-Bourbe sous toutes ses coutures.
LUNDI 16 SEPTEMBRE 1996 – Soir, salle commune Gryffondor – Poudlard, Écosse
La journée passa relativement vite.
Elle resta surtout en compagnie de Susan car cette dernière était, au contraire de ce qu'avait dit Hannah, plutôt studieuse et voulait rattraper son retard. Plus qu'enchantée à l'idée de l'aider, Hermione s'attelait à lui faire le récit des cours des deux dernières semaines et elle accompagna Susan à chaque fin de cours dans ses discussions avec les professeurs afin que ces derniers s'assurent qu'elle avait des personnes sur lesquelles s'appuyer pour sa reprise de cours. Ses deux comparses de Poufsouffles, Wayne Hopkins et Justin Finch-Fletchley s'étaient également engagés à l'assister.
Distraite par la compagnie, elle eut le plaisir de ne pas se sentir trop coupable de ne pas confier son aventure du weekend à Ron et Harry, ni de se sentir en faute à regarder Malefoy. À vrai dire, elle se félicitait même de ne pas avoir du tout pensé à lui de la journée.
Une petite victoire, mais une victoire quand même, se dit-elle le soir en finissant pour l'une des premières fois depuis la rentrée, sa ronde en temps et en heure.
Quand elle pénétra dans la salle commune, elle trouva Ron, Harry, Neville, Parvati et Lavande tous ensemble en train de faire leurs devoirs. Neville avait l'air très blême. Son visage s'éclaira quelque peu lorsqu'il aperçut Hermione et avant qu'elle ne les rejoigne à la table, il se leva de son siège et l'attira à part.
— Susan m'a donné une lettre d'Hannah.
Il sortit de la poche de sa robe de sorcier une enveloppe un peu froissée. Hermione n'était pas surprise de constater que l'enveloppe était bien plus grande que la sienne.
Visiblement, il l'avait gardée sur lui toute la journée et, vu l'état du papier, avait cherché de nombreuses fois le réconfort de son contact dans sa poche.
— Elle est un peu abimée, déplora-t-il.
Hermione lui adressa un petit sourire, sortit sa baguette et tapota doucement dessus. L'enveloppe était soudain, comme neuve. Neville lui rendit son sourire.
— Merci. Pratique, comme sort.
— Le sortilège du Corrigo. Un des plus pratiques, agréa-t-elle plaisamment. Défroisse, déchiffonne, siphonne l'encre renversé. Je le connais depuis la première année. J'ai cessé de compter combien de fois il a sauvé la mise à Ron et Harry, railla-t-elle pour le dérider.
Il laissa échapper un petit rire pataud, mais bien vite retrouva son air dépité.
— Elle me manque, confia-t-il d'une voix étranglée.
— J'imagine… Compatit Hermione en posant doucement une main sur son épaule. Tu sais, tu peux toujours venir me parler si tu as besoin. Pareil pour Susan. Elle m'a dit qu'elle espérait que tu allais bien.
Neville laissa son regard s'enfuir sur les côtés.
— Merci…
Hermione laissa une petite pression sur son bras avant de cesser son étreinte, mais Neville la retint.
— Attends. Il n'y a pas que ça que je voulais te dire. Je voulais aussi te dire que… Ce serait super… cool si Harry, Ron et toi, vous reformiez l'A.D. Je sais que beaucoup de gens en seraient vraiment ravis. Et maintenant qu'Ombrage n'est plus là pour nous en empêcher…
Elle ne répondit pas pendant un instant, songeuse. Ce n'était pas la première fois, depuis la rentrée, que cette idée était évoquée… Et elle devait avouer que plus elle y pensait, plus l'idée semblait avoir du sens. Malgré tout, elle ne se sentait pas légitime à apporter à Neville une réponse qui engagerait ses amis, sans les avoir consultés au préalable.
— Je ne suis pas sûre. Il faut que nous en discutions avec Harry et Ron, éluda-t-elle.
Neville n'eut pas l'air déçu, mais au contraire, plus déterminé qu'à la seconde précédente.
— Oui, discutez-en, encouragea-t-il. De mon côté, je sais que Ginny, Luna, Seamus et Dean sont très intéressés… Hannah aussi. Susan l'est peut-être également ?
— Elle l'est, confirma Hermione prudemment. Mais… Enfin, je te dirais, finit-elle par conclure sans la moindre précision.
Neville approuva d'un signe de tête.
— Bon, et aussi… Je sais que je ne suis pas… et c'est peu de le dire… un spécialiste en matière de relation amoureuse… Mais je dois te prévenir que Lavande a été très entreprenante avec Ron toute la journée et…
L'estomac d'Hermione se noua.
— Malheureusement, je ne peux rien y faire, déplora-t-elle.
— Tu pourrais l'informer de ton intérêt… Suggéra-t-il en penchant la tête dans un mouvement indécis.
— Oui, je pourrais, céda-t-elle avec une sorte de détresse dans les yeux. Mais ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Je veux dire… Parler de mes sentiments, ça peut aller… Mais en parler avec Ron !
L'énergie de Neville sembla quelque peu vaciller.
— Ce n'est pas l'interlocuteur le plus facile, en effet, admit-il d'un air plein de contrition à l'idée de casser du sucre sur le dos de quelqu'un.
— Il faut reconnaître que Lavande sait parfaitement s'y prendre avec lui, s'agaça Hermione en leur jetant incidemment un coup d'œil et surprenant un rire entre les deux sujets de leur présente discussion.
— Peut-être que tu réfléchis trop, proposa Neville.
Elle redirigea son regard d'ores et déjà peu amène sur lui, le courrouçant encore davantage d'une lueur de reproche.
— Enfin, ce que je veux dire, amenda-t-il aussitôt. Je veux juste dire qu'il m'a l'air d'être assez… simple ? De ne pas aimer les complications ?
— Et donc ? L'encouragea-t-elle à continuer son explication, un sourcil haussé.
— Et donc… Peut-être que tu devrais… rire à ses blagues… lui faire des compliments… Comme Lavande ?
Hermione leva les yeux au ciel.
— Non. C'est hors-de-question. Je ne vais pas me mettre à me comporter différemment juste pour seoir à sa majesté.
— Mais je croyais que… Weasley était notre roi ? Souffla soudain Neville.
Hein ?
Éberluée, Hermione dévisagea Neville, qui devint de plus en plus rouge, jusqu'aux oreilles. Soudain, elle éclata bruyamment de rire. Elle parvenait à peine à y croire !
— Neville, c'est la première fois que je t'entends faire une blague en cinq ans d'études… ! S'exclama-t-elle vivement.
— Probablement l'influence d'Hannah, murmura-t-il gauchement en se grattant nerveusement la tempe.
Hermione riait toujours aux éclats lorsqu'ils retournèrent s'asseoir avec les autres.
Ron sembla se renfrogner après quoi. Était-il agacé parce qu'elle les avait rejoints ? Croyait-il qu'elle allait ruiner son flirt avec Lavande ? Elle ne voulait plus se hasarder à l'imaginer jaloux, cela n'était pas sain.
Elle se plongea donc dans ses devoirs sans participer aux conversations de la tablée.
MARDI 17 SEPTEMBRE 1996 – Après les cours, Bibliothèque – Poudlard, Écosse
McLaggen était à la bibliothèque.
C'est tout ce à quoi il pouvait penser, car Pince s'était absentée l'espace d'un instant de l'endroit, et que ce dernier en avait profité pour déblatérer tout ce qu'il pensait sur l'équipe de Quidditch de Gryffondor aux autres gars de septième année de sa promotion qui s'entichaient de sa compagnie.
Autant dire que même si ce n'était pas pour en dire du bien, sa mesquinerie n'avait pourtant rien de passionnant car elle demeurait sans la moindre originalité. Drago était particulièrement agacé car il était plongé dans un registre de poisons et que les jacassements de l'autre imbécile l'empêchaient de se concentrer sur sa lecture.
Granger pénétra dans la bibliothèque avec Bones.
Il les suivit du regard de là où il se trouvait, avachi sur sa chaise et ballottant négligemment sa plume entre ses doigts. McLaggen cessa aussitôt de critiquer l'équipe et interpella bruyamment la Sang-de-Bourbe, en utilisant son prénom.
Interdite par le niveau sonore auquel il se permettait d'élever la voix dans l'enceinte de sa précieuse bibliothèque, elle fronça les sourcils, et Drago esquissa un rictus en coin.
— Moins fort, enfin ! S'exclama-t-elle dans un murmure furieux.
Drago retint un ricanement.
— Salut, Bones ! Interpella McLaggen en baissant à peine le ton.
Bones maugréa quelque chose d'incompréhensible.
— Hermione, je voulais te demander si tu voulais m'accompagner à la prochaine soirée de Sluggy ? C'est jeudi qui arrive.
Drago plissa des yeux pour mieux voir la réaction de la Sang-de-Bourbe à cette intolérable invitation. Elle n'avait pas l'air désolée pour un sou quand elle répondit.
— Non, merci. Je ne pense pas y aller.
— Pourquoi ? Brava-t-il fortement avec une inflexion d'injustice, comme si on lui retirait une friandise.
— Parce que… c'est mon anniversaire… Et que je veux le fêter avec mes amis.
C'était son anniversaire ? Ou était-ce un prétexte bien pratique ?
Quoi qu'il en était, elle avait dit non. McLaggen n'avait pas l'air satisfait et c'était très bien comme ça.
— Nous avons des devoirs à faire, si tu veux bien nous excuser, se congédia Granger, entrainant Bones sans son sillage, cette dernière ne se faisant pas prier pour lui emboiter le pas.
Elles rejoignirent la cadette Weasley et Loufoca Lovegood à une table éloignée de McLaggen, mais de Drago également, si bien qu'il les perdit de vue.
— Un de ces soirs, je vais me la faire, souffla McLaggen à l'un de ses comparses, le coudoyant vicieusement.
Drago reporta son regard acier sur lui, sa joue toujours sur sa paume.
Que venait-il de dire, ce crétin congénital ?
— Si je ne peux pas être gardien, c'est à elle que je vais mettre des buts. Weasley aura les boules.
Des rires gras résonnèrent à la tablée des garçons, mais c'est le moment que Madame Pince choisit pour réapparaître, et elle leur intima de se taire immédiatement à moins de ne vouloir être collés.
Le groupe préféra quitter la bibliothèque plutôt que d'être silencieux, et Drago les stria de son regard couleur fumée tandis qu'ils partaient. En lui, il sentit ironiquement une flamme glaciale se cristalliser, formant un burin de glace aiguisé destiné à trépaner les crânes de ces raclures dans de sanglants craquètements et hurlements, aux premières rives de son imagination.
Que ne feraient-ils de stupides cadavres, ceux-là…
À penser à des corps, il songe à nouveau à celui de Granger, qui, avec ses mains fines de scribe, malaxe ses cheveux détrempés et mousseux aux gouttes qui glissent le long de sa poitrine et viennent perler à ses tétons à ses yeux fermés et son expression de madone tranquille, comme sculptée dans l'ocre.
Il s'humecte les lèvres, la bouche sèche. Il a faim et soif.
Serait-ce si grave de se glisser dans la salle de bain pendant qu'elle s'y lave ? Ne risquait-il pas vraiment de se faire renvoyer au cas où il se faisait prendre la main dans le sac ?
Mais pourquoi se ferait-il prendre ? Il pouvait tout à fait se jeter un sortilège de désillusion en s'aidant d'une rune d'amplification lui lancer un petit Confundus tandis qu'elle pénétrerait dans la salle d'eau s'asseoir dans un coin et admirer le spectacle privé.
Peut-être n'était-ce même pas un prétexte à renvoyer un élève ? Si sa punition était simplement relatée dans son dossier scolaire, il n'en avait vraiment cure. Son dossier devait déjà être bien rempli. Cela lui rappelait d'ailleurs qu'il attendait toujours la retenue de McGonagall.
Soudain, comme frappé par la foudre, il eut une révélation.
Les méfaits des élèves étaient consignés dans les dossiers scolaires, c'était vrai.
Mais, alors… Tous les méfaits ? Y compris, par exemple, d'enfermer un élève dans une armoire magique… ?
Le dossier des jumeaux Weasley.
Comme un imbécile, il n'avait pas songé à regarder dans le placard contenant les dossiers des élèves. Pourtant, s'il pouvait y avoir un endroit où seraient retranscrits les dommages infligés à l'armoire à disparaître, et sa nouvelle situation, il y avait de bonnes chances pour que cela soit là-dedans. Rusard écrivait ses rapports avec une grande diligence et il était connu qu'il y prenait un plaisir retors.
Heureusement retenu par une vague de glace d'Obduro, Drago lutta contre son envie d'aller vérifier sa supposition immédiatement. Il était bien trop dangereux de se lancer dans ce genre d'expédition en pleine journée.
La sensation de froid lui rappela malheureusement, et de manière douloureuse, qu'il devrait bientôt rendre visite à Rogue car le coffre était plus qu'à moitié vide.
MARDI 17 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse
— Je ne suis pas sûr, Hermione… Soupira Harry, visiblement peu convaincu.
— Beaucoup sont très motivés, plaida-t-elle.
— Tu vois le peu de temps qu'on a ? Entre les cours, les devoirs, le Quidditch, les entretiens avec Dumbledore… les retenues de Rogue, grinça-t-il finalement.
— Il n'a pas tort, concéda Ron d'un coup d'œil torve.
Mais Hermione elle-même y avait bien réfléchi et trouvait leur manque de détermination désolant. En fait, elle trouvait même l'irrésolution d'Harry inquiétante. D'entre eux, il avait souvent été le plus fougueux à enfreindre des règles – bien que Ron ne soit jamais vraiment contre, et qu'il ne s'agisse pas ici, en l'occurrence, d'une véritable bravade contre l'autorité.
Mais depuis cet été, Harry était comme… éteint sur ce sujet. Il lui était surprenant d'être celle qui plaidait pour la reprise de l'A.D, et de se heurter ainsi à la réticence de celui qui avait montré tant d'entrain l'année dernière à enseigner sortilèges et maléfices à un nombre conséquent d'intéressés.
— Il y a peut-être des vies en jeu ! S'exclama-t-elle. Tu as sauvé la vie de tellement de personnes en nous enseignant des choses l'année dernière !
— Tu n'en sais rien, balaya Harry en la fixant.
— Oh, ne fais pas l'enfant modeste, l'épingla Hermione en roulant des yeux. Je n'ai pas le temps de te flatter, Harry ! Je te dis ce que je pense, et je ne suis pas la seule à le penser, figure-toi.
Ron s'était maintenant tu et les regardait alternativement se renvoyer la balle, l'air circonspect, comme ayant peur d'être entraîné dans la dispute.
— Entre les nôtres – car nous aurions été bien incapables de nous défendre avec autant d'ardeur sans tes leçons – et celles des gens qui ne sont présentement pas victimes des Mangemorts que notre action a permis de faire emprisonner…
— Et Sirius ? Intima soudain Harry, la voix basse et grave. Je suis censé oublier que mes imprudences de l'année dernière lui ont couté sa vie ? Contrairement à ce que tu dis, je n'ai pas fait que sauver des vies, j'en ai pris aussi.
C'était la première fois depuis qu'ils s'étaient revus cet été qu'il mentionnait son parrain, et Hermione se sentit aussitôt affreusement coupable. Elle n'avait pas vu les choses sous cet angle.
— Harry, reprit-elle avec douceur en posant sa main sur la sienne. Tu n'es pour rien dans la mort de Sirius.
— Nous ne serions jamais allés au ministère si je…
Mais Harry ne finit pas sa phrase, car sa voix s'était étranglée. Il avait détourné la tête et ne les regardait plus, désormais. Hermione et Ron échangèrent un regard soucieux. Bien sûr, elle savait que ce moment arriverait. Il avait bien trop retenu ses larmes et ses confidences jusqu'ici. Sa culpabilité le rongeait.
— Si ce n'était pas Sirius, cela aurait été quelqu'un d'autre. Arthur avait vraiment été une victime quelques mois auparavant ! Comment pouvais-tu savoir… !
— Rogue ! Fulmina-t-il soudain. Si Rogue m'avait correctement enseigné l'Occlumancie… Si j'avais été suffisamment studieux, si j'avais été meilleur… ! Comment pourrais-je donner des cours à des personnes, alors que je suis incapable moi-même de me défendre contre Voldemort !
Bouleversée, Hermione se rapprocha de lui et le prit dans ses bras, indiquant d'un signe de tête à Ron de lui poser au moins sa main sur l'épaule dans un signe de soutien. Le roux le fit. D'abord muré dans un silence indiquant son incapacité à trouver les bons mots, les bons réconforts, il tapota la clavicule d'Harry.
— T'es tout à fait capable de te défendre, annonça-t-il finalement d'une voix calme. Tu nous as appris énormément, et tu peux encore le faire, enfin si tu le souhaites, bien sûr, s'empressa-t-il d'ajouter.
Il adressa un coup d'œil éloquent à Hermione, signifiant par-là qu'elle devait cesser d'insister, ce qu'évidemment Hermione n'avait plus l'intention de faire à cet instant. Elle approuva néanmoins d'un signe de tête pour lui faire comprendre qu'elle avait saisi son sous-entendu.
— Et Sirius… Sirius…
Elle aurait aimé dire ce qu'elle pensait tel quel.
Que Sirius avait toujours été d'une nature téméraire, et même imprudente, que bien souvent il avait poussé Harry dans des situations dangereuses, et ne rechignait pas lui-même à s'y placer. Elle voulait lui rappeler à quel point Sirius avait été enthousiaste à l'idée qu'il fomente une résistance contre Ombrage – quand bien même elle-même avait été initialement réticente – mais elle ne voulait pas donner l'impression d'instrumentaliser la mort de Sirius à de pareilles fins.
— Sirius est, j'en suis certaine, fier de s'être joint au combat et d'avoir pu, grâce à son propre talent magique, lutter contre les forces qui lui ont tellement pris au cours de sa vie. Je pense qu'il avait toujours envisagé de… quitter notre monde ainsi.
En effet, elle était sûre, sans savoir pourquoi, que Sirius n'aurait jamais pu se reconstruire s'il était resté en vie et que la guerre s'était achevée dans leur victoire. Après tant d'années passées à Azkaban… Après avoir perdu le père d'Harry, avoir été trahi par l'un de ses meilleurs amis d'enfance… Avoir perdu toute sa famille de cœur, excepté Harry et Remus.
Harry releva le visage, les yeux embués.
— Je le pense aussi, confirma-t-il. Mais… Je ne peux pas m'empêcher d'y repenser… Et de me dire que c'est de ma faute.
— Je comprends, dit-elle en le serrant de plus belle, lui massant le dos de manière rassurante.
— Qu'est-ce qui se passe ? Les interpella une voix féminine au loin.
Ginny.
— Oh… Oh, salut Ginny, intervint aussitôt Ron. Euh, nous sommes en plein dans…
— Elle peut venir, coupa Harry en détournant le visage pudiquement. Cela ne me dérange pas.
La sœur de Ron s'approcha après cette invitation et ils restèrent tous les quatre près du feu dans le silence durant un long moment, avant que Ginny ne se lance dans une l'anecdote ridicule et hilarante sur un Serpentard de son année qui avait mis le feu à la cape de Slughorn en cours de Potions.
Pendant qu'elle contait son récit, Hermione vit Harry se détendre au fur et à mesure, et pour la première fois de sa vie, pria pour que Ginny et Dean se séparent vite.
MERCREDI 18 SEPTEMBRE 1996 – Poudlard, Écosse
Après une journée particulièrement inutile, et même désagréable si l'on comptait le cours de Potions où encore une fois Potter avait brillé par ses prodiges, Drago s'apprêtait à se mettre en route pour le bureau de Rusard.
Comme diversion, il avait ensorcelé deux des armures du cinquième étage, afin que ces dernières s'animent pour se battre. Le temps que Rusard monte tous les escaliers, règle le problème, puis redescende au rez-de-chaussée, il aurait largement le temps de lire le dossier des frères Weasley. Le plan semblait fonctionner comme sur des roulettes car il vit Rusard quitter son bureau en claudiquant dans le hall d'entrée vers les escaliers principaux.
Sous le couvert d'un sort de désillusion, il s'engouffra dans le bureau et se dirigea automatiquement vers le second placard, délaissé la fois précédente. Il n'eut aucun mal à trouver le dossier des frères Weasley, étant le plus conséquent de tous. L'en sortant, il le déposa sur la table de bois brute sur laquelle Rusard travaillait usuellement, et ouvrit à la dernière page, car il supposait que ce seraient là consignés les derniers méfaits en date des deux imbéciles roux.
Il se rendit en fait compte que le dossier était classé du plus récent au plus ancien, et ouvrit finalement la première page.
27 avril 1996
COUPABLES : Jumeaux Weasley
MÉFAIT : Marécage dans le couloir du cinquième étage de l'Aile Est.
PUNITION :
26 avril 1996
COUPABLES : Jumeaux Weasley
MÉFAIT : Feux d'artifices explosifs dans tout Poudlard
PUNITION :
26 avril 1996
COUPABLES : Jumeaux Weasley
MÉFAIT : Séquestration d'un élève (Graham Montague, Serpentard) dans l'armoire à disparaître cassée du 2ème étage
PUNITION :
Drago intercala le coin pour rapport sur la séquestration de Montague entre ses doigts et tourna les pages rapidement pour arriver à la page qui l'intéressait. Ce dernier était bref et griffonné avec une sorte de maladresse laissant deviner la fureur de Rusard lors de la rédaction.
Montague retrouvé le 27 avril dans les toilettes du quatrième étage.
Punition non délivrée car les élèves coupables ont quitté l'école, ce même jour.
Armoire cassée, déplacée dans la salle du mobilier à réparer du septième étage.
Voilà. Parfait. Enfin.
Un putain de résultat.
Victorieux, Drago ferma et rangea précipitamment le dossier, le remettant à sa place et s'apprêta à quitter les lieux. Il s'arrêta pourtant sur le seuil.
Finalement, il se retourna, se dirigea vers le troisième placard, et saisit un catalogue de commande des frères Weasley qu'il avait vu la dernière fois. Qui sait, peut-être pourrait-il commander des choses utiles… Personne n'avait besoin de savoir qu'il avait de l'estime pour le travail de ces deux imbéciles.
Un marécage portable, c'est vrai que cela sonnait comme une habile diversion.
JEUDI 19 SEPTEMBRE 1996 – Matin – Poudlard, Écosse
Personne ne se souvenait qu'Hermione, ce jour-là, fêtait ses dix-sept ans, autrement dit qu'elle était majeure. Aucune de ses deux colocataires ne fit retentir le chant dans la chambrée, Harry et Ron descendirent avec elle à la Grand-Salle en parlant de Quidditch. C'est Susan Bones qui lui adressa un signe de main de la tablée Poufsouffle, en lui mimant des lèvres « Joyeux anniversaire », qui fut la première à le lui souhaiter. Oui, Susan Bones, à qui elle parlait sérieusement seulement depuis le début de la semaine.
Piquée dans son orgueil, Hermione ne dit rien et commença à petit-déjeuner sans grande énergie. Elle avait espéré que Ron s'en souvienne. Peine perdue.
Ayant bien sûr demandé à ses parents de ne lui envoyer aucun courrier, elle ne reçut aucun message de leur part, ce qui la plongea également dans une humeur sombre et mélancolique. Ils lui manquaient. Depuis ce qui était arrivé à Hannah, les cauchemars dans lesquels sa mère, ou même ses deux parents lui étaient arrachés avaient redoublé. La peine semblait indécemment insurmontable, et Hermione, bien qu'agacée par l'oubli de ses deux amis, ne put s'empêcher de poser les yeux sur Harry avec une lame de compassion dans le cœur.
Ils se rendirent en Potions, ou encore une fois, Harry fit des miracles. Puis en Défense contre les forces du mal, où, a contrario, Harry se fit allègrement rabrouer. Enfin en Sortilèges, où Hermione, chagrinée par cette journée, rata la moitié de ses sorts.
Ils allèrent ensuite déjeuner en mi-journée, et si Ron et Harry avaient vraisemblablement remarqué qu'elle était de mauvaise humeur, ils ne lui posèrent pas de question, probablement convaincus qu'elle était agacée à cause des prestations formidables d'Harry grâce au Manuel du Prince de l'Andouille, et de ses propres échecs en Sortilèges.
L'après-midi, les sixièmes années avaient cours de Botanique, et Hermione s'installa près de Susan, qui était en bout de table. Malheureusement, elle était pile en face des Serpentards, et comme Hermione s'était promis de ne pas regarder Malefoy, elle garda les yeux baissés le plus possible, ou encore fixés sur le professeur Chourave.
Une fois le cours terminé, elle se rendit directement à la bibliothèque où elle travailla sans relâche, de plus en plus furieuse à mesure qu'elle grattait sa plume sur son parchemin.
En fin d'après-midi, début de soirée, elle dîna sans attendre ses deux meilleurs amis, puis décida de s'octroyer un bain. Elle y songeait à vrai dire depuis que Susan en avait parlé, le lundi précédent. Cette journée affreuse ne pouvait pas s'arranger, et elle n'avait envie de voir personne. Le bain était donc une alternative idéale à l'idée de retourner dans la salle commune.
Elle fit tout de même le chemin jusqu'à ses dortoirs, prenant ses affaires de bain et de nuit, puis parcourut les couloirs de Poudlard dans le silence de la soirée, pendant que tout le monde dînait.
JEUDI 19 SEPTEMBRE 1996 – Pendant le dîner, septième étage – Poudlard, Écosse
Il avait beau en faire le tour, rien n'y faisait. Les couloirs du septième étage ne comportaient pas de salle de rangement de meubles à réparer. Quelque part, Drago n'était pas surpris : il connaissait très bien cet étage pour s'y être familiarisé l'année passée, lors de son enrôlement dans la brigade inquisitoriale. Ils avaient passé de longs moments à parcourir cet étage en particulier, car c'était là qu'Harry et les autres disparaissaient dans leur salle de résistance et d'entraînement, et Drago n'avait à ce moment-là pas pris connaissance d'une salle de rangement de mobilier. Pour autant, comme il ne s'agissait pas là de ce qu'il cherchait l'année dernière, il s'était fait la réflexion qu'un oubli de sa part était tout à fait possible pour une connaissance si triviale.
Mais, parcourant à nouveau les corridors, il était bien obligé de s'incliner. La salle était introuvable. Peut-être avait-elle changé de lieu ? Mais si oui, comment savoir où elle se trouvait ?
Il avait gagné quelque peu la sympathie de Rusard l'année passée car ils étaient tous les deux du côté d'Ombrage, mais Rusard n'était pas du genre à se réjouir de discuter avec les élèves de quoi que ce soit d'autres que de punitions.
Drago soupira et commença sa redescente vers les cachots, culpabilisant d'y retourner bredouille. Passant par le couloir nord du sixième étage, contournant une statue de marbre, il descendit l'escalier en bois de hêtre et bifurqua dans le couloir du cinquième étage. Il se figea soudain et revint sur ses pas précipitamment. Granger, un peignoir molletonné sur le bras et la tête plongée dans une trousse de toilette, avançait dans sa direction à l'autre extrémité du corridor.
Portant sa paume à sa bouche dans un réflexe d'hilarité, Drago ne réfléchit même pas et sortit sa baguette de la poche. En un instant, il avait dessiné le cercle d'amplification magique sur sa personne, et se jeta un sort de désillusion. Une sensation de froid se répandit sur tout son corps, puis, quand il fut sûr d'être invisible, ou tout du moins, camouflé, il se glissa dans le couloir où Granger progressait toujours. Elle s'arrêta et finit par esquisser un petit sourire triomphant, comme si elle était satisfaite d'avoir retrouvé ce qu'elle cherchait.
Drago lui jeta un sortilège de surdité en informulé et courut vers elle le plus silencieusement et discrètement possible, même s'il était pratiquement invisible et Granger sourde à sa course. Il arriva juste à temps tandis qu'elle s'arrêtait devant l'entrée de la salle de bain. Plaquant son insigne contre la porte, elle attendit que cette dernière ne s'ouvre et aussitôt, Drago lui jeta un Confundus pour s'assurer qu'elle ne serait pas attentive à quoi que ce soit véritablement.
Elle entra dans la salle d'eau, la démarche un peu prise de vertiges mais sans trop rien remarquer. Il se glissa derrière elle et la porte, bientôt, se referma. Prudemment, il alla s'installer au fond de la salle, sur une chaise longue en bois doré près des vitraux et, essoufflé à la fois par sa course et l'adrénaline foudroyante qui parcourait son corps et faisait battre la chamade à son cœur, il s'assit en enjambant l'allonge-pieds et observa avec délectation les gestes complètement candides d'Hermione Granger qui posait son peignoir et sa trousse sur le sol avant d'ouvrir, d'un geste de baguette, les robinets de l'immense baignoire.
Les avant-bras sur les genoux, il se statufia quelque peu, les yeux rivés sur elle. Sans agilité, sans élégance ni grâce, elle défit le col de sa robe de sorcier, la passa par-dessus sa tête avant de plier soigneusement cette dernière, la posant sur le long banc en palissandre qui longeait l'un des murs de la salle d'eau. Restant à proximité de ce dernier, probablement comptant y déposer ses affaires au fur et à mesure, elle commença à dénouer sa cravate, puis la passa au-dessus de son cou. Son polo grenat eut le même sort, et, enfin, elle entreprit de défaire les boutons de sa chemise.
Drago ne pouvait plus réfléchir. Il était désarçonné, désarmé, hypnotisé.
Il était incroyable de constater que même sans la moindre finesse ou légèreté dans ses gestes, ces derniers demeuraient pourtant sensuels. Était-ce un érotisme qu'il lui prêtait par son regard et le secret de son observation ?
Bientôt, ses épaules se défirent d'un geste sec de sa chemise d'écolière et là-dessous, Drago découvrit avec fièvre une peau de caramel, légèrement moins tannée que son visage, mais bien plus mate que la sienne aussi pâle que l'albâtre. Elle était constellée de grains de beauté plus ou moins petits et de taches de rousseur vouées à disparaître. Sa poitrine, retenue dans un carcan simple en linomple bleu clair, fut finalement mise à nue et Drago sentit son bas-ventre réagir avec ardeur. Sans avoir une poitrine très imposante, ses seins se relâchaient lourdement sur son buste et elle poussa un gémissement d'aise mêlé d'une pointe d'exaspération. La marque de son sous-vêtement s'inscrivait dans la chair de ses côtes, démarquant l'endroit où ce dernier l'avait engoncée. Exposée ainsi à l'air frais de la pièce, ses tétons se dressèrent et elle fut visiblement parcourue d'un frisson, vu le petit cri roulant et rauque qu'elle laissa s'échapper de sa bouche en tortillant désagréablement ses épaules, sans le savoir oscillant sa poitrine devant le regard scrutateur et avide de Drago.
À aucun moment, sa pulsion scopophile n'insuffla le moindre scrupule au Serpentard.
Elle n'était rien, et par ailleurs, n'en saurait jamais rien : il avait juste…
Juste envie de voir.
Il était, pour ce soir, un voyeur érotomane, et il allait s'en convenir sans remords ni regrets.
Oui, il s'accommoderait de ce voyeurisme iconoclaste, hérétique, blasphématoire et tout ce qu'on voudrait bien attribuer comme mots grandiloquents et diffamants pour décrire sa conduite indigne d'un Sang-Pur à l'égard d'une Sang-de-Bourbe.
Peu importait. Il voulait la voir nue.
S'asseyant sur le banc de palissandre pour plus de confort et de praticité, elle défit ses souliers d'écolière et descendit ses chaussettes hautes. Elle se redressa et fit glisser du même mouvement sa jupe et sa petite culotte sur le sol.
Drago laissa échapper un souffle rauque et appréciateur. Bon sang.
Comment un être aussi répugnant pouvait être aussi…
Comment une bestiole, une créature comme elle pouvait être si… bonne à regarder.
Nullement préoccupée, car parfaitement ignorante du regard acier qui l'épiait, elle rangea ses affaires, nue, dans la plus parfaite ignorance que ses faits et gestes, ses cambrures et ses penchements étaient appréciés dans le moindre de leurs détails.
Elle se glissa dans l'eau avec un soupir de contentement absolument excitant, et ferma les yeux, s'abandonnant à une brasse dorsale langoureuse destinée à étirer son dos et ses bras.
L'entrejambe aussi dure que du marbre à ce stade, et le sang bouillonnant dans ses veines, Drago la suivait de son regard métallique, vacillant le chrome de ses yeux sur chacun des membres qu'elle laissait sortir de l'eau. S'emparant d'un savon dans une jatte en argent en forme de coquille dentelée, elle le fit mousser entre ses paumes, et Drago imagina quelques instants la gloire qu'il ressentirait si elle infligeait le même traitement à son membre plus qu'engorgé.
Le reste du bain de Granger se déroula à peu près comme une transe pour Drago car il perdit la notion du temps, son regard d'argent ne se lassant pas de tracer les reliefs et les contours de la moindre parcelle de son anatomie.
Le fait qu'elle ignore sa présence, et que cela constitue un affront terrible à sa personne et à sa vie privée, l'excitait encore davantage. Le crime était grisant. Faire d'elle sa victime était grisant.
Quand elle quitta la baigne et se sécha avec une serviette moelleuse, il se décida à faire ses adieux à ses belles jambes d'ocre et à ses hanches rondes, car qui savait quand il les reverrait ?
Sûrement bientôt.
Il ne pouvait croire que c'était la dernière fois : rien que la notion était ridicule.
Elle passa au-dessus de ses cheveux mouillés sa chemise de nuit informe blanche et enfila son peignoir. Délestant sa chevelure de son col, elle commença à la sécher et pour la première fois de sa vie, Drago vit les cheveux ruisselants de Granger se transformer en la masse hirsute et absolument rebutante qu'elle avait sur la tête lorsqu'ils étaient secs. Ne pouvait-elle pas faire un fichu effort ? Essayer de les démêler, au moins ?
Mais même comme ça, concédait-il, même comme ça, elle me fait bander. La garce.
Ses cheveux non peignés avaient quelque chose de sauvage, d'indomptable, et il avait envie de les empoigner et de l'attirer contre lui. De lui coller son érection contre le ventre, de lui tirer le visage vers le bas, et de venir plaquer sa joue contre la bosse dure de son pantalon. Il avait envie qu'elle le suce, à genoux entre ses jambes. Il avait envie de lui agripper la tête jusqu'à ce que sa queue aille au fond de sa gorge, et gicler dedans, et qu'elle avale tout et…
Qu'elle aime ça, cette trainée.
Plus une seule once de calme ne résidait en lui. Tout était ouragan, embruns acérés de sel et de glace, de fracas de magma, et cacophonie.
Il vint dans un râle sourd dans son pantalon – comme cela avait pu se prédire – alors même qu'elle quittait la salle, absolument inconsciente de ce qui se passait dans son dos.
La porte claqua derrière elle. Il laissa échapper un lourd soupir.
Joyeux anniversaire Sang-de-Bourbe.
