On en a enfin fini!

Ça y est! C'est enfin (ou déjà, ça dépend de votre point de vue) la fin de cette fiction. L'air de rien ça me fait vraiment quelque chose.

Je voulais remercier tous ceux et celles qui ont lu, suivi, et commenté cette histoire; pour un tel projet, qui devait être un OS pas sérieux et qui finit par dépasser les 60k mots de drama, votre soutien à tous et à toutes a été grandement apprécié.

Un immense merci tout particulier évidemment à ZeegZag, à qui je dois l'entièreté de ce projet, et tout le positif qui en a découlé. Certaines rencontres sur ce site m'ont apporté énormément de belles choses, et celle-ci en est certainement un excellent exemple, alors encore une fois, merci pour tout, avec tout plein d'émotions ! J'espère que ce petit cadeau t'aura plu.

J'espère que la fin de cette fiction vous plaira à tous, d'ailleurs, je vous embrasse et vous souhaite une bonne lecture!


Destiny


Genesis n'avait jamais vu le penthouse. Sephiroth, en revanche, avait dû se trouver ici une fois ou deux auparavant, mais même si cela n'avait pas été le cas, l'endroit ne lui aurait jamais fait autant d'effet qu'à son fougueux amant, qui regardait tout autour de lui pendant qu'ils étaient guidés par Lewis dans les couloirs jusqu'au bureau de Rufus.

-Pourquoi est-ce que nos appartements de First ne sont pas aussi luxueux ? On est des héros de guerre, tout de même…

Sephiroth ne jugea pas utile de répondre aux grognements frustrés que Genesis lui lançait à mi-voix, ce dont son second ne sembla même pas s'insurger. Au lieu de ça, à peine un pied posé dans le bureau du Vice-Président, Genesis demanda ce que le Général n'aurait jamais osé formuler à sa place :

-Vous allez bien, Vice-Président ?

Rufus se redressa, quittant cette position voûtée qui avait suffisamment inquiété Genesis pour qu'il se permette d'être aussi direct, et désigna les deux sièges devant son bureau :

-Messieurs, asseyez-vous, je vous en prie.

Genesis s'exécuta, notant dans un coin de son esprit le fait que Rufus n'avait pas répondu à sa question. À ses côtés, Sephiroth se tendit, aussi sensible que lui à l'atmosphère pesante qui régnait dans le bureau.

Lewis prit congé avec un respectueux signe de tête envers les occupants de la pièce, fermant soigneusement la porte derrière lui. Les secondes de silence s'écoulèrent.

Devant le mutisme évident de Rufus, Genesis décida de lancer la conversation lui-même :

-Je pensais trouver Angeal avec vous, Vice-Président. Nous devions manger ensemble, mais il ne s'est jamais-

-Le Commandant Hewley a quitté la Tour. Probablement la ville aussi, coupa Rufus.

La main qu'il voulait porter à son front tremblait tellement qu'il la cacha plutôt sous le bureau. Sephiroth et Genesis n'ignoreraient certainement pas l'effet dévastateur que le départ précipité du brun avait eu sur lui, mais il n'était pas obligé de le leur montrer aussi clairement.

-Je vous demande pardon ?

La question venait de Sephiroth, Genesis étant resté trop choqué sur sa chaise pour ne serait-ce que répondre. Enfin, pendant une paire de secondes seulement, puisqu'il s'exclama :

-Attendez, vous devez vous tromper. Angeal ne quitterait pas la ville, et encore moins comme ça, sans nous le dire. Il doit y avoir une erreur…

-Il n'y a aucune erreur, Commandant Rhapsodos.

Rufus prit une grande inspiration pour se donner le peu de courage qu'il pouvait réunir. Son regard passa alternativement de Sephiroth à Genesis. Ils étaient des héros de guerre. Ces deux hommes avaient risqué leurs vies pendant deux ans pour la société dont il hériterait un jour. Il leur devait au moins l'honnêteté.

-Nous avons eu… Un différend, ce matin, commença-t-il.

Genesis eut immédiatement l'air soulagé :

-Si ce n'est que ça, il reviendra ! Ça arrive ; Seph et moi aussi, on-

-Genesis, coupa Sephiroth, glacial. Ceci est bien plus grave que tes caprices.

Le Commandant se tut. Il avait lui aussi le sentiment qu'ils étaient devant quelque chose de grave, de très grave, mais une sorte de mécanisme de défense le forçait à vouloir désamorcer la situation. Ce qui avait forcé un homme aussi droit et honorable qu'Angeal à déserter sa position était forcément terrible, et Genesis n'était pas si sûr de vouloir savoir ce que c'était.

-En effet, acquiesça Rufus en fuyant à nouveau leurs regards. Il est tombé sur vos dossiers personnels du SOLDIER, Commandant. Le vôtre, et le sien.

-Et alors ? pressa Genesis, qui jusque-là ne voyait pas le problème.

Rufus soupira.

-Il y a dans ces dossiers des choses que vous ignorez. Mais je vais commencer par le début, si vous le permettez.

Genesis retint le « j'attends que ça » qu'il avait sur le bout de la langue ; Rufus paraissait vraiment éreinté. Le Commandant sentit soudain une main saisir la sienne et il tourna la tête vers Sephiroth. Le regard du Général l'ignorait, mais ses doigts s'étaient refermés sur les siens avec une poigne de fer. Genesis commença à dessiner des cercles sur le dos de sa main par habitude. Si Rufus ignorait encore la nature de leur relation, il n'en eut en tout cas pas l'air surpris.

-Il y a une trentaine d'années, mon père a entendu parler de la Terre Promise des Cetras. Il y a vu un moyen de s'enrichir davantage et il a fait rechercher ce qui pouvait bien rester de ce peuple disparu.

-C'est une légende, objecta Sephiroth.

-Oui. Ça n'empêche qu'il l'a fait. On a sorti un… corps du Cratère Nord, à l'époque, qu'on a par erreur identifié comme étant un Cetra.

Rufus marqua une pause et blanchit visiblement.

-Ça n'en était pas un ?

Genesis reconnut à peine sa voix.

Rufus secoua la tête :

-Loin de là. C'était la raison-même pour laquelle ils ont disparu. On a appelé cet être « Jenova ».

Sephiroth tiqua mais ne dit rien. Genesis serra sa main plus fort.

-On a compris par après que Jenova était une sorte d'organisme extraterrestre qui s'était écrasé sur la Planète il y a des millénaires, et qu'en utilisant ce qui ressemblait à un virus, elle avait éradiqué les Cetras. Malheureusement, nous sommes restés assez longtemps sans cette information fondamentale, assez longtemps pour lancer des expériences douteuses visant à créer de nouveaux Cetras, qui pourraient mener la Shinra à la Terre Promise, en injectant des cellules de Jenova à des êtres humains.

-Est-ce que vous êtes en train de dire ce que je pense que vous êtes en train de dire ? souffla Genesis.

Rufus osa enfin croiser son regard, mais il ne répondit pas directement à sa question :

-On avance à il y a quatre ans, continua-t-il difficilement. Nous nous rencontrons et… et en très peu de temps, je tombe irrémédiablement amoureux du Commandant Hewley.

Cette fois, même Genesis ne trouva pas la volonté d'intervenir.

-Pour en apprendre davantage sur lui, et pour rendre le tout moins évident, j'exige vos deux dossiers de Lazard, Commandant. Il me les transmet, mais je réalise rapidement qu'ils sont incomplets. Je ne dis rien, pendant plus d'un an durant lequel peu importe ce que pouvaient contenir ces pages manquantes, ça me semble superflu.

Rufus passa une main tremblante dans ses cheveux. Quelle erreur cela avait-il pu être.

-Ensuite la guerre avec Wutaï éclate et vous êtes mobilisés tous les trois, puis portés disparus. Je suis inquiet, alors je me rends dans le bureau du Directeur Lazard et j'exige cette fois de savoir ce qu'il me cache, je demande à avoir vos dossiers complets. Il me met en garde, mais me les remet, à l'exception du vôtre, Général, que je n'ai jamais pu consulter.

Genesis glissa son autre main sur l'avant-bras de Sephiroth, resté aussi stoïque qu'à son habitude.

-J'y apprends que… Oh Gaïa…

La voix du Vice-Président se brisa et il posa son front dans ses deux mains. Immobiles, les deux SOLDIERS attendirent patiemment qu'il ne réussisse à se reprendre.

-J'y apprends que lorsque vous étiez des bébés, Hollander vous a injecté des cellules de cette chose.

Un silence de mort tomba sur la pièce. Genesis, blanc comme un linge, dévisageait Rufus, les yeux écarquillés. Rufus fit glisser vers lui le dossier à son nom, mais le roux n'y jeta même pas un coup d'œil.

-Genesis… ? appela doucement Sephiroth.

-C'est une plaisanterie, c'est ça ?

Rufus pinça les lèvres :

-Je suis infiniment navré, mais non. À l'époque, vos parents, ainsi que ceux du Commandant Hewley, ont signé un contrat avec la Shinra, l'autorisant à pratiquer ces expériences en échange d'une dérisoire somme d'argent.

-Gillian ?! s'épouvanta Genesis.

Il se leva et commença à faire les cent pas derrière Sephiroth. Ses mains tirèrent nerveusement sur les manches de sa veste, puis sur ses cheveux. Rufus resta silencieux le temps qu'il puisse encaisser la nouvelle, et Sephiroth suivit ses allées et venues d'un regard inquiet.

-Ça ne m'étonne pas de mes propres parents, je veux dire, ce n'est qu'une raison de plus pour les détester, mais Gillian ?! C'est tout simplement impossible qu'elle ait fait ça à Angeal !

Genesis s'immobilisa brusquement devant le regard grave que Rufus posait sur lui.

-Quoi ? Ce n'est pas tout, c'est ça ? Je ne sais pas si je peux en entendre davantage.

Sephiroth tendit une main vers lui et Genesis la saisit comme une bouée de sauvetage. Le Général le guida doucement pour qu'il se rasseye à ses côtés, et Rufus prit une autre profonde inspiration.

-Je me suis rendu aux laboratoires pour confronter Hollander dès que j'ai appris tout ça, mon père s'étant révélé d'une utilité discutable. Il ne m'a pas expliqué énormément de choses, mais Hojo est arrivé à ce moment.

Ce fut au tour de Sephiroth de se tendre, mais Rufus continua sans s'arrêter, comme on arrache un pansement :

-Il a dit que vous aviez reçu ces cellules trop tard et que votre organisme se battait avec elles depuis tout ce temps. Que lorsqu'il serait fatigué de le faire, vous alliez tomber gravement malades. La Mako ne vous guérirait plus, vous perdriez vos forces, votre esprit, et vous vous dégraderiez.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? soupira Genesis.

Il cacha ses yeux dans sa main, douloureusement roulé presque en boule autour de ses genoux. Sephiroth mordit à sang le côté de sa main, s'empêchant probablement de débarquer aux laboratoires pour y créer un bain de sang. Son autre main caressa le dos de Genesis.

-J'ai exigé d'Hollander qu'il trouve une cure, et on en a trouvé une.

-C'était ça, l'étrange prise de sang d'hier ?

-Oui.

-Qu'est-ce que c'était ?

Le regard infiniment peiné de Rufus se posa enfin sur Sephiroth.

-C'est ici que vous entrez en scène, Général. J'ignore la façon précise dont l'expérience s'est déroulée dans votre cas, mais il se trouve qu'Hojo s'est livré au même genre d'horreur sur vous, avec davantage de succès, cependant, si j'ose en croire son jugement. Vous avez été injecté avec les cellules de Jenova plus tôt que les Commandants, et par conséquent vous êtes considéré comme stable. Vous ne serez jamais sujet à cette maladie, d'après ce qu'Hojo a révélé. Il nous a suggéré d'utiliser vos cellules assimilées pour stabiliser celles des Commandants. C'était une simple transfusion de votre sang.

Le même terrible silence s'abattit à nouveau sur la pièce durant de longues secondes.

-J'aurais donné ces cellules de mon plein gré si vous vous étiez donné la peine de nous expliquer tout ça, dit froidement Sephiroth.

-Je n'en doute pas une seule seconde. J'avais simplement encore le désir naïf de vous protéger de ces révélations. Il se trouve que chaque SOLDIER présent dans cette Tour, et même chaque SOLDIER jamais créé a reçu, dans des quantités variables, des cellules de cet être extraterrestre au début de leur traitement Mako. Pas assez pour dégénérer cependant, mais c'est la raison pour laquelle les SOLDIERS possèdent ces capacités hors normes. Vous trois en avez reçu plus que les autres, et à un âge ridiculement jeune, ce qui fait de vous les « super SOLDIERS » que la Shinra voulait que vous soyez.

Rufus resta pensif une seconde avant de terminer :

-On ne m'avait pas prévenu de votre retour de la guerre, j'en ai été surpris. J'ai caché vos dossiers sous mon lit faute de mieux et je suis descendu à votre rencontre. Je les y avais oubliés jusqu'à ce qu'Angeal tombe dessus par erreur.

Genesis ouvrit la bouche pour s'indigner, mais trois coups secs retentirent à la porte. Rufus fronça les sourcils ; si quelqu'un était arrivé jusqu'ici, c'était que les Turks avaient décidé qu'il pouvait passer.

Genesis se redressa et tenta de recomposer son attitude autant que le coup de massue qu'il venait de recevoir le lui permettait.

-Entrez ? lança Rufus.

La porte s'ouvrit sur Lazard, qui entra dans la pièce comme un enfant pris en faute. Il se racla la gorge de gêne avant de tendre un dossier épais comme un dictionnaire à Sephiroth.

-J'ai pris la liberté de faire rapatrier les rapports d'expériences qui se trouvaient à Nibelheim dans le plus grand des secrets, dit-il alors que Sephiroth lui prenait le dossier des mains. J'ai dû trier la vérité des inepties et des élucubrations d'Hojo, voilà ce qui en est ressorti.

-Vous saviez, claqua Genesis. Vous saviez durant tout ce temps et vous n'avez rien dit. Vous nous avez tendu des grades comme si ça vous étonnait vous-même alors que vous étiez parfaitement au courant que nous étions à peine humains.

-Je me permets de vous interrompre ici, Commandant, coupa Rufus. La position du Directeur Deusericus est encore plus délicate que la mienne, et je prends l'entière responsabilité de son silence.

-Ça n'excuse rien, cracha le roux.

Dans sa main, celle de Sephiroth commença à trembler alors qu'il parcourait les innombrables pages concernant sa naissance.

-Jenova n'était pas ma mère, dans ce cas ? dit-il d'une voix blanche.

Lazard secoua la tête.

-Votre mère était une scientifique du nom de Lucrécia Crescent. Elle est malheureusement décédée en vous donnant la vie. Hojo vous a menti.

Genesis posa des yeux trempés de larmes de rage sur Sephiroth.

-Seph, on doit trouver Angeal.

Mais Sephiroth l'écoutait à peine. Il lisait tout ce qui lui tombait sous les yeux avec une avidité morbide qui fit froid dans le dos de Genesis.

-Seph ?

-Je veux le tuer, souffla le Général.

-Quoi ?

-Hojo. Je vais le tuer.

-Arrête, dit Genesis.

Il tenta de poser sa main sur la joue de Sephiroth pour le forcer à le regarder, mais le Général s'arracha à son étreinte et se leva, tournant le dos au reste des occupants de la pièce.

-Commandant, implora presque Rufus, peu enclin à revivre une scène de rage comme celle dont il avait été témoin avec Angeal, d'autant plus avec un SOLDIER de la trempe de Sephiroth.

Genesis se leva à son tour et réessaya de croiser le regard de Sephiroth.

-Seph, regarde-moi.

Il fut entièrement ignoré.

-Mon Dieu… souffla Lazard.

Genesis attrapa le bras de Sephiroth et le força à lui faire face. Le Général le repoussa d'un coup brusque en travers du torse sans mesurer sa force, indifférent, et Genesis alla violemment s'écraser contre une étagère, qui vacilla dangereusement puis s'effondra sur lui dans un fracas épouvantable. Rufus bondit sur ses pieds.

-Commandant ! s'étouffa Lazard en faisant deux pas vers Genesis.

Rufus l'empêcha de lui venir en aide d'une main sur le bras. Le roux se relevait déjà, un hurlement de rage au bord des lèvres. Il se jeta sur Sephiroth et lui arracha le dossier des mains. Les pages blanches couvertes des pattes de mouche d'Hojo volèrent dans tout le bureau.

-Qu'est-ce que tu as fait ?! gronda le Général en saisissant Genesis à la gorge.

Les pieds du Commandant quittèrent le sol, sa trachée compressée sans pitié par la poigne de Sephiroth.

-Seph…

Genesis tenta d'arracher les mains de Sephiroth de son cou, sans succès. Il fit alors la première chose qui lui vint à l'esprit ; il ramena ses genoux contre son torse et enfonça ses deux pieds dans le ventre du Général, lui faisant efficacement lâcher prise. Genesis s'écrasa lourdement au sol avec un grognement de douleur. Il se retourna en rampant pour jeter un regard à Lazard et à Rufus.

-Sortez, tous les deux ! lança-t-il. Et gardez les Turks en dehors de ça !

Lazard ne se le fit pas dire deux fois ; il saisit le poignet de Rufus et le tira de force vers la sortie, sourd aux cris du Vice-Président qui insistait pour rester et les aider.

-Si Genesis Rhapsodos ne peut pas ramener Sephiroth à la raison, personne ne le peut, trancha le Directeur en le jetant dans le couloir et en claquant la porte. On ferait mieux de quitter le penthouse, tous autant qu'on est.

Dans le bureau, Genesis tentait d'empêcher Sephiroth de rassembler les feuilles éparpillées au sol.

-Arrête ! hurla-t-il. Arrête, on s'en fout de tout ça !

Sephiroth ne l'écoutait même pas.

Genesis se mit à déchirer, puis à incendier toutes les pages qui lui tombaient sous la main. Lorsque Sephiroth se rendit compte de ce qu'il faisait, il grogna de rage et se jeta sur lui pour l'immobiliser à même le sol. Genesis arrêta de respirer. Ses deux poignets retenus par la poigne d'acier du Général, écrasé sous son poids, il était certain que Sephiroth allait le tuer.

-Seph, écoute-moi, supplia-t-il en désespoir de cause, s'obligeant à planter son regard dans les yeux devenus fous de son amant, aussi douloureux que cela fût. Ça s'est déjà produit, c'est trop tard, on ne peut plus rien changer à ça ! Ce qui est important c'est toi, moi, et Angeal ! Regarde-toi ! Ça m'importe peu tout ce qu'on a pu nous faire quand on était des gamins, je m'en fous, je suis ici maintenant, avec toi, avec Angeal, et c'est tout ce que j'ai toujours voulu.

Miraculeusement, la prise sur ses poignets se relâcha imperceptiblement. Sephiroth était encore là, quelque part, et il l'écoutait.

-C'est peut-être terrible, et on n'est peut-être pas au bout des effets que ça va avoir sur nous mais bordel, Seph, Angeal et moi on est guéris ! On ne deviendra pas des… Des monstres, et c'est uniquement grâce à toi ! Oublie ça, je t'en prie… Reste avec moi, on brûle ces maudites pages et on retrouve Angeal. Seph, pitié… Il est seul, il a besoin de nous.

Les mains de Sephiroth lâchèrent définitivement les poignets de Genesis, mais il resta allongé sur lui, le visage plongé dans son cou. Le Commandant referma solidement ses bras dans son dos et le berça contre lui, pendant que la plus étrange des choses que Genesis pensait pouvoir voir se produisait : Sephiroth éclata en sanglots dans ses bras.

-Shhhh, ça va aller, chaton. On est tous dans le même bateau, toi, moi, Angeal, et des centaines de SOLDIERS. On n'est pas seuls à gérer ça, ça va aller…

Le cliquetis discret de la poignée de la porte parvint aux oreilles de Genesis, et il tourna la tête pour apercevoir le visage de Rufus, qui n'avait pas quitté le penthouse malgré les suppliques de Lazard, et qui le regardait avec inquiétude. Il leva le pouce avec un signe de tête vers Sephiroth, et le roux leva le sien en réponse, tout en continuant à bercer le Général avec son autre bras. Rufus hocha la tête et referma la porte, laissant le couple seul dans le silence.

Quelques minutes plus tard, Sephiroth avait réussi à se calmer suffisamment pour redresser la tête et croiser le regard de Genesis.

-Je crois que je t'aime, dit-il d'une voix rauque.

Genesis lui sourit tendrement en réponse. Son cœur se serra douloureusement à la pensée de ce qui aurait pu se passer s'il n'avait pas pu ramener Sephiroth à la raison. Gaïa, il ne pouvait pas se permettre de perdre cet homme.

-Moi je suis certain que je t'aime.


-J'arrive, j'arrive, pas la peine de briser ma porte !

Gillian se dépêcha de rejoindre sa porte d'entrée pour l'ouvrir et l'empêcher de céder sous les coups violents de son visiteur. À peine eut-elle ouvert qu'elle se figea, interdite.

-Angeal… ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

Face à elle, Angeal se tenait droit, les bras croisés sur son torse imposant, avec un visage fermé et un regard froid qu'elle ne pensait jamais voir posé sur elle, et encore moins par son propre fils. Dans son dos, la désormais célèbre Buster Sword semblait elle-même menaçante.

-Comment est-ce que tu as pu faire une chose pareille ? dit-il enfin d'une voix éraillée, après l'avoir longuement dévisagée.

Gillian soupira. Elle savait qu'il l'apprendrait un jour, même si elle avait osé prier pour qu'il l'ignore à jamais. Elle s'effaça de l'entrée pour le laisser passer.

-Entre. Je vais tout t'expliquer.

Angeal s'exécuta tout en répondant :

-J'espère que tu as du nouveau à m'apprendre, parce que j'en sais déjà beaucoup.

-Assieds-toi.

Le Commandant s'installa à sa place à la petite table de la cuisine, comme il l'avait tant fait par le passé. Un flash de l'enterrement de son père lui revint, mais il chassa ce souvenir douloureux. Il n'avait pas le temps de se laisser attendrir. Gillian s'installa face à son fils et attendit qu'il prenne la parole, la honte trop dévorante chez elle pour lui permettre de commencer.

-Tu devrais commencer à parler, conseilla froidement Angeal en refusant de croiser son regard.

Gillian soupira, défaite. Il ne lui laisserait donc aucune échappatoire. Elle inspira profondément et ferma les yeux pour retenir les larmes. Avec une apparente douleur, elle se replongea dans ses horribles souvenirs :

-Quand je me suis mariée avec ton père, nous voulions avoir un enfant à tout prix. À l'époque, je travaillais. J'étais scientifique pour la Shinra, c'est là que j'ai rencontré Hollander. Hojo venait de se dissocier de lui au terme de plusieurs années de recherches sur les cellules de Jenova, parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur le stade auquel les injecter. Hollander voulait à tout prix prouver qu'Hojo avait tort et il lançait des expériences de grandes envergures pour pouvoir le faire. Je lui avais parlé de mes problèmes de fertilité, je lui avais dit que Terrence et moi n'arrivions pas à avoir d'enfant, dans l'espoir qu'il ait une solution. Et il en avait une.

Angeal ferma les yeux de dépit. Les paumes de ses mains vinrent appuyer douloureusement sur ses paupières. C'était ce qu'il redoutait ; que sa mère ait une histoire dramatique à lui servir pour lui faire avaler la pilule un peu plus facilement.

-Dis-moi la vérité, maman.

Sa gorge se serra autour des mots.

-C'est la vérité ! se défendit Gillian. Ils ont donné de l'argent aux Rhapsodos, mais à moi ils m'ont donné un fils.

Angeal fut sur ses pieds en une fraction de seconde et la table de bois vola à travers la pièce.

-Un monstre, un monstre, ils t'ont donné un monstre ! hurla-t-il.

-C'est faux, souffla Gillian après son premier réflexe de défense, roulée en boule et les mains levées devant elle. C'est complètement faux ! Je regrette les circonstances dans lesquelles je t'ai eu, mais si c'était à refaire, je le referais !

-Non mais tu t'entends ?! Tu préfères déshumaniser consciemment ton bébé plutôt que de ne pas en avoir du tout ?! Tu me dégoûtes !

-Arrête, Angeal…

-Ne me dis pas de me taire ! J'aurais préféré la mort, maman ! J'aurais préféré être mort plutôt que de subir ça, je n'avais rien demandé !

Gillian écrasa les grosses larmes qui roulaient sur ses joues d'un revers de sa main.

-Tu ne peux pas dire des choses pareilles…

-Pourquoi ? Parce que ça te fait de la peine ? Parce que ça te met le nez dans tes erreurs monumentales ? Tu crois que ça ne me fait pas de la peine, à moi ?!

-Parce que je t'aime, idiot ! Tu es mon fils, malgré tout, cellules ou pas cellules, je t'ai élevé avec tout l'amour dont j'étais capable, tout comme ton père ! On t'a tout donné, on a essayé de te dissuader de travailler pour la Shinra, mais quand tu as insisté, ton père s'est assuré que tu partirais avec la meilleure arme possible !

Angeal se laissa tomber sur sa chaise.

-Gaïa… soupira-t-il, à bout de force.

-Tu voudrais être à la place de Genesis ? Ils l'ont vendu ! Sans aucun remord, et si la Shinra avait voulu garder le bébé, ils se seraient fait un plaisir de le leur laisser ! Genesis n'était pas aimé de ses parents, il ne l'a jamais été, et j'ai essayé, du mieux que j'ai pu, de lui donner l'affection dont il manquait. On pensait qu'à vous deux, vous sauriez vous en sortir, mais aujourd'hui tu es là, seul.

Gillian se tut, elle inspira profondément pour se calmer, puis elle ajouta :

-Tu reviens enfin d'une guerre terrible et en plus tu apprends toutes ces horreurs, j'en suis infiniment désolée, mon fils. Mais je t'aime, malgré tout, et je t'aimerai toujours. Je serai toujours fière de toi, peu importe ce qui coule dans ton sang, et s'il le faut je serai toujours fière de Genesis.

Angeal resta silencieux, le visage enfoui dans ses mains. Il respira profondément, puis il se leva pour remettre la table à sa place. Il se laissa ensuite tomber à genoux devant sa mère dont il enlaça la taille gracile de ses deux énormes bras. Il posa sa joue contre le ventre de sa mère, les yeux fermés. Gillian passa ses doigts dans ses cheveux en le berçant doucement.

Angeal pria pour redevenir un enfant, pour laisser tout derrière lui, la Shinra, le SOLDIER, la guerre, Jenova, et avoir huit ans à nouveau. Si seulement un mini Genesis pouvait faire irruption dans cette cuisine pour l'emmener dans une aventure dont lui seul avait le secret, s'ils pouvaient revenir avec les genoux écorchés, les vêtements troués mais des étoiles plein les yeux, s'ils pouvaient s'endormir dans le grand lit d'Angeal à dix-huit heures tellement leurs jeux les avaient épuisés, si seulement Gillian pouvait leur préparer sa fameuse tarte aux pommesottes, avec Terrence assis dans le fauteuil à bascule, son journal à la main...

Si seulement ces dernières années pouvaient être un rêve.

Son esprit lui rappela pernicieusement que si tout cela devenait un simple rêve éphémère, il ne rencontrerait jamais Rufus Shinra. Sous la vive douleur de son cœur brisé, il repoussa cette pensée le plus loin qu'il put.

-Tu peux rester combien de temps ? souffla Gillian dans les cheveux de son fils.

Angeal ferma fort les paupières pour s'empêcher de pleurer.

-Jusqu'à ce que la Shinra vienne m'abattre.


Ils perdirent tous les deux la notion du temps durant toute la nuit. Ils discutèrent beaucoup, restèrent énormément silencieux aussi, et Gillian réussit à faire un peu plus accepter la situation à son fils. Elle ne comprenait pas, pourtant, pourquoi Angeal restait si morose.

Le Commandant sursauta lorsque sa mère posa une main sur sa joue. Avachi dans le canapé défoncé de ses parents, il s'était perdu dans ses pensées et n'avait pas entendu Gillian arriver.

-À quoi tu penses, Geal ?

Elle s'installa à ses côtés et passa un bras autour de ses épaules pour prendre son fils dans ses bras.

-À quelqu'un, dit-il, la voix rendue très rauque par les cris et les sanglots.

-À Genesis ?

-Non. Enfin, oui, je pense beaucoup à Genesis, évidemment. Mais…

Gillian eut enfin un vrai sourire, un sourire franc, depuis qu'Angeal était revenu.

-Est-ce que mon fils adoré serait tombé amoureux ?

Angeal soupira, amusé. Dans ses mains, les minuscules doigts de sa mère semblaient si fragiles.

-Je suppose qu'on peut dire ça.

-De qui ?

Le brun pesa le pour et le contre d'avouer à sa mère qu'il aimait l'héritier de la compagnie qui voulait sa mort, puis il décida que ça n'avait finalement plus beaucoup d'importance ; après tout, il serait froidement abattu dès qu'ils auraient compris où il se cachait.

-Rufus Shinra.

Les doigts fins de Gillian se serrèrent compulsivement sur les siens pendant qu'elle réfléchissait.

-Il n'y est pour rien, tu sais. Il n'était même pas né, dit-elle enfin.

-Je sais. Il l'a découvert pendant la guerre, et il ne nous a rien dit.

-C'est pour ça que tu lui en veux ?

-Comment tu sais que je lui en veux ?

Gillian haussa les épaules :

-Je connais mon fils. Cette petite moue et ce silence, ça veut dire que tu voudrais que quelque chose se soit passé différemment, pour ne pas perdre quelqu'un.

-Je n'aurais pas dû m'énerver… soupira Angeal.

-Pour ta défense, tu avais parfaitement le droit de t'énerver. C'est vrai qu'il aurait dû vous en parler, mais vous êtes rentrés de la guerre il y a une semaine. Trouver le bon moment était délicat.

Angeal éclata d'un rire sans joie :

-Il n'avait pas du tout l'intention de nous le dire, maman.

-Ce n'est pas plus mal. Il voulait simplement te protéger.

-C'est faux, j'aurais pu l'encaisser.

-La preuve que tu ne pouvais pas. Tu as déserté.

Angeal roula des yeux.

-Tu n'es pas obligée de me le rappeler, je-

Des coups sourds retentirent à la porte et ils se figèrent.

-Va dans ta chambre, maman, dit Angeal d'une voix blanche. Tu ne dois pas voir ça.

-C'est hors de question, coupa Gillian en se levant. Je vais au moins te couvrir si je le peux.

Avant qu'Angeal n'ait pu protester, elle filait déjà dans l'entrée.

Il ferma les yeux. Les visages de ses amis se succédèrent devant ses paupières closes ; Genesis en premier, quand ils étaient enfants, et Genesis maintenant, qui lui tendait le pendentif en forme de Buster Sword pour son anniversaire, un sourire aux lèvres et les yeux rieurs.

Sephiroth ensuite ; celui de la propagande d'abord, puis le vrai lui, celui qui souriait et qui se souciait de chacun de ses hommes, le calme dans la tempête de la guerre ; l'homme qui faisait naitre un sourire radieux sur les lèvres de son meilleur ami sans aucun effort.

Lui succéda le jeune Zachary Fair, qui l'avait regardé avec tant de fierté d'être choisi pour être entrainé par lui, qui l'avait écouté et fait se sentir si bien dans le rôle de mentor, même l'espace d'un seul entrainement.

Sa mère, qu'il aimait de tout son cœur malgré tout.

Son père, qui était mort pour lui.

Lazard qui avait cru en lui.

Et enfin Rufus.

La porte d'entrée s'ouvrit.

Derrière ses paupières closes et ses cils humides de larmes, Angeal revit Rufus dans la file d'inscription au SOLDIER. Il le revit dans l'ascenseur, puis au restaurant, il revit la lettre qu'il avait gardée dans une poche de son uniforme durant les deux ans qu'avait duré la guerre, il revit son sourire à son retour, il sentit la douceur de sa peau sous ses doigts, son souffle sur son torse quand il s'endormait. Il revit son regard blessé et honteux quand il était parti.

Gaïa, il ne voulait pas mourir.

La voix de sa mère retentit, mais il ne comprit pas ce qu'elle disait.

Il avait encore tellement de choses à dire.

Tellement de choses à dire à Rufus.

Je vous en prie, faites que ce ne soit pas la fin.

-Angeal… ?

Cette voix lui fit ouvrir brusquement les yeux. Aucune unité d'infanterie n'aurait osé l'appeler par son prénom, déserteur ou non.

-Genesis ?

Genesis était bien là, juste devant sa mère, et il se jeta dans ses bras sur le canapé. Dans l'entrée, Sephiroth croisa les bras, un demi-sourire aux lèvres.

-Gaïa, Geal, tu nous as fait tellement peur ! s'exclama Genesis en prenant le visage de son meilleur ami entre ses mains pour l'observer sous toutes les coutures. Tu vas bien ?

-Oui, ça va, tu peux me lâcher, maman numéro deux !

Gillian rit derrière eux.

-Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Angeal en saisissant les poignets de Genesis dans ses mains, subitement grave. Ne me dites pas que vous avez déserté ?

Genesis secoua la tête sans se départir de son sourire :

-Pour le moment, aucun de nous n'a déserté. Rufus nous couvre.

-C'est le moins qu'il puisse faire, grogna Sephiroth depuis l'entrée.

Genesis roula des yeux vers le Général et lança à Angeal :

-Fais pas attention, il est grognon depuis hier.

-Je suppose que du coup vous savez ?

Genesis haussa les épaules :

-On sait. Rufus et Lazard nous ont tout dit. Sephiroth ici présent a failli faire flamber la Tour entière, mais ça va mieux maintenant.

-Ça ira encore mieux quand j'aurai la tête d'Hojo, dit froidement Sephiroth.

-Et d'Hollander, ajouta distraitement Angeal.

Le Général lui adressa un pauvre sourire en retour.

-Tu es prêt à rentrer, Geal ? demanda doucement Genesis en chassant quelques mèches rebelles du visage de son ami, toujours avachi avec lui dans le canapé.

-Vous voulez dire qu'on retourne là-bas ? s'épouvanta Angeal. Vous voulez rire ?!

Genesis soupira avant de commencer à doucement expliquer :

-Pour le moment Rufus te couvre. C'est à toi de voir si tu veux qu'on déserte ou non.

Son meilleur ami fronça les sourcils. Il n'avait pas vraiment fait attention au moment où « je déserte » était devenu « on déserte ».

-Si on déserte, on n'échappera jamais à la Shinra. On sera en fuite pour le reste de nos vies, rappela-t-il.

Derrière eux, Sephiroth leva les yeux au ciel, visiblement exaspéré :

-On a l'héritier de la Shinra dans notre camp, et la possibilité de réformer la compagnie de l'intérieur, expliquez-moi donc pourquoi on est même en train de discuter pour se priver de ça ?

-Le Général a raison, les garçons, intervint Gillian à la surprise générale. Vous n'êtes pas des lâches, et vous avez encore beaucoup à faire. Déserter n'est pas la solution. Tu es un homme d'honneur, Angeal. Je sais que tu n'abandonneras pas tant que tu n'auras pas donné tout ce que tu as.

La main que Genesis avait posée sur le genou de son meilleur ami le pressa doucement pour faire revenir l'attention d'Angeal sur lui :

-Rufus a besoin de notre soutien pour renverser son père. S'il nous a, il a Lazard et le reste du SOLDIER. Si on a le SOLDIER on fera pencher l'infanterie. Si on manœuvre bien, on peut la faire se retourner contre Heidegger et évincer Scarlett. Contrôler les forces armées nous laisse le champ libre pour réguler le reste ; la recherche, l'urbanisme, l'énergie. Reeve nous suivra. Il y a des chances pour que Palmer retourne sa veste. On ne peut pas se permettre de pleurer sur notre sort alors qu'on est à ça de pouvoir changer tout ça.

À nouveau, Sephiroth intervint :

-Palmer va devoir retourner sa veste de toute façon, on a besoin de lui et de son département.

-Pour ? s'étonna Angeal.

Genesis haussa les épaules :

-Renvoyer Jenova d'où elle vient.

Il y eut un long silence entre eux, durant lequel Angeal pesa longuement le pour et le contre.

-Seph ? appela soudain Genesis.

Sephiroth s'approcha enfin et s'assit à leurs côtés, acceptant la main que lui tendait son second. Il commença à parler d'une voix douce :

-On en a beaucoup parlé, avec Genesis, commença-t-il. On s'est dit qu'on ne pouvait pas abandonner le reste de nos hommes dans ce... dans cette situation. Et puis, Rufus succédera bientôt à son père-

-À voir si on l'aide ou pas, coupa Genesis en haussant un sourcil suggestif.

Sephiroth continua comme s'il n'avait pas été interrompu :

-Il a déjà promis qu'il arrêterait le programme du SOLDIER dès qu'il sera à la tête de la compagnie, et qu'il allait déjà tout faire pour ralentir les inscriptions maintenant, puisque nous sommes plus ou moins en paix.

-Et puis, ajouta Genesis, tu as un gamin dont tu dois prendre soin, maintenant. Tu aurais dû voir sa tête quand Lazard lui a dit que son entrainement de cette semaine allait devoir être annulé. Un chiot à qui on aurait retiré un os.

-Ils ont raison, Angeal, intervint à nouveau Gillian en s'approchant à son tour. Si vous devez quitter le SOLDIER ou la Shinra, ceci n'est pas la bonne façon de le faire. Tu dois au moins y retourner pour faire les choses dans l'ordre. Tu dois des excuses à ton élève, et à ce jeune héritier.

Angeal garda le silence, mais Genesis lui administra une pichenette sur l'oreille :

-On dit « oui maman » !

-Oui maman, soupira le brun.

Gillian leur sourit, satisfaite.

-Parfait. Maintenant que ceci est réglé, que diriez-vous de goûter à ma fameuse tarte aux pommesottes ?

-Oh, Gillian ! s'exclama dramatiquement Genesis, une main sur le coeur. J'ai cru que vous ne proposeriez jamais !


Les trois SOLDIERS étaient restés là des heures, autour de la table de la cuisine, à discuter de la Shinra, de si oui ou non ils devaient y rester, jusque quand et comment.

Gillian avait préparé sa fameuse tarte avec eux, elle avait répondu aux quelques questions que Genesis pouvait bien avoir (bien qu'il ait déjà compris une bonne partie de l'histoire seul), puis elle était sortie et les avait laissés discuter.

Ils en étaient arrivés à une conclusion relativement simple, qui finalement dépendait davantage de Rufus que d'eux ; ils acceptaient de revenir et de continuer à occuper leurs fonctions d'officiers supérieurs, à condition de fermer le programme et d'accorder aux SOLDIERS déjà inscrits une attention particulière à leur santé et une franche transparence. Sephiroth imposait par la même occasion la fermeture du Département de Recherche Scientifique, et demandait au minimum l'enfermement des professeurs Hojo et Hollander.

Le Président Shinra devait se soumettre à ces conditions, sous peine de perdre ses trois First Class, la quasi totalité du SOLDIER qui les suivrait et probablement la majorité du soutien public à la seconde où ils révéleraient les terribles secrets que la compagnie dissimulait depuis trente ans.

Il y avait, comme Genesis l'avait signalé, de grandes chances que Rufus demande quant à lui la destitution pure et simple de son père pour prendre sa place à la tête de la Shinra, appuyé par Lazard qui essayait visiblement de se racheter une conscience.

Pour le coup, un tel coup d'état faciliterait grandement les demandes des SOLDIERS, mais ils doutaient que Shinra Senior se rende si facilement, alors ils demandaient évidemment à voir.

Enfin, Sephiroth acceptait d'épauler Lazard dans l'apaisement des tensions avec Wutaï, même si cela devait prendre beaucoup de temps pour rétablir les relations que la Shinra avait tissées puis brisées avec le continent.

Durant toute la durée de leur discussion, Genesis n'avait pas lâché la main de Sephiroth et lui jetait régulièrement des regards inquiets.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé entre vous, exactement ? Seph, tu comptes disparaitre dans les minutes qui viennent ? taquina Angeal.

Le Général échangea un regard embarrassé avec Genesis, puis expliqua :

-J'ai très mal réagi aux révélations du Vice-Président. Si Genesis n'avait pas été là… Enfin, j'aurais probablement commis pas mal de choses que j'aurais regrettées.

-Oui enfin, personne n'aurait regretté Hojo, grinça Genesis.

Sephiroth leva les yeux au ciel quand le roux enchaina :

-Du coup on s'est battus, et j'ai enfin gagné !

-C'est pas vrai ? dit Angeal avec un grand sourire moqueur à l'adresse du Général.

-Si ! Je t'avais dit que ça finirait par arriver, triompha son meilleur ami.

-Tu as uniquement gagné parce que tu as dit des choses mignonnes.

Angeal écarquilla les yeux :

-Toi, Gen ? Toi, tu as dit des choses mignonnes ?

-Oui, bon, on ne va pas en parler dix ans ! J'ai simplement gagné. Est-ce qu'on rentrerait maintenant ?

Angeal, la mine soudainement plus grave, hocha la tête et se leva, suivi par ses deux frères d'armes. Ils retrouvèrent Gillian au dehors, qui les prit tous les trois dans ses bras et qui se confondit à nouveau en excuses, que Genesis balaya d'un revers de la main mais qu'Angeal accepta avec reconnaissance. Une fois qu'elle se retrouva à devoir enlacer les larges épaules de Sephiroth, elle pointa son index sur son torse.

-Écoutez-moi bien, jeune homme, Genesis est comme mon fils, et vous avez intérêt à prendre bien soin de lui ! Il fait le fier, mais c'est un cœur sensible !

Le rose aux joues, Genesis ne put cacher son sourire attendri :

-Roooh, Gillian ! Ne révélez pas mes secrets comme ça, voyons !

Pour toute réponse, Sephiroth glissa une main au creux du dos de Genesis et l'attira à lui pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres. Surpris par ce soudain élan d'affection, Genesis frappa gentiment son bras :

-Exhibitionniste.

-Et toi, dit Gillian en tournant son index accusateur sur le torse de son fils, tu as intérêt à remettre mes menaces à ton futur Président ! Mon fils mérite le meilleur, et j'y veillerai !

-Oui, maman, répéta Angeal pour ce qui lui semblait être la centième fois de la journée.

Juste au-dessus d'eux, le bruit d'un hélicoptère se fit entendre et grossit, jusqu'à ce que l'engin se pose sur le terrain vague derrière la maison.

Reno sauta au bas de l'appareil.

-Général, Commandants ! Je pensais pas dire ça un jour mais je suis content de vous voir comme ça, et pas troués comme des passoires. C'est pas arrivé souvent qu'on laisse le bénéfice du doute à des SOLDIERS "en vacances".

-N'en rajoute pas, Reno, grogna Genesis.

-Allez, montez, le Vice-Président voudrait vous voir. Enfin, surtout le Commandant Hewley, je pense qu'il vous a assez vus, vous autres. Son bureau s'en souvient encore.

Sephiroth leva les yeux au ciel.

-Combien de fois est-ce qu'il faudra que je présente mes excuses ?

-Au moins une fois de plus, Général. Alors, on y va ou on fait un bowling ?

-Ça me dirait bien pourtant, un petit bowling, râla Genesis à mi-voix en montant dans l'hélicoptère.

Sephiroth le suivit, et Angeal enlaça une dernière fois sa mère.

-Prends soin de toi, mon fils. Je t'aime plus que tout au monde, tu le sais ? Ne laisse personne te descendre avec cette histoire, avec ou sans Jenova, tu es l'homme droit et honnête que nous avons élevé comme le plus précieux des trésors. Si tu savais comme je regrette…

-Ne te torture pas avec ça, maman. C'est trop tard, de toute façon.

Angeal embrassa sa mère sur les deux joues.

-Je t'aime maman. Je ne t'en veux pas. Plus, rectifia-t-il.

Gillian lui adressa un dernier sourire peiné.

-File.

Angeal monta enfin dans l'hélicoptère et Reno, aux côtés de Rude, fit décoller l'appareil, direction Midgar.


Le ciel était désespérément vide.

Le nez levé vers les nuages, Rufus Shinra attendait impatiemment le retour de l'hélicoptère qui était parti chercher les trois First Class à Banora. À ses côtés, les mains jointes dans son dos, Tseng attendait également le retour de ses collègues, tout en gardant un œil sur le Vice-Président.

Le blond tordait nerveusement ses mains, indifférent au message que cela pouvait bien renvoyer à Tseng, dans l'attente interminable de voir Angeal lui revenir.

Enfin, le vrombissement faiblard des hélices d'un hélicoptère leur parvint, et bientôt ils virent l'engin crever la brume de pollution qui entourait la ville et foncer droit sur le haut de la Tour.

Reno posa l'hélicoptère d'une main de maitre au centre de l'héliport. Les pales n'avaient pas encore fini de tourner lorsque Sephiroth posa le premier le pied au sol.

-Général, salua Rufus.

Il tenta tant bien que mal de dissimuler sa nervosité, mais il eut la nette impression que Sephiroth lisait parfaitement à travers son assurance de façade.

-Vice-Président. Vous avez reçu notre liste de conditions ?

-Oui.

-Quels sont vos plans ?

-Je compte renverser mon père, mais vous le saviez déjà. Ce ne devrait pas être difficile. Une fois cela fait, vous aurez tout ce que vous voudrez.

Sephiroth se contenta de hocher la tête et de laisser Genesis serrer sa main à son tour.

Enfin, le cœur de Rufus s'emballa lorsqu'Angeal posa le pied au sol et se redressa hors de portée des pales.

Ils se jaugèrent du regard pendant un instant durant lequel Genesis tira Sephiroth à l'écart en lançant distraitement une conversation avec Tseng et Reno (« Et alors, c'est comment d'être Turk ? »). Rufus contempla le Commandant, gravant à jamais ses traits dans sa mémoire si cela devait être la dernière fois qu'Angeal acceptait de le voir.

Gaïa, ce qu'il pouvait l'aimer.

Rufus ouvrit la bouche, mais il n'eut même pas l'occasion de prononcer un mot.

-Je suis désolé, dit brusquement Angeal.

Le blond resta interdit. Il avait prévu de dire exactement la même chose, et il était incapable de comprendre pourquoi le Commandant lui avait volé la réplique.

-Pourquoi ?

-Je n'aurais pas dû te hurler dessus. Tu n'y étais pour rien et je me suis vengé sur toi. Je t'ai fait peur et je m'en veux.

-Tu as eu raison de t'énerver, j'aurais dû t'en parler. C'est moi qui te présente mes excuses.

Angeal regarda un instant le sol avant de croiser à nouveau le regard de Rufus.

-Alors on est quittes ?

Rufus sourit.

-On est quittes.

-Donc… hasarda Angeal en haussant une épaule. Ça veut dire que tu acceptes que je t'embrasse ?

-Je n'attends que ça.

Angeal prit alors Rufus dans ses bras et se pencha pour l'embrasser. Rufus noua ses bras dans son cou avec un gémissement de contentement contre ses lèvres. Angeal fit de son mieux pour ignorer les applaudissements et les sifflements goguenards de Genesis et de Reno, un peu plus loin.

Le Commandant se détacha légèrement de son amant et caressa sa joue.

-Ça va prendre un temps considérable, s'inquiéta-t-il. Pour retourner la société entière en ta faveur.

Rufus haussa les épaules, visiblement indifférent :

-S'il y a une chose que je sais faire, c'est bien manipuler les événements en ma faveur.

Angeal sourit, son bras toujours solidement serré autour de la taille du Vice-Président :

-En parlant de cette merveilleuse capacité que tu as ; un jour, il faudra que tu m'expliques tout ce que tu as fait pour qu'on se rencontre comme ça.

Rufus feignit l'innocence :

-Qu'est-ce que tu veux dire ? C'est le hasard qui a fait qu'on s'est rencontrés.

-Le hasard ? Il a bon dos, le hasard, quand je sais pertinemment que tu as manigancé presque chacune de nos entrevues.

Rufus haussa les sourcils et tenta tant bien que mal de cacher son sourire moqueur :

-Je préfère appeler ça : « la destinée ».


Je suis une saloperie de guimauve ambulante, et en plus j'assume.

Je m'excuse d'avoir coupé court (mais bon... Un OS qui devient ça, désolée de ne pas avoir prévu de couvrir l'entièreté des faits!). À choisir, je préfère vous laisser imaginer ce que toutes ces révélations données si tôt dans le jeu peuvent bien changer dans le court canon des choses. Je pense bien en avoir fini ici, pour ma part.

Je tenais à ajouter une petite note de fin pour tous vous remercier à nouveau d'avoir suivi cette histoire, et encore une fois, remercier ZeegZag d'en avoir été le Créateur (majuscule, si si). Vous auriez été condamnés à passer vos vies sans ce merveilleux pairing sans lui, quelle tristesse!

Du fond du coeur, merci. J'espère qu'on se reverra bientôt sur un nouveau projet!