VIII. 25% de paisibilité

Karin

Karin retira ses lunettes le temps d'attacher ses cheveux. Le salon était quasiment fini maintenant, il ne manquait plus qu'à poser les étagères et agencer les meubles. Sa partie préférée en somme. Sa vie n'avait plus grand chose à voir avec l'existence posée et convenue qu'elle menait à Odayakana. Et cette joie qu'elle ressentait désormais la déstabilisait. Elle avait toujours pensé qu'elle retournerait auprès de Sasuke quand cette histoire serait derrière eux mais aujourd'hui, c'était différent.

Elle était si satisfaite de sa vie actuelle, y renoncerait-elle par amour pour lui ? Sasuke ne lui avait donné aucun signe de vie pourtant dès le lendemain de son houleuse annonce, Karin lui avait envoyé un message texte lui disant qu'elle était là si besoin et qu'il pouvait prendre tout le temps de réflexion qu'il voulait. Pas même un « ok » ne lui avait été retourné. Juugo arriva enfin, il était seul cette fois et ils s'affairèrent sans tarder.

Encore une fois, les talents d'organisatrice de Karin furent loués étant donné qu'elle avait même prévu différents types de vices, tournevis et équerres pour pouvoir installer correctement les étagères. Juugo parlait peu, en cinq ans, elle avait juste appris qu'il travaillait un tiers de l'année à la campagne. À chaque fois, il prenait soin de la prévenir clairement de son indisponibilité, ce qui la flattait sans conteste. Quelques heures plus tard, ils admirèrent ensemble le résultat.

La pièce de vie était dominée par une association chaleureuse de bleu et de gris. Sans être tape-à-l'œil les couleurs vibraient et magnifiaient le soleil et ses rayons. Le canapé était grand, convertible aussi, posté en face du meuble à étagères imaginé sur mesure pour accueillir la télévision et une bonne part de leurs livres. Juugo la félicita gauchement, ce qui la ravit, et ils se séparèrent sur cette bonne note. Karin flottait sur un petit nuage maintenant que son projet était officiellement terminé. Elle y avait passé l'après-midi mais qu'importe, le résultat la satisfaisait complètement. À vrai dire, elle avait surtout envie de fêter ça désormais.

Sans même y penser à deux fois, elle téléphona à Suigestu avec qui elle passait la majorité de son temps. Il lui répondit d'une voix distraite expliquant qu'il était à la piscine et qu'il devrait être chez elle dans une quarante de minutes. Connaissant l'homme, elle savait qu'il lui faisait une faveur en écourtant sa séance de natation. Et se connaissant, elle l'aurait boudé s'il en avait été autrement.

Elle passa ce temps d'attente occupée par les recherches sur le milieu BDSM qu'elle effectua. La vidéo qu'il lui avait montrée l'avait surtout mise mal à l'aise sans pour autant provoquer le moindre frisson d'excitation. Elle essaya de lire quelques extraits littéraires qu'elle trouva sur Internet et piocha quelques noms de bouquins susceptibles de l'aiguiller un peu plus. Elle avait vraiment l'impression qu'il y avait deux mondes séparés dans ce gigantesque milieu. Si l'usage de corde et autres était plutôt répandu, le fait que ce soit l'homme qui soit enchaîné ne correspondait pas à la vision majoritaire.

L'idée était tellement inconnue que Karin n'arrivait pas à en voir le potentiel excitant.

Pour autant, elle n'avait pas abandonné l'idée d'où ses fameuses recherches. Elle voulait apprendre et faire plaisir à Suigestu. Le pourquoi de cet état de fait ne la titillait pas trop. Après tout, ils étaient amis et coucher ensemble leur était venu naturellement. Il n'y avait personne dont elle avait été plus proche dernièrement et la relation de confiance qu'ils avaient été parfaite à ses yeux pour découvrir de nouvelles choses.

Suigetsu débarqua à l'heure dite et son amie prit beaucoup de plaisir à lui faire visiter les lieux. Il était bon public et elle put même raconter comment elle avait trouvé l'appartement et de ce qui avait motivé les premières rénovations. Elle avait un peu de mal à évoquer Sasuke après ce qu'il s'était passé quelques jours auparavant alors elle évitait le sujet et se concentrait sur l'appartement.

— Pourquoi tu n'en as pas fait ton métier ? À la façon dont tu en parles, ça a l'air de vraiment te plaire, fit remarquer le scientifique alors qu'ils lézardaient dans le canapé.

— Il faut des fonds et je ne voulais pas demander à Sasuke de parier sur moi. J'aurais pas supporté l'échec. Sans compter qu'il aurait fallu que je m'investisse à fond et ce n'est pas mon truc, avoua-t-elle avec une grimace.

Suigestu passa son bras dans son dos et l'attira à lui.

— Petite orgueilleuse, ponctua-t-il avec un baiser sur sa tempe.

Elle grogna pour la forme mais se cala sur son torse, prête à passer aux choses sérieuses à n'importe quel moment. Il préféra malheureusement lui parler de son entraînement de natation et de ses performances de vitesse et d'endurance.

— Tu n'as jamais de marques ? questionna-t-elle subitement en fronçant les sourcils.

— Qu'est-ce que tu racontes ma folle ?

— Je vais te frapper dans les couilles si tu m'appelles encore comme ça, le rembarra aussitôt Karin avec colère. Vu que tu aimes être attaché ou malmené, ça ne te laisse pas des marques ou des petites blessures ? Avec la natation et tout ça...

Suigestu hocha la tête comprenant enfin ce qu'elle avait en tête. Il la rassura aussitôt :

— Je ne fais pas dans les marques, pas à cause de la natation mais parce que j'ai pas envie d'avoir à expliquer certaines marques à ces saletés de collégiens. C'est une grosse irruption de la vie privée dans le domaine public.

Karin hocha la tête, c'est vrai qu'elle n'y avait pas spécialement pensé. L'été elle passait son temps en short et fine chemise ouverte sur son nombril. Néanmoins elle n'avait pas de décolleté et n'avait donc jamais rencontré de réactions étranges en se penchant pour aider un élève.

— Ce serait si gênant que ça ? Après tout c'est ta vie privée.

— Quand même ouais, ils sont à un âge où un rien les met mal à l'aise, surtout ce qui touche au corps. Et on est supposé être des modèles à notre échelle, prôner le respect de soi, des autres, etc...

— Mais si ton kif c'est d'avoir ce genre de marques, poussa Karin. Ton métier est pas supposé t'en empêcher.

— Tu peux toujours t'habiller en conséquences, le cacher ou même l'afficher et expliquer ta situation. Il y a pas mal de sports qui marquent le corps et les profs les pratiquent quand même. C'est juste que je trouve chiant d'avoir à y penser.

Karin hocha la tête, surprise de n'y avoir jamais pensé. Mais il lui suffit de faire appel à ses souvenirs pour voir que même sans se censurer, les professeurs adoptaient tous un style correct, dénué de provocations ou d'injures. Et elle faisait partie du lot. La jeune prof dut laisser ses nouvelles réflexions là car son ami lui posa un bon paquet de questions sur l'atelier qu'elles avaient mis en place et qui faisaient grand bruit.

Le bouche à oreille avait fait plus que porter ses fruits dans l'établissement scolaire et elles avaient eu beaucoup de nouveaux inscrits. Malheureusement, les places étant limitées, un tirage au sort choisirait les heureux élus. Et elles avaient intérêt à faire aussi bien pour les fois prochaines. Leurs collègues n'arrêtaient pas de plaisanter sur le fait qu'elles avaient mis la barre haut dès le début et qu'il faudrait tenir le rythme toute l'année.

Si ces plaisanteries avaient peu d'effet sur Karin, Hinata avait déjà montré des premiers signes de stress. C'était donc une bonne chose que les thèmes de ces semaines de découverte ne soient pas donnés trop longtemps à l'avance.

— Toi tu n'as même pas parlé de ton atelier, accusa Karin pour couper le flot incessant de questions qui venait à elle.

— C'est beaucoup moins intéressant, j'ai fait un atelier sur le sel. D'où ça vient, comment en faire, pourquoi tous n'ont pas le même goût. C'est pas de la haute chimie mais c'est toujours sympa à faire.

Karin devait reconnaître qu'il collait parfaitement au thème de la semaine, on pouvait difficilement faire plus commun que le sel. Curieuse étant donné qu'elle ne connaissait absolument rien du sujet, elle écouta Suigestu lui expliquer que tous les sels alimentaires provenaient de la mer mais qu'ils pouvaient être extraits de différentes façons. Il détailla un peu plus, expliqua en même temps les expériences qu'il avait proposées à ses jeunes élèves.

Hinata

La jeune femme n'aimait pas faire preuve de narcissisme mais elle avait bien du mal aujourd'hui. Naruto allait venir la chercher.

Elle avait fini la conférence dans un état second, sautillant malgré elle. Elle ne pouvait réfréner la hâte qui l'habitait. Ce serait leur première sortie officielle même s'ils ne s'affichaient pas en tant que couple. Hinata avait de grands espoirs pour cette soirée.

Bien sûr, elle n'oubliait pas complètement leurs récents problème ; elle espérait même que Naruto aurait une proposition pour parvenir à lui faire une place dans sa vie mouvementée. Mais ce qui lui importait était avant tout de retrouver leur alchimie première. Naruto et elle avaient réellement été attirés l'un par l'autre et elle avait peur qu'avec le temps cette attirance ait été amoindrie.

Ce soir elle fit un effort pour se maquiller et mettre une robe même si elle abandonna l'idée de mettre des talons. Elle enfila un long gilet et patienta jusqu'à l'heure convenue. Elle avait décidé de lui accorder au maximum vingt minutes de retard, cela lui paraissait raisonnable étant donné que c'était lui qui avait proposé ce rendez-vous.

Fort heureusement, il arriva à l'heure dite et frappa à sa porte. Elle ouvrit et fut ravie de le voir si beau et si apprêté. Il portait un simple ensemble pantalon chemise dont les manches retroussées étaient du meilleur effet sur lui. Et il lui offrait un bouquet de fleurs splendides qu'elle s'empressa de mettre dans un vase. Elles n'en avaient pas, aussi elle se rabattit sur un saladier.

Ils partirent ensemble pour la merveilleuse soirée qui s'annonçait. Naruto lui tint la main dès la sortie de l'immeuble. Elle adorait cette sensation chaleureuse.

— Alors dis-moi quelles sont les nouvelles ? Tes cours se passent bien ?

Hinata hocha vivement la tête racontant les dernières anecdotes du collège. Elle lui expliqua aussi la semaine spéciale qu'elle était en train de vivre et l'atelier que Karin et elle avait préparé. Il se montra curieux et intéressé.

Ils marchèrent jusqu'au parc naturel et s'achetèrent une boisson au stand. Connaissant sa faible attirance pour l'alcool, Naruto proposa deux macchiato. Ils s'installèrent sur un banc, le lac un peu au loin.

— Tu as donc beaucoup de temps libre, comment tu t'occupes ?

— J'en profite pour préparer mes cours déjà et puis je me suis inscrite à des cours de cuisine. C'est plutôt sympathique même si je dois avouer que je reste très silencieuse.

— Je ne me serais pas douté que tu es du genre appliquée à la tâche, plaisanta gaiement le blond.

— J'ai quand même dû accepter certains échecs, nota-t-elle en souriant.

Naruto éclata tendrement de rire, caressant distraitement sa hanche. Elle supposait sans peine que ça lui faisait aussi beaucoup de bien de décompresser ainsi.

Même si sa disparition l'avait vexée, elle savait bien qu'il n'avait pas sciemment choisi de l'ignorer. Sans doute avait-il été dépassé par son boulot. Elle voyait sans mal ses traits tirés. Et elle savait bien que si elle le voyait apparaître partout d'événement en événement ce n'était pas juste à cause de sa fonction.

— Tu as des problèmes au travail ? osa-t-elle questionner après quelques instants de silence.

Naruto se figea et elle crut un moment qu'il ne lui répondrait pas. Mais il finit par exposer ses soucis :

— Disons plutôt que je ne suis pas au mieux de ma popularité et que ça pourrait me coûter ma place. Je me suis fait épingler pour la loi fiscale des entreprises alors qu'elle date de Tsunade et qu'elle n'était juste pas appliquée. J'ai aligné les droits des responsables légaux sur les droits parentaux. Pas une révolution, dans le sens où ils avaient été réduits et qu'on avait déjà soutenu une responsabilisation de l'adoption plénière mais enfin...

— C'est quoi ce truc de droits parentaux ? Ça ne me parle pas du tout.

— C'est pour toute personne responsable d'un enfant qu'elle n'a pas eu naturellement. Avant les parents biologiques avaient des droits très puissants, que Kakashi a réduit. Et au contraire toutes les démarches pour adopter un enfant en font des responsables légaux mais pas des parents. Donc il y avait toujours une inégalité de traitement.

Hinata cligna les yeux complètement choquée de ce qu'elle apprenait. Cette information n'était pas du tout remontée jusqu'à elle malgré l'intérêt qu'elle portait à la politique et à l'histoire.

— Je comprends les remarques que ça peut susciter, lâcha-t-elle platement. Tu as l'air furieux rien que d'en parler.

— Je le suis, j'ai de très bons résultats pour une entrée récente en poste et je suis obligé d'en faire la promotion parce qu'on me fait passer pour un gars qui déteste les familles « normales ».

Hinata posa un bras réconfortant sur son bras, elle ne pouvait malheureusement pas l'aider beaucoup. Elle l'écouta seulement parler des démarches en cours et l'aidait autant que possible à développer ses idées. Il finit par décréter le sujet clos, c'était sa seule soirée de libre et il ne voulait pas la passer à ressasser ses difficultés. Surtout si c'était pour pleurer sur son épaule.

Ils étaient donc en train de parler de livres, un débat un tantinet tendu autour des essais historiques d'Izumi quand ils furent interrompus par un jeune adolescent :

— Madame Hyuga ! Bonsoir, qu'est-ce que vous faites là ?

La dénommée s'était figée en reconnaissant cette voix. Elle tourna la tête vers son élève qui était accompagné de deux de ses amis. Ils étaient aussi chiffonnés les uns que les autres. Heureusement le couple ne faisait rien de compromettant, seuls leurs genoux étaient en contact.

— Bonsoir Tenzin, sourit la professeur en serrant fortement son gobelet. Je profite de ma soirée avec un ami, un peu comme toi.

Les adolescents étaient en train de dévisager Naruto et ce dernier ne savait pas vraiment quoi faire. Il finit par secouer la main dans leur direction pour les saluer alors qu'ils mettaient tant de temps à le reconnaître :

— Naruto Uzumaki ! Vous étiez dans le cours de la semaine dernière !

Le politicien ouvrit la bouche, complètement hébété par cette remarque. Lui qui était censé avoir une répartie d'enfer, le voilà bien embêté. Hinata le sauva de ce moment de gêne :

— C'est aussi une personne avant tout, que vous pouvez saluer dignement quand vous le rencontrez.

Les adolescents se corrigèrent et le saluèrent plus poliment. Ils lui posèrent quelques questions, certainement en rapport avec ce fameux cours de la semaine passé dont il était de plus en plus curieux.

Karin

La belle rousse cligna des yeux. Suigestu venait encore de sortir une remarque salace et elle se disait qu'il était temps pour elle de prendre les devants. Elle l'abandonna dans les cuisines avec ses plats mijotés pour disparaître dans sa chambre se préparer. Elle ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Elle avait lu quantité de choses sur les domina mais n'étaient toujours pas certaine de savoir comment si prendre.

Elle changea sa paire de short pour une jupe étroite. Elle se débarrassa de sa chemise et vérifia que son soutien-gorge lui allait bien. Elle piétina pour trouver des chaussures à talons. Elle était supposée avoir une paire d'escarpins rouges sauf qu'ils étaient certainement restés chez Sasuke. Au moins, elle trouva des bottes mais ça ruinait tout le concept de la jupe droite ! Tant pis, elle les abandonna et s'occupa plutôt de ses cheveux.

Karin débarqua dans la salle commune et se posta contre un mur en attendant qu'il remarque son accoutrement. Il la regarda un long moment alors qu'il maintenait fermé son bouquet garni.

— Je n'ai pas de tenue plus adéquate, grimaça-t-elle en croisant les bras.

Suigestu abandonna sa préparation pour venir la rejoindre en quelques enjambées. Les mains sur ses hanches, il déposa un baiser rapide sur ses lèvres avant de lui assurer :

— J'adore ta tenue. Mais je t'assure que tu n'as pas besoin de combinaison ou de n'importe quoi d'autres. Tu peux être toi même et ce sera suffisant.

Karin se dandina d'un pied sur l'autre. Elle avait du mal à accorder une foi totale à ses paroles.

— J'ai jamais fait ça, je vois pas comment être moi-même et une domina bandante !

Devant son rire rocailleux, elle n'eut d'autre choix que de lui taper dans le ventre. Plutôt que de s'éloigner, il la rapprocha encore davantage.

— Tu es déjà bandante et déjà autoritaire, rappela-t-il avec ce sourire tout en canines. Fais ce dont t'as envie, laisse-toi porter.

Karin se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser langoureusement. Il ne perdit pas de temps pour la plaquer au mur et elle crut même qu'ils se laisseraient aller. Mais Suigestu était vraisemblablement très fort pour résister à toute sorte d'attraction parce qu'il retourna dans la cuisine finir ses préparations.

Laissant la jeune femme sur le cul.

Devait-elle être admirative d'une telle retenue ? Certainement pas ! C'était surtout super vexant et dire qu'elle s'était mis la pression pour se préparer, vraiment n'importe quoi ! Elle avança dans sa salle commune et s'assit sur la table du salon en le fixant méchamment du regard. Et la seule fois où il daigna la regarder, ce fut pour lui adresser un insolent sourire qu'elle rêvait de faire disparaître. Elle n'eut aucun mal à exagérer sa contrariété :

— Amène-toi et occupe-toi de moi, ordonna-t-elle le plus sèchement possible.

Hinata

Après leur ballade au parc, le jeune couple avait décidé de se rendre au bar-restaurant d'à côté pour manger un bout. Hinata était ravie de cette invitation qui lui permettait de profiter davantage du beau blond. Ils s'installèrent en terrasse et commandèrent sans tarder. Alors qu'on venait d'installer l'apéritif devant eux, Naruto voulut s'excuser de sa disparition :

— Je n'ai pas voulu te poser un lapin mais je me suis fait dépasser par l'enchaînement des évènements. Et après, j'ai eu un peu honte de reprendre contact avec toi alors que je n'aurais même pas eu cinq minutes à t'accorder.

— Ce n'est pas agréable de se sentir passer à la trappe ainsi mais je peux comprendre, répondit posément Hinata.

Elle lui avait déjà fait part de sa colère, elle n'avait pas envie de passer la soirée à ressasser ses mauvais sentiments. Pas quand elle ne rêvait que de se pendre à son cou. Elle sourit quand il posa sa main sur son avant-bras qu'il flatta doucement.

— J'espère qu'on est toujours ensemble, osa-t-il demander dans un murmure.

— On l'est, assura Hinata avec un grand sourire.

Son regard bleu lumineux lui répondit et ils restèrent de longs instants à se sourire bêtement. Ils trinquèrent à leur retrouvailles et commencèrent à manger. Ils n'eurent aucun mal à parler tout au long de la soirée rebondissant d'article en événement sans aucune barrière. Ils rirent beaucoup et Naruto la régala de ses nombreuses anecdotes de jeunesse : beaucoup de bêtises par simple fierté. À plusieurs reprises, elle entendit parler de Sasuke, Sakura et Shikamaru. Trois noms fréquents dans la longue liste de ses amis.

Pour sa part, Hinata n'avait pas beaucoup de souvenirs d'enfance à partager. L'environnement clanique n'avait rien de très drôle. Elle parla surtout de ses aventures dans le monde extérieur qui n'avaient été que des participations à des colonies ou à des festivals. C'était clairement cela qui l'avait sauvée du carcan familial.

— Naruto ! s'exclama une voix forte qui passait à côté de leur table.

Le dénommé releva la tête et afficha un grand sourire. Il serra énergiquement la main de l'homme et le présenta à Hinata. Cette dernière se contenta d'un hochement de tête à son égard avant de trouver le premier prétexte à marmonner pour disparaître. Elle commanda un mimosa pour attendre Naruto et paya leur repas pendant qu'elle y était.

Son cœur devait se calmer, elle était encore très anxieuse. Elle devait poser ses mains à plat sur le comptoir pour s'empêcher de trembler. Quelle horreur, elle pensait avoir dépassé tout ça mais voilà que ses angoisses revenaient en force. Elle but doucement une gorgée et essaya de calmer ses nerfs. Elle devait à tout prix éviter de penser à tous ses souvenirs humiliants qu'elle avait l'impression de revivre.

— Tu es là, souffla alors la voix de Naruto qui s'approchait. J'ai eu peur que tu sois partie.

Dès qu'il arriva à ses côtés, elle finit son verre et lui demanda s'ils pouvaient partir. Elle ne se sentait plus aussi bien dans ce restaurant désormais. Il accepta vivement et ils sortirent.

— J'ai deviné pourquoi tu as payé le resto cette fois-ci, annonça l'homme-politique d'une voix légère. Pour m'obliger à t'offrir le prochain ! Je vois clair dans ton jeu.

Hinata éclata de rire, heureuse qu'il plaisante à ce sujet et qu'il ne la prenne pas pour une folle. Elle se pressa contre son bras, ravie de leur nouvelle proximité.

— Tu veux me parler de ce qu'il vient de se passer ? questionna-t-il doucement. Tu n'es pas obligée mais je suis curieux.

La jeune femme hocha mollement la tête. Elle ne voulait pas vraiment en parler mais elle ne voyait pas de raison de cacher cela à Naruto. S'ils devaient sortir ensemble, autant qu'il soit au courant. Cela éviterait que ce genre de scène se reproduise à l'avenir.

— Mon père est chef de clan, commença-t-elle avec distance.

— Hiashi Hyuga est ton père ? s'étrangla immédiatement Naruto, voyant son air tendu, il la pria de poursuivre.

— Il avait beaucoup de réunions de travail et de contacts professionnels et souvent cela se passait chez nous. Ma sœur et moi étions des extensions de lui et on devait présenter bien pour ne pas l'embarrasser.

Hinata sentit le bras de Naruto l'entourer alors que ses traits devaient refléter son malaise.

— Déjà timide de base, j'ai très mal réagi à cette pression et je fuis ce genre de rencontres autant que possible désormais.

— Ton père ne t'a pas libérée de ses obligations en voyant que tu étais mal à l'aise ? questionna-t-il avec attention.

— Pas au début, il pensait qu'il suffisait que je fasse des efforts. Mais ensuite, ça s'est aggravé et j'ai eu des troubles sérieux donc il n'était plus question de m'exhiber ainsi.

Naruto la serra encore davantage contre lui. Il semblait contrarié et inquiet en même temps. Elle s'empressa de lui sourire pour atténuer la dureté de son témoignage.

— Je n'exigerai jamais que tu sois autre chose que toi-même, assura puissamment le blond. Ni que tu sois parfaite.

— Je le sais bien, sourit Hinata. Mais les compagnes sont encore considérées comme des accessoires de prestige et... Je n'ai pas envie de devoir veiller à ta réputation même si je te souhaite le meilleur.

À voir l'air concentré du blond, il avait compris à quel point ces moments avaient été traumatisants pour elle et qu'il était hors de question qu'elle se mette d'elle-même dans pareille situation. Il se frotta le menton et demanda :

— Est-ce que... tu es contre le mariage ?

La question la surprit tellement qu'elle trébucha alors que ses joues devenaient de plus en plus rouges. Elle s'accrocha à Naruto pour se remettre droite et tenta de remettre ses idées au clair. D'où sortait une telle interrogation, elle n'en savait fichtrement rien. Par contre, vu le silence résigné de Naruto, il attendait sa réponse.

— Non, non je ne suis pas « contre le mariage ». Je disais juste que j'ai déjà du mal à être moi-même alors être l'extension de quelqu'un d'autre en même temps me parait impossible.

— Alors tu serais d'accord pour te marier un jour ?

Le rouge de ses joues s'était étendu à l'ensemble de son visage et elle fut heureuse de sentir encore le bras fort de Naruto dans son dos.

— Oui, je serais d'accord.


Bonsoir à tous ! J'ai eu quelques retours dernièrement et ça me fait très plaisir. À NaruHina82, oui la ligature des trompes n'est pas interdit. Pour le stérilet en cuivre ça m'étonne de le réduire autant alors que certaines femmes veulent justement s'écarter des contraceptifs hormonaux et il y en a pas tant que ça. Tu as un avis bien tranché sur la situation de Karin et je respecte ça mais je ne serai jamais d'accord pour rapprocher un avortement d'un meurtre. Quand aux généralités sur les comportements dans le couple, elles découlent directement des sciences sociales qui observent des tendances trop fortes pour êtres uniquement dû aux individus. C'est sur cela que je me base en tout cas. Ça me fait plaisir d'avoir des réponses aussi précises et détaillées.

A Shrek, merci pour ton charmant message, il m'a fait sourire toute la soirée. J'essaie de m'éloigner des habitudes quelques peu gênantes des romances habituelles et je suis ravie que cela fonctionne et plaise.

J'espère que ce nouveau chapitre aura été à la hauteur et à très bientôt ! Maneeya.