Note de l'auteur : J'ai découvert que le féminin de blaireau était « blairelle ». Sinon, j'ai hâte de voir vos réactions après la fin de ce chapitre !
le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 9 : Poud'news
.
Une semaine s'était passée depuis l'affrontement Poufsouffles versus Gryffondors sur le terrain de Quidditch. Ça c'était terminé par une course collective que Meredith Ravencrest avait gagné dans un sursaut de vitesse pour dépasser Eva et Steve McAvoy.
Bien qu'il passait son week-end à boire, Steve McAvoy, attrapeur des Gryffondors, était étonnement rapide. La preuve qu'avoir un corps de gringalet servait à autre chose que d'augmenter son agilité sur un balai.
Mais ça, Eva ne l'admettrait jamais. Hors de question de dire une quelconque forme de compliment à Steve McAvoy et son bonnet puant qui ne le quittait jamais.
La semaine s'était passée normalement. Hormis le fait qu'Eva se retrouvait tous les soirs à nettoyer différentes parties du château en compagnie du reste du club des loosers. Heureusement pour elle et Akash, leur dernière retenue était ce soir puis ils abandonneraient les Gryffondors à leur sort.
Pour rappel, McGonagall n'y était pas allée de main morte envers ses lionceaux : Meredith Ravencrest avait encore une semaine supplémentaire de retenue à faire tandis que Liam Olsen avait la chance de prouver ses talents d'homme de ménage pendant trois semaines encore.
Eva était plutôt satisfaite de sa semaine. Aucun accrochage avec des membres d'autres Maisons et des cours compréhensibles, c'était le minimum qu'elle demandait.
(Personne ne l'avait contacté pour donner des nouvelles de sa mère mais ça Eva tentait de l'ignorer. Demain, ça ferait une semaine que sa mère avait disparu. Demain matin, si elle n'avait toujours aucune nouvelle information, elle enverrait une lettre à Euphémia.)
Dortoir des Poufsouffles, 21h41
Boum
La porte de la chambre que partageaient Eva Brown, Charlotte Tronsky et Emmeline Vance s'abattit avec force contre le mur.
Gloussant avec excitation, Emmeline rentra dans la chambre après son entrée remarquée. Sa bonne humeur était telle qu'Emmeline ignora complétement le cri de Charlotte (« La porte, putain ! ») qui avait tiré le rideau de son lit à 20h30 pour dormir et sauta sans attendre sur le lit d'Eva, faisant rebondir cette dernière qui faisait les sudokus de la Gazette du jour.
« Hannah Abbot m'a passé le nouveau numéro de Poud'news, chuchota Emmeline, ses yeux verts brillant d'excitation alors qu'elle et Eva s'ajustaient sur le lit pour qu'elles puissent toutes les deux voir le contenu du magazine qu'Emmeline aplatissait avec ferveur sur le drap gris décoré par des vifs d'or d'Eva.
– Qu'est-ce que ça t'a coûté ? » demanda Eva avec curiosité, le sujet de Poud'news suffisait pour faire apparaître un sourire amusé sur ses lèvres.
Emmeline poussa un soupir excédé, roulant ses yeux.
« Ma potion plus-un-seul-poil ! Hannah Abbot se fait passer pour une fille timide mais c'est un vrai gobelin en affaire ! grommela-t-elle. Franchement, qu'est-ce qu'il faut pas faire pour réussir à mettre la main sur ce journal ! Ma potion coûte dix gallons, dix ! pestiféra Emmeline.
– Arrête. C'est pas comme si t'étais celle qui l'achetait. Je suis sûre que tes parents seraient heureux de savoir que tu vends sans aucun scrupule leurs cadeaux, ironisa Eva.
– Que veux-tu ? soupira dramatiquement Emmeline. Il faut bien que je me dévoue ! C'est pas avec ton vernis à ongle de deuxième démarque qu'on réussirait à obtenir cette pépite, dit Emmeline en tapant avec insistance la page de couverture de Poud'news avec son ongle jaune vif.
– Hey, protesta mollement Eva en ne prenant pas vraiment la peine de prendre un air contrarié. Tes airs de gosse de riche refont leur apparition là. »
Emmeline fit un geste de la main dédaigneux. Apparemment, le journal très secret de Poudlard lui faisait oublier sa résolution de cacher son éducation de bourgeoise pour attirer Jefferson dans ses filets.
« Oui, oui. Mais il y a plus important là ! »
Et c'est comme ça qu'avait débuté leur lecture du septième numéro de Poud'news.
Ce magazine avait fait son apparition pour la première fois en décembre de l'année précédente. C'était un peu sorti de nulle part. Un jour, il y avait eu des inscriptions étranges sur tous les panneaux d'affichage du château (« VOUS VOULEZ CONNAÎTRE TOUS LES SECRETS DU CHÂTEAU ? ON VOUS LES RÉVÉLERA BIENTÔT ») et le jour suivant des hiboux délivraient le premier exemplaire de Poud'news à une cinquantaine de filles du château au petit-déjeuner. Emmeline en avait fait partie.
Petit à petit, la rumeur d'un magazine publié illégalement avait fait le tour des couloirs et des opérations de troc avaient débuté pour tenter de mettre la main dessus.
Pour être honnête, l'intérêt que vouait la population de Poudlard à Poud'news était un peu malsain aux yeux d'Eva.
Tout d'abord, il y avait les premières pages remplis de photos volées.
« Par le slip de Merlin, tu as vu ses biceps ?! » s'extasia Emmeline devant une photo de Tony Valasquez en débardeur noir mettant parfaitement en valeur ses biceps bronzés.
Comme pour toutes les autres photos du magazine, Tony Valasquez ne fixait pas l'objectif. Il paraissait parler avec animation à quelqu'un hors-champ. Sans doute inconsciemment, il contracta ses muscles bronzés à un moment, déclenchant un petit cri hystérique d'Emmeline qui fit rire Eva.
Par la suite, il y avait d'autres photos de tous les beaux garçons du château. Pour des raisons qu'Eva ignorait mais qu'elle respectait, toutes les personnes qui apparaissaient dans Poud'news étaient minimum en 5ème année. Il fallait avouer qu'il ne manquait pas de contenu rien qu'avec les trois années plus âgées car le niveau d'attractivité des garçons était assez élevé comparé à d'autres années.
Sans surprise, les représentants de Poufsouffle étaient Amos et Jeff. Eva avait toutefois l'impression que le nombre de photos où ils apparaissaient dans ce numéro avait augmenté depuis l'année précédente. Peut-être était-ce le résultat de leur rupture respective ? Personne n'était sans savoir qu'Amos Diggory et Jefferson Windsor avaient mis un terme à leur relation de longue date avec Charlotte Tronsky et Lucy Emerson, Gryffondor de 6ème année.
Le créateur du magazine voulait certainement miser sur leur nouveau célibat – bien que le célibat d'Amos n'ait pas duré bien longtemps…
Plusieurs photos qui paraissaient avoir été prises juste le week-end dernier étaient présentes dans ce nouveau numéro.
Amos l'air concentré alors qu'il pliait les genoux pour empêcher le ballon de foot de lui échapper, Jeff qui lançait d'un coup de pied contrôlé le ballon loin de sa cage de but, Amos qui descendait les escaliers en rigolant à gorge déployée, Amos et Jeff qui se battaient torse nu dans le lac avec le reste des garçons de Poufsouffle, Amos qui courait torse nu pour la course collective de dimanche dernier, Jeff qui s'ébouriffait ses cheveux pour une fois laissés au naturel pendant le repas, etc.
Autant de contenu sur Jeff ravit Emmeline qui ne tarda tout de même pas à se plaindre qu'autant de publicité sur Jeff allait certainement agrandir le nombre de concurrentes potentielles. Quant aux innombrables photos focalisées sur Amos, Eva et Emmeline furent d'accord pour dire qu'heureusement que Charlotte avait décidé de se coucher tôt ce soir.
Ensuite vinrent des photos sur le reste des 7ème année.
Liam Olsen était le focus de deux photos.
« Non Emmeline, tu n'as pas le droit de le mater lui, s'indigna Eva lorsqu'elle vit le regard d'Emmeline s'attarder sur Liam Olsen en train de faire des pompes.
– Mais regarde ces muscles de dos ! se défendit Emmeline.
– Non. »
Une de Francis Lockart qui souriait d'un air narquois sur un balai comme d'habitude. C'était sur le terrain de Quidditch que le Serdaigle était le plus charmant. En dehors du terrain, il était plutôt de nature calme et conciliante.
« C'est un vrai monsieur je-sais-tout en cours mais lui en tenue de Quidditch ? Délicieux, » trancha Emmeline.
Plusieurs de Luke Carstein le préfet-en-chef : au milieu d'une ronde de préfet, révisant silencieusement dans la bibliothèque, lui qui parlait en souriant gentiment à quelqu'un.
« Ah regarde Eva. C'est ta page préférée ! sourit Emmeline en lançant un sourire amusé à son amie qui se renfrogna à vue d'œil.
– Chut Emmeline. »
Sans surprise, Oliver Avery et sa gueule d'ange avait une page dédiée rien qu'à lui. Beurk mais Eva devait avouer que la photo de lui qui remettait bien ses boutons de manchette d'un air impassible, vêtu que de sa chemise blanche et de sa cravate de Serpentard le mettait très bien en valeur. Le fait qu'il affichait un air impassible au lieu de son sourire moqueur lui changeait totalement de personnalité.
« Je ne dirais pas non à un cours de tutorat en privé avec lui », soupira rêveusement Emmeline en se rinçant l'œil à la vue des cheveux blonds, du nez aquilin et des yeux bleus du jumeau Avery.
– Tu me répugnes, » répondit simplement Eva.
Ce qui était surprenant était qu'Evan Rosier soit là lui aussi. Apparemment, les bruns colériques avaient eux aussi un fan club. Sur l'unique photo qui lui était dédié, il fusillait quelqu'un du regard comme à son habitude et, à en juger par ses poings serrés, la conversation prenait une tournure inquiétante pour son interlocuteur.
« Je ne comprends pas qu'on puisse l'admirer. C'est un gros con, grimaça Eva.
– Un gros con beau gosse. Un visage si masculin ça pardonne tout.
– Emmeline ! s'exclama Eva d'un air outré, fixant avec des gros yeux son amie.
– Mais regarde cette mâchoire contractée ! Et ce muscle-là sur sa mâchoire qui palpite ! se défendit Emmeline en tapant de son index le muscle en question sur lequel on avait une vue plongeante grâce à la photo prise de profil.
– Merlin…Tu es désespérante… »
Eva eut à peine le temps d'entrevoir Regulus Black et Sebastian Vance, le cousin d'Emmeline qui était l'héritier officiel de la fortune des Vance, qu'Emmeline tournait abruptement la page. Après avoir lancé un regard interrogateur à son amie, Eva souleva le coin de la page pour voir quel était le problème.
Un sourire sardonique se dessina sur ses lèvres à la vue des joues creuses de Royce Mulciber qui semblait avoir été pris en photo lors d'un repas dans la Grande Salle. A en juger par l'angle de la photo, il apparaissait seulement par hasard dans Poud'news. C'était Oliver Avery et non lui qui était le focus de la photo.
Sans un mot, Eva rabaissa la page.
« Ça va ? lui demanda Emmeline d'un ton hésitant.
– Sans commentaire. »
Mais les deux filles oublièrent bien vite cette mauvaise surprise à la vue de ce qui les attendait. Deux pages entières dédiées entièrement à Sirius Black.
Les deux filles en restèrent bouche-bée.
Sirius qui était appuyé sur un mur du couloir, l'air de s'ennuyer profondément mais le col de sa chemise d'uniforme outrageusement ouverte jusqu'à la moitié de son torse. Sirius qui se battait avec James en souriant et en riant. Sirius s'appuyant sur les deux pieds arrière de sa chaise, la tête penchée en arrière comme s'il se retenait de dormir, ses cheveux dégoulinants le long de son cou.
Sirius qui tournait les pages d'un livre dans la bibliothèque, la tête appuyée sur sa main. La lumière du jour mettait parfaitement en valeur son visage. Surtout lorsqu'il leva les yeux et donna l'impression de fixer pile l'inconnu qui le prenait en photo. Après quelques secondes, il rabaissa ses yeux, un petit sourire aux lèvres.
Les yeux d'Eva furent hypnotisés par cette photo. Ils refusaient de s'en détacher. Et à chaque fois que les yeux clairs de Sirius se plantaient dans les siens, elle sentait son cœur rater un battement.
Eva déglutit et baissa enfin les yeux vers la photo suivante.
Sirius qui portait sa tenue de Quidditch et fouettait l'air de sa batte. Il était à terre mais avait l'air d'être impatient de commencer l'entraînement. Le voir porter l'attirail complet de Quidditch était tellement rare qu'Eva resta figée sur cette nouvelle photo.
Sans pouvoir se contrôler, elle détailla de ses yeux chaque nouveau détail qui apparaissait à chaque nouveau mouvement.
« Dommage qu'il porte des manches longues, hein, » commenta Emmeline dans l'oreille d'Eva.
Eva se retint de sursauter, sortant soudainement de son transe plus qu'étrange.
Elle lâcha un petit rire vacillant :
« Je crois que Poud'news a enfin compris sur qui il fallait se concentrer pour que tout le monde s'arrache leurs nouveaux numéros.
– Tu veux dire que les photos de Gilderoy Lockhart ne sont pas assez bonnes à ton goût ? » la taquina Emmeline en lui lançant un sourire joueur.
Eva donna un coup d'épaule à Emmeline, le nom du petit frère de Francis était tout ce qu'il fallait pour qu'un sourire amusé apparaisse sur ses lèvres.
« Comment oserais-je ? railla-t-elle. Gilderoy Lockhart est ma vie. Ta potion plus-un-seul-poil n'égale pas mon amour pour ce Serdaigle magnifique ! »
Emmeline ricana et tourna la page, commentant tout en le faisant :
« Dommage qu'ils aient trouver le moyen d'empêcher un sortilège de duplication de marcher sur leur magazine. Ces photos de Black vaudraient vraiment le coup qu'on en fasse des posters pour notre chambre.
– Arrête. On dirait une vraie perverse.
– Ne crois pas que je ne t'ai pas vu baver, Eva Brown, » la titilla Emmeline en agitant son index sous le nez d'Eva.
Eva la bouscula, faisant pousser un cri aigu de surprise à Emmeline qui s'étala sur son flanc :
« Oh chut Emmeline ! Tu as fait pire que moi pour toutes les autres ! »
Emmeline se redressa, les yeux pétillants de malice :
« AHA ! Donc tu avoues que tu baves devant Sirius Black. »
Eva roula ses yeux, une rougeur apparaissant toutefois sur ses joues malgré ses airs nonchalants :
« Oui bon, je vois pas trop qui pourrait rester indifférente face à ce genre de photo.
– C'est sûr. Tiens, il y a ton Potter d'amour, » dit Emmeline en tapotant avec son ongle verni James qui s'ébouriffait les cheveux d'une main et jouait avec son Vif d'or de l'autre.
Franchement, cette posture qu'il tenait sur cette photo était tellement surprenante. Non mais qui aurait imaginé un jour le voir avec un vif d'or et la main fourrée dans sa masse de boucles ? Personne. Clairement.
Eva parcourut d'un œil distrait la page dédiée à James et remarqua avec surprise que Remus apparaissait pour la première fois dans Poud'news. Les nombreux centimètres de plus qu'il avait acquis pendant l'été lui avait vraisemblablement valu une montée en popularité.
Finalement, elles arrivèrent sur les quatre pages dédiées exclusivement à Gilderoy Lockhart, le Serdaigle de 6ème année qu'Eva admettait n'avoir jamais remarqué avant son apparition dans Poud'news. Il avait un visage symétrique, des yeux clairs et des cheveux blonds foncés ondulés qui le rendaient très photogénique. Elle devait admettre que le mystérieux photographe du Poud'news savait en tirer parti.
« C'est carrément lui qui a créé le magazine juste pour qu'on admire sa beauté, hein, railla Emmeline après qu'elles eurent terminé de glousser devant les poses ridicules mais attrayantes que prenaient Gilderoy Lockhart pendant son shooting photo.
– Carrément, oui. Et son acolyte est drôlement futé pour avoir mis tout ça au point juste pour faire un coup de pub pour Gilderoy. Personne n'aurait été intéressé par Poud'news s'il était le seul dedans. Bien qu'il soit mignon, concéda Eva en observant Gilderoy Lockhart lui envoyer un baiser avant de lui adresser un clin d'œil.
– Bon, maintenant la partie qui nous intéresse. Les ragooots, » chantonna Emmeline avec un sourire excité.
Eva soupira lourdement, fermant les yeux pour se préparer mentalement à ce qu'elle allait lire.
Le problème avec les ragots c'était que, bien sûr, c'était toujours croustillant de mettre la dent sur de nouveaux mais ce n'était pas aussi agréable quand les ragots vous concernaient. Eva en avait fait les frais l'année précédente avec l'apparition de ce maudit magazine. Même toutes les photos alléchantes de Poud'news ne pouvaient pas compenser le harcèlement qu'elle avait subi à cause de la catégorie « Les amours de nos sorciers bien-aimés ».
« Putain… »
Ça lui échappa en un souffle. Bien sûr qu'elle était mentionnée... Contrairement au mois de septembre, son mois d'octobre avait été bien chargé.
MÉNAGE À TROIS À POULDARD ?
Après trois ans de relation avec Charlotte Tronsky la bougonne et un été de liberté, Amos Diggory semblerait avoir jeté son dévolu sur deux de nos chouchoutes ici à Poud'news. En effet, c'est avec un grand regret que nous devons vous annoncer que notre très alléchant Amos Diggory que nous aimerions toutes grimper comme un arbre (QUI N'A PAS REVÉ DE SE FAIRE PLAQUER CONTRE UN MUR A L'AIDE DE CES MUSCLES DE BATTEUR, N'EST-CE PAS MESDAMES ?) est maintenant un homme pris.
Kate Godfried aurait-elle perfectionné sa potion d'amour pour attraper avec ses griffes aiguisées le chef des blaireaux ?
Peut-être lui reste-t-il des améliorations à faire car Eva Brown, notre blairelle qui s'est faite discrète depuis la fin de son aventure secrète avec Royce Mulciber, n'a pas tardé à marquer son territoire (ou le territoire de sa BFF Charlotte Tronsky, la fameuse ex du blaireau qui semble difficilement passer à autre chose. Voir page 14).
Mais serait-ce au grand malheur d'Amos Diggoy ?
Ici à Poud'news nous en doutons. Notre beau batteur semble être du genre à apprécier être pris en sandwich si vous voyez ce que nous voulons dire. En espérant qu'il soit capable de calmer les ardeurs de ses deux conquêtes si elles en viennent à jalouser l'autre élue du cœur de leur homme. Nous sommes impatients de voir ce que nous réserve ce ménage à trois qui est une vraie première dans le château !
AMOS DIGGORY RÉUSSIRA-T-IL À JONGLER ENTRE DEUX FEMMES ?
Et en-dessous se trouvait une photo d'Eva en compagnie d'Amos et de Kate.
Comme l'année précédente, Eva se sentit mal à l'aise en voyant son visage dans ce magazine. Rien que de penser au fait que quelqu'un la prenait en photo sans qu'elle ne se doute de rien lui donnait froid dans le dos. La photo paraissait avoir été prise directement après leur confrontation avec Adrian Parkinson dans la cour.
Sonnée après les commentaires de Parkinson, Eva s'était laissé guider par Amos. Et c'était exactement ça qu'on voyait sur la photo : Eva avec un air stoïque sur le visage qui donnait l'impression qu'elle s'ennuyait, Amos à l'air contrarié qui la tenait par l'épaule et qui tenait de son autre main Kate Godfried qui affichait quant à elle un air inquiet.
« Décidément. Tu es une vraie célébrité, commenta Emmeline.
– Je pourrais bien m'en passer, grogna Eva avant de prendre son oreiller pour enfoncer son visage dedans.
– Hé, il y a un autre truc sur toi ! » s'exclama Emmeline en tapant le dos d'Eva qui continuait à gémir dans son oreiller avant de commencer à lire à haute voix l'article.
D'après un informateur anonyme, Eva Brown est sortie de son terrier pour aller s'aventurer dans la savane.
Aperçue en compagnie de James Potter dans un couloir solitaire puis surpris à se disputer ensemble dans le Hall d'entrée (très physiquement, détail important), notre blairelle semble n'avoir pas peur de se frotter (et plus si affinité ?) au Poursuiveur qui intimide pourtant plus d'un sur le terrain de Quidditch.
Et, pour celles qui ont été assez chanceuses d'assister au spectacle du Poursuiveur (très bien foutu, il faut le souligner) faisant le tour du terrain de Quidditch le 6 octobre dernier vêtu seulement d'un slip, n'oubliez pas de remercier chaleureusement Eva Brown qui serait l'instigatrice de ce beau spectacle.
(Peut-être pourrait-on le refaire sans le caleçon la prochaine fois ? Juste une suggestion.)
Une fois terminé sa lecture, Emmeline éclata de rire.
« Merlin Eva, peut-être que c'est le début de ton fan-club !
– Tais-toi Emmeline, » grogna Eva, mortifiée par ce qu'elle venait d'entendre.
Comment la personne qui écrivait ces articles pouvait assumer d'écrire ce genre d'âneries ? Eva se sentait embarrassée pour elle !
Mais heureusement pour Eva, c'était le dernier article où elle était mentionnée.
(Intérieurement, elle lâcha un soupir de soulagement que son nom ne soit pas de près ou de loin associé à celui de Sirius.)
Il y avait un article qui faisait mention de la beuverie des Gryffondors de 6ème année. Une source anonyme (comme d'habitude) révélait que Lucy Emerson et Sirius Black avaient semblé curieusement proches. Poud'news soupçonnait aussi que tout cela avait été une mise en scène orchestré par James Potter pour ENFIN conquérir le cœur de la féroce Lily Evans qui restait toujours fidèle au Calamar Géant.
« Je préfère sucer le Calamar Géant plutôt que toi Potter ! » avait aussi été une citation de l'article. Eva ne savait pas qui était allé répéter l'insulte d'Amos mais maintenant l'ensemble du corps étudiant allait être au courant de cette phrase forte peu flatteuse. Pauvre Lily Evans. Tout le monde extrapolait les insultes qu'elle lançait à James lorsque celui-ci s'avérait être particulièrement lourd.
« Lily Evans va continuer à rester fidèle au Calamar Géant après avoir lu l'article sur toi et Potter, plaisanta Emmeline. Attends mais regarde ça ! » s'exclama-t-elle une seconde plus tard en un éclat de rire en pointant du doigt l'article entouré par des bulles où le visage d'Amos, d'Amélia Avery et de Liam Olsen apparaissaient.
COUP DUR POUR LIAM OLSEN. HARCELÉ PAR LA REINE DES GLACES DE SERPENTARD PUIS BATTU PAR LE CHEF DES BLAIREAUX, IL TÉMOIGNE.
« Tu crois qu'il a vraiment témoigné ? pouffa Emmeline en commençant à parcourir l'article qui décrivait le supposé bizutage qu'Amélia Avery avait fait subir à Liam Olsen lors de la dernière rencontre du Club des Loosers.
– J'en doute fortement, railla Eva. Ou alors il est encore plus pitoyable que ce que je pensais.
– C'est d'un niveau, fit Emmeline après avoir sifflé d'un air impressionné. En lisant ça on croirait qu'Avery est une banshee et qu'Amos est la réincarnation de Grindelwald. Ils sont devenus pro-Olsen à Poud'news maintenant ou quoi ? On dirait qu'ils veulent le faire passer pour la réincarnation de Godric Gryffondor qui se bat contre les méchants de la société.
– Je plains Godric Gryffondor. Il ne devait pas penser que son successeur serait un connard de première catégorie. »
Emmeline hocha la tête pour signifier son accord puis poussa une exclamation choquée :
« Eva ! Regarde ! Il y a un article sur Jeff! »
Se remettant lentement mais doucement de sa rupture avec la femme fatale qu'est Lucy Emerson, Jefferson Windsor (que nous appelons toutes secrètement « Jeff » en privé, soyons honnêtes) semblerait prêt à chercher de nouveau l'amour et le nombre d'intéressé(e)s ne faiblit pas.
Carina Winnifred aurait plus d'une fois été aperçue en compagnie du beau brun dont nous voulons toujours connaître le secret derrière sa chevelure parfaite (concurrencée seulement par celle de Sirius Black) ; Emmeline Vance paraît jouer la belle demoiselle innocente pour attirer son attention ; Eva Brown tente la technique « Friendzone to Endzone » ; quant à notre discrète Lizzie Lestrange, elle semble envisager de faire des infidélités à son fiancé à en juger par son comportement très amical avec son partenaire de Potions –
Emmeline s'arrêta, ne semblant pas savoir comme réagir face à ce cumul d'informations :
« Quoi ?! Depuis quand est-ce qu'il traîne avec Carina Winnifred ? Et c'est quoi ce cirque avec Lizzie Lestrange ? Je peux même pas me réjouir d'apparaître pour la première fois dans Poud'news ! Je suis choquée. Outrée. Scandalisée. Estomaquée. Indi–
– Oui bon je crois qu'on a compris ! » la coupa Eva en élevant sa voix.
Emmeline cessa sa tirade, haletante et les joues rouges d'émotion.
« Tu as oublié que Jeff n'arrête pas de se plaindre du gros exposé qu'il doit préparer pour le cours d'étude des moldus ? Carina Winnifred doit certainement être sa partenaire. Quant à Lizzie Lestrange… »
Eva fit une grimace avant de continuer :
« … On ne peut pas lui en vouloir de flirter un peu. Avec un fiancé comme Evan Rosier, elle a le droit de s'amuser un peu. Devoir passer le restant de sa vie avec un colérique comme lui rendrait n'importe qui de censé dingue.
– Arrête. Si même Lestrange s'y met je suis censée faire comment moi pour qu'il me remarque ? se lamenta Emmeline en plongeant son visage dans ses mains, donnant des coups de pied de frustration au matelas.
– Emmeline, souffla Eva. Tu sais bien que Jeff n'est qu'un Sang-Mêlé…, ajouta-t-elle lentement, la langue lourde de dégoût d'avoir à mentionner le statut sanguin de Jeff pour expliquer le fait que l'intérêt de la belle Lizzie Lestrange pour ce dernier ne serait jamais que passager. Lizzie Lestrange n'ira pas chercher bien loin. »
Emmeline poussa une exclamation de rage dans ses mains.
« Mes parents me tueraient s'ils savaient que je m'intéressais à un Sang-Mêlé !
– Peut-être que tu devrais sérieusement réfléchir à annoncer à ta mère que ses rêves de grandeur ne seront jamais réalisés, lui conseilla maladroitement Eva.
– Pff, impossible qu'elle m'écoute ! Elle est plus bouchée que Slughorn quand elle s'y met. En parlant de Slughorn, tu as reçu un carton d'invitation pour sa fête d'Halloween ? » demanda abruptement Emmeline, paraissant pressée de changer de sujet de conversation.
Eva fixa sans un mot son amie, la joue enfoncée dans l'oreiller qu'elle tenait entre ses bras.
« Quoi ? » s'exclama Emmeline, n'ayant pas l'air de comprendre le silence soudain de son amie.
Eva ferma les yeux puis poussa un long soupir avant de se redresser. Assise en tailleur, la brune tira le magazine abandonné vers elle. Elle tourna la page et remarqua distraitement que la relation tumultueuse de Howard et Meredith avait de nouveau attiré l'attention.
« Tu sais très bien que Slughorn préfère ignorer mon existence, » finit-elle par dire.
Comme pour la rappeler à l'ordre, les yeux perçants de Royce Mulciber se plantèrent dans ceux d'Eva alors même qu'elle terminait sa phrase.
Eva tourna la page, ignorant l'accélération du battement de son cœur aussi efficacement que le cri de protestation d'Emmeline qui voulait lire le contenu de la page.
« Mais si tu me dis ça, ça veut dire que tu as été invitée, j'imagine ? » s'enquit Eva en jetant un coup d'œil en direction d'Emmeline qui grimaça d'un air mal à l'aise.
– Pas exactement…, » répondit Emmeline, les yeux rivés sur les déboires des Sang-Purs de Serpentard et Serdaigle qui se vouaient une compétition farouche pour les beaux yeux de Regulus Black.
Emmeline était-elle en train d'éviter son regard ?
Eva fixa son amie avec incompréhension, l'hésitation apparente d'Emmeline lui donnait un mauvais pressentiment.
« Qu'est-ce qu'il y a Em' ? » demanda finalement Eva d'un air prudent.
Les yeux verts d'Emmeline se posèrent sur elle. Emmeline se mordilla la lèvre inférieure, une mauvaise habitude qu'elle avait prise en côtoyant Charlotte.
« Ronan Parkinson m'a demandé d'être sa cavalière. »
Ronan Parkinson. 7ème année. Serpentard. Toujours le nez fourré dans un livre. Si discret qu'Eva pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où elle avait entendu le son de sa voix. Mais il était aussi le cousin d'Adrian Parkinson – le Serdaigle qui avait pris bien soin il y a deux semaines de faire comprendre à Eva ce qu'elle valait – et surtout le meilleur ami de Royce Mulciber.
Elle n'oublierait jamais son silence lorsqu'elle l'avait supplié de la laisser partir.
.
« Ronan, tu sais que ce qu'ils font est mal. Laisse-moi partir et je te jure que je disparaîtrai de votre vie. »
Ronan Parkinson avait baissé les yeux.
« Je te le promets ! Ronan, avait sangloté Eva, le désespoir la faisant frapper le dos de la chaise avec ses mains liées malgré la douleur. Je t'en supplie. Je ferai n'importe quoi ! »
Mais il n'avait jamais répondu. Et lorsque Mulciber était arrivé, il avait sans un mot fermé la porte derrière lui.
.
« Eva ? »
Eva cligna des yeux. Emmeline l'observait d'un air inquiet.
« Tu lui as dit oui ? » demanda Eva en concentrant son regard sur la page dédiée aux commentaires des lecteurs.
Pour que son texte apparaisse dans Poud'news, il fallait déposer sa lettre dans le vieux carton au bas de l'armoire d'ingrédients située dans la réserve de Slughorn.
Eva n'avait jamais réussi à prendre quiconque en flagrant délit. Lorsqu'elle avait elle-même déposé sa lettre dont la longueur avait été inspirée par sa frustration qu'autant de mensonges soient écrits sur elle, Eva avait fait très attention à être la dernière personne à rentrer dans la réserve pour prendre les ingrédients de la potion du jour.
« Oui, avoua Emmeline puis, plus fort : Ma mère m'a dit d'accepter. Même si Ronan ne fait que partie de la seconde branche des Parkinson, ses bonnes notes et sa nature conciliante font de lui un bon parti, tu comprends. »
Eva poussa une exclamation amusée qui fit bien vite réagir Emmeline :
« Quoi ? Quoi, Eva ? »
Eva se frotta les yeux, un petit sourire dépourvu de joie accroché à ses lèvres.
« Ses bonnes notes et sa nature conciliante c'est toi qui les as remarquées ou bien ta mère ? demanda-t-elle, un œil caché par sa main.
– Hum, tu sais –
– C'est bien ce que je pensais, la coupa Eva avec un petit rire avant de redresser sa tête pour s'adresser à Emmeline qui, la tête baissée et les yeux ronds d'appréhension, la fixait avec prudence : Tu fais ce que tu veux, Emmeline. C'est ta vie. »
Et ça avait été tout à ce sujet. Les deux Poufsouffles avaient continué par la suite de commérer sur les articles révélant soi-disant les scandales du château. Bien qu'une part de vérité se trouvait toujours dans ceux-ci, il était clair qu'il fallait les prendre avec des pincettes.
Après plusieurs heures à glousser et discuter, Emmeline et Eva s'endormir finalement, partageant entre elles deux l'espace restreint qu'offrait le lit d'Eva.
.
.
Tu te trouvais sur le terrain de Quidditch. Baskets au pied, short couvrant tes cuisses, brassière de sport (cette pression sur ta poitrine t'était tellement familière qu'elle te suivait jusqu'à tes rêves) et tee-shirt sur le torse, tu observais James se faire frapper à coup de balai par Meredith Ravencrest.
« Mais t'as pas de couilles, mec ! Arrête de faire ton soumis ! Mulciber a fait de toi son petit chien ou quoi ?! criait Meredith.
– Il me préfère au Calamar Géant ! se défendait James en retour.
– Arrête de changer le sujet, James. Déshabille-toi. T'as perdu le pari. »
Sirius Black venait d'apparaître. Marlène McKinnon était lovée contre lui. Son dos contre le torse du Gryffondor, Marlène tenait affectueusement entre ses mains le bras que Sirius avait posé autour d'elle pour la tenir contre lui.
Tu ne vis plus très clair soudainement. Ta vision était floue. Tu te frottas les yeux avec incompréhension et remarquas que tes mains étaient maintenant mouillées.
Tu pleurais ?
« Ça vaut pour toi aussi, Eva Brown. »
Tu sursautas, plantant tes yeux dans ceux de Sirius qui était le premier à avoir remarqué ta présence. Plus petite d'une tête du Gryffondor, Marlène te jaugeait du regard sans laisser échapper un quelconque indice sur ce qu'elle pensait comme à son habitude.
« Q-quoi ? balbutias-tu.
– Ton tee-shirt, te dit Sirius en faisant un signe de son menton. Enlève-le. »
Sur ses lèvres se trouvait son sourire mi-arrogant mi-amusé qui te faisait toujours le même effet ces derniers temps. Un nœud dans ton ventre se contracta. Tu tentas bravement de ne pas laisser paraître ton anxiété.
« Pourquoi est-ce que je devrais le faire ? » rétorquas-tu finalement.
Ton commentaire causa l'hilarité de la Serdaigle et du Gryffondor. Le rire de Sirius était franc, retentissant dans tes oreilles, celui de Marlène plus contenu, un gloussement caché derrière sa main gracieuse.
Tu te sentais bête, nulle.
Les yeux clairs de Marlène te happèrent. Le bleu de ses yeux parsemés de petits éclats de couleur semblable à des étoiles brillantes était encore plus saisissant qu'en temps habituel.
Tu te sentais moche.
« Fais attention de ne pas te faire remarquer pour les mauvaises raisons, Eva Brown, » te dit Marlène avec un sourire complice qui te mit à l'aise.
Encore une fois, elle te donnait l'impression de connaître tous tes secrets jalousement gardés.
« Est-ce que tu sais ? lui demandas-tu en un hoquet désespéré. Est-ce que tu sais ce qu'il m'a fait ? »
Le sourire de la Serdaigle prit une tournure plus amère. Il te semblait presqu'elle…elle te prenait en pitié.
« Tout le monde le sait, Eva.
– Non, nias-tu, secouant ta tête. Non, personne ne le sait. Il me l'a fait promettre ! » t'écrias-tu.
James, Meredith, Marlène, Sirius – ils te fixaient tous avec cette expression emplie de pitié.
Ta poitrine se soulevait à un rythme soutenu. Tes yeux bondirent d'une personne à l'autre. Tu étais horrifiée qu'ils connaissent la honte qui te tâchait. Et cette pitié dans leur regard …
« Pauvre petite Eva. Une grande gueule qui aboie fort mais qui s'écrase bien vite. Si elle était une Gryffondor ou une Serdaigle ce ne serait pas la même chose. Elle aurait eu le courage de se défendre ou l'intelligence nécessaire pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Mais c'est une Poufsouffle. Elle aurait dû savoir qu'il ne fallait pas se frotter à plus fort que soi, » avait soupiré Oliver Avery en lui caressant affectueusement la joue.
Accroupi, le Serpentard la regardait avec pitié alors que, immobilisée au sol, Eva ne rêvait que de lui cracher à la figure. Avec ses doigts, il étalait sur la joue d'Eva le sang qui coulait à flot de ses narines après un coup de poing brutal de la part d'Evan Rosier qui, debout derrière le corps accroupi d'Oliver, se craquait méthodiquement ses doigts un à un.
Si Eva avait pu bouger, elle aurait sursauté à chaque nouveau craquement.
« Tu fais chier avec ton blabla soi-disant poétique, Avery. Dégage de là. J'ai des comptes à régler avec cette pétasse, » avait bougonné Evan Rosier.
Avec un soupir, Oliver Avery s'était relevé puis il lui avait adressé un misérable sourire avant de laisser sa place au Taureau de Serpentard.
Si Eva ne savait pas qu'Avery était un acteur hors paire, elle aurait pu croire à la pitié qu'elle lisait dans ses yeux bleus.
Elle aurait pu y croire s'il avait fait quelque chose pour empêcher Rosier de prendre sa main et de méticuleusement casser un à un chaque doigt de cette même main. Mais Avery s'était contenté de s'adosser contre le mur pour les observer silencieusement, faisant nonchalamment tournoyer entre ses doigts sa baguette alors que les doigts d'Eva se retrouvaient tordus de manière anormale.
« Déshabille-toi, Eva. Montre-nous sa marque, te dit Sirius avec tellement d'indulgence que tu t'en sentais encore plus pitoyable car il ne t'avait jamais parlé ainsi, comme à une enfant maladroite.
– Vous mentez, chuchotas-tu.
– Pourquoi est-ce qu'on mentirait ? te contredit doucement Meredith, sa soudaine sensibilité en contradiction totale avec son franc-parler habituel. La preuve, regarde-toi. »
Elle hocha la tête dans ta direction. Tu baissas les yeux. Ton tee-shirt et ta brassière de sport avaient disparus, laissant tes seins à découvert. Tu poussas un hoquet d'effroi puis t'empressas de croiser tes bras sur ta poitrine.
« Tu n'aurais pas dû le laisser te faire ça, souffla James d'un air peiné. Pourquoi est-ce que tu l'as laissé faire ?
– Je ne l'ai pas laissé faire ! t'écrias-tu, désespérée de lui faire voir raison. C'est lui, il–
– Ne mens pas. Il a laissé sa trace partout sur toi, » dit Sirius en effleurant de ses doigts ta clavicule, réveillant une douleur que tu ne soupçonnais pas jusqu'alors.
Tu baissas les yeux pour suivre le tracé de ses doigts et sous tes yeux horrifiés se trouvait le réceptacle de tes cauchemars. La cicatrice présente au-dessus de ton sein s'était entendue sur tout ton torse. Des lignes noires, comme des veines, coloraient ta peau. Elles paraissaient vivantes comme habitées par un pouls. Impuissante, tu les voyais grandir, grandir–
Elles atteignirent tes épaules puis commencèrent à s'enrouler autour de tes bras. La panique te faisant oublier ta nudité partielle, tu décroisas tes bras et commença à les frotter avec frénésie pour tenter de faire partir ces veines palpitantes dont un miasme noir s'échappait. A chaque seconde qui passait, ces lignes noires se resserraient autour de tes bras. Elles allaient se serrer comme un étau autour de tes bras avant de les faire exploser!
« Aidez-moi ! PUTAIN, AIDEZ-MOI ! » hurlas-tu désespérément.
Mais tous les regards que tu croisais n'étaient habités que par cette pitié suffocante. Personne ne bougeait. Personne n'était inquiet alors que tu allais exploser aussi facilement qu'une chaise après un sortilège de saucissonnage trop chargé.
« Tu aurais dû les emmerder, Eva, te dit Meredith.
– Tu aurais dû leur dire de fermer leur gueule, dit ensuite James.
– Tu n'aurais pas dû te faire remarquer, enchaîna Marlène.
– J'aurais préféré que tes supplications me soient réservées, murmura Sirius. Je n'ai plus envie de jouer avec toi maintenant que tu t'es soumise à eux. »
Tu ne pouvais plus bouger. Le sang t'était monté à la tête. Tu avais chaud. Et tes bras, enserrés par la magie noire, étaient ramenés contre tes côtes. Tu n'arrivais plus à respirer. La douleur était telle que bientôt tu vis des points noirs.
La dernière chose que tu vis fut le regard rempli de pitié de James.
.
.
Eva se réveilla en sursaut, la respiration haletante. Elle inspira une grande bouchée et suffoqua.
Elle n'arrivait pas à respirer !
Elle leva la tête pour s'extirper du piège de son oreiller. La seconde suivante, alors qu'elle voulait dégager ses cheveux de son visage, elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas bouger ses bras.
Après un bref instant de panique accentué par la noirceur des lieux, elle comprit que ses bras étaient piégés dans les draps dans lesquels elle s'était enfouie pendant son sommeil. Elle redoubla d'effort pour se libérer. Ce qu'elle réussit finalement.
Eva se laissa retomber sur le dos avec un soupir de soulagement. Puis, se rendit compte en un sursaut qu'elle n'était pas seule.
« Mmmm, non, j'veux pas de poisson. J'aime pas ça. Non pas de poisson, j'te dis. »
Emmeline qui portait toujours son uniforme, endormie sur le dos et des mèches de cheveux sur la figure, se tortilla puis tourna finalement le dos à Eva. Elle était recroquevillée sur elle-même et n'avait aucune couverture.
Eva n'hésita pas bien longtemps avant de recouvrir Emmeline du drap qui avait bien failli la faire suffoquer dans son sommeil.
Finalement, elle posa sa tête lourde dans ses mains.
Mais une soudaine pensée la fit jeter un coup d'œil suspicieux au drap qui bougeait en tandem avec la respiration d'Emmeline qui continuait toujours innocemment de parler dans son sommeil.
Serait-ce possible que quelqu'un ait jeté un sort au drap ?
Soudainement, le fait qu'elle eut tiré la veille les rideaux autour de son lit pour ne pas réveiller Charlotte avec leurs gloussements tardifs ne la rassurait guère.
Et si quelqu'un était rentré dans la chambre sans qu'elle ne s'en rende compte pendant la nuit ? Et si cet intrus s'en était pris à Charlotte alors qu'Emmeline et elle dormaient profondément ?
Eva n'en savait rien. Le silencio qui agissait dans l'espace restreint de son lit ne laissait filtrer aucun son – que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur.
Les battements du cœur d'Eva doublèrent de volume. Dans le noir complet, elle fixa le rideau de son lit, seule barrière entre elle et le reste de sa chambre.
Quelqu'un pouvait bien être en train d'attendre derrière ce rideau.
Elle pourrait bien tomber nez à nez avec le cadavre de Charlotte. Elle pourrait bien être pliée en deux de souffrance d'ici deux minutes et supplierait l'intrus de la tuer pour ne plus avoir à ressentir de douleur.
Sa poitrine la brûlait. Le stress ravivait la douleur fantôme qui la suivait depuis le mois de mai dernier.
Eva posa une main sur son sein.
A travers le bandage, elle sentait la température anormalement élevée de ce brin de peau.
« Arrête de hurler comme une pucelle, personne ne viendra te chercher. »
Une claque s'abattit sur sa joue, éclairant son esprit. Eva cessa de hurler. Hébétée et la respiration sifflante, elle plongea son regard vitreux dans celui de Mulciber.
« C'est mieux comme ça. Silencio. »
Charlotte ! Elle devait s'assurer que Charlotte n'ait rien.
Eva retint sa respiration pour tenter de se calmer puis chercha à tâtons sa baguette qu'elle avait pris l'habitude de garder sous son oreiller. La chaleur réconfortante de sa baguette eut le mérite d'atténuer les tremblements qu'elle ignorait avec entêtement. Puis la boule au ventre, elle se débrouilla pour enjamber le corps d'Emmeline qui marmonnait toujours, inconsciente du trouble qui paralysait son amie.
Entre ses doigts, Eva froissa le tissu de son rideau jaune.
Sa poitrine la brûlait de plus en plus. Elle avait l'impression qu'un deuxième cœur pulsait à l'endroit de sa marque tellement sa brûlure lui lançait des pulsations douloureuses.
Elle ne voulait plus avoir à ressentir une douleur telle qu'elle aurait préféré mourir.
S'étouffer sur le sang qui s'accumulait dans sa bouche sans qu'elle ne puisse rien y faire, ne plus pouvoir respirer à cause du sang qui obstruait ses narines, entendre un bourdonnement sourd dans les oreilles qui la faisait voir des flashs de lumière, avoir l'impression que son cerveau en surchauffe allait s'échapper de son crâne…
Elle se rappelait encore clairement de son impuissance alors qu'elle était étalée par terre, le sortilège d'immobilisation la rendant incapable de répondre aux signaux d'alerte que lui lançaient son corps.
« On fait moins la maligne maintenant, HEIN ? » hurlait Mulciber, des postillons s'échappant de sa bouche tordue par un rictus hargneux.
Charlotte ! C'était à Charlotte qu'il fallait penser !
Fais-le, Eva. Fais-le. ALLEZ VAS-Y !
Elle tira le rideau d'un coup sec.
Personne.
Elle regarda à gauche, à droite, par terre, sur le plafond puis du côté de la fenêtre où on ne devinait que l'ombre de l'herbe.
Le dortoir des 7ème années de Poufsouffle se trouvait tout juste au niveau du sol, leur donnant la vue sur l'arrière du château où se trouvait le terrain de Quidditch. Depuis le début de l'année, la fenêtre leur avait servi pour des escapades nocturnes à l'extérieur avec les garçons.
(Plus les années passaient, plus Eva se disait que les fondateurs de Poudlard avaient tout fait pour que les étudiants puissent faire des marauderies de toute sorte. Franchement, s'ils ne voulaient pas pousser les étudiants à la débauche, pourquoi avoir donner des chambres avec des fenêtres donnant sur le parc aux 7ème années de Poufsouffle ? Si le respect du règlement avait été son but, Helga Poufsouffle aurait tout simplement pu condamner les fenêtres comme pour les années en-dessous.)
Pourtant, ce soir, le fait que la fenêtre soit si facilement accessible lui faisait froid dans le dos. Qui lui disait que son groupe d'amis était le seul à avoir remarquer cette faille dans le système de sécurité ?
Et, bien que les garçons aient été incapables de passer par leur fenêtre depuis l'extérieur – une barrière invisible s'érigeant à chaque fois qu'ils le tentaient – cela ne voulait pas dire que d'autres plus habiles ne seraient pas capables de déjouer les règles. Surtout en sachant qu'Akash, Amos, Jeff ou Howard n'étaient pas les plus intelligents en ce qui concernait le domaine du sortilège et de la réflexion.
Par exemple, Eva ne doutait pas une seconde que James réussirait à outrepasser le mécanisme en moins de cinq minutes.
Lentement, Eva se leva de son lit. Sa baguette qu'elle tenait devant elle éclairait la chambre d'une lumière blanche. Son regard ne cessa de se rediriger vers la fenêtre. Mais, finalement, ne voyant rien de suspect dans la chambre et, manquant de peu de trébucher sur son livre de métamorphose qu'elle avait laissé la veille en plein milieu de la chambre, Eva se dirigea vers le lit de Charlotte.
Elle diminua la luminosité de son lumos à son niveau le plus bas puis, lentement, silencieusement, elle tira sur le rideau du lit de Charlotte. Elle vit d'abord les boucles blondes de sa meilleure amie qui lui cachaient presque entièrement son visage tourné vers elle. Elle passa quelques secondes à observer Charlotte respirer puis, rassurée à cette vue, Eva tira de nouveau sur le rideau le plus silencieusement possible.
Son inspection de la chambre terminée, elle se décida à vérifier que la salle de bain était bien vide.
La porte grinça alors qu'elle la poussait lentement, déclenchant un pic d'anxiété dans sa poitrine. Pourtant, elle ne vit rien de suspect une fois qu'elle eut fini de décortiquer du regard l'ensemble de la salle de bain.
Il n'y avait toujours rien. Mais, il restait un endroit possible pour cacher une personne.
(Et même si la lumière projetée par sa baguette était vacillante, elle refusait d'admettre que c'était à cause de sa main tremblante.)
Plus longtemps qu'elle ne voudrait l'admettre, Eva resta à fixer le rideau de douche.
Un air froid lui chatouillait ses pieds nus.
Elle s'imaginait croiser le regard de l'intrus caché derrière le rideau de douche. Elle se voyait déjà hurler de peur. Ou peut-être que la peur la rendrait muette.
Mais si elle ne faisait rien, elle se mettrait elle et ses amies en danger.
(Elle l'avait appris à ses dépens l'année précédente.)
Le cœur battant la chamade, elle tira le rideau de douche, le début d'un sortilège au bout de la langue :
« Levicor –
Personne. Il n'y avait personne.
Les yeux ronds de terreur, son bras tenant sa baguette tendue s'abaissa lentement.
Il n'y avait personne mais quelqu'un était passé très récemment. Et cette personne lui avait laissé un message sur le mur. Ecrit d'un rouge écarlate, le message donnait l'impression d'avoir été écrit avec du sang séché.
LE JEU A RECOMMENCÉ
Et si le message n'avait pas été assez clair, il lui suffit de voir son reflet dans le miroir pour qu'elle se rende compte que le cauchemar de l'année précédente venait de recommencer. Car sur son visage blême se trouvait une ligne noire.
Avec ses yeux injectés de sang, Eva se regarda lever sa main tremblante et s'essuyer la joue. Faiblement puis de manière effrénée alors que la substance semblable à de la suie s'étalait tant sur sa joue que sur ses doigts.
Quelqu'un était clairement venu dans la chambre et cette personne voulait qu'elle le sache puisqu'elle lui avait laissée cette trace sur la joue. Le même stratagème avait été utilisé l'année précédente.
C'était un message : ils pouvaient la blesser n'importe quand et n'importe où.
« Eva, t'as une tâche là, » lui avaient innocemment fait remarquer ses amis à divers moment de la journée l'année précédente.
Et la ligne était inéluctablement là. Certaines journées, Eva arrivait même à cinq lignes. Cinq lignes dessinées sur son cou, comme une grotesque imitation d'une décapitation.
Dans le miroir, elle se vit se mordre la lèvre.
Son visage s'écroula puis de ses yeux marrons brillants s'échappèrent des larmes chaudes qui tracèrent un chemin le long de ses joues blêmes. Le reste de suie sur sa joue gauche se mélangea à ses larmes et la substance noire dégoulina jusqu'à son cou.
Eva plaqua sa main contre sa bouche mais un gémissement aigu, semblable à celui d'un animal blessé lui échappa.
Elle allait bien. Tout allait bien. Ça ne pouvait pas se passer comme l'année précédente.
Dumbledore – Dumbledore se doutait de ce qu'ils lui avaient fait subir. Ils étaient obligés d'être plus prudents s'ils ne voulaient pas se faire expulser.
(Mais l'année dernière déjà Dumbledore avait redoublé sa surveillance après l'accident de Mary McDonald et pourtant, peu de temps après, ils avaient tout de même trouver le moyen de la torturer pendant des heures sans que personne ne remarque son absence.)
Le sourire joueur d'Oliver Avery, les yeux furibonds dont se dégageait toujours une soif de sang d'Evan Rosier puis l'expression cruelle de Mulciber se superposèrent dans son esprit.
Elle avait peur. Elle était terrifiée. Est-ce qu'elle allait leur survivre ?
Sa cicatrice brûlait sa poitrine, comme si le Serpentard qui lui avait infligé cette blessure savait ce à quoi elle pensait et la narguait.
« Maman, j'ai peur, » couina Eva.
Mais sa mère était bien loin.
Eva se prit la tête dans les mains et se laissa tomber par terre.
titre : Poud'news
nombre de mots : 8500
Eva ferait mieux de redoubler de paranoïa car la chasse a commencé et elle ne va pas être des plus reposantes.
Next time : Une Grosse Dame toujours aussi commère. Une Lucy Emerson qui éblouit tout le monde par sa beauté et son caractère. Un Sirius qui est toujours plein de surprises. Et qui sait y faire pour déconcerter notre chère Eva. Qui a dit que les Gryffondors étaient prévisibles ?
