9 décembre
Fandom : Robin des Bois, prince des voleurs
Personnages : Pierre Dubois et Robin de Locksley
Amis
Robin était un fils unique de longue date et habitué à la solitude. Il ne s'en plaignait pas, étant un enfant gâté qui n'avait jamais eu à faire des concessions à qui que ce soit, et aimant être le centre de l'attention. Il avait l'habitude que les murs du château de ses parents soient absolument vides et déserts pendant la nuit, qu'aucun autre cri ou chuchotement d'enfant ne se fasse entendre dans les couloirs, qu'il n'y ait pas un deuxième, troisième ou quatrième bambin avec ses parents et lui à table. Il ne le regrettait pas vraiment, surtout quand il entendait les grands frères de ses amis jouer aux chefs, les grandes sœurs se plaindre quand ils se comportaient bêtement, les petits sœurs geindre et les petits frères essayer d'imposer leurs lois. Oui, franchement, il n'était pas fâché d'être fils unique.
Sauf quand il faisait froid. Quand le monde était profond et silencieux, quand l'hiver avait rabattu sur le monde les grands pans de son manteau blanc, il lui arrivait de se sentir affreusement seul. Il ne savait pas pourquoi. L'air était sans doute un peu plus pur, un peu plus mélancolique, dans ces moments-là.
Robin s'ébroua pour chasser la nostalgie qui l'avait pris et se leva du rebord de fenêtre auquel il était accoudé depuis de longues minutes. Il savait que Pierre, son ami d'enfance, était en ce moment-même en train d'aider ses paysans à ramasser du bois pour les grandes cheminées de son manoir et à les rapporter au château sur son cheval. Il avait toujours refusé de l'accompagner, car il détestait avoir froid, s'occuper de tâches ingrates et, en fait de paysans, il n'aimait que Duncan, l'intendant de son père, et Susan, qui avait été sa nounou. Mais cette fois, il se sentait tellement seul... et même triste. Il avait besoin de voir Pierre, et il avait besoin de le voir tout de suite.
Sans dire à personne où il allait, le jeune noble s'enveloppa dans une cape chaude, sortit de son cheval des écuries et quitta le château par une petite porte dérobée à l'abri des regards. De toute façon, personne ne faisait attention à lui. Personne ne se rendrait compte qu'il était sorti.
D'une main sûre, il guida sa monture au petit trot au milieu des plaines et des collines enneigées. Il repéra bientôt, au sommet de l'une d'elles, un petit groupe de paysans qui se pressaient au pied de grands arbres argentés qui lançaient leurs branches vers le ciel. Pierre s'était fondu au milieu d'eux, à tel point qu'on aurait pu ne pas le reconnaître sans ses habits richement brodés et sa cape de laine.
Robin attacha son cheval au pied d'un arbre voisin et se dirigea vers la colline, qu'il gravit en quelques foulées malgré l'épaisse couche de poudreuse dans laquelle ses bottes s'enfonçaient. Quand il fut à quelques pas de lui, Pierre redressa la tête avec étonnement et se retourna, comme s'il avait reconnu sa démarche avant même de le voir. En fait, il avait probablement bien reconnu sa démarche, les deux jeunes gens se connaissaient avant même d'apprendre à marcher. Ses yeux bruns s'éclairèrent d'une lueur joyeuse et il lâcha ce qu'il était en train de faire pour venir à la rencontre de son ami.
"Robin ! s'exclama-t-il en prenant le jeune noble par les épaules, puis en se penchant pour poser son front contre le sien. Qu'est-ce qui t'amène ici ? Tu as les travaux paysans en horreur.
-J'avais envie de venir te voir, répondit Robin en lui rendant le geste. Tout soudain, tu m'as manqué.
-Hum, tu ne le croiras peut-être pas, mais je pensais à toi aussi.
-Ah bon ?
-Oui, nous avons besoin de bras supplémentaires, déclara Pierre en s'écartant, un sourire malicieux aux lèvres. Allez, aide-moi à atteindre les premières branches des arbres ! Et je ne veux pas que tu sois désagréable."
Robin fit la moue mais la présence de son ami lui faisait tellement de bien, en ces journées froides plus encore que toutes les autres, alors il ne lui vint même pas à l'idée de râler. Au contraire, il suivit Pierre jusqu'aux arbres et, en riant, l'aida à se hisser jusqu'aux rameaux les plus bas en nouant ses mains devant lui de telle sorte que son ami puisse s'en servir pour gagner de la hauteur. Et le jeune noble en profita également pour ramasser des poignées de neige sur les branches et les jeter sur les cheveux, les épaules et dans le cou de Robin, qui poussa une exclamation d'indignation :
"Hé, mais tu triches !
-Dommage pour toi, mon frère, tu n'aurais pas dû te contenter de la partie la plus facile !
-La partie la plus facile ! Tu ne te rends pas compte du poids que tu pèses ! Et en plus, tu ne m'as pas laissé le choix !"
Pierre rit et Robin attendit patiemment qu'il ait jeté sur le sol le petit tas de bois qu'il avait constitué pour le reposer brusquement par terre et l'envoyer rouler dans la neige. Pierre poussa une exclamation indignée et ramena immédiatement ses jambes autour de celles de son ami pour le faire tomber à son tour dans la poudreuse et reprendre l'avantage en se campant sur lui.
"Pousse-toi, tu pèses un âne mort, se plaignit Robin en essayant de le chasser, mais Pierre, au prix d'une lutte acharnée, lui immobilisa les mains.
-Je croyais que je te manquais ! plaisanta son ami. Tu devrais être content, là !
-Tu ne me manques pas quand tu me fais ingurgiter de la neige !
-Nous vivions un si beau moment, c'est toi qui as commencé !
-Non, c'est toi !"
Ils se bagarrèrent quelques minutes dans la poudreuse, puis, à bout de souffle, ils retombèrent l'un à côté de l'autre, moitié en riant, moitié en haletant. Leurs cheveux blonds et châtains-roux étaient couverts de neige, et les yeux de Pierre brillaient lorsqu'il tourna la tête et s'enquit d'une voix douce :
"Qu'est-ce qui s'est passé, Robin ? Pourquoi étais-tu aussi triste ?
-Je n'étais pas triste, se défendit le jeune noble par fierté.
-Bien sûr que si, je l'ai vu dès que tu es arrivé. Ça ne te ressemble pas. Tu veux m'en parler ?
-C'est seulement que, parfois, j'ai... j'ai l'impression que quelque chose me manque sans savoir ce que c'est. Ce n'est pas vraiment de la tristesse. C'est juste... du vague à l'âme... Ça passera...
-Humm... Eh bien, je suis heureux que tu te sois souvenu que je serai toujours là pour toi, répondit Pierre en posant une main sur la sienne. Tu es mon meilleur ami, Robin, et aussi un peu mon frère.
-Et tu es le mien aussi, affirma le jeune noble, un peu ému, en étreignant ses doigts. Merci.
-Il n'y a pas de quoi ! Merci à toi pour tout ce bois !"
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Robin essayait de lui faire avaler de la neige. Il rit, Robin aussi, et ils finirent par se prendre l'un l'autre dans leurs bras. Les froides journées étaient toujours mélancoliques. Mais beaucoup moins lorsque son meilleur ami -et un peu son frère- était là.
