"Tu vas enfin me dire pourquoi cette question ce midi ! J'y ai réfléchis tout l'après-midi, tu le sais ça ? Ca m'a vraiment perturbé que tu ne demande que le nom de ma mère, et pas de mon père.
- Ca viendra avec mon histoire. J'ai eu le temps de vérifier les registres, donc je suis sûr que ça viendra dans ma vie. Mais bon, mange avant tout ça, remplis ton estomac." Je regarde la feuille qu'il avait dans les mains avant que je n'entre dans cette 'pièce'. "Je peux regarder ce que tu as dessiné ?" Il hoche la tête, les joues rondes à cause du pain qu'il y a dedans. On dirait un écureuil qui mange... Minute ! C'est moi l'écureuil entre nous deux ! Je lui partage cette pensée une fois qu'il a avalé, tout en me penchant au dessus de lui pour attraper le papier. Comme je m'y attendais, il rigole un peu, me traitant de crétin. Je lui tire la langue quand je me rassois correctement, le croqui entre les mains. On dirait qu'il s'est dessiné avec une femme aux cheveux noirs et une petite fille d'environ 13 ans qui lui tient la main. Elle aussi a les cheveux noirs. Ca doit être sa tante et sa cousine. Elles sont très belles, et sûrement très bien représentées. Il a un vrai coup de crayon. C'est juste magnifique. Dommage que je ne puisse pas le prendre avec moi, ce dessin, puisque beaucoup d'autres gardes viennent souvent dans ma chambre. Et il est quand même très reconnaissable sur ce dessin.
"La femme c'est ma tante, tu dois t'en douter. C'est une très belle femme. Je m'en veux de lui causer tant de peine... Et la petite, c'est ma cousine, Rin. Elle va avoir 12 ans cette année. Je sais, elle paraît plus agée qu'elle ne l'est. Avant il y a quelques jours, où on s'était disputés, on était très proches. J'aimerai qu'elle se souvienne de moi comme Eita, et non comme un métamorphe. Elle le regretterait plus tard..." Son sourire devient un peu triste.
"Je suis sûr qu'elle se souviendra de vos bons moment. J'irai voir ta tante un jour... Quand... Enfin, tu vois..." Je ris nerveusement. Parler de ça me rend tellement triste. J'ai pas du tout envie de ne plus jamais le voir.
"Merci. Je pense que je ne te remercierai jamais assez. Tu prends tellement soin de moi. Je sais que tu n'es pas obligé -Sakusa me l'a dit-.
- Je sais. Mais j'en ai envie. Voir des gens comme moi souffrir, ça m'enrage. C'est tout." Il repose son repas et me regarde. "Oui, oui, je sais.. Maintenant, je dois tout l'expliquer. Tu as interdiction de me vomir ton repas dessus ! Je vais te raconter vraiment ce que j'ai vu et vécu. Dont la seule exécution que j'ai jamais vu. Et par obligation en plus.
"Bref, je vais commencer mon histoire..." Je commence à parler. La gorge nouée. Je sais que j'en ai pour un moment. Il a l'air triste quand je lui dis que mon père m'a laissé ici pour me protéger. Ensuite, c'est l'entraînement. Et l'exécution. Il comprend très vite mon dégout pour ce qu'il s'est passé. Je raconte tout. Bien sûr, j'omets quelques détails. Puis, j'en viens à la décapitation en elle-même. Et donc au nom que j'ai entendu. Il a l'air choqué. Je ferme les yeux, difficilement, pour finir. Le reste de ma vie est plus calme. "Et le reste, c'est aujourd'hui et hier." Dis-je en rouvrant les yeux, une petite dizaine de minutes plus tard. Les siens se plantent dans mes prunelles.
"Tu penses donc que cette femme exécutée était ma mère ? Peut être, on ne saura jamais.
- Je te confirme. Y a aucun registre sur ce qu'il se passe lors des exécutions. Malheureusement. On pourra sûrement jamais vérifier." Je baisse la tête. J'ai honte de mes compagnons d'armes.
"Je ne l'ai jamais connue, donc, ça ne fait pas trop mal. Surtout qu'on est pas sûr que ce soit vraiment elle -comme tu l'as dit-. Ne t'en veux pas pour les erreurs des autres. D'accord ?" Il me relève la tête. Je vois son sourire. J'ai juste envie de pleurer. Mais il ne m'en veut pas... Ca me soulage a un point ! Je tombe vraiment sous son charme. Mais en même temps, dès le premier coup d'œil , il m'a plu.
On continue de parler pendant une bonne partie de la soirée -en tout cas, ce qu'il en reste- jusqu'à ce qu'on commence tout les deux à bailler. Je le salue, puis retourne dans ma chambre. C'est l'une des soirée -voir une des journée- les plus agréables que j'ai eu à vivre. Ca fait du bien de pouvoir être réellement soi-même. Je m'endors facilement pour une fois.
