Le stade de Hollyhead
Constance n'était pas vraiment du genre à avoir le vertige, mais perchée en haut des stands du stade de Quidditch de Hollyhead, elle aurait presque pu se convaincre que c'était le cas.
L'ambiance était électrique autour d'elle, les spectateurs parés de leurs plus beaux vêtements et maquillages aux couleurs de leur équipe favorite. Constance n'avait aucune idée de contre qui les Harpies jouaient par contre, pour elle tout ce qui comptait c'était de voir Grace manier de la batte et envoyer quelques cognards en direction de l'équipe adverse.
Ce début de saison était idéal, les Harpies étaient apparemment au meilleur de leur forme selon Grace, et en cette fin septembre, le temps était étrangement des plus agréables dans la campagne anglaise.
Constance était rentrée d'Australie quelques jours plus tôt, contente de retrouver le calme de son petit appartement après deux semaines intenses en compagnie de sa famille. Une vielle femme du clan avait tenté de lui présenter au moins une demi-douzaine de "prétendants" car visiblement, une fois passé vingt cinq ans, une jeune sorcière respectable se devait d'être mariée sans tarder… Bien sûr, Constance l'avait envoyer balader, elle et ses jeunes beaux. Elle n'avait pas que cela à faire de se retrouver coincée dans son village natal en Australie alors qu'elle avait un monde à explorer, une boutique à tenir, et un tout autre sorcier en tête pour ce qu'il s'agissait de sa vie sentimentale.
James venait justement de s'assoir à côté d'elle, et lui tendait une Bièraubeurre.
"Alors, raconte, c'était comment tes vacances ? Tu as pu passer à Kyoto au final ?"
Constance se lança dans le récit de ses aventures d'Adelaide à Kyoto, et raconta notamment comment elle avait failli manquer son Portoloin pour revenir à Londres, ce qui fit beaucoup rire James.
"De la morve de Troll ? C'était ça ton excuse ? Tu m'étonnes qu'ils aient hésité à te laisser passer ! Ça me rappelle une histoire que mon père m'a racontée tiens… Il dit que quand lui et mon oncle Ron étaient en première année à Poudlard, pendant le festin d'Halloween ils ont…"
James fut interrompu par Fred, qui venait de débarquer à son tour, et de s'exclamer d'une voix trainante et sourde : "Jamie James ! Ciao mon ami, comment vont les affaires ? Ça fait longtemps que tu n'es pas venu parler avec ton bon vieux Fred, qu'est-ce qui t'arrives…"
"C'est un accent italien que tu nous fait là, Freddie ?" James s'était retourné pour rire au nez de Fred, assis sur le gradin au-dessus de Constance et lui.
"Mais oui, mon ami, maintenant que tu écris des articles sur la mafia je me suis dit qu'il fallait qu'on te respecte un peu plus, tu comprends ? A moins que cette histoire soit juste une bagarre de gamins…" Fred faisait une moue horrible avec sa bouche, mais rien chez lui n'évoquait le soleil de Naples, les ponts de Venise ou l'art de Florence.
James rentra dans son jeu, et tirant sur un cigare imaginaire, répondit d'une voix rauque à son cousin : "Oh tu m'a pris pour quoi ? C'est la mafia Argentine dont on parle là, d'accord, tu peux pas dire n'importe quoi sur ces mecs là, ok ? Sinon y a toute la famille Scarpa, et tous les Tribbionni qui vont te tomber dessus, d'accord ? Alors effectivement, montre un peu de respect, mon ami…"
Fred fit une grande claque sur l'épaule de James et les deux se mirent à rire sous les yeux ébahis de Constance, qui ne s'attendait pas à une telle démonstration de talents d'imitation.
La voix amplifiée d'un Sonorus du commentateur du match interrompit les retrouvailles de Fred avec le reste du groupe.
"Sorcières, sorciers, bienvenue au match d'ouverture de la 758e Coupe de la Ligue ! Nos deux équipes se préparent actuellement à faire leur entrée sur terrain, je vous demande donc un tonnerre d'applaudissement pour les Chauves-Souris de Fichucastel et les Harpies de Holyhead !"
Alors que des figures noires et roses fusaient de l'autre côté du terrain, l'équipe de Grace, en jaune et vert, s'envola à la vitesse de l'éclair depuis une plateforme situé près de Constance et ses amis.
Octavia, Polly, Michael, Edgar, Constance et James sifflèrent, crièrent et acclamèrent bruyamment leur amie, mais aucun ne fit plus de raffut que Fred, qui s'égosillait à côté d'eux.
"ALLEZ GRACE ! ALLEZ LES HARPIES ! DEFONCEZ-MOI CES VAURIENS !"
Le reste du groupe éclata de rire à la vue de Fred dans tous ses états, tandis que certains spectateurs autour d'eux le regardaient bizarrement.
"Il va falloir vous y habituer, il va être comme ça tout le match." lança malicieusement Edgar à la cantonade.
Et en effet, dans les heures qui suivirent, Fred n'en finit pas de vociférer.
A un moment donné, Grace avait failli tomber de son balai alors que le batteur adverse avait renvoyé le Cognard sur elle sans qu'elle ne le voit, et il s'en était fallu de peu que Fred ne saute par-dessus la rambarde pour régler son compte au joueur en question.
Alors qu'elle allait se chercher une autre Bièraubeurre, Constance se retrouva coincée dans un escalier par une Polly et une Octavia déterminées à lui tirer les vers du nez.
"Connie, Connie, Connie… Alors comme ça, à peine rentrée de vacances, tu flirtes avec notre cher James ?"
"Ah mais non Octavia, ça fait des mois qu'ils se tournent autour ces deux-là ! Tu sais je t'avais dis pour le café cet été…"
"Mmmh effectivement… Et la dernière fois au Chaudron vous aviez passé l'après-midi ensemble… Alors, y aurait-il Fangieux sous roche dans cette histoire ?"
Constance tâcha de garder son calme sous les regards inquisiteurs de ses deux amies, puis rétorqua.
"Franchement je ne vois pas de quoi vous voulez parler toutes les deux. Ce n'est pas comme si on était sur le point de s'embrasser il y a deux semaines quand Fred a débarqué…" Elle tenta de cacher son sourire en coin, puis se mit à rire en voyant la tête que tirait Octavia.
"QUOI ? Et quand est-ce que tu allais nous en parler ?! Nooon, j'y crois pas, vas-y raconte tout !"
Elles restèrent toutes les trois de longues minutes dans l'escalier longeant les gradins. Même si en soi, il n'y avait pas grand-chose à raconter, le cœur d'artichaut d'Octavia faisait tout un fromage de chaque détail. Ce n'est que lorsqu'une exclamation d'excitation s'empara de tout le stade que Polly, Constance et Octavia se concentrèrent à nouveau sur ce qu'il se passait sur le terrain. Une course poursuite affolante prenait place entre les Attrapeurs des deux équipes, le commentateur s'en donnait à cœur joie, et tout le stade retenait sa respiration, les yeux rivés sur le Vif d'or qui filait à toute vitesse d'un bout à l'autre du terrain.
Puis, l'attention des spectateurs dérapa vers le gradin ouest, où se tenait le commentateur.
Ce dernier n'émettait plus aucun son. Il tenait sa baguette le plus loin possible de lui, une main agrippant sa gorge, les yeux exorbités, cherchant visiblement son souffle.
Le spectacle qu'offrait sa baguette était bien plus impressionnant que toute course au Vif d'or. Des étincelles rougeâtres s'échappaient de la pointe de celle-ci en grandes gerbes, qui explosaient dans le ciel et dégoulinaient le long des gradins, touchant presque la totalité du stade par leur ampleur.
Fascinée, Constance ne pouvait détacher ses yeux du spectacle. Il y avait quelque chose de splendide dans cette magie à l'état pur, véritablement incontrôlable, magnifique et terrifiante à la fois. C'était assez commun d'être témoin de ce genre de phénomène chez les jeunes sorciers ne sachant pas encore gérer leur magie, et Constance y avait eu affaire plusieurs fois dans les boutiques où elle avait travaillé, mais chez un sorcier de cet âge-là, et avec une puissance de ce gabarit-là, c'était du jamais vu.
Une fois la stupeur passée, le stade reprit vie. La plupart des spectateurs se levèrent pour partir en courant, une partie des gradins ouest ayant pris feu, touchés par les étincelles. La tribune du commentateur fut envahie par les médicomages normalement présents pour traiter les joueurs blessés. Constance sorti de son état second et commença elle aussi à monter les gradins pour rejoindre ladite tribune.
James lui attrapa le bras. "Qu'est-ce que tu fais ? Tu ne peux pas aller là-bas."
Elle se dégagea doucement.
"James, ça fait des mois que j'entends parler de ces baguettes folles, des mois que les Aurors gardent toutes les informations qu'ils ont à leur sujet pour eux, des mois que je me demande pourquoi des baguettes faites par Ollivander réagissent comme ça… Je… Je peux pas laisser passer ça. T'as pas envie de savoir, toi ?"
Il soutint longuement son regard, puis s'écarta, lui fit signe de monter, et lui emboita le pas sans plus argumenter. Sa curiosité le tuerait un jour.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la coursive, le chaos régnait. Le commentateur était au sol, une floppé de médicomages l'entourant, et il se tenait le cou à deux mains, se griffant jusqu'au sang, la respiration laborieuse et sifflante. La première vague d'étincelles avait dû le frapper de plein fouet car sa peau était rouge vif, de son visage jusqu'à son torse, exposé par sa robe maintenant ouverte. Sa propre baguette l'avait brûlé, et le choc de tout le stade se reflétait sur le visage du pauvre homme.
Mal à l'aise devant sa souffrance, Constance se détourna, et reporta son attention sur la baguette, toujours en pleine éruption. Elle s'approcha sans trop s'en rendre compte, presque mécaniquement, jusqu'à se retrouver à quelques mètres seulement de la fautive. Aucun Auror n'était encore sur place, toute l'assemblée présente s'exhortait à sauver le commentateur, personne ne la regardait. Elle sortit sa propre baguette, une des rares confections en Chêne blanc de chez Braund & Cie qu'elle chérissait intensément, et prononça quelques enchantements visant la baguette ayant perdu la raison. Tout fabricant de baguettes connait les sorts permettant d'enlever toute magie à ses confections, au cas où une mauvaise manipulation rendrait un prototype trop incontrôlable, trop dangereux.
Après quelques secondes, l'initiative de Constance porta ses fruits, et les étincelles folles prirent fin. Les occupants de la tribune semblèrent sur le champ bien plus détendus, les spectateurs dans les gradins cessèrent leur agitation, et quelques joueurs de Quidditch remontèrent sur leurs balais pour aller arrêter les Cognards en liberté.
"Connie…"
"Je fais attention, ne t'inquiète pas."
Elle s'approcha de la baguette, la ramassa délicatement, et lâcha un soupir d'émerveillement.
A cet instant, les Aurors transplanèrent sur la tribune.
Bonjour bonjour !
Ca y est, notre chère Constance enfile sa casquette d'enquêtrice et part pour de bon sur la piste des baguettes folles... Une théorie sur ce qui cause tout cela ? J'ai laissé filé quelques indices au cours des chapitres précédents, je serais ravie d'entendre vos hypothèses :)
Oh et je n'ai pas pu résister à faire un petit clin d'œil au tome 1 de HP, surtout qu'on approche d'Halloween alors...
Au programme la semaine prochaine : on croise des Aurors en tous genres, des métamorphomages qu'on adore, et bien sûr, des James Sirius Potter en or !
A bientôt,
Emma
