Chapitre 9 :

Le sorcier, le moldu et le cracmol

"Il me reste trente-et-une minute à vivre et dans trente-deux minutes, je serai mort." affirma Harry.

"Dis pas ça." ordonna Remus Lupin, légèrement malade. "Tu ne vas pas mourir, pas maintenant."

Il était hésitant : était-ce une blague ? ou bien... non. Non, il n'allait pas mourir. C'était impossible, tout le monde sait que les enfants ne meurent jamais.

"Je ne vais pas mourir maintenant."

Autour d'eux, l'équipe médicale s'agitait.

"Harry !" réprimanda Remus avant de rire nerveusement. "Je t'interdis de plaisanter avec ça : tu m'as fait si peur."

"Je ne vais pas mourir maintenant, je vais mourir dans trente-deux minutes." nuança l'enfant.

Le brancardier le souleva, quelques secondes pour pouvoir le déplacer : ils nouèrent des sangles autour de son corps puis déposèrent une couverture pour qu'il n'attrape pas froid.

"Mais ne t'inquiète pas, j'ai vécu une belle vie... j'ai presque onze ans !"

Le coeur du pauvre loup-garou n'en n'avait pas fini de faire des loopings et il avait l'impression qu'il allait vomir, là… pas qu'une impression d'ailleurs.

"Ne vous en faites pas, ils vont nettoyer." assura le médecin. "On vous le ramène très vi…"

"Non. Je veux être là." dit Remus.

"Vous êtes très crédu… euh... émotif. Votre enfant a un petit éclat de métal dans l'estomac, on va le lui retirer et il n'y a quasiment aucun risque de complication. Soyez sans crainte."

Remus attrapa discrètement sa baguette et il demanda à Harry combien de personne seraient nécessaires pour l'opérer.

"Ça dépend." répondit-il. "Si c'est des camionneurs, il en faudrait des milliers : un par page de médecine. Il faudrait rajouter un coordinateur des opérations pendant qu'ils lisent des manuels, des livres scolaires et…"

"En te servant du personnel hospitalier ici présent, combien sont nécessaires pour te sauver la vie ?" reformula Remus.

"Zéro : je vais mourir dans trente minutes et quelques secondes."

Harry était solidement attaché et on avait déjà planté une aiguille dans son bras relié à une poche, elle-même attachée à un côté du brancard. Il était prêt à aller dans le bloc opératoire.

"Je vais venir avec vous." affirma Remus.

Le bout de sa baguette s'illumina et le brancardier répéta :

"Il va venir avec nous."

"C'est pas à toi de décider : on va en salle d'op pas dans un salon de thé !"

Remus se dit qu'Harry aurait surtout besoin du médecin alors il élimina les autres et répéta la manoeuvre, sa baguette pointée sur la cible. Comme le brancardier était déjà hypnotisé, il fit les gestes qu'il était le plus habitué à faire et il conduisit le patient jusqu'à l'ascenseur réservé. Le médecin les suivait, légèrement embrumé.

"Remus… tu recommence." soupira Harry. "C'est comme la fois où je me suis eraflé le genou."

"Ça n'a rien â voir avec la fois où tu t'es eraflé le genou !"

"Oh, si. Il y a pleins de points communs : j'étais là, tu étais là. J'étais plutôt calme, t'as pété les plombs. J'aurai accueilli la mort comme une vieille amie si tu ne t'étais pas entêté."

Quand Harry s'était éraflé le genou, du haut de ses trois ans, il s'était senti mourir alors il était persuadé qu'il avait frôlé la mort et que Remus l'avait ressuscité d'un coup de baguette magique.

"On a passé des bons moments ensemble, Rem's mais il ne faut pas s'acharner. Je veux mourir avec dignité."

"Mais qu'est-ce que tu raconte ?! T'as juste un bout de métal dans... dans…"

La voix de Remus se brisa. Si Harry affirmait qu'il allait mourir, c'était vrai. Ça n'avait rien avoir avec cette fois où il s'était écorché le genou car aujourd'hui, il était beaucoup plus conscient et il savait parfaitement identifier un problème. Jamais il n'avait baissé les bras devant des lois de la physique qui auraient dû le dépasser alors s'il laissait tomber, il n'y avait plus aucun espoir.

"La fois où ce taré a essayé de me tuer, c'était vraiment pas cool... mais heureusement, j'en garde aucun souvenir." dit Harry. "Mes parents m'ont abandonné et ça... bon, c'était au même moment alors je ne m'en souvient pas non plus mais étrangement, ça me rend beaucoup plus triste."

"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Remus.

Ils venaient d'arriver dans le bloc opératoire. C'était pas vraiment désinfecté mais le médecin était légèrement trop embrumé par le sortilège d'influence mentale pour s'en soucier.

"Je fais défiler ma vie devant mes yeux." répondit Harry. "Si je meure, je veux faire ça bien."

"Tu ne veux pas plutôt te concentrer sur... je sais pas, moi... NE PAS MOURIR ???"

"Oooh. Tu te rappelle mon tout premier tour de magie ?!"

Harry avait passé l'année de ses deux ans à répéter frénétiquement 'abracadabraaa' en espérant qu'un miracle se produise… pourtant, Remus lui avait expliqué très lucidement sa situation. C'est à l'âge de trois ans qu'il réalisa son tout premier tour de magie.

"J'aimerai que tu m'en fasse découvrir pleins d'autres..." répondit l'adulte, les larmes aux yeux. "Des nouveaux… pleins. S'il te plaît."

"Oh voyons : ne sois pas ridicule ! Tu es un sorcier, oui ou non ?"

C'est en lisant un livre sur 'la magie des moldus' que son père de substitution lui avait rapporté d'une boutique de sciences, physique et technologies, qu'Harry avait découvert… le compteur électrique ! Il avait branché un minuteur sur les lampes puis avait déclenché une coupure de courant dans tout l'appartement. Tic… Tac… Tic… Tac… En comptant très précautionneusement les secondes avec l'aide d'une montre trop bruyante, il avait présenté un tour de magie à Remus qui était trop occupé à gérer la coupure de courant.

Et là, ça avait été magique : Harry ralluma la lumière en disant 'Abracadabraaa' et Remus avait été persuadé qu'il avait vraiment fait de la magie. Ils étaient allé voir un médicomage… puis un deuxième mais le diagnostic n'avait pas changé : son noyau magique était brisé. Alors Remus avait conclu à une coïncidence.

"Je préfère ta magie, petit faon. Il existe tant de sorciers dans ce monde, on a tous notre style mais aucun ne fera jamais de la magie comme la tienne : tu as inventé des tas de merveilles. Je veux en découvrir d'autres..."

"Alors je te lègue mon cerveau."

Il fallut qu'Harry utilise une petite voiture télécommandé pour faire bouger un pain au chocolat en marmonant une formule magique qu'il avait inventé pour que le loup-garou ne comprenne enfin ce qu'il se passait : son fils était un génie !

"J'accepte ton cerveau et j'aimerai l'utiliser dès maintenant."

"Euh..."

Harry fronça les sourcils, perplexe puis il demanda au médecin de lui donner le scalpel pour commencer l'ablation du cerveau. Il espérait que ça ne fasse pas mal... oh. De qui se moquait-il ? Ça allait être horrible mais Remus l'avait accueillit alors qu'il n'avait rien là où ses parents qui avaient tout l'avaient jeté alors il lui devait ça.

"Sans scalpel !" prévint Remus. "J'aimerai exploiter ton cerveau en l'état, si tu permet."

"Je ne comprends pas ta demande."

"Il reste quelques minutes… c'est ça ?"

"Dix-neuf."

"D'ac… d'accord. Voilà ce qu'on va faire : pendant les dix-neuf minutes qu'il nous reste à passer ensemble, j'aimerai que tu répondes à toutes mes questions."

Le médecin sembla enfin sortir de sa transe. Remus sentit qu'il pourrait en avoir besoin alors il fit léviter tous les objets en métal autour d'eux puis il transforma un gant de latex laissé là en petit animal pour lui faire comprendre la situation : la magie existe, ce qui arrive à Harry vous dépasse alors laissez-nous gérer tant qu'on peut.

"Qu'est-ce que le Voltagium ?" demanda Remus.

"Le Voltagium est une source d'énergie éternelle… enfin... en théorie. À chaque fois que j'ai été sur le point de réussir à la déclencher, tout a explosé." expliqua l'enfant. "Dès que le métal rentrera en contact avec mon noyau... ça va faire boum. Je vais exploser de l'intérieur et ça sera vraiment horrible."

"Et si on retire le Voltagium ?" demanda le médecin. "J'ouvre ton ventre, je récupère le bout de métal et je l'enlève… que se passerait-il ?"

Il n'était pas sûr d'y croire… mais ce qu'il avait vu, c'était de la magie et ça, il pouvait l'affirmer malgré son esprit trop cartésien. En tant que médecin, il se devait d'essayer. Non ? Son devoir était d'aider alors il allait aider.

Harry l'ignora. C'était comme s'il n'existait pas... et Remus attendait avant de se rappeler qu'il lui avait demandé d'abandonner totalement son cerveau.

"Réponds au médecin."

Harry était vraiment très terre-à-terre, souvent trop.

"Malheureusement, le Voltagium commence à s'activer dès qu'il entre en contact avec un être vivant. En l'occurrence, moi. Il est déjà actif et l'allumer est déjà un exploit en soi... ça aurait été plus jouissif s'il n'était pas aussi instable."

"Là, il est stable…" marmona le médecin. "Si je fais en sorte de l'attirer vers un endroit moins indispensable à ta survie et que je découpe le…"

"BOUM !"

"Et si on commence par retirer le..."

"BOUM !"

"Si j'insère un petit tuyau…"

"BOUM ! BOUM !" cria Harry. "Vous ne comprenez pas, hein ?! Je vais mourir."

Le médecin fixa son matériel pour réfléchir... ils n'avaient que les outils de base pour une légère incision. Que faire ? Que faire ?

"Et si on le laisse à l'intérieur ?" proposa Remus.

"Alors il touchera mon noyau… et Boum."

Le Voltagium était un métal et quoi que soit ce noyau, peut-être n'était-il pas incompatible aux aimants ?

"Et si on s'arrange pour qu'il ne touche jamais ton noyau ?" verbalisa le médecin.

"Alors il..."

Harry équarquilla les yeux comme quand on voit la solution d'une équation qui était sous nos yeux depuis le début et qu'on se demande comment on a pu la manquer.

"Alors il faudra chercher un système pour le maintenir en place afin qu'il ne valdingue pas partout dans mon organisme."

"Je peux utiliser de la mag…"

"Et boum."

Le médecin regarda sa montre... il restait moins de dix minutes avant l'explosion et il leur fallait plusieurs éléments plutôt rares. Si seulement ils avaient plus de temps. Oh.

"Vous pouvez arrêter le temps ?" demanda-t-il. "J'ai besoin de…"

"Ah oui. C'est vrai." coupa Harry. "Désolé, Rem's : je vais mourir quand même. Il nous faudrait des métaux très particuliers qu'on ne pourra jamais avoir dans les temps."

"Fais-moi une liste : le nom du métal et où le trouver." exigea Remus. "On ne peut pas arrêter le temps mais moi, je peux transplaner."

Harry afficha un sourire éclatant et il écrivit de quoi lui sauver la vie. Il déchanta.

"Ça coûte des millions."

"Je vous rembourserai." assura le médecin. "Assurez-vous de ne pas être vu, d'accord ? Ça serait trop long de tout expliquer : on n'a pas ce luxe. Cachez votre identité comme si votre vie en dépendait."

"La mienne en dépant." répondit Harry.

Remus Lupin se volatilisa pour un tour du monde dans les endroits les plus sécurisés du monde moldu... et plusieurs boutiques de bricolage.

"Vous n'allez jamais les rembourser, pas vrai ?" dit Harry.

"Bien sûr que non, je n'ai pas les moyens."

Ils attendirent quelques minutes en silence.

"Tu es capable de construire un aimant avec un stabilisateur pour maintenir le Voltagium en place ?" demanda le médecin.

"Bien sûr... et plus que ça même : j'ai une idée pour conserver l'énergie qu'il génère. C'est merveilleux, la consécration de toute ma vie."

Remus ne tarda pas à revenir et Harry commença par éloigner le danger avec quatre aimants et un bout de ficelle... ils avaient frôlé la bombe, tout l'hôpital aurait pété mais ils n'étaient pas vraiment hors de danger. Non. Ça pouvait encore déraper, un accident est si vite arrivé quand on joue avec des explosifs.

Harry demanda la coopération du médecin pour qu'il lui ouvre le ventre et Remus agita sa baguette dès qu'on le lui demandait : pour chauffer un métal, pour souder des boulons, pour créer une capsule… Ils travaillèrent ensemble pendant plusieurs heures : le sorcier, le moldu et le cracmol.

"C'est prêt." dit Harry, à bout de nerf. "Le Voltagium est opérationnel."

-Fin du 9ème chapitre-

…à suivre…