Disclaimer : les personnages sont à Hiromu Arakawa, et je ne me fais pas de sous là-dessus.
Rating : T dans l'ensemble, et peut-être quelques passages plus durs qui seraient M.
OoOoOoOoOo
Bonjour à tous !
Comme promis, une nouvelle mise à jour « rapide » ! N'étant pas sûre d'arriver à en faire encore une cette année, j'en profite pour vous souhaiter une belle trêve hivernale et de belles fêtes. Prenez soin de vous et des vôtres, et à bientôt pour la suite !
N'hésitez pas à me laisser un mot pour me dire ce qui vous a plu dans ce chapitre, cela me fera très plaisir et ce sera un chouette cadeau pour moi (il paraît que c'est la saison).
Petite dédicace spéciale à Jenin : merci d'avoir pris le temps de me laisser ton avis qui m'a fait chaud au cœur ! J'espere que ce nouveau chapitre te plaira.
A tous, bonne lecture !
OoOoOoOoOo
Chapitre 9 : Trois pas en avant..
C'est avec réticence qu'Edward aborde la nouvelle semaine, synonyme de retour au lycée. Prendre les transports en commun aux heures de pointe et naviguer dans les couloirs bondés de l'établissement ne l'enthousiasme guère.
Comme tous les matins, Al et Winry partent avec lui. Ils grimpent ensemble dans le bus. Plus de place pour s'asseoir, alors ils restent debout. Secoués par les tournants et les cahots de la route. Il sent les autres passagers perdre l'équilibre, projetés sur lui. Son corps se tend, sa main se crispe sur la poignée qu'il tient. À côté de lui Alphonse s'agite. Son cœur accélère. Que se passe-t-il ? Est-ce un cri à l'avant du bus ?
« Je peux me tenir à toi ? »
La voix de Winry le tire de ses inquiétudes internes. Son regard bleu et profond semble lire ses angoisses. Elle ajoute :
« Je suis trop loin de la poignée. Je peux me tenir à toi ? »
Il hoche la tête et immédiatement deux bras lui entourent la taille. Elle pose sa tête sur son épaule et ses cheveux blonds lui chatouillent le nez. Il n'ose plus bouger. Elle a une odeur de miel et de cannelle, et il sent sa chaleur contre lui. Il passe un bras autour de ses épaules, pour la tenir contre lui, la serrer plus près pour qu'elle ne tombe pas. D'ailleurs, cela ne manque pas, ils ont beau anticiper, au premier coup de frein, ils sont éjectés en avant.
« Hé si vous voulez un câlin, il suffit de demander, pas besoin de me tomber dessus ! » affirme Alphonse, qui les retient en rigolant, se calant contre la vitre, et les attrapant tous les deux dans ses bras. Ils rigolent à sa blague, et tout en se tenant fermement, Ed se détend un peu, dans l'étreinte des deux autres.
Au lycée, il traîne dans la cour ou avant de sortir de classe. Il préfère s'exposer aux remontrances de ses professeurs plutôt qu'à toute cette foule.
OoOoOoOoOo
C'est à la pause du matin, en descendant lentement l'escalier vers la cour qu'il entend qu'on l'appelle.
« Hé ! Ed ! » Un demi-étage au-dessus de lui, un brun à lunettes fonce vers lui en dévalant les marches, pour s'arrêter tout essoufflé devant lui.
« Salut Kain !
- Salut ! Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu au club !
- Ouais. Tu sais, j'ai eu une jambe et un bras dans le plâtre, et je viens à peine de finir la kiné.
- Oui, j'avais vu tes plâtres. Mais maintenant, tu as le droit de faire du sport ?
- J'ai eu le feu vert la semaine dernière. Avec Alphonse, on a recommencé à faire quelques katas…
- Super !
- Hmmm…
- Écoute, le coach m'a chargé de te passer un message. Cette année, avec le club on va essayer de monter quelque chose pour la fête de fin d'année. On va sans doute présenter les programmes de compétition, mais le coach aimerait aussi présenter quelques autres enchaînements, pour que tous les membres du club participent. Il a dit que si tu es autorisé à faire du sport, il peut te préparer un programme de reprise en douceur, si tu veux ? »
Arrivé en bas de l'escalier, sans attendre de réponse, Kain sourit largement et ajoute :
« T'as pas besoin de te décider maintenant, mais pense y d'accord ? On serait tous contents de te retrouver au club ! Allez, salut ! »
Et avec un dernier signe de la main, il s'éloigne vers la cour.
Edward ne s'attendait pas à ça. Il s'assied sur la dernière marche de l'escalier et regarde passer les derniers élèves qui sortent. Il n'est pas surpris de voir que c'est Kain qui a été délégué, il est souriant, aimable et s'entend avec tout le monde. Même avec Ed, qui est loin d'être le plus causant.
Un spectacle pour la fin de l'année ? Et on lui propose de participer ? Pourquoi pas ? C'est vrai que ça le démange de reprendre le sport. Si le coach peut l'aider, l'idée est bonne. Mais d'un autre côté… Participer à la fête de fin d'année… Au milieu de tout ce monde… Y penser suffit à le faire frissonner. Et puis, entre les révisions, le boulot et les rendez-vous médicaux, dégager du temps pour l'entraînement… Pourtant… Reprendre…
Il se lève et sort, il vient d'avoir une idée. Il n'a pas cours pendant la prochaine heure. D'habitude il va à la bibliothèque. Cette fois-ci il se cherche un coin de gazon à l'abri des regards.
Une fois sûr que tout le monde est bien retourné en cours et que personne ne l'observe, il jette son sac à terre, avec son manteau et sa veste sur le banc tout proche.
Quelques étirements pour s'échauffer et assouplir les muscles et c'est parti ! Respiration, concentration. Il visualise ce qu'il va essayer. La même chose que la dernière fois avec Al. Simple. Poser les mains, équilibre, tourner les mains, redescendre. Sans trembler. Parfait. C'est meilleur qu'avec Alphonse. La forme revient.
Un peu plus alors. Une roue. Facile. Une jambe en avant, une poussée, mains au sol, tendre les jambes, poser les pieds. Sans surprise. La rondade suit sur le même modèle.
S'il essayait d'enchaîner les deux ? Il faudrait un peu d'élan. Courir. La dernière fois, l'essai n'était pas fameux. Mais il ne compte pas courir longtemps comme ce soir-là en sortant du boulot.
Et puis pas besoin de beaucoup d'élan pour deux figures.
Il s'éloigne un peu et se concentre, respiration, visualiser l'enchaînement, où prendre l'impulsion, où arriver. Encore une respiration et c'est parti !
Un, deux, trois, quatre, inspirer, impulsion, mains, jambe tendue, jambe tendue, impulsion, mains, jambe tendue, équilibre, impulsion, réception, souffler.
Pendant un instant plus rien. Son cœur bat la chamade, son sang rugit dans ses tempes. Il a le souffle court. Il est presque surpris de ne pas être tombé. Tout est allé si vite ! Il se laisse tomber à terre, s'allonge, rit. C'est tellement grisant de courir pour ensuite se retrouver la tête à l'envers à cette vitesse ! Si le coach est d'accord pour l'aider, peut-être que bientôt il arrivera à refaire des saltos…
D'ailleurs… Tout a si bien marché… Ed se lève. Une figure de plus, ça peut pas faire de mal…
Inspiration. Concentration. Visualiser la figure. Inspiration. Un, deux, trois, quatre, pied, pied, impulsion, mains, pousser, pieds joints, réception. Et un pied en avant pour freiner. La réception est moins nette que les précédentes, mais cela fait longtemps et il n'est pas tombé. L'adolescent savoure ses réussites.
Il s'assied sur le banc, près de ses vestes. Il commence à avoir froid. Mais il n'a pas encore envie d'arrêter. Il commence à peine à retrouver ses sensations. Il ne faut pas forcer. Mais refaire encore une fois un petit enchaînement. Sans courir, un peu de précision, travailler les muscles. Il se lève sur le banc.
OoOoOoOoOo
Lorsque le professeur Mustang traverse la cour pour aller vers le bâtiment de sciences, il ne s'attend pas à trouver un élève sur la pelouse entre les bâtiments. Et encore moins Edward Elric. Habituellement, cette pelouse un peu isolée est plutôt le coin des amoureux qui veulent se bécoter. Que fait là l'adolescent solitaire ? Il s'arrête et l'observe de loin. Il le voit enchaîner prudemment des figures de gymnastique. Il sourit doucement. Des figures de base, reprise en douceur, après plusieurs mois d'arrêt à cause de ses plâtres. Il savait le gamin sportif, mais il ne l'imaginait pas gymnaste. Le voir sourire est un agréable changement par rapport aux derniers mois.
Pourtant lorsqu'il voit l'adolescent se dresser sur le banc, s'apprêtant à recommencer une figure Mustang ne se sent pas serein. Bien sûr, le banc est large et pas bien haut et s'il tombe il ne se fera pas vraiment mal. Mais quel besoin de tester là-dessus ? Les adolescents ont définitivement des idées étonnantes.
Le professeur observe le garçon préparer sa figure, se pencher, et très lentement lever les jambes à l'équilibre, pour ensuite basculer en arrière et se redresser. Tout semble parfaitement maîtrisé. Pourtant cette fois, Mustang a l'impression d'avoir vu le jeune trembler légèrement. Aussi lorsqu'il le voit prendre appui sur le dossier du banc et se pencher, il s'empresse de s'approcher. Mais il a beau se dépêcher, il est encore trop loin lorsqu'il entend jurer.
« Merde ! ...Aïe ! »
Il franchit la distance en courant pour retrouver le jeune homme de l'autre côté du banc.
« Elric ! Tout va bien ?
- Hein ? Oui, oui, ça va.
- Là… Doucement… Asseyez-vous. Rien de cassé ?
- Manquerait plus que ça ! Après tous ces mois dans le plâtre, me re-casser quelque chose !
- Alors soyez prudent à l'avenir ! Pas de vertige ?
- Non. Et je suis prudent ! J'ai fait que des figures de base, super faciles, pas de saut, rien !
- Faire de l'équilibrisme sur le dossier d'un banc, ce n'est pas ce que j'appelle être prudent !
- Oh, ça va ! Puisque je vous dis que je n'ai rien. »
En pestant Edward s'est relevé, a enfilé ses vestes, puis attrapé son sac avant de s'éloigner en direction des bâtiments principaux. Il ne boite pas. C'était sans doute plus spectaculaire que grave.
Avant qu'il ne soit hors de portée de voix, Mustang lance :
« Passez à l'infirmerie si une douleur se réveille ou si vous avez des vertiges ! Et évitez les chutes ! »
Il entend l'adolescent grommeler indistinctement en réponse.
OoOoOoOoOo
Le reste de la journée se passe sans plus d'incident. Pourtant lorsqu'il arrive en classe pour son dernier cours de la journée, Edward se demande s'il doit s'inquiéter en voyant l'infirmière discuter avec son professeur de physique. Il s'assied avec le reste de ses camarades et attend. Manifestement elle n'est pas là pour lui.
« Un peu de calme s'il vous plaît ! » Lance le professeur Mustang de sa voix profonde. « Allons ! »
Le silence s'installe et il continue.
« Vous connaissez tous l'infirmière du lycée, Mme Hawkeye. Elle va vous présenter une action qu'elle met en œuvre spécialement pour les terminales à cette époque de l'année. Je lui laisse la parole pour vous expliquer tout cela en détail.
- Merci. Bonjour à tous ! »
Edward écoute d'une oreille distraite l'infirmière expliquer son intervention. Pour arriver en forme à l'examen. Elle rappelle l'importance de bien manger, varié et équilibré, bien dormir et assez longtemps, éviter les drogues. Elle décrit certains symptômes liés à l'angoisse et au stress, perte d'appétit, boulimie ou perte de sommeil, addictions. Elle propose des solutions simples pour éviter ces soucis et leur parle de la mise en place d'ateliers de relaxation et gestion du stress. Elle leur donne les horaires, présente ce qui sera fait. Porté par la voix calme et posée de l'adulte, Ed s'affale doucement sur le bureau, pour finalement caler sa tête sur ses bras croisés. Il perd lentement le fil, s'intéressant plus aux nuages qui défilent dans le ciel.
Gestion des angoisses et du stress pour l'examen. Ed retient un grognement. Comme si l'examen était angoissant ! Il sait que cela tracasse les autres. Même Winry lui a avoué qu'elle s'inquiétait pour ses épreuves. Depuis plusieurs semaines, il révise sérieusement tous les soirs, en affirmant qu'il doit travailler pour le bac, mais ni Al, ni Winry ne sont dupes, il étudie surtout pour penser à ses leçons plutôt qu'aux souvenirs qui le hantent. S'inquiéter pour les épreuves. Si seulement il n'avait que ça comme angoisse !
Autour de lui, la classe est plus calme, presque silencieuse, attentive aux explications. Un mot saisi dans la phrase de l'infirmière, le ramène à l'écoute, « arthérapie ». Il n'en a jamais entendu parler de quoi s'agit-il ? Manifestement il n'est pas le seul à être intrigué, car ses camarades sont nombreux à lever la main. L'infirmière parle de coloriage, de dessin, de chant, d'écriture, de théâtre. Plus elle explique et plus les questions fusent. La fin de l'heure approche, alors elle conclut.
« Quels sont ceux qui seraient intéressés pour suivre ces ateliers ? »
À la grande surprise d'Edward la quasi-totalité de la classe lève la main.
« Je ne m'attendais pas à un tel engouement ! Mais si vous êtes vraiment aussi nombreux, on peut prévoir quelques séances spécifiques pour votre classe, intégrées à votre emploi du temps. Ceux qui comptent vraiment venir, rajoutez votre nom sur la liste avant d'y aller ! »
Comme si elle avait attendu la fin de sa phrase, la sonnerie retentit à cet instant. Les jeunes se lèvent et se bousculent joyeusement vers la sortie, créant un embouteillage en s'arrêtant devant la feuille d'inscription.
Ed ne se presse pas pour partir. Il ne sait pas trop s'il a envie de s'inscrire. Il aime bien l'infirmière qu'il trouve gentille et chaleureuse. Mais il n'a pas envie de parler de ses angoisses avec ses camarades de classe. Pourtant cette histoire d'arthérapie…
Lorsque les autres élèves commencent à s'éloigner, il s'approche et regarde la page. Les mains levées n'étaient pas là pour fayotter, tous sont vraiment inscrits. Debout devant le bureau, il ne sait pas trop quoi faire, se balance d'un pied sur l'autre, hésitant.
« Vous aviez une question Monsieur Elric ? » L'infirmière lui sourit largement.
« Hmmm.
- Je vous écoute…
- Je... » Il n'a pas vraiment réfléchi, ne sait pas trop quoi dire.
« Oui ?
- En fait, je voulais savoir, cette histoire d'arthérapie. Ça marche pour tout ?
- Comment ça pour tout ?
- Vous nous parlez de ça pour l'examen, mais ça marche aussi pour d'autres choses ?
- L'art est un moyen d'expression. Plusieurs artistes n'auraient sans doute pas été connus s'ils n'avaient pas eu de soucis dans leur vie. Certaines œuvres n'auraient pas existé si leurs auteurs n'avaient pas été tristes ou malheureux et ressenti la nécessité de le partager avec d'autres. Chacun s'extériorise à sa façon. Certains en criant, en pleurant, en discutant, en tapant, en se dépensant et d'autres en produisant des œuvres d'art en tout genre.
- Je comprends.
- L'arthérapie vous intéresse ?
- Je suis pas un artiste. Mon truc c'est plus le sport.
- Vous avez pu reprendre ?
- Un peu, mais pas encore tout.
- Que faites-vous ?
- Avec mon frère on a repris l'entraînement en arts martiaux. Et aujourd'hui un copain est venu me demander si j'allais revenir au tumbling.
- Du tumbling ?
- Un genre de gymnastique acrobatique, des enchaînements avec différents sauts.
- Intéressant.
- J'aime bien.
- …
- …
- Mais vous vous intéressez à l'arthérapie ?
- Oui. Enfin… Heu… En fait, non. Si ! »
Hawkeye sourit. Edward s'éclaircit la gorge et reprend.
« En fait, c'est mon frère l'artiste. Je pense que vot' truc ça pourrait bien lui plaire. Il s'est remis à beaucoup dessiner ces derniers temps. Alors peut-être que votre atelier ça pourrait l'intéresser.
- Effectivement.
- Mais ... » Il hésite quelques secondes. « Al est en seconde. Il pourrait venir quand même ?
- J'oubliais que vous n'êtes pas sur les mêmes niveaux. Mais s'il est vraiment intéressé, qu'il passe me voir, nous regarderons ensemble si ses horaires lui permettent de participer à l'un des ateliers.
- C'est vrai, vous seriez d'accord ?
- Oui. À une condition…
- Laquelle ?
- Que vous veniez aussi, au moins pour la relaxation. »
Elle a dû sentir qu'il ne comptait pas s'inscrire. L'adolescent réfléchit rapidement. La relaxation sera sans doute un peu comme la méditation qu'il a déjà pu faire pour les arts martiaux. On ne lui posera pas de questions. Et si ça peut permettre à Al de participer à cet atelier…
« C'est d'accord. »
Il note son nom au bas de la feuille et part sans se retourner. Le regardant s'éloigner, les deux adultes échangent des regards et des sourires satisfaits.
OoOoOoOoOo
Ce soir-là dans le bus, la discussion tourne autour de l'arthérapie. Les adolescents ont trouvé des sièges et la discussion est animée.
« Pour le dernier cours l'infirmière est passée voir notre classe commente Edward.
- Oui, elle est passée chez nous aussi ! Répond Winry.
- Ah bon ? Je croyais qu'elle proposait ça seulement aux terminales ?
- Mais de quoi vous parlez ? Interroge Alphonse.
- De l'atelier d'arthérapie ! S'exclame Edward.
- De la prévention des addictions ! » Répond Winry.
Tous trois se regardent. Et éclatent de rire.
Puis Alphonse et Winry interrogent du regard leur compagnon.
« En dernière heure l'infirmière est venue nous présenter des ateliers qu'elle va mettre en place pour les terminales. Pour apprendre à gérer le stress et les angoisses, pour le bac. Elle a donné un tas de conseils pour dormir, manger, gérer son temps. Et elle a dit que pour les ateliers elle proposerait de la relaxation et de l'arthérapie.
- De l'arthérapie ? Demandent en chœur les deux autres.
- Si j'ai bien compris, on s'appuie sur un art pour se calmer et extérioriser le stress. Elle a parlé de dessin, coloriage, musique…
- Ça a l'air sympa, commente Alphonse.
- J'étais sûr que ça t'intéresserait !
- Oui, mais si c'est seulement pour les terminales…
- J'ai demandé si tu pouvais venir, elle est d'accord.
- C'est vrai ? Super !
- Il faut que tu passes à l'infirmerie, pour voir avec elle sur quel atelier tu pourrais participer.
- J'irai la voir demain. J'ai un trou à 9h. »
Pendant quelques minutes chaque adolescent lance ses suppositions sur ce qu'il imagine des ateliers, puis la conversation dévie vers l'heure de prévention des addictions de Winry, puis les différents potins qu'ils commentent en descendant du bus, et en entrant ensuite dans l'immeuble.
« BAM ! »
Edward sursaute. Encore cette satanée porte d'ascenseur ! Dernier à sortir, il était tellement plongé dans la conversation qu'il a oublié de la retenir. Il a vu Alphonse tressaillir aussi. Winry se retourne, le regard interrogateur.
« Quoi ? Il te fout pas les jetons cet ascenseur avec sa porte qui claque ? On dirait un vieux monstre en ferraille qui claque des mâchoires pour nous avaler à chaque fois qu'on monte dedans ! »
Il voit bien que son amie n'est pas dupe, mais elle sourit et n'insiste pas. Elle le taquine doucement.
« Un monstre qui claque des mâchoires ? Quelle imagination ! Si on t'écoute l'immeuble serrait peuplé d'animaux fantastiques !
- Bien sûr ! Il y a l'animal en ferraille de l'ascenseur, le mangeur d'ordures du local à poubelles, celui en forme de rampe qui niche dans l'escalier, le gros pelucheux qui habite la carpette de l'entrée, sans oublier celui qui vit sur le toit… »
Et il se met à décrire chacun des monstres et leurs lubies, avec force détails et grimaces ce qui achève de faire rire les jeunes gens.
« Tu devrais écrire des histoires, c'est tellement drôle !
- Arrête ! J'ai aucune idée, c'est juste un délire !
- À chacun son Art ! Intervient Alphonse. Moi je dessine, toi tu pourrais écrire. Pourquoi pas ? »
Edward hausse les épaules, peu convaincu.
OoOoOoOoOo
Après le repas, lorsque les garçons rentrent chez eux, Alphonse relance la conversation entamée plus tôt.
« Tu crois que l'infirmière me laissera vraiment participer ?
- Si elle a dit de venir pour prévoir un créneau, je ne vois pas pourquoi elle refuserait ?
- Oui, c'est vrai.
- …
- …
- Tu n'as pas besoin d'un atelier pour dessiner. » Edward ne rajoute pas « sur ce qui t'angoisse », mais les mots flottent entre eux.
- « Je sais. Mais l'idée me plaît. Et puis peut-être qu'elle aura d'autres choses à proposer pour faire évoluer les dessins, ou sur quoi dessiner, ou quoi en faire.
- Hughes ne t'a rien dit là-dessus ?
- Si. Mais chacun ses méthodes, ça changera un peu.
- Hmmm. »
Ils s'installent dans le vieux canapé. Il n'est pas encore tard et aucun d'eux n'est vraiment fatigué.
« Ed ?
- Hmmm ?
- Comment tu vas ? »
La question directe de son frère le prend au dépourvu.
« Ça va.
- Ed…
- Je t'assure ! J'ai passé une bonne journée, les cours étaient intéressants, ça va !
- Ed…
- Pourquoi tu me poses cette question ?
- Après ces vacances... »
La mélancolie de la dernière quinzaine plane quelques minutes dans le silence.
« C'est pas encore ça, mais ça avance. Aujourd'hui un pote du tumbling est venu me voir pour me parler de la fête de fin d'année.
- Ah, oui ! Moi aussi on m'a parlé de la fête ! Je vais peut-être participer.
- On t'a proposé quelque chose ?
- Oui. Et c'est aussi pour ça que ton atelier m'intéresse. Il paraît qu'on va monter une grande expo avec des toiles d'élèves. J'aimerais bien participer.
- C'est une super idée !
- Oui, mais il faut que je me renseigne s'il y a des conditions de participation.
- Hmmm.
- Et toi ? Pourquoi ton pote t'a parlé de la fête ?
- Apparemment le coach veut faire des démonstrations de tumbling. Pour faire connaître le club je suppose. Et il a dit que si j'ai le droit de reprendre le sport, il me préparerait un programme de reprise pour que je puisse participer aussi.
- C'est chouette !
- Oui, c'est vraiment sympa de sa part.
- Tu vas y aller ?
- Oui. J'ai vraiment envie de reprendre. D'ailleurs, ce matin, j'ai essayé quelques figures... »
Et il se met à raconter les essais du matin, puis chacun des deux frères commente les impressions, les appuis et les améliorations possibles.
OoOoOoOoOo
« Bonsoir ! Vous avez rendez-vous ?
- Oui, au nom d'Elric.
- Très bien. Installez-vous, le docteur va venir vous chercher. »
Edward pose son sac à dos sur une chaise de la salle d'attente puis se poste à la fenêtre.
Il se sent un peu nerveux aujourd'hui. La dernière fois, Hughes a proposé d'essayer quelque chose de nouveau. Il lui a un peu expliqué, mais finalement il ne sait pas exactement ce qu'ils vont faire et quels résultats espère le thérapeute. Ce matin l'adolescent était impatient de venir, mais plus la journée avançait, plus il a senti monter une certaine appréhension. Et maintenant, il se demande si tout cela est vraiment une bonne idée. Il pose son front contre la vitre, regarde l'extérieur, fourre ses mains dans ses poches pour ne plus les sentir s'ouvrir et se fermer nerveusement sans cesse.
Après quelques minutes, le calme de la pièce l'apaise doucement. La semaine a filé à toute allure. Comme promis, le coach lui a concocté un programme de reprise en douceur. Pour le moment un peu de jogging, beaucoup d'étirements et seulement quelques figures autorisées. Il lui a aussi donné des conseils pour ses katas. Ses pensées flottent ensuite vers le reste de la semaine. Les rumeurs les plus folles circulent sur les ateliers de l'infirmière. Certains affirment qu'il faudra rester assis en tailleur et en silence pendant une heure. D'autres disent qu'ils vont faire des massages. Un autre groupe pense que Mme Hawkeye va tous les hypnotiser. En repensant à cette dernière hypothèse, Ed rigole doucement. Il n'y croit pas du tout, mais malgré sa gentillesse, l'infirmière a parfois l'air terrifiante, alors après tout, pourquoi pas ?
Il entend des pas dans le couloir et se retourne pour voir arriver le médecin dans l'encadrement de la porte.
« Bonsoir Edward !
- Bonsoir Docteur Hughes. »
D'un geste l'adulte l'invite à le suivre, puis une fois la porte du cabinet refermée, il lance :
« Ça me fait plaisir de te voir rire. As-tu vu quelque chose d'amusant par la fenêtre ?
- Non ! Je repensais à des histoires au lycée.
- Oui ?
- L'infirmière est venue dans notre classe en début de semaine. Elle va mettre en place des ateliers pour aider à gérer le stress et les angoisses, pour le bac en fin d'année.
- Oh ? C'est intéressant.
- Hmmm… Ça va commencer la semaine prochaine. Elle a dit qu'en plus des conseils, elle nous ferait faire de la relaxation et de l'arthérapie. Alors comme on sait pas trop ce que c'est, les potes racontent un peu n'importe quoi sur ce qui va se passer pendant les ateliers.
- Et c'est ce qui te faisait rire ?
- Oui. Certains pensent qu'elle va nous hypnotiser. »
Edward sourit et le médecin rit franchement.
« Je comprends mieux pourquoi cela t'amuse.
- Ouais, ils sont un peu farfelus.
- Tu pourras les rassurer, au vu de ce qui vous a été annoncé, vous ne risquez pas l'hypnose !
- Je sais, mais c'est drôle de les laisser croire ça. Et puis, on voit que vous n'avez pas croisé notre infirmière, elle est sûrement capable de le faire !
- Vraiment ?
- Honnêtement, je ne sais pas. Mais si elle y arrivait, ça ne me surprendrait pas. Si cette femme était un espion infiltré dans le lycée il n'y aurait rien d'étonnant !
- Hé bien, moi qui croyait que la vie de lycéen était quelque chose de tranquille…
- Vous devriez venir faire un tour chez nous, vous changeriez sûrement d'avis. »
Le thérapeute sourit puis consulte ses notes. Il les parcourt rapidement, puis lève les yeux, l'air un peu plus sérieux.
« Bon. Tu te souviens, la dernière fois, je t'avais parlé d'une méthode que je voulais essayer avec toi ? »
L'adolescent hoche la tête.
« Cela s'appelle l'EMDR. EMDR pour « Eyes Movement Desensitization and Reprocessing », en d'autre termes : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. La dernière fois tu m'as expliqué ce que tu as vécu, vu, ressenti, mais aussi les effets que cela a sur ton quotidien. Dans mon jargon, ce qui t'arrive, les angoisses, les cauchemars, les flashbacks, les crises de panique, sont des symptômes de stress post-traumatique. Pour faire simple, cela arrive à cause d'un trop plein d'émotions négatives que le cerveau a du mal à gérer et quelque part ça le dérègle. Avec l'EMDR, l'idée est qu'on va travailler autour de l'évocation de tes souvenirs, puis tu vas suivre ma main des yeux, cela va amener une stimulation spécifique de ton cerveau, et petit à petit cela devrait amener à atténuer les émotions liées à ces souvenirs.
- …
- Tu as compris l'idée ? »
Le jeune homme acquiesce.
« Des questions ?
- Est-ce que ça veut dire que je vais oublier mes souvenirs ?
- Non. Ils seront toujours là. Juste ils arrêteront d'être douloureux et tu pourras cesser de penser à eux en boucle, les ranger dans ta mémoire et passer à la suite.
- …
- D'autres questions ? »
Non de la tête.
« Très bien, alors on va commencer. D'abord je veux que tu saches que les progrès ne se feront pas en une séance. Comme je te l'ai dit la semaine dernière, ce n'est pas magique, et il faudra recommencer plusieurs fois pour arriver à un résultat visible. Par contre, c'est certainement aujourd'hui que sera la séance la plus complexe et la plus fatigante. Parce que nous allons explorer tes émotions à vif, les décortiquer pour pouvoir les améliorer. Ce soir, ça ne sera pas très agréable, mais il faut passer par cette étape pour une amélioration par la suite. Ce que je veux que tu retiennes, pour cette séance et les suivantes, c'est que tu es en parfaite sécurité ici. Nous sommes seulement toi et moi, et rien ne peut t'arriver. Est-ce que tu es d'accord avec cela ?
- Oui.
- C'est important de t'en souvenir. Cela t'évitera de paniquer si les souvenirs évoqués sont trop forts. »
Le médecin regarde l'adolescent droit dans les yeux, donnant encore un peu plus de poids à ce qu'il vient de dire. L'adolescent hoche la tête pour montrer qu'il a compris et le praticien l'imite, ils sont d'accord. Ensuite, Hughes se lève rapidement et contourne son bureau, pour s'installer sur un autre fauteuil, face au jeune homme, mais pas trop près.
« Pour ces séances, on va s'asseoir face à face. Aujourd'hui, on va travailler seulement sur le mouvement des yeux. Il est aussi possible de travailler avec des sons ou des tapotements, mais dans un premier temps, nous allons utiliser seulement le mouvement de tes yeux. »
Il regarde quelques instants Edward.
« On s'y met ? » Et il sourit d'un air encourageant.
Dans son fauteuil, l'adolescent remue, un peu gêné, une légère appréhension visible face à cette méthode inconnue. Mais il acquiesce, donnant son accord pour débuter.
« Très bien. Commence par bien t'installer. Remue un peu, essaie de trouver une position confortable, que tu sois à l'aise. »
Le jeune homme se cale un peu plus dans le fauteuil, se redresse légèrement.
« Voilà, c'est très bien. Maintenant, on va commencer. Dans un premier temps tu vas te concentrer sur l'un de tes souvenirs, et après on travaillera le mouvement des yeux.
- Hmmm
- Et souviens toi, ici il n'y a que toi et moi, tu es en sécurité.
- Hmmm
- Parfait ! Alors maintenant tu fermes les yeux. »
Le garçon baisse les paupières. La voix du thérapeute se fait un peu plus grave, plus profonde. Il parle un peu plus lentement.
« Parmi les souvenirs que tu as de la soirée, je veux que tu choisisses un point sur lequel on va travailler ce soir. Ça peut être une des angoisses liées à la soirée, ou le lieu, un sentiment ou une partie de l'événement. Choisis ce que tu veux. Pas besoin de me le dire. Pas besoin non plus que ce soit ce qui t'effraie le plus, choisis quelque chose que tu te sens prêt à évoquer plusieurs fois. »
L'adolescent hoche doucement la tête pour montrer qu'il a compris. Hughes le voit se tripoter nerveusement les mains, se mordiller légèrement les lèvres. Il continue à hocher doucement la tête, puis le mouvement s'arrête, suivi d'une respiration un peu plus forte.
« Tu as choisi ?
- Oui.
- D'accord. Je veux que tu te concentres sur ce souvenir. Tu vas te remémorer plusieurs aspects du souvenir. Pense d'abord à l'endroit où tu te trouves. Maintenant concentre-toi sur ce que tu vois. Essaie de retrouver les détails de ce que tu as vu. Pour arriver à te concentrer sur une image, des couleurs, une ambiance. »
Hughes marque une courte pause. Il voit le jeune homme froncer les sourcils.
« Ensuite rappelle-toi le ou les sons présents dans la partie que tu as choisie. »
Nouvelle pause. Cette fois Edward penche légèrement la tête sur le côté.
« Pense aussi aux odeurs que tu as pu sentir, et s'il y en avait aussi, des goûts liés à ce moment-là »
Pause suivante. Les lèvres de l'adolescent s'amincissent en une ligne très fine, se transformant presque en grimace. Puis il inspire longuement, redressant légèrement la tête.
« Enfin, pense à ce que tu as pu ressentir. Douleur, gêne, tout ce que ton corps t'a envoyé comme sensation. »
Pause. Cette fois c'est tout le corps d'Edward qui se crispe, sourcils froncés à nouveau, une expression d'inconfort se peint sur son visage.
« Maintenant, rassemble toutes ces informations et essaie de prendre comme une photo de ce souvenir. »
Pause.
« Maintenant que tu as ta photo, pense à ce que tu as ressenti. Essaie de trouver une phrase qui résume les sentiments négatifs que tu peux ressentir : je me sens… Triste, faible, dépassé, ce qui te paraît le plus approprié. Et tu prononces la phrase clairement dans ta tête. »
Pause.
« C'est bon ? »
Grimace puis hochement de tête.
« Très bien. Maintenant, j'aimerais que pour cette phrase négative, tu trouves une formulation positive, une idée vers laquelle tu voudrais tendre à la place. Si tu as choisi « je me sens triste » cela deviendrait « je veux être joyeux ». Mais tu peux aussi choisir ce que tu voudrais être : fort, distant du problème, libre… Tu formules l'idée que tu veux conquérir. Puis tu la prononces aussi clairement dans ta tête. »
Pause.
« C'est bon ? »
Nouveau hochement de tête.
« Très bien. Alors, réfléchis à ta phrase positive et essaie de choisir, sur une échelle de 0 à 7, à quel point elle est vraie. 0 elle n'est pas vraie du tout, 7 tu la ressens parfaitement vraie. Ok ? Tu retiens ton chiffre pour plus tard. »
Pause.
« Maintenant, repense à ton souvenir. Retrouve ta photo mentale, et réfléchis à ce que tu ressens en y pensant. Si tu as mal quelque part et où ? Comment tu te sens ? Sur une échelle de 0 à 10 0, tout va très bien, 10 tu es très angoissé. C'est bon, on y est ? »
Pause. Hochement de tête.
« Très bien, retiens où tu en es pour plus tard. Maintenant, tu vas te concentrer une dernière fois sur ton image mentale, et quand tu es prêt, tu pourras ouvrir les yeux, lentement. »
Pause. Quelques secondes, puis Edward ouvre les yeux presque brusquement. Pour les cligner deux ou trois fois. Hughes ne commente pas, il attend et recommence à parler lorsque l'adolescent le regarde.
« Maintenant je vais bouger ma main devant toi et tu vas suivre le mouvement avec tes yeux. J'ai bien dit avec tes yeux, tu évites de bouger la tête, d'accord ? »
Hochement.
Hughes tend le bras devant lui, un doigt tendu et le reste de sa main pliée. Il commence par écarter légèrement son bras vers l'extérieur, puis il le fait passer vers l'autre côté. Son doigt prend un mouvement de va-et-vient devant lui.
« Tu suis bien mon doigt du regard. De droite à gauche, de gauche à droite. C'est bien, continue ».
Pendant plusieurs minutes il continue ce mouvement, en variant la vitesse, plus vite, plus lentement, puis à nouveau comme au début, et ainsi de suite, plusieurs fois avant de s'arrêter.
« Très bien. Maintenant inspire bien fort. C'est bien. Encore une fois. Voilà ! Et maintenant repense à ton souvenir. Est-ce que tu vois des changements ?
En réponse à la question, Edward penche la tête sur le côté, puis ferme lentement les yeux, comme pour mieux se concentrer sur le souvenir. Puis, très doucement, presque surpris, il commence à parler.
« Oui. Les couleurs sont moins sombres et l'ambiance moins oppressante. C'est… bizarre.
- Et si tu réfléchis à la note que tu donnerais à ce souvenir maintenant, de 0 à 10, est-ce qu'elle a changée ?
- Oui, elle a baissé.
- Et celle de la phrase positive que tu y avais liée ?
- Elle a légèrement montée.
- D'accord. »
Quelques secondes de silence.
« Pour la suite, le processus est identique à ce que l'on vient de faire. Tu vas rappeler ta photographie mentale, on va refaire travailler tes yeux, et ainsi de suite jusqu'à ce que ce souvenir soit pour ainsi dire neutralisé.
- D'accord.
- Des questions ?
- On peut vraiment arriver à neutraliser complètement le souvenir avec votre truc ?
- Pour des souvenirs comme les tiens, il faudra plusieurs séances. D'autant plus qu'on va traiter tes souvenirs en plusieurs parties. Mais, oui, on peut. Selon les personnes, les circonstances et les souvenirs, cela fonctionne plus ou moins, mais oui, on peut.
- C'est… cool. »
Le praticien observe l'adolescent, qui lui renvoie son regard. Pour la première fois, depuis très longtemps, un sourire spontané se dessine sur ses lèvres, ses yeux se remplissent d'une lueur chaleureuse et sur son visage se peint un certain soulagement mais aussi l'espoir qu'il ressent face à cette nouvelle expérience.
L'adulte sourit à son tour.
« Alors, prêt pour recommencer ?
- Oui ! » Cette fois la réponse est déterminée et ferme.
Ils continuent à travailler ainsi sur ce souvenir pendant le reste de la séance et après plusieurs répétitions, Hughes estime qu'ils ont bien avancés.
« Nous allons nous arrêter là pour ce soir. Pour la prochaine fois, essaie de retenir où tu en restes avec tes chiffres, d'accord ? »
Sans attendre de réponse, Hughes se lève et retourne s'asseoir derrière son bureau pour prendre quelques notes. Pendant ce temps, Edward étire ses bras au-dessus de sa tête, d'un mouvement souple.
« Edward, encore un mot, avant que l'on se sépare. Si dans la semaine, des souvenirs ressurgissent, pense à ce que nous venons de faire. Tu n'as pas besoin de moi pour faire ces mouvements d'yeux, et ils peuvent t'aider à te calmer, si tu arrives à y penser, d'accord ? Tu m'as parlé d'ateliers de relaxation, ça peut te faire du bien, mais avant de commencer, essaie de dire à ton infirmière que tu peux avoir des flashbacks, il vaut mieux qu'elle soit prévenue.
- Vous pensez que ça peut arriver pendant les ateliers ? demande Edward en fronçant les sourcils. Je croyais que c'était fait pour se détendre et déstresser ces ateliers ?
- Oui, mais des fois, être détendu peut provoquer des réactions inattendues. Tu n'as pas besoin de tout raconter à ton infirmière, juste lui dire que ça peut arriver. Prévenue, elle ne procédera peut-être pas de la même façon. N'oublie pas d'accord ?
- Hmmm.
- Pour la prochaine fois je te donne des devoirs : je veux que tu essaies de faire attention à ce qui change dans tes angoisses. En as-tu plus, moins ? Et comment elles vont se manifester cette semaine. Pas besoin d'y penser tout le temps, juste noter que cela se manifeste pour pouvoir me dire la prochaine fois dans quelle tranche tu vas te situer, savoir si c'est une ou plusieurs fois par jour, ou tous les deux jours ou moins que ça, ou si c'est surtout la nuit. Ce genre de choses. Et si tu arrives à y réfléchir, aussi sur quel souvenir tu voudras travailler ensuite et pourquoi ? D'accord ?
- Ok.
- On se voit la semaine prochaine, Edward. Et en attendant, prend soin de toi. »
En disant ces mots, Hughes qui l'a raccompagné à la porte, lui serre la main avec les deux siennes, chaudes, réconfortantes. Edward se sent bien en sortant, presque euphorique. Ce soir, il a l'impression d'avoir vraiment fait un pas en avant pour se sentir mieux et c'est le cœur presque léger qu'il rentre chez lui.
